samedi 14 février 2026

Les incunables, premiers livres imprimés, une révolution au 15ᵉ siècle



La bibliothèque municipale de Grenoble présente une exposition composée de documents patrimoniaux rarement montrés et certains pour la première fois, du 20 septembre 2025 au 21 mars 2026. 

Le parcours proposé par la bibliothèque d'étude et du patrimoine raconte la révolution lente que constitue l’apparition du livre imprimé dans la deuxième moitié du 15e siècle.

L'ARDDDS 38 a organisé une visite avec Morgane Geffroy, passionnante guide, de cette exposition le 10 février 2026.

Tout d'abord, qu'est ce qu'un incunable ?

Un incunable est un livre imprimé entre l’invention de l’imprimerie typographique (vers 1450–1455) et avant 1501.

L'année 1501 a été choisi conventionnellement. Au XIVe siècle, l’année commençait le jour de Pâques soit à une date variable. Dans le calendrier julien c'était le 18 avril 1501, ce qui correspondrait au 28 avril 1501 dans le calendrier grégorien.

Le mot vient du latin "incunabula", qui signifie " berceau " ou "origine", on parle donc des livres du berceau, des débuts, de l’imprimerie.

L’imprimerie à caractères mobiles se développe en Europe vers 1450 avec Gutenberg.

Sont appelés incunables, les livres imprimés entre 1450 et 1501 inclus.

Après 1501, on parle simplement de livres anciens imprimés, mais plus d’incunables.

Les incunables sont souvent à mi-chemin entre le manuscrit et le livre moderne.

La typographie  imite l’écriture manuscrite (gothique ou humaniste), des lettrines et décorations ajoutées à la main après impression et les informations d’impression sont placées à la fin.

Les incunables sont importants car ils sont les tout premiers livres imprimés de l’histoire européenne et ils marquent la révolution de la diffusion du savoir.

Ils sont aujourd’hui rares et précieux tant pour les bibliothèques que pour les chercheurs.

Les trois étapes clés de l’histoire du livre sont le manuscrit médiéval, l'incunable et le livre imprimé du XVIᵉ siècle. 

Le Manuscrit médiéval remonte à l'antiquité tardive jusqu'au XVe siècle. Il est entièrement copié à la main par des copistes (souvent des moines) sur un support en parchemin (peau animale) ou papier. Chaque exemplaire est unique, les enluminures, dorures et illustrations sont peintes. La production est lente et coûteuse ce qui en fait un objet rare, précieux et peu diffusé.

L'incunable est un livre imprimé avec des caractères mobiles entre 1450 et 1501. Le texte est imprimé mais son aspect reste proche du manuscrit. Les polices sont gothiques ou humanistes, les lettrines souvent ajoutées à la main, les tirages sont plus nombreux mais encore limités. Il existe beaucoup de variations d’un exemplaire à l’autre (couleurs, annotations). C’est la phase de transition entre manuscrit et livre moderne.

Le livre imprimé à partir de 1501 a une typographie plus lisible en romain ou italique, sa mise en page est régulière, ses illustrations gravées intégrées à l’impression, son tirage plus important.

Le livre devient un outil de diffusion massive du savoir.

Gutenberg et ses associés, Johann Fust et Peter Schöffer, inventent l'imprimerie vers 1450-1455 à Mayence.
Cette innovation technique se diffuse lentement jusqu'à la fin du XVe siècle.

Dans un contexte européen de changements profonds, marqué par le renouveau intellectuel et artistique qu'on appellera "La Renaissance (XIVe-XVIe siècle), l'imprimerie permet aux informations et aux savoirs  de circuler.

L'imprimerie a entraîné "une mutation des manières de lire et des systèmes de pensée" (Henri Jean Marin, historien du livre).

A Grenoble, la collection d'incunables conservée par la bibliothèque municipale est importante par sa volumétrie (plus de 600 titres), sa qualité et sa diversité.

Le parcours proposé raconte la révolution lente que constitue l'apparition du livre imprimé.
Ateliers d'imprimeurs entre 1450 et 1500_ Les ronds  noirs représentent les lieux ayant accueillis au moins un atelier typographique entre 1450 et 1499, les ronds blancs ceux acceuillants encore au moins un atelier typographique en 1500_Mayence, berceau de l'imprimerie européenne_source : carte inspirée par la carte des ateliers typographiques en Europe dans Imprimer I, l'Europe de Gutenberg, 1450-1520, exposition Paris, BNF du 12/4 au 16/7/2023.

La Bibliothèque conserve la première Danse Macabre imprimée par Guy Marchant en 1485 et rééditée plusieurs fois avant la fin du XVe siècle.

La Danse macabre est un thème artistique et littéraire montrant la Mort entraînant dans une ronde des personnes de tous rangs, pape, roi, évêque, chevalier, marchand, paysan, enfant.  Le thème vient d’une fresque aujourd'hui disparue du cimetière des Innocents à Paris, très connue au XVe siècle.

Le message est "nous sommes tous égaux devant la mort".



La danse macabre, folios 9v-10r_reproduction_Paris Guy Marchant, 1485_Ville de Grenoble, bibliothèque municiaple, 

Le nom de Gutenberg occupe notre imaginaire comme une figure mystique, évoquant l'ère des grandes découvertes.

Pourtant, quand la technique de l'imprimerie est mise au point, l'objet livre existe depuis des siècles.

Le livre (codex) tel qu'on le connaît aujourd'hui est issu de l'assemblage de cahiers de parchemin ou de papier. On y inscrit du texte ou des images.

Il a été inventé au 1er siècle dans le monde romain, ce format connaît un immense succès puisque le codex est encore la forme du livre aujourd'hui.

Ce que Gutenberg a inventé, c'est la technique des caractères mobiles, une technique rentable qui permet de reproduire une page de texte des centaines de fois, plus rapidement que par un copiste.

Cette peinture idéalisée, comme le voulait le style "troubadour" sous le roi Louis-Philippe, montre Johannes Gutenberg (vers 1400-1468), dans son atelier, composant une chaîne de caractères mobiles et métalliques, sa nouvelle invention.

Devant lui, le texte qu'il est en train de composer. 

A ses pieds, un livre relié avec ses fermoirs et des feuilles imprimées, et derrière lui une presse à imprimer.
Gutenberg inventant l'imprimerie_Jean Antoine Laurent_Huile sur toile, 1831_Ville de Grenoble, Musée de Grenoble

La bibliothèque de Grenoble conserve un des tout premiers livres sortis des presses de Gutenberg en 1460, conservé dans sa reliure d'époque qui porte un décor d'animaux : le Catholicon, un dictionnaire latin écrit en 1286 par le dominicain Jean de Gênes. 

Gutenberg et Schöffer impriment ce texte, sur deux colonnes, dans la continuité de la tradition manuscrite du XIVe siècle.

Selon l'hypothèse des chercheurs, fondée sur le filigrane du papier, l'exemplaire de Grenoble serait un deuxième tirage de cette édition, réalisé dans l'atelier de Gutenberg à Mayence en 1469.

La reliure germanique, contemporaine de l'ouvrage a été réalisée par incision au canif dans un atelier de Nuremberg.

Catholicon_Jean de Gênes_Mayence, Johannes Gutenberg (?-1460), 1831_Ville de Grenoble, Bibliothèque Municipale

Contrairement à une idée reçue, le fait que la terre soit ronde est complètement admis depuis l'antiquité, y compris par l'Eglise et enseigné partout en Europe.

Cette image montre une carte du monde de Ptolémée, issue d’une édition imprimée de la Geographia de Ptolémée de l’édition de Strasbourg (1513) associée à Martin Waldseemüller.

Claude Ptolémée (vers 100–170 apr. J.-C.) est un savant grec d’Alexandrie, astronome, mathématicien et géographe dont les œuvres ont profondément marqué la science médiévale et renaissante.

Ptolémée représente la terre en forme d’ovale, avec le monde en trois continents, Europe, Afrique, Asie. Elle comporte le réseau de parallèles et méridiens. Les têtes soufflantes autour de la carte représentent les vents.

Ecrit au XIIIe siècle, en latin, le Traité de la Sphère de Johannes de Sacro Bosco est une synthèse des savoirs médiévaux en matière d'astronomie, qui demeure pendant des siècles un manuel de référence.

Les deux exemplaires présentés ici témoignent de la longévité et des diverses formes du texte, d'une part un incunable très court, de l'autre un ouvrage plus développé, enrichi de commentaires et d'illustrations techniques du début du XVIIe siècle.
Traité de la sphère_ Johannes de Sacro Bosco_Paris, Félix Baligault, 1494_Ville de Grenoble, Bibliothèque Municipale


Traité de la sphère corrigé par Elie Vinet_ Johannes de Sacro Bosco_Lyon, Hugues Gazeau 1606_Ville de Grenoble, Bibliothèque Municipale

En 1492, pour la 1ère fois dans l'histoire européenne, une expédition maritime, menée par Christophe Colomb (1450?-1506), trouve des terres au large des Açores et en revient pour l'attester.

Christophe Colomb raconte sa découverte sous forme d'une lettre, publiée immédiatement et diffusée partout, faisant mentions "des îles découvertes dans la mer des Indes".
Dans cette éditions de 1494, la lettre est imprimée à la suite de l'Historia Boetica, récit de Carlo Verardi qui raconte la prise de Grenade, autre élément majeur de l'histoire européenne.
De insulis nuper in mare indico repertis, Christophe Colomb_Bâle, Johann Bergmann 1494_Ville de Grenoble, Bibliothèque Municipale

Dans le Dauphiné, l'imprimerie s'installe d'abord à Vienne en 1478, où exercent les imprimeurs Pierre Schenck ou Hans Schelling alias Jean Solidi venue de Bâle. 
Ce dernier imprime à Vienne au moins trois ouvrages.

Importé d'Italie par les cols alpins, l'usage du papier était apparu dans le Dauphiné dès le XVIIIe siècle et le plus ancien moulin à papier installé dans la province date de 1403, au bord de la Gère à côté de Vienne. 
Dès la seconde moitié du XVe siècle, la production de papier est bien implantée aux alentours de Vienne, conjointement au développement de l'imprimerie.

L'imprimerie s'installe plus tardivement à Grenoble, à la fin du XVe siècle.

La plupart des impressions grenobloises sont dues à des imprimeurs nomades, exécutées en petits nombres et sont commandées par les deux pouvoirs grenoblois, juridique et religieux : le Parlement et l'Evêque.

Un premier imprimeur Etienne Foret, s'installe près du couvent sainte Claire, en 1490.
Des presses sort le premier incunable grenoblois.
Il s'agit d'un recueil de jurisprudence, les Décisions de Gui Pape, qui témoigne de toute l'importance de l'activité du Parlement.

Puis viennent d'autres ouvrages juridiques ou religieux, tel le Missel à l'usage de Grenoble (1497) imprimé par Jean Belot, originaire de Normandie, Laurent Alleman sans doute à la demande de l'évêque de Grenoble (1497).

Jean Belot imprime à Valence les Commentaires sur le statut du Dauphiné en 1496.

Il faut attendre le siècle suivant pour que l'imprimerie et la papeterie se développe à Grenoble.

Au XVe siècle, la ville de Grenoble est une modeste capitale de province d'à peine quelques milliers d'habitants, dont l'économie et la culture se développent à l'ombre de Lyon et Chambéry.

Elle tire son prestige de son passé delphinal et de la création, en 1453, d'un Parlement, cour souveraine qui attire l'élite provinciale de la finance et de la justice.

La vie religieuse y est intense, avec la cathédrale Notre Dame et la collégiale St André et de nombreux couvent dont celui des Clarisses, des Dominicains et des Franciscains.

Ils contribuent à la vie sociale et culturelle, notamment grâce à la richesse de leurs bibliothèques.

L'évêque, prince de la cité, est l'un des principaux personnages de la province aux côtés du Président du Parlement, du gouverneur et de son lieutenant général.

Un hôpital est fondé en 1424, puis un second en 1485 devant la récurrence des épidémies de peste et des crues cumulées de l'Isère et du Drac.

La vie culturelle se développe.

Le 23 août 1494, le roi Charles VIII, en route pour l'Italie, fait une entrée solennelle dans Grenoble embellie et mobilisée pour le célébrer.
Vray portrait de la ville de Grenoble_gravure du XVIe siècle_Ville de Grenoble, bibliothèque Municipale 

La vie de Jesucrist_Vienne ou Lyon, Pierre Schenck, vers 1481-1482_Ville de Grenoble, bibliothèque Municipale 

Le Copendium Breve est un recueil de textes du cardinal Lothaire, élu pape sous le nom d'Innocent III en 1198.

Il est un des tout premiers livres imprimés à Lyon, en 1473. Il n'existe que six exemplaires connus de cet ouvrage.

Celui-ci porte des marques d'usure, il a été beaucoup étudié et annoté.

Juste après Venise et Paris, Lyon est dès le XVe siècle un centre majeur d'imprimerie, comptant une cinquantaine d'imprimeurs, ce qui explique la  bonne proportion d'ouvrages imprimés à Lyon dans la collection d'incunables de Grenoble.
Compendium breve, Innocent III, pape_ Lyon, Guillaume Le Roy, 1473_ Ville de Grenoble, bibliothèque Municipale 

Imprimé par Jean Belot, typographe ambulant, ce missel est sans doute le deuxième livre imprimé à Grenoble.

Un missel réuni les rituels à suivre pour la cérémonie chrétienne de la messe, incluant les indications pour le déroulé et les gestes, des lectures, des prières et des chants, d'où la partition.

L'emploi de la couleur rouge s'inscrit dans la traditions manuscrite mais le texte en rouge est ici imprimé. 
C'est une possibilité technique qui existe depuis le début de l'imprimerie.
Celle-ci nécessite cependant un deuxième passage sous presse, ce qui la rend coûteuse donc rare au XVe siècle.
Missel à l'usage à Grenoble_ Grenoble, Jean Belot, 1497_Ville de Grenoble, bibliothèque Municipale 

Décision du Parlement Delphinal, Gui Pape_Grenoble, Etienne Foret, 1490_Ville de Grenoble, bibliothèque Municipale 

Statuts synodaux de Grenoble_ Grenoble, Jean Belot, 1495_Ville de Grenoble, bibliothèque Municipale 

Pamphilus de Amore_Vienne, Johannes Solidi, 1478?_Ville de Grenoble, bibliothèque Municipale 

L'imprimerie n'est pas seulement une technique applicable au livre, elle sert aussi à produire d''autres objets, notamment des placards ou affiches, des cartes à jouer , des images qui vont circuler ou encore des lettres d'indulgence, qui promulguent la rémission des peines temporelles liées aux péchés, accordée par l'église.

On parle "d'occasionnels", pour évoquer les prémices de la presse imprimée, les nouvelles catastrophes, d'évènements merveilleux ou extraordinaires. 

Les grands faits politiques, batailles, sacres ou funérailles princiers, trouvent un écho dans les feuilles imprimées pour l'occasion qui en relatent les détails.

En relayant la plume, l'imprimerie élargit la surface de diffusion des nouvelles, tout en réduisant le temps entre le moment de l'évènement et celui de sa diffusion.

A travers les occasionnels et les placards, l'imprimerie affermit les pouvoirs et les hiérarchie de la pyramide sociale.

Mais c'est aussi un outil pour déstabiliser et renouveler les pouvoirs en place.
La Réforme protestante, transformation majeure au XVIe siècle s'appuie sur l'imprimerie.

En 1517, Martin Luther imprime et placarde ses "95 thèses" sur une église à Wittenberg, dans l'actuelle Allemagne, c'est le début de la Réforme Protestante.

Dans la nuit du 17 au 18 octobre 1534 à Paris, le placardage de ce texte en français, anticatholique, sur les murs des lieux publics et au château d'Amboise sur la porte même de la chambre du roi, accentue l'hostilité déjà existante entre catholiques et luthériens.
Le placard de 1534, contre la messe-reproduction, Antoine Marcourt_Neuchâtel, Pierre de Vingle, 1534, Etienne Foret, 1490_ Ville de Lyon, Musée de la communication graphique

Portrait de François 1er_xylographie parisienne, adaptation d'une huile peinte par Jean Clouet, bers 1520-1525_Ville de Grenoble, bibliothèque Municipale 

Johannes de Latoszyn, chanoine et recteur de l'Université de Cracovie, investi de l'autorité du pape Innocent III, publie "Pleine indulgence est donnée pendant tout le temps de l'expédition contre les Turcs et les Tartares".

La guerre des Polonais contre les Turcs ottomans commence en 1485 et se termine en 1503.
Lettre d'indulgence pour la défense de la foi catholique contre les Turcs_Johannes de Latoszyn_Nuremberg, Anton Koberger, vers 1485_Ville de Grenoble, bibliothèque Municipale 

Ordonnance pour la restauration du pont sur le Rhône à Vienne_Antoine de la Colombière, Lyon ?, 1500_Ville de Grenoble, bibliothèque Municipale 

Au cours du XVe siècle, le monde s'éclaire à la faveur des grandes explorations maritimes. 

Le Portugal et l'Espagne se lancent dans une course aux découvertes.

Très vite, la lettre de Christophe Colomb annonçant en 1493, la découverte de l'Amérique se diffuse dans toute l'Europe.

Cependant, la source des savoirs ne repose pas seulement sur les explorations.

 L'Europe redécouvre des textes majeurs de l'Antiquité qui forment un socle pour l'enrichissement des savoirs.

Les cartes héritées de la géographie de Ptolémée sont progressivement  corrigées. Ces "cosmographies" sont une mode. La publication de récits didactiques se développe également.
 Les connaissances universitaires en astronomie sont relayées par des éditions et des textes de savants comme le mathématicien anglais du XVIIIe siècle, Sacrobosco ou l'astronome perse du VIIIe et IXe siècle, Albumasar.

Ces éditions inspirent et facilitent la publications de calendriers, horoscopes et prédictions astrologiques, qui donnent par la suite naissance à l'almanach illustré.

Sont publiés également, Le Viandier (recettes de cuisine), le Propriétaires des choses (remèdes, les rues et les églises de Paris (guide) etc...

Ce récit de voyage illustré doit son succès à la qualité de ses gravures sur bois, réalisées par l'artiste imprimeur Erhard Reuwich qui accompagne dans son pélerinage le chanoine Bernhard von Breydenbach (1440?-1514).

Il innove en intégrant au texte des vues de  ville sui se déplient à l'horizontale, dont l'impressionnante vue panoramique de Venise.



Vue de Venise_reproduction_Bernhard von Breydenbach, Voyage en terre sainte_ Mayence, Erhard Reuwich, 1486_Ville de Grenoble, bibliothèque municipale

La chronique de Nuremberg d'Hartmann Schedel (1440-1514), ouvrage monumental, prétend résumer l'histoire du monde depuis la Genèse à nos jours. 

En réalité, cette compilation de divers textes antérieurs ou contemporains à leur auteur, est connue pour ses 1809 illustrations, dont de nombreuses vues de villes européennes, issues de l'atelier de l'orfèvre puis imprimeur Anton Koberger, établi à Nuremberg, qui est aussi connu comme le parrain d'Albrecht Dürer.
Chronique de Nuremberg, Hartmann Schedel_Nuremberg_Anton Koberger pour Sebald Schreyer et Sebastian Kammermeister, 1493_Ville de Grenoble, bibliothèque municipale

Fasciculus temporum_Werner Rolevinck_Piémont ou sud de la France, Adam (von Rottweil ?)- 1486_
Ville de Grenoble, bibliothèque municipale

Ecrite au XIIIe siècle par le franciscain Bartélemy l'Anglais, cette encyclopédie propose une description ordonnée de l'univers, présentant l'état des connaissances scientifiques de son époque, d'abord la connaissance de Dieu (théologie), puis celle de l'homme (le corps, les âges de la vie, les maladies) et enfin celle du monde en général (les animaux, les montagnes, l'eau...)

L'oeuvre annonce comme titre une description "Des propriétés des choses ..." 
Le propriétaire des choses, traduit par jean Corbichon_Bartelemy l'Anglais_Lyon, Johann Siber, vers 1495_Ville de Grenoble, bibliothèque municipale

Abou, Mas'shar al Balkî, connu en occident comme Albumasar, savant astrologue et astronome, a vécu au XIIIe-IXe siècle dans l'actuel Afghanistan.

Ses écrits ont été perdus mais leur contenu s'est transmis depuis le IXe siècle à travers diverses citations, résumés et traductions qui ont fortement influencé l'astrologie musulmane, byzantine et européenne.

Ce manuel est une introduction à l'astrologie, bien connu des savants européens.
Des grandes conjonctions_Albumasar_Augsbourg, Erard Ratdolt, 1489_
Ville de Grenoble, bibliothèque municipale

Des recettes de cuisine sont publiées (principalement à base de viande), de Guillaume Tirel, dit Taillevent, célèbre cuisinier des tables royales du XIVe siècle. 

Ce manuel contient des innovations comme l'utilisation du beurre et de la graisse de cochon. 
Près de 50 recettes de recettes de pâtés, de tartes avec l'utilisation de beaucoup d'épices.
Le viandier_Taillevent_Lyon Mathias Huss (ou Jean du Pré), vers 1487,1488)_Ville de Grenoble, bibliothèque municipale

Réflexions sur la vie du Christ, sous forme de cycle à méditer
L'horloge de la dévotion_Bertold le Teutonique_Bâle, Johannes Amerbach, avant 1490_Ville de Grenoble, bibliothèque municipale

Le jeu des échecs, versifié par maître Stephans_Jacques des Cessoles, vers 1490_Ville de Grenoble, bibliothèque municipale

Livre à portée universelle, la Bible est le premier livre imprimé par Gutenberg sous sa version latine dite "Vulgate" établie par Jérôme de Stridon (Saint Jérôme), plus accessible et plus facile à imprimer que ses versions originelles en hébreu ou en grec.

C'est entre 1452 et 1456 que la Bible à 42 lignes sort de l'atelier de Gutenberg.

Les livres sortis des premiers ateliers d'imprimerie sont majoritairement des livres religieux.

Les grands bouleversements qui secouent le monde nourrissent une angoisse eschatologique, sur fond de peur du diable et des sorcières à laquelle l'imprimerie donne une formidable résonnance.

Le  juriste Ulrich Molitoris (1442-1507), présente dans ce traité en latin ses théories dans le contexte des grands procès en cours dans le diocèse de Constance.

Les sorcières méritent la peine de mort pour avoir pactisé avec le diable, pour autant elles ne sont pas coupables des crimes qu'on leur attribue par les aveux forcés obtenus sous la torture.

Sans lien avec le texte, les gravures relaient un imaginaire répandu de sorcières juchées sur des balais ou autour d'un chaudron.
Des Sorcières et des devineresses_Ulrich Molitoris_Bâle, Johannes Amerbach ou Michael Furter, vers 1490_Ville de Grenoble, bibliothèque municipale

Un lire d'heures est un recueil de prières destiné aux laïcs, fondé sur des psaumes de la Bible.

Ce sont souvent des petits formats très décorés comme en témoigne l'exemplaire des "Heures à l'usage de Rome", une édition post-incunable imprimé pat Thielman Kerver en 1502.

L'ouvrage est lié à Rome par des mentions relatives à la famille des Caignart de Saulcy et un cachet de la bibliothèque de Grenoble entre 1818 et 1830. Il a été acquis en 2018 avec le concours de la Région Auvergne Rhône Alpes et de l'Etat.

Heures latines à Rome_Paris, Thielman Kerver, Gilles Remacle, 1502_Ville de Grenoble, bibliothèque municipale

St Jérôme (vers 347-420), originaire de Stridon, traduit pour la première fois l'ancien testament directement de l'hébreu vers le latin.
 Il est presque toujours entouré de livres et d'un lion qu'il aurait apprivoisé en lui retirant une épine de la patte, pendant qu'il méditait dans le désert.

Lettres, tome 1_Italie_Ville de Grenoble, bibliothèque municipale

Nicolas Jenson (1420-vers 1480), né en Champagne, a une formation de graveur et travaille d'abord à la frappe des monnaies françaises au service de Charles VII.

Ce dernier l'aurait envoyé à Mayence afin d'y apprendre et de rapporter en France la technique nouvelle de la typographie. Il a donc vécu et travaillé à Mayence dans l'atelier de Johann Fust et Peter Schöffer en 1458 et 1463.

Il s'installe à venise en 1470 et devient imprimeur de grande renommée.

Précurseur de la typographie, considéré comme le créateur du caractère romain dans sa forme achevée, il est aussi l'inspirateur de Claude Garamont, (vers 1490–1561), graveur de caractères et fondeur de lettres parisien, l’une des figures majeures de l’histoire de la typographie occidentale.

Bible en latin_Venise, Nicolas Jenson, 1479_Ville de Grenoble, bibliothèque municipale

Modeste recueil de psaumes fait pour accompagner la prière quotidienne du lecteur qui préfère lire en français et partager à voix haute avec ses proches.
L'ouvrage comprend des illustrations naïves représentant le roi David.

Psautier_Lyon, Mathias Huss_vers 1480_Ville de Grenoble, bibliothèque municipale

L'humanisme, socle de la Renaissance, se caractérise dès le XIVe siècle en Italie par un retour aux textes antiques, comme Cicéron, Virgile, Ovide, dont il s'agit de donner des éditions et des traduction fiables. 

Le livre imprimé a permis à l'humanisme de s'européaniser, de se développer hors des milieux savants et érudits.

Certains imprimeurs s'initient au latin, au grec ancien et à l'hébreu.

L'imprimerie va permettre le développement en parallèle d'une édition de textes originaux en langue vulgaire, même si cette part reste infime jusqu'à la fin du XVe siècle.

La production européenne des XIV et XVe siècles est bien représentée avec les oeuvres de Boccace, de Dante ou de Francesco Colonna et des ouvrages en français composés au cours des siècles précédents, demandés par les milieux gravitant autour de la Cour.

 Il s'agit de romans de chevalerie (le roman de la rose) ou des adaptations d'oeuvres morales latines (Le grand Boèce de de la Consolation de la Philosophie, 1494).

Le lectorat, qui reste une élite, trouve dans ces éditions de quoi satisfaire son imagination et ses préoccupations sociales, morales et spirituelles.

Il peut lire ou apprécier les illustrations réalisées pour certaines par des artistes comme Albrecht Dürer qui a dessiné et gravé une partie des "fous" de Sébastien Brant (Stultifera novis, 1498).

Dante Alighieri (1265-1321) a écrit sa Divine Comédie en dialecte toscan. 

Texte fondateur de la littérature italienne, c'est un récit de voyage en trois parties, l'enfer, le purgatoire et le paradis.

Cette très belle édition, ornée de magnifiques illustrations stimulent l'imaginaire et témoigne des innovations dont font preuve les imprimeurs vénitiens dès le XVe siècle, caractères romains, jeux sur la taille des caractères, repères dans les marges, présence de titres courants en haut de page.

La Divine Comédie_Dante Alighieri_Venise, Bernardino et Matteo Capcasa, 1491_Ville de Grenoble, bibliothèque municipale

Texte majeur de l'Antiquité tardive, écrit vers 524, publié dans une traduction française.
De la consolotation de la philosophie_Boèce_Paris, Antoine Vérard, 1494_Ville de Grenoble, bibliothèque municipale

Aldo Manuzio ou Alde Manuce en français est considéré comme l'un des plus grands imprimeurs de son temps et une figure majeure de l'humanisme italien.

Son édition du Songe de Poliphile est un chef-d'œuvre qui associe de remarquables jeux de de mise en page et de typographie avec des gravures d'une grande finesse. 

Le texte écrit en 1467, par Francesco Colonna est un conte ésotérique rempli de symboles et de créatures imaginaires, écrit avec un mélange de grec, de latin et d'italien dialectal toscan et Vénitien.

Le Songe de Poliphile_Francesco Colonna, 1499_Ville de Grenoble, bibliothèque municipale

La nef des fous, publiée en 1494 à Bâle, en allemand, a un succès immédiat.

Basé sur l'association d'un texte satirique et d'illustrations frappantes et drôles, l'ouvrage est copié, traduit et adapté dans toute l'Europe.

Sur chaque page, un fou différent : l'avaricieux, l'extravagant, le goinfre, le bavard...tous embarqués sur un même bateau, qui va vers son naufrage.

Albrecht Dürer a réalisé 73 des 105 gravures sur bois de l'édition originale. Cet exemplaire imprimé à Paris en 1498 présente une traduction en latin, tout en reprenant les illustrations de la première édition.

La nef des fous_Sebastien Brant_Paris, Jean Philippi, 1498_Ville de Grenoble, bibliothèque municipale

 La clientèle des imprimeurs est faite de gens d'église mais aussi de laïcs lettrés, hommes de loi, médecins, professeurs...

Destinés à la clientèle de juristes et de clercs, les libraires diffusent des traités de droit canon ou de jurisprudence, des recueils commentés.

Les compilations comme les commentaires du juriste italien, Balbus de Ubaldis ou de Pietro Monti, sont utiles pour l'administration de la justice.

Le "privilège des foires de lion" fixe le règlement de ces foires locales  organisées depuis le moyen âge par la ville de Lyon. Ce privilège est accordé par le roi de France.

Bribes de droit romain, de droit canon, de droit coutumier, des lois royales, jurisprudences toutes ces normes s'appliquent au XVIe siècle.

Répertoire juridique, partie 1_Pietro Monti_Lyon, Nicolaus Philippi et Marcus Reinhar, 1480_Ville de Grenoble, bibliothèque municipale

De Duobus fratibus et aliis quibuscumque sociis_Baldus de Ubaldis_Pinerolo, Jacob Rubeus, vers 1483_Ville de Grenoble, bibliothèque municipale

Le privillège des foires de lion_Lyon, Mathias Huss, 1494 ?_Ville de Grenoble, bibliothèque municipale

 Les manuscrits et les imprimés restent concurrents jusqu'en 1480 environ.

Il faut du temps à la nouvelle technique pour s'imposer. C'est en raison de son prix qu'à la fin du XVe siècle, l'imprimé supplante le manuscrit. Grâce à la multiplication des points de vente, il est possible d'acheter davantage de livres, plus rapidement et de provenance diverses.

Le livre n'est cependant pas un objet de la vie courante. Au XVe siècle le pourcentage de la population occidentale ayant appris à lire et en capacité d'acheter des livres se situe entre 10 et 15%.

On achète des livres pour leur contenu, pour les consulter, les lire, les annoter mais aussi parce que posséder un livre est un marqueur social.

 Ce grand et bel ouvrage imprimé à Venise, en latin, permet d'étudier un texte classique de Valère Maxime (1er siècle) commenté par un philologue du XVe siècle dont le texte est savamment agencé autour du premier.

Des mains n'ont pas hésité à souligner des passages, à les annoter mais aussi à dessiner des petites figures d'animaux, qui se promènent à travers les pages.

Faits et dits mémorables, livre 9 avec le commentaire d'Oliviero D'Arzignano_Valère Maxime_Venise, Bonetto Locatelli pour Ottaviano Scoto, 1493_Ville de Grenoble, bibliothèque municipale

Cette traduction latine de l'Ethique à Nicomaque, traité philosophique fondateur d'Aristote (384-322 av notre ère), a été abondamment commenté à la plume, tout autour et entre les lignes peut-être par un moine du couvent des Augustins de Grenoble, qui en était propriétaire au XVIIe siècle. L'ensemble de l'ouvrage est annoté de la même façon. 

Pour mémoire, on dit qu'Alexandre le Grand avait toujours avec lui un exemplaire de L'éthique à Nicomaque annoté de de la main de son maître et précepteur, Aristote.

Ethique à Nicomaque_Aristote_Paris, Johannes Higman, pour ls frères de Marnef, 1488_Ville de Grenoble, bibliothèque municipale

Les dernières pages de cet ouvrage imprimé et relié au XVe siècle portent des essais de plume, dessins et annotations qu'on peut dater du XVIIe siècle, ainsi qu'une étiquette et une fiche ajoutées par la bibliothèque municipale au XXe siècle.

Ces marques rendent cet exemplaire unique et raconte l'histoire de sa traversée dans le temps.

A gauche on peut lire "Ex libris Fratis Dnico Trollieti, a quo N Didier, 1647"

Summulae logicales_Jean XXI pape_Lyon, Antoine Lambillon, 1493_Ville de Grenoble, bibliothèque municipale

Le morceau de chaîne métallique attaché à la reliure indique que ce livre, un traité juridique important, a sans doute appartenu à une bibliothèque ouverte au public.

La pratique est courante d'enchaîner les livres à une armoire ou à un pupitre pour éviter les vols et les dégradations. Le livre doit être consulté sur place.

Lectura super codicis_Baldus de Ubaldis et Andrea Barbazza_Lyon, Jacques Sachon, 1514_Ville de Grenoble, bibliothèque municipale

 Cette étiquette indique que l'ouvrage a appartenu à François Du Puy (1450-1521), prieur général de Grande-Chartreuse au début du XVe siècle.

Lors de son entrée en Chartreuse en 1500 à l'âge de 50 ans, il y avait apporté les livres de sa bibliothèque personnelle.

Historiarum ab inclinatione romanorum imperii decades_Flavius Blondus_Venise, Thomas de Blavis, 1484_Ville de Grenoble, bibliothèque municipale

Roger Chartier, écrit dans la préface de D.F. Mc Kenzie, "La bibliographie et la sociologie des textes, Paris, Editions du cercle de la librairie en 1991": 

"Un texte est toujours inscrit dans une matérialité, celle de l'objet écrit qui le porte, celle de la voix qui le lit ou le récite, celle de la représentation qui le donne à entendre.

Chacune de ses formes est organisée selon des structures propres qui jouent un rôle essentiel dans le processus de production du sens.

Pour s'en tenir à l'écrit imprimé, le format du livre, les dispositions de la mise en page, les modes de découpage du texte, les conventions typographiques, sont investis d'une "fonction expressive" et portent la construction de la signification"

Au sortir des presses, les ouvrages sont livrés au libraire en feuilles, ou bien sont reliés. Pour protéger le livre, on utilise des matériaux variés : tissu, parchemin, peaux d'animaux divers posés sur bois ou du carton.
Ici trois exemples de reliures d'incunables.
- Une grande reliure dite "en peau retournée" avec un aspect velouté. En reliure on peut utiliser le côté de la "fleur" du cuir, mais aussi le côté chair. Elle est ornée de cinq plaques rondes en cuivre représentant la Vierge assise, couronnée tenant l'enfant jésus.
- Une "demi-reliure", qui associe du cuir et de simples plats en bois. Les demi-reliures ne sont pas rares étant donné que le cuir est cher. Le raffinement se place ici dans les ornements sur le cuir, et surtout dans le fermoir de cuivre orné de lettres gothiques.
- Une luxueuse reliure en veau de style germanique, caractérisé par des formes savantes de rinceaux et de rosaces. Les livres étant alors conservés à plat, les éléments de cuivre, boulon central et ornières permettent de préserver ce décor délicat.

Les centaines de manuscrits du Roman de la Rose conservées dans les bibliothèques européennes, datés du XIIIe au XVIe siècle, témoignent de l'énorme succès de cette oeuvre.

Elle circule dès 1480 en édition imprimée. Illustré de nombreux dessins à la plume légèrement colorés. Ce manuscrit présente certains avantages pour son propriétaire d'origine, d'un format proche de nos livres de poche contemporains, avec des marges importantes dans le texte, il se feuillette aisément. Les illustrations abondantes suivent de près le récit.

Roman de la rose_Jean de Meung_Manuscrit, vers 1500_Ville de Grenoble, bibliothèque municipale

Issu du premier chapitre de La Nef des Fous, ce "bibliomane", collectionneur fou de livres, illustre toute l'importance symbolique de posséder des livres.

Muni d'un plumeau il précise "Je désire toujours des livres nouveaux auxquels je ne peux rien comprendre....je les préserve de la poussière... je nettoie souvent mes pupitres. Ma maison est décorée de livres, je me contente souvent de les voir ouverts sans rien y comprendre..."

Non sans autodérision, l'auteur commence ainsi sa satire sociale par "L'inutilité des livres", tête du chapitre.

Le bibliomane, reproduction_Sebastien Brant, la Nef des fous_Paris, Geoffroy de Marnef, 1498_Ville de Grenoble, bibliothèque municipale

L'art d'imprimer nous est expliqué en quelques mots.

maquette de presse à bras_XVIe -XVIIIe siècle_Réalisée par Jacques Richaud _Don de Maurice Audin_
(1962)

La casse présentée date de l'Ancien Régime. Elle contient une copie moderne de la fonte de caractères gothiques utilisée par Gutenberg pour imprimer sa célèbre bible à 42 lignes.

La série a été regravée et fondue par Theo Rehak et Alan C Waring de la société Dale Guild Type Foundry.

Le compositeur dispose de caractères un par un sur son composteur pour former la ligne. Il range les lignes de texte au fur et à mesure de leur composition sur la galée, plateau en bois fermé sur deux ou trois côtés.

 Le visorium est une sorte de pince qui permet de tenir les feuillets à composer.
Casse de caractères gothique textura avec galée, composteur et visorium_Collection musée de l'imprimerie et de la communication graphique_ville de Lyon

La bibliothèque municipale de Grenoble a été fondée en 1772, après l’achat par souscription publique de la bibliothèque de Mgr Jean de Caulet, évêque de Grenoble, qui comptait déjà de nombreux ouvrages rares. Cet ensemble a servi de base au fonds ancien de la bibliothèque.

Portrait de Jean de Caulet, évêque de Grenoble (1693-1771)_Gravure sur cuivre_Peint par Ferdinand S Delamonce_gravé par Jacques Cundier, 1731_Ville de Grenoble, Bibliothèque Municipale

Catalogue des livres de la bibliothèque de Jean de Caulet_Manuscrit_XVIIIe siècle_Ville de Grenoble, Bibliothèque Municipale

La majorité des incunables de la bibliothèque provient de Grande Chartreuse, dont les dons exceptionnels au XVe et XVIe siècle de Dom Laurent Blumeneau, chanoine du diocèse d'Emerland (aujourd'hui Nord-est de la Pologne), qui est venu finir ses jours au monastère et de François Du Puy, prieur général de 1503 à 1521, humaniste comme le montre sa collection de 210 ouvrages.

François Dupuy, prieur général de 1503 à 1521, entouré d'autres moines de Grande Chartreuse_Reproduction_Statuts de l'ordre des Chartreux, Bâle, 1510_Ville de Grenoble, Bibliothèque Municipale

Vue du monastère de la Grande-Chartreuse_Jean-Baptiste Bouchet_Gravure, entre 1676 et 1714_Ville de Grenoble, Bibliothèque Municipale

Rare témoignage de la bibliothèque médiévale de la Grande Chartreuse, ce Repertorium librorum domus cortusiae décrit par rubriques les ouvrages possédés par les Chartreux dans le 2e moitié du XVe siècle.

Rien ne permet de déterminer si les titres sont manuscrits ou imprimés, seule la mention de support du papier laisse penser qu'il peut s'agir d'imprimés.

Cet inventaire montre que si les Chartreux sont préparés à l'ascétisme par l'étude de l'Ecritue Sainte et celle de la théologie, ils ont aussi porté leur attention à la jurisprudence, à la grammaire et aux auteurs de textes profanes.
Inventaire des livres manuscrits et imprimé de la Grande Chartreuse_Manuscrit, vers 1500_Ville de Grenoble, Bibliothèque Municipale

Cette collection a été saisie à la Révolution française, en même temps qu'une vingtaine d'incunables provenant des couvents de Grenoble (Dominicains, Augustins, Capucins)

Les anciennes collections privées à Grenoble sous l'ancien régime, celle de Monseigneur de Caulet, évêque de Grenoble, ou  de parlementaires (Jean-François de Ponnat et Claude Expilly, présidents au Parlement du Dauphiné) et quelques unes du XIXe siècle ont contribué à diversifier ce fonds bien représentatif du territoire.

Le premier inventaire de la bibliothèque a été rédigé en 1810 par Jacques-Joseph Champollion-Figeac, bibliothécaire de la ville de Grenoble, qui partage ses découvertes avec Joseph Van Praet, bibliothécaire à la Bibliothèque Nationale.

Portrait de Jacques-Joseph Champollion-Figeac (1778-1867)_lithographie_D'après la photographie de Alophe (1811-1883), pseudonyme d'Adolphe Marie Alexandre Menut_XIXe siècle_Ville de Grenoble, Bibliothèque Municipale

Nathalie Pellechet, bibliographe responsable du Catalogue Général des Incunables des Bibliothèques publiques de France, s'intéresse à la collection de Grenoble.

Portrait Marie Pellechet (1840-1900)_Heliogravure, reproduction_XIXe siècle_Montpellier_ Médiathèque centrale Emile Zola

Edmond Maignien, conservateur de la bibliothèque de Grenoble, n'en établisse le catalogue normalisé à la fin du XIXe siècle.

Portrait d'Edmond Maignien (1847-1916)_Reproduction d'après photographie_XIXe siècle_Ville de Grenoble, Bibliothèque Municipale

Marie Pellechet a été une pionnière féministe dans le monde du livre ancien.

Bibliographe, elle entreprend seule le catalogue général des incunables, parcourant la France avec son appareil photographique.

 Dans cette lettre datée de 1899, elle félicite Edmond Maignien, à l'occasion de la parution de son catalogue sur les incunables de Grenoble, auquel elle a partiellement collaboré en tant que "machine à vérifier". 

Elle a aussi été une généreuse donatrice.

La bibliothèque de Ulysse Chevalier, érudit grenoblois (1841-1923) a été donnée à Grenoble en 1938 par la société Humbert II, société savante qu'il avait fondée à Romans sur Isère.

Bordereau d'acquisition établi par l'antiquaire Ludwig Rosenthal à Munich, pour un achat fait en février 1906 par Ulysse Chevalier _Inséré dans l'ouvrage , Baptiste Spagnoli, Redemporis mundi...historia, Bologne, Bazalerio de' Bazalieri, vers 1489_1906_Ville de Grenoble, Bibliothèque Municipale


La collection fait encore aujourd'hui l'objet de recherches et d'études. Composée de plus de 650 incunables, la collection de Grenoble couvre divers genres (religieux, scientifiques, littéraires) et provient de nombreux ateliers d’imprimeurs européens.

Cette exposition est exceptionnelle car ces incunables par leur ancienneté et leur fragilité sont très rarement exposés, car ils doivent être protégés des variations de la température, de la lumière, de la pollution.

A la fin de cette exposition ils seront remis en réserve et ne pourront plus être exposés pendant 10 ans.


Texte de Paulette Gleyze grâce au commentaire de notre guide et des cartels de l'exposition.

Photos de Gérard Gleyze