vendredi 14 août 2026

L'Abbaye Royale de Fontevraud


Le 05 juin 2026, nous quittons st Nazaire pour Moulins. 

En route nous faisons un crochet par L’Abbaye Royale de Fontevraud qui est l’un des grands sites historiques de la vallée de la Loire, près de Saumur dans le Maine et Loire.

Au début du XIIᵉ siècle, un prédicateur itinérant, Robert d'Arbrissel, parcourt l'ouest de la France. Il attire autour de lui une foule de personnes, des hommes, des femmes, des nobles, mais aussi des pauvres et des marginaux.

Vers 1101, il installe sa communauté à Fontevraud. Il imagine une communauté composée à la fois de femmes et d'hommes et décide que l'ensemble de la communauté sera placé sous l'autorité d'une abbesse.

Cela signifie que les moines eux-mêmes sont soumis à l'autorité de l'abbesse.

En 1115, la première abbesse est Pétronille de Chemillé prononce ses vœux de pauvreté, de chasteté, de silence, d'obéissance et de clôture.

Pétronille, née Pétronille de Craon, était une noble angevine. Elle était veuve du baron de Chemillé lorsqu'elle entre dans la communauté fondée par Robert d'Arbrissel à Fontevraud. 

Les dates exactes de sa naissance sont incertaines, mais elle meurt le 24 avril 1149.

Elle devient en 1115 la première abbesse de Fontevraud, fonction qu'elle exerce jusqu'à sa mort.

Elle administre l'ordre, possède des ressources propres et intervient dans les affaires de ses établissements. 
Elle est aussi associée à la fondation de Boulaur, dans le Gers, en 1142.

Son gouvernement contribue à installer durablement l'Ordre de Fontevraud.
Et elle inaugure une succession extraordinaire, elle est la première d'une succession de 36 abbesses qui vont diriger Fontevraud pendant près de sept siècles, jusqu'à la Révolution française.

Pétronille de Chemillé reçoit Robert d'Arbrissel en 1115 qui lui remet son bâton d'abbesse. Vitrail de N.D. la Neuve de Chemillé (photo wikipedia)

Le succès est rapide. Des établissements dépendant de Fontevraud sont créés dans différents territoires. L'ordre fontevriste finit par posséder un vaste réseau de prieurés, notamment en France, en Angleterre et en Espagne avec l'abbesse de Fontevraud à sa tête.
Fontevraud devient la maison mère d'un ordre religieux international.

Ce que l'on peut dire de la communauté au fil des siècles :

Au début du XIIe siècle, la communauté connaît une croissance très rapide. On parle de plusieurs centaines de moniales à Fontevraud.

Au XIIᵉ siècle, Fontevraud devient le centre d'un ordre très important, avec de nombreux prieurés en France et à l'étranger.

Au XIIIᵉ siècle, l'abbaye reste très importante, mais son développement connaît progressivement des limites.

Au XIVᵉ siècle, la guerre de Cent Ans provoque une période difficile. L'abbaye manque de ressources et de vocations. Elle est proche du déclin.

Au XVᵉ siècle, il y a un renouveau. Les abbesses de la famille de Bourbon vont restaurer et réorganiser profondément l'abbaye.

Au XVIᵉ siècle Fontevraud retrouve une grande puissance. C'est notamment l'époque de Renée de Bourbon, Louise de Bourbon et Éléonore de Bourbon.

Au XVIIᵉ siècle, l'abbaye demeure très prestigieuse. Sous Marie-Madeleine de Rochechouart, elle dirige encore une cinquantaine de prieurés et connaît une période de prospérité.

Au XVIIIᵉ siècle, la communauté existe toujours, mais l'abbaye vit ses dernières décennies. Les religieuses sont finalement expulsées en 1792, après la suppression de l'abbaye pendant la Révolution.

Pendant près de sept siècles, 36 abbesses vont se succéder à la tête de Fontevraud. 

Beaucoup appartiennent à la haute noblesse et certaines sont de sang royal et cette proximité avec la famille royale qui va donner à Fontevraud une importance politique considérable.

Comment s'explique cette situation ?

Depuis le Moyen Âge une fille de famille royale ne se mariait pas forcément.

Les mariages étaient très coûteux et servaient surtout à créer des alliances politiques.

Pour une fille qui ne devait pas être mariée, entrer dans une grande abbaye était une solution honorable.

A Fontevraud une fille de sang royal pouvait y rester dans un environnement correspondant à son rang, avec une éducation et un entourage aristocratiques.

Une des abbesses les plus célèbres est Gabrielle de Rochechouart, sœur de Madame de Montespan, la célèbre favorite de Louis XIV.

Louis XV confie aux religieuses de Fontevraud l'éducation de ses quatre filles cadettes.

Au XVIIIᵉ siècle, l'institution est fréquentée par la haute noblesse et intimement liée à la famille royale.

Nous sommes loin des valeurs de simplicité et de pauvreté du début. 

Les premières communautés vivent dans des conditions très modestes. Mais au fil des siècles, l'abbaye devient une institution puissante, protégée par les rois et fréquentée par les grandes familles. 

Ses bâtiments s'agrandissent, ses décors s'enrichissent et son patrimoine devient considérable.

L'abbaye est particulièrement intéressante parce qu’elle raconte plusieurs histoires superposées à savoir le monastère fondé en 1101, le centre d’un ordre religieux mixte dirigé par des abbesses, la nécropole des Plantagenets, la prison napoléonienne puis lieu culturel.

Elle est aujourd’hui classée au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Nous commençons la visite par la cour du dehors.

Jusqu'à la fin du 18e siècle, la cour située en dehors de la clôture monastique est nommée "la cour du Dehors".

C'était le lieu où arrivaient les personnes, les marchandises, les chevaux et les véhicules. Cette partie était nécessaire au fonctionnement matériel de l'abbaye, c'était le lieu de transitions et d'échanges avec l'extérieur.

On y trouve, des écuries, des bâtiments de ravitaillement et de stockage de marchandises.

Le Palais Abbatial, situé au fond de la cour à droite, est érigé au 17e siècle. Les abbesses de Bourbon logent et accueillent leurs hôtes dans cet espace privilégié.

A la fin du 18e siècle, s'opère une réorganisation de la cour du dehors.
On y accède désormais, en franchissant, un logis porche.

A sa gauche, la fânerie regroupe les écuries de l'abbesse, son équipage et le logement des palefreniers.

Face au porche, une caserne est aménagée en 1828 afin d'héberger les militaires affectés à la surveillance extérieure de la centrale pénitentiaire.

C'est l'actuel bâtiment d'accueil.


Puis nous franchissons l'entrée à la cour d'honneur. Ce passage est important car nous quittons progressivement le monde extérieur pour entrer dans l'espace contrôlé par l'abbaye.


À l'époque monastique, cette séparation avait une signification très concrète.

La communauté religieuse devait pouvoir vivre selon ses propres règles, notamment celles de la clôture. Tout le monde ne pouvait donc pas circuler librement dans les espaces réservés aux religieuses et aux religieux.

Nous avons l'impression d'être entré dans une petite ville. Tout autour se trouvent différents bâtiments, construits à des époques différentes et ayant changé de fonction au cours des siècles.

Cette cour constitue une sorte de zone de représentation.

Fontevraud devait pouvoir recevoir des représentants du roi, des membres de la noblesse, des visiteurs, des personnes venues rencontrer l'abbesse.

Tout le monde ne pouvait être conduit directement dans les espaces réservés à la communauté.

La cour joue un rôle de transition et d'accueil et montre la puissance de l'institution.

Sur le côté de la cour se trouve un bâtiment particulièrement intéressant, la Fânerie.

Son nom vient de sa fonction liée au stockage du foin mais à la fin du XVIIIᵉ siècle la Fânerie est reconstruite pour en faire les écuries de l'abbesse.

L'autre partie importante est le logis de l'abbesse. L'abbesse n'est pas simplement une religieuse vivant comme les autres.

À Fontevraud, elle est la supérieure de tout l'ordre. Beaucoup sont issues de familles nobles et certaines sont proches de la famille royale.

Le logement de l'abbesse doit donc répondre à plusieurs fonctions, habiter, recevoir, administrer et représenter.

À partir du XIIᵉ siècle, Fontevraud entretient des liens privilégiés avec la dynastie des Plantagenets.

Henri II Plantagenêt est enterré à Fontevraud en 1189, son fils, Richard Cœur de Lion, y est enterré en 1199 puis Aliénor d'Aquitaine les rejoint en 1204.

L'abbaye devient ainsi la grande nécropole de cette dynastie, c'est ce qui va donner à l'abbaye une dimension exceptionnelle.

Chaque élément de la cour raconte quelque chose :
La grande entrée parle du rapport entre l'abbaye et le monde extérieur.
La cour de l'organisation et de l'accueil.
Les bâtiments de la vie quotidienne et de l'administration.
Le logis de l'abbesse du pouvoir des abbesses.
La Fânerie et les espaces de service de la dimension économique et aristocratique de l'abbaye.

Et derrière tout cela se trouve le véritable cœur religieux le Grand Moûtier c'est à dire le grand monastère.

Le Grand Moûtier est un ensemble de bâtiments organisés autour d'un cloître, destiné à permettre à la communauté religieuse de vivre, prier et travailler.

Nous pénétrons dans le véritable cœur de la cité monastique.

L’église abbatiale romane construite aux XIIᵉ et XIIIᵉ siècles constitue le cœur monumental de l’ancien complexe monastique.









Le plan de l’église est organisé autour d’une nef unique, relativement large, prolongée par un transept et un chœur. Cette organisation donne à l’espace une grande lisibilité : le regard est naturellement conduit vers la partie orientale, où se déroulait la liturgie.

Plusieurs coupoles successives couvrent la nef et reposent sur de puissants supports. Cette solution architecturale donne à l’édifice une impression à la fois de stabilité et d’élévation.


L’absence de bas-côtés importants contribue également à produire un espace intérieur relativement dégagé.

Les baies percées dans les murs introduisent une lumière naturelle qui contraste avec la masse des murs romans.

Le décor de l’abbatiale reste en grande partie marqué par la sobriété romane. L’architecture elle-même constitue le principal élément décoratif : les arcs, les chapiteaux, les moulurations et le rythme des coupoles structurent visuellement l’espace.


Cette relative retenue correspond bien à la fonction monastique de Fontevraud. Le décor ne doit pas seulement impressionner, il accompagne la prière et la liturgie.

Il faut tenir compte des transformations subies par l’édifice au cours des siècles. La perception actuelle de l’intérieur n'est pas exactement celle qu'avaient les religieux du Moyen Âge, restaurations, destructions et changements de fonction ont profondément modifié l'aspect du monument.

Pour comprendre Fontevraud, il faut parler d'Aliénor d'Aquitaine.

Aliénor a été successivement reine de France puis reine d'Angleterre. Elle épouse Henri II Plantagenêt et devient l'une des femmes les plus puissantes de l'Europe médiévale.

Les Plantagenêt contrôlent alors un immense ensemble de territoires, de l'Angleterre aux terres françaises.

Fontevraud se trouve au cœur de leurs possessions. 
L'abbaye bénéficie ainsi de leur protection et devient progressivement liée à cette dynastie, et devient une nécropole royale.

Les quatre gisants sont ceux de Henri II Plantagenêt, Aliénor d'Aquitaine, Richard Cœur de Lion et Isabelle d'Angoulême.

En 1189, Henri II Plantagenêt (1133-1189), roi d’Angleterre et époux d’Aliénor, est enterré à Fontevraud,

Puis, en 1199, son fils Richard Cœur de Lion (1157-1199), leur fils, roi d’Angleterre, y est également enterré.

En 1204, Aliénor d'Aquitaine, (vers 1122-1204), duchesse d’Aquitaine, reine de France puis reine d’Angleterre et mère de Richard Cœur de Lion et de Jean sans Terre, rejoint à son tour la nécropole familiale.

Et en 1246, Isabelle d’Angoulême (vers 1188-1246), épouse de Jean sans Terre et donc belle-fille d’Aliénor, rejoint les trois premiers.

La présence de ces tombeaux explique en grande partie pourquoi Fontevraud porte le titre d'Abbaye royale.




Le gisant d’Aliénor d’Aquitaine est exceptionnel par sa représentation. Contrairement à l’image traditionnelle du défunt les yeux fermés et allongé dans l’attente du Jugement dernier, Aliénor est représentée lisant un livre. Cette attitude donne au gisant une dimension particulièrement personnelle et intellectuelle.

Elle apparaît ainsi non seulement comme une souveraine morte, mais comme une femme cultivée, associée à la lecture et au savoir. Le livre constitue donc un attribut essentiel de son image.


Le gisant de Henri de Plantagenêt se trouve aux côtés de ceux d’Aliénor d’Aquitaine. Henri II y est représenté avec les attributs royaux et chevaleresques, notamment la couronne, le sceptre, l’épée et les éperons.


Richard Cœur de Lion (1157-1199), roi d’Angleterre de 1189 à 1199, est mort en 1199, après avoir été blessé lors du siège du château de Châlus, dans le Limousin.

La sculpture le représente allongé, les mains jointes sur la poitrine, dans une attitude de repos et de prière. Il porte les attributs correspondant à son rang et à son statut de chevalier. Le gisant ne cherche donc pas à représenter le roi dans une scène d’action.



Le gisant d'Isabelle d’Angoulême (vers 1186–1246), épouse de Jean sans Terre, est représentée en bois polychrome, avec sa couronne et les mains croisées sur la poitrine.


Au cœur de l’abbaye royale de Fontevraud, le cloître était le centre de la vie quotidienne des religieuses. Entouré de galeries, il reliait les principaux bâtiments du monastère et offrait un espace de circulation, de prière et de méditation, à l’écart du monde extérieur.

La journée des moniales était rythmée par les offices religieux, les prières, les repas pris en communauté et les différentes tâches nécessaires à la vie de l’abbaye.

Dans le silence du cloître, elles pouvaient se recueillir, lire ou se rendre dans les salles communes.





Autour de cet espace s’organisait toute la vie monastique : la salle capitulaire, où se prenaient les grandes décisions de la communauté, le réfectoire, consacré aux repas, ainsi que les dortoirs, les espaces de travail et l’église.

Les journées étaient rythmées par les prières, les offices religieux, le travail et les repas pris en communauté. Les religieuses vivaient selon une organisation très précise, alternant moments de silence, de recueillement et de vie collective.

À l’est du cloître on accède à la salle capitulaire. Reconstruite en 1542 sous l’abbatiat de Louise de Bourbon, elle est le lieu où les moniales se réunissent chaque jour pour entendre la lecture de la Règle, pour débattre des affaires de l’abbaye, organiser la vie quotidienne et élire certaines responsables de la communauté.

Ses voûtes relativement basses donnent à l’espace une dimension plus horizontale que celle de l’église abbatiale. Deux fenêtres ouvrant sur le cloître permettaient même aux religieuses qui n’avaient pas « voix au chapitre » de suivre indirectement les débats.





Réalisées au XVIᵉ siècle, les grandes peintures murales racontent des épisodes de la Passion du Christ : Crucifixion, Déposition, Mise au tombeau, Ascension, Pentecôte, Cène ou encore Flagellation.

Parmi les personnages représentés apparaissent les abbesses de Fontevraud elles-mêmes, intégrées aux scènes sacrées.

Le décor religieux devient aussi un décor de pouvoir. Les portraits des abbesses, dont plusieurs appartiennent à la famille de Bourbon, affirment la continuité de leur autorité et leur rôle politique.






La Crucifixion, placée dans l’axe de la salle et du cloître, occupe une place particulière. C’est devant elle que prenait place l’abbesse lorsqu’elle présidait le chapitre. 



A proximité de la salle capitulaire se trouve le réfectoire, lieu où les religieuses prenaient leurs repas en communauté, dans une atmosphère marquée par la règle monastique et la sobriété.

C’est une grande salle voûtée de style roman construite principalement au XIIᵉ siècle. Elle est longue et spacieuse, permettant à toute la communauté de prendre ses repas ensemble.

De grandes fenêtres apportent de la lumière dans la salle, tout en conservant l’aspect monumental du bâtiment.

Son architecture témoigne de la vie monastique, la salle est organisée de manière collective, avec un mobilier simple et une atmosphère qui devait favoriser le silence et la discipline. 

Les repas étaient un moment important de la journée, mais ils étaient encadrés par les règles de la communauté.

L’architecture du réfectoire montre donc bien les principes de la vie monastique : un bâtiment solide, fonctionnel et collectif, où l’espace est organisé pour répondre aux besoins de la communauté.




Les colonnes et leurs chapiteaux participent à la décoration. Les sculptures sont principalement d’inspiration végétale et géométrique, avec des formes stylisées caractéristiques de l’art roman.

Elles ne sont pas seulement décoratives : elles montrent aussi le savoir-faire des sculpteurs du Moyen Âge et donnent un caractère monumental à l’espace. Les motifs sculptés restent relativement sobres, en accord avec la fonction du réfectoire et avec l’architecture monastique.




Après la Révolution française, l’abbaye est fermée comme établissement religieux et transformée en prison.

Les bâtiments changent alors de fonction et connaissent plusieurs aménagements.

Toujours depuis le cloître, nous avons accès aux dortoirs. 

C'étaient des espaces collectifs, ce qui montre que leur vie était peu intime et très organisée par les règles de la communauté.

Leur quotidien était très encadré afin de respecter les principes de la vie religieuse.

Les principales règles étaient :
- Prier régulièrement, notamment à différents moments de la journée.
- Respecter le silence, surtout dans certains espaces comme le cloître ou le réfectoire.
- Prendre les repas en communauté, selon des horaires précis.
- Participer aux travaux nécessaires au fonctionnement de l’abbaye.
- Respecter la hiérarchie et l’autorité de l’abbesse.
- Vivre simplement, avec des vêtements et des biens personnels limités.
- Respecter la vie collective et les autres membres de la communauté.

La vie au quotidien était très organisée et rythmée par les règles de la communauté.

Chaque moment de la journée avait une fonction précise.
Les prières occupaient une place importante dans la journée et rythmaient la vie religieuse.
Les repas étaient pris à des heures définies, généralement en communauté, dans le réfectoire.
Les religieuses rejoignaient les dortoirs selon les horaires prévus par la règle.
Elles participaient aux tâches nécessaires à la vie et au fonctionnement de l’abbaye.
Certaines périodes imposaient le silence et les religieuses devaient respecter l’autorité de l’abbesse.

Elles portaient des habits religieux simples, adaptés à leur vie monastique.

La discipline permettait d’organiser toute la vie de la communauté. Les religieuses alternaient ainsi prière, travail, repas et repos, dans un rythme collectif et régulier.

Légèrement en contrebas du cloître, nous accédons au quartier Saint-Benoît qui se situe à l’est du Grand Moûtier,

Son nom rappelle que l’ordre de Fontevraud était fondé sur la règle de saint Benoît.

C'est une partie de l’abbaye qui avait une fonction très importante dans la vie quotidienne des religieuses. Elle regroupait les infirmeries, destinées aux religieuses âgées ou malades qui ne pouvaient plus suivre complètement la vie monastique habituelle.

Ce lieu comprend une cour et plusieurs bâtiments organisés autour de celle-ci. La chapelle Saint-Benoît, datant de la fin du XIIᵉ siècle, était liée à l’infirmerie.

Les premières infirmeries remontaient au XIIᵉ siècle, mais elles ont été détruites puis reconstruites à partir de 1580, sous l’abbesse Éléonore de Bourbon. 

Éléonore naît en 1532, à Paris, dans la puissante famille des Bourbon. Elle devient abbesse de Fontevraud à partir de 1575.

Elle est la fille de Charles IV de Bourbon, duc de Vendôme, et de Françoise d’Alençon. Elle est la sœur d’Antoine de Bourbon, duc de Vendôme et roi de Navarre, qui sera le père du futur Henri IV.

Elle est donc la tante d'Henri IV.

Contrairement à certaines princesses de son époque qui étaient mariées pour des raisons dynastiques, Éléonore entre dans la vie religieuse.

Elle ne s'est pas contentée de diriger spirituellement l'abbaye. Elle a également entrepris des travaux importants.

Sous son gouvernement, elle fait vitrer le cloître, achever le grand dortoir, reconstruire l'infirmerie Saint-Benoît, qui avait été endommagée par une inondation en 1558.

Lorsqu'Éléonore devient abbesse de Fontevraud en 1575, son neveu Henri est encore un jeune homme pris dans les bouleversements des guerres de Religion. Il deviendra roi de France en 1589, tandis qu'elle reste abbesse jusqu'à sa mort en 1611.

Elle a vécu suffisamment longtemps pour connaître non seulement les guerres de Religion, mais aussi le règne de son neveu et l'avènement des Bourbons sur le trône de France.

Elle meurt en 1611, à Fontevraud, après avoir été abbesse pendant environ 36 ans.

Elle a vécu près de 80 ans, traversant une période qui va de François Ier jusqu'au début du règne de Louis XIII.

Elle est inhumée dans l'abbatiale de Fontevraud.

Le nouvel ensemble était organisé autour d'une cour rectangulaire et comportait des galeries.

Même si l'ensemble ressemble à un cloître, il ne s'agissait pas réellement d'un cloître : les bâtiments étaient avant tout destinés aux soins et au repos des religieuses malades ou âgées.



Au nord de la cour faisant partie de l’ensemble des bâtiments se trouve la chapelle Saint-Benoît, construite au XIIᵉ siècle. 

Elle était liée aux infirmeries et servait à la communauté féminine. Son architecture présente des éléments romans et gothiques angevins.

Au XVIIᵉ siècle, la nef a été transformée. Un plancher a été installé afin d'aménager un logement pour la Grande Prieure. 

Le bâtiment a connu plusieurs fonctions au cours de son histoire.


Les cuisines romanes de l’abbaye sont l’un des bâtiments les plus surprenants du site.
Elles ont été construites vers 1140, donc quelques années seulement après l'époque de Pétronille de Chemillé, première abbesse.

Le bâtiment à une forme octogonale et une étonnante toiture. Elle est hérissée de petites cheminées qui lui donnent une silhouette très particulière.
Pendant longtemps, leur fonction exacte a fait débat. On a même imaginé qu'il pouvait s'agir d'un baptistère, d'une lanterne des morts ou encore d'un lieu lié à une légende locale.

Les recherches archéologiques menées lors de la restauration ont finalement confirmé en 2020 que le bâtiment avait bien une fonction de cuisine.

Il  part d'une base octogonale, puis la construction s'élève et se transforme progressivement jusqu'à la toiture. Les nombreuses cheminées permettaient d'évacuer la fumée provenant des différents foyers. Cette organisation explique en grande partie l'aspect extraordinaire du bâtiment.









L’intérieur des cuisines romanes de Fontevraud est aussi impressionnant que l’extérieur.

L'espace est organisé autour d'une partie centrale élevée, soutenue par de puissants arcs et piliers.

Autour, plusieurs absidioles s'ouvrent dans les murs. Elles étaient associées à des foyers et à des conduits permettant la circulation et l'évacuation de la fumée.

L'extérieur reflète presque directement l'organisation intérieure, les petites cheminées que l'on voit sur le toit correspondent aux différents conduits de fumée. L'ensemble fonctionne un peu comme une gigantesque machine destinée à évacuer la fumée et la chaleur.

Pour une communauté qui pouvait compter environ 300 moniales, il fallait préparer énormément de nourriture. Un document évoque qu'à Fontevraud les repas étaient à base de légumes, poisson ou volaille, pain, fruits, œufs, fromage et vin.

À l'intérieur, se trouve des foyers et des cheminées qui permettaient de préparer les repas de la communauté.

Ce qui est remarquable, c'est la manière dont les architectes ont organisé l'évacuation de la fumée.




Ce bâtiment est une véritable prouesse architecturale médiévale.

A proximité se trouve le restaurant La Terrasse Gourmande.
Il s'agit de l’ancienne Orangerie de Fontevraud qui abritait pendant l’hiver les orangers, citronniers et autres plantes fragiles qui ne pouvaient pas supporter le froid.
Elle était directement tournée vers les jardins.

L'abbaye ne se limitait pas aux bâtiments. Elle s'inscrivait dans un vaste paysage composé de cours, jardins, espaces boisés et terres agricoles.

Le site et ses abords bénéficient aujourd'hui d'une protection sur plus de 175 hectares, qui englobe l'ensemble abbatial, ses abords et le paysage environnant.

Les jardins occupaient une place importante dans la vie quotidienne de l’abbaye de Fontevraud. Ils avaient une fonction pratique, puisqu’ils permettaient aux religieux et aux religieuses de se nourrir et de se soigner.

On trouvait plusieurs types de jardins :

Le potager, situé près des cuisines, servait à cultiver les légumes nécessaires à l’alimentation de la communauté.

Le jardin bouquetier, près de l’église, fournissait des fleurs utilisées notamment pour la décoration et les cérémonies religieuses.

Le jardin médicinal, situé près des infirmeries, permettait de cultiver des plantes utilisées pour soigner les malades.

Le verger fournissait différents fruits.

Les cultures étaient organisées en carrés de plantation, parfois surélevés et séparés les uns des autres.




En 1789, la Révolution met fin à 700 ans de vie monastique.

Les biens de l'Église sont confisqués et les communautés religieuses sont supprimées.

En 1792, les dernières religieuses quittent Fontevraud. L'immense abbaye se retrouve alors sans communauté.

Elle est abandonnée et subit des pillages. Les habitants récupèrent notamment des pierres, du bois et des éléments de construction.

A partir de 1804, Napoléon décide de transformer l'ancienne abbaye en prison.

Pendant environ dix ans, des travaux ont lieu et les bâtiments sont profondément transformés pour leur nouvelle fonction.

Le 3 août 1814, la maison centrale ouvre officiellement ses portes et accueille environ 500 condamnés.

L'ancienne cité monastique devient alors une immense prison. Hommes, femmes et enfants peuvent y être détenus.

Au total, Fontevraud accueillera près de 2 800 prisonniers et acquiert la réputation d'être l'une des prisons les plus dures de France.









Pendant des siècles Fontevraud a connu prière, silence et contemplation.

Puis pendant environ 150 ans, enfermement, travail, surveillance et punition.

Une prise de conscience patrimoniale se développe en France après guerre. Le ministère de la Justice décide la fermeture de la prison qui ferme définitivement en 1963.

À partir des années 1960-1970, un immense travail de restauration commence, mais les restaurateurs découvrent que la prison a laissé des traces importantes dans l'architecture.

Certaines installations sont finalement conservées comme témoignages historiques.

Fontevraud redevient progressivement un monument historique. En 1975, elle devient un Centre Culturel de Rencontre.

Fondée au XIIᵉ siècle, Fontevraud a accueilli une importante communauté de femmes et est devenue l’une des plus prestigieuses abbayes du royaume.

Son organisation était exceptionnelle. L’abbaye était dirigée par une abbesse, qui exerçait son autorité sur les communautés féminine et masculine présentes sur le site.

Ce qui rend Fontevraud fascinante, ce n'est pas seulement son ancienneté, c'est aussi que le bâtiment a successivement été un lieu de prière, une résidence de princesses et d'abbesses, une nécropole royale, une prison et aujourd'hui un lieu de culture.
 
Aujourd'hui, elle appartient au site du Val de Loire inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO.


Texte de Paulette Gleyze

Photos de Paulette et Gérard Gleyze