lundi 2 mars 2026

Exposition "Présences juives entre Alpes et Rhône-Alpes"

 

Du 28 novembre 2025 au 21 septembre 2026 se tient au Musée Dauphinois de Grenoble  l'exposition https://ballades-page3873.blogspot.com/2026/03/exposition-presences-juives-entre-alpes.html

Nous visitons cette exposition le 15 février 2026.
Le musée Dauphinois

Vue de Grenoble depuis le musée

Cette exposition met en lumière la présence juive bimillénaire dans la région entre le Rhône et les Alpes, un sujet souvent méconnu dans l’histoire nationale.

Elle raconte cette histoire sur le long terme, depuis l’Antiquité jusqu’à aujourd’hui, en montrant la diversité, les liens culturels et la richesse des communautés juives locales, mais aussi les périodes de rejet et de persécution.

Depuis plusieurs décennies, le Musée Dauphinois présente la diversité culturelle du territoire.

En dédiant des expositions aux Isérois d'origine italienne, grecque, arménienne, maghrébine et plus récemment les cultures tziganes, le musée entreprend, sur le temps long, le récit mémoriel des habitants.

Relativement ignorée dans le récit national, l'histoire de la présence juive n'est pas mieux connue dans notre région.

Pourtant les juifs sont attestés depuis l'antiquité avec des foyers d'implantation le long du Rhône, d'Arles à Vienne, bien avant les grandes expulsions qu'ils subissent au Moyen Âge.

En poursuivant l'histoire jusqu'à nos jours, cette exposition illustre la richesses des cultures juives dans la France contemporaine.

Ce projet, conduit en relation avec le musée d'art et d'histoire du judaïsme et des familles juives, souligne le caractère pluriel de la judéité.

L’histoire juive est l’une des plus anciennes traditions continues du monde. Elle s’étend sur plus de 3 000 ans et mêle religion, culture, diaspora, persécutions et renaissance nationale.

Les origines bibliques et peuple d’Israël date d'environ −1800 à −586. Selon la tradition, l’histoire commence avec les patriarches, Abraham, considéré comme le père du monothéisme hébraïque, Isaac et Jacob . L’épisode central est l’Exode sous la conduite de Moïse, marquant la sortie d’Égypte et le don de la Torah. Les Hébreux s’installent en Canaan.

Un royaume d’Israël apparaît avec les rois Saül, David et Salomon constructeur du Premier Temple à Jérusalem.
La destruction du Temple par Babylone (586 avant notre ère) inaugure la première grande diaspora.

De 538 avant notre ère à 70, les Juifs retournent partiellement à Jérusalem et construisent le Second Temple. C'est la période et de la domination étrangère avec les Perses, le Grecs puis les romains. Les évènements majeurs pendant cette période ce sont la révolte des Maccabées, la diversité religieuse (pharisiens, sadducéens, esséniens), la destruction du Second Temple par Rome en 70.
C'est le moment fondateur du judaïsme rabbinique.

Après 70 jusqu'au XVe siècle, la vie juive se déplace vers la diaspora : Babylone, Afrique du Nord, Europe et Moyen-Orient. C'est pendant cette période qu'est rédigé le Talmud, que se développent les communautés séfarades et ashkénazes. et aussi les persécutions (croisades, expulsions, ghettos).

Du XVIe siècle au début XXe siècle c'est l'époque moderne, l'émancipation et l'antisémitisme.
Cette époque voit l’émancipation progressive en Europe occidentale, la Haskala (Lumières juives), la montée de l’antisémitisme moderne et des pogroms en Europe de l’Est.
Le mouvement sioniste émerge avec Theodor Herzl, prônant un foyer national juif.

De 1933 à 1948, c'est la Shoah et la création d’Israël (1933 – 1948). 
L’extermination de six millions de Juifs par l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale constitue la catastrophe centrale de l’histoire juive moderne. 
En 1948 est proclamé l’État d’Israël sous la direction de David Ben Gourion.

Aujourd’hui, l’histoire juive se caractérise par la vie en Israël et la poursuite du conflit israélo-arabe, une diaspora mondiale dynamique (États-Unis, Europe, Amérique latine) et un renouveau culturel, religieux et académique.

Les origines et une présence bimillénaire est la première séquence du parcours de l’exposition. Elle retrace l’histoire de la présence juive entre le Rhône et les Alpes sur près de 2000 ans.

L'exposition débute par une bande dessinée qui retrace deux mille ans de présence juive, des objets, archives et documents historiques illustrent cette longue présence qui va de l'installation des premiers juifs en Provence au 1er siècle de notre ère, jusqu'à l'affaire Dreyfus à la fin du 19e siècle.

Ce récit est marqué par de profonds changements : l'essor de la christianisation, les premières discriminations à la fin de l'antiquité, les expulsions médiévales, le maintien des communautés juives aux marges du royaume sous l'Ancien Régime, l'émancipation sous la Révolution, l'intégration dans la France du 19e siècle,  et enfin la naissance de l'antisémitisme moderne qui entraînera la déportation de quelque 76 000 juifs.

Au gré de ces évolutions, les pouvoirs religieux et politiques ont longtemps manifesté leur hostilité à l'égard des juifs.














Bien que les premières découvertes du patrimoine juif remontent au milieu du 19e siècle, l'archéologie de la présence juive en France demeure une discipline scientifique émergente, dynamisée par le développement récent de l'archéologie préventive.
A partir de 1980, des archéologues découvrent de nombreux vestiges attestant de la présence de communautés juives en Dauphiné et en Provence, dont les plus anciennes remontent à l'Antiquité.
Des cimetières, des synagogues, des bains rituels sont mis à jour, enrichissant les connaissances apportées par les archives et permettant la prospection et la mise en valeur des vestiges.

La première séquence de l'exposition éclaire sur la pénétration des populations juives au fil des siècles, leur installation, et les transformations de leurs modes de vie à travers les périodes antiques, médiévales et modernes.

Elle est agrémentée par les premières attestations archéologiques de communautés juives dans cette vaste zone géographique, par exemple via des vestiges découverts (comme le sarcophage de Pompée la Juive à Arles, IIIᵉ siècle).

Découvert lors des travaux de voierie à Arles en 2009, ce sarcophage double, porte l'inscription Pompeia Ludea, ou Pompée la juive, mention épigraphique la plus ancienne du nom d'un juif vivant sur le territoire de la France actuelle. 
Le prénom de Pompée est portée par de nombreuses romaines. L'ajout de la judéité revêt un caractère exceptionnel. L'inhumation dans ce sarcophage monumental témoigne du rang social élevé occupé par cette femme juive.
Sarcophage de Pompeia Ludea et Cossutius Eutycles_sarcopgage double en calcaire, Arles, Bouches du Rhône, 3e siècle_Collection du Musée Départemental Arles antique_Photographie Aurore Valade

Dès l’époque romaine, des communautés juives sont attestées dans le sud de la Gaule, avec des inscriptions funéraires avec symboles juifs (menorah, shofar).
Epitaphe hébraïque de Samuel, fils de Rabbi Salomon_stèle funéraire, pierre de Crillon gravée, Carpentras, Vaucluse, 13e siècle_Collection Bibliothèque-musée inguimbertine, Carpentras, Vaucluse.

La lampe à huile ci-dessous a été mise à jour sur la commune d'Orgon à 7 kilomètres de Cavaillon, en mars 1967. 

Le lieu de la découverte aurait été un magasin ou un entrepôt au vu du grand nombre de tessons qui ont été retrouvés.

Ce vestige serait originaire de la région de Rome, qui abrite une communauté juive depuis le 2e siècle avant notre ère. 

La lampe d'Orgon datant du 1er siècle est l'objet juif le plus ancien trouvé sur le territoire français.
Lampe à huile ornée de deux chandeliers, dite lampe d'Orgon_Terre cuite moulée, Orgon, Vaucluse_1er siècle avant notre ère, restaurée en 2013_Collection Musée Juif comtadin de Cavaillon, Vaucluse

Après le bannissement des juifs en France en 1394, certains trouvent refuge dans le Comtat Venaissin et à Avignon, alors Etats Pontificaux.
Bien que discriminés, ceux que l'on nomment "les juifs du pape" y bénéficient d'une protection relative, inspirée par la doctrine de saint Augustin.
Selon ce dernier, les juifs, du fait de leur alliance avec Dieu, constituent un peuple témoin dont l'abaissement vient prouver la prééminence de la nouvelle alliance qu'est le christianisme.
Initialement dispersés dans tout le Comtat, ils seront finalement cantonnés dans les seules villes d'Avignon, Carpentras, Cavaillon et l'Isle sur la Sorgue, dans des quartiers clos la nuit, "les carrières".
Le port de signes distinctifs leur est imposé et nombre de métiers leur deviennent inaccessibles, à l'exception du prêt d'argent.

A partir de 1624, Carpentras, Avignon, l'Isle sur la Sorgue et Cavaillon sont les seules villes de l'Etat français du Pape, où les juifs sont contraints de résider dans des "carrières" (de l'occitan carriera qui signifie,"rue" ou "juiverie")
Le Comtat Venaissin_Détail de la carte réalisée sur papier par le graveur-cartographe Clauseau, 17e siècle_Collection Institut Calvet, fonds Jouve, en dépôt au Musée Juif Comtendin de cavaillon, Vaucluse

La présence de cette synagogue est attestée dès 1527. 
Abandonnée après la Révolution, elle a été rasée en 1856. Les fouilles révèlent la présence de deux fours à pain et de deux espaces indépendants : la salle des femmes au rez de chaussée et la salle des hommes à l'étage abritant une tribune et l'arche sainte, organisation caractéristique des synagogues du Comtat.

Ce bâtiment était au coeur de la vie religieuse et sociale de la communauté pendant près de trois siècles.
Fouille archéologique du site de l'ancienne synagogue de L'Isle sur la Sorgue_Vue aérienne par drone, L'Isle sur la Sorgue, Vaucluse, mars 2022_Collection Service communication de L'Isle sur la Sorgue

Attestée pour la première fois en 1268, la population juive isloise ne comprend que trois feux.
En 1414, douze feux sont dénombrés sur l'ensemble de la commune. Une synagogue est mentionnée en 1490. Une seconde sera construite en 1527. Lorsque la citoyenneté française est accordée aux juifs en 1791, la carrière est démantelée par les destructions révolutionnaires et du fait du départ des habitants.
Situation de la seconde "juiverie" de L'Isle sur la Sorgue_Cadastre dessiné à l'encre sur papier par Auguste Cormaud, L'isle sur la Sorgue, Vaucluse, 1828_Collection Département du Vaucluse_Photographie de Frédéric Pauvarel

Ce plan montre l'emprise de la "juiverie au coeur de la ville. Le nombre d'accès est restreint. Ses portes étaient fermées la nuit. La rue Jérusalem dessert l'ensemble des habitats. La parcelle colorée en bleu correspond à la synagogue.
Situation de la seconde "juiverie" d'Avignon_Cadastre dessiné à l'encre sur papier par  Guillon père, géomètre en chef et par les géomètres Frederic Mégier et Alphonse Rouvière, Avignon, Vaucluse, 1819_Collection Archives départementales de Vaucluse_Photographie Sarah Bossy.

Au Moyen Âge, de nombreuses villes françaises possèdent une "carrière" ou  “juiverie” (quartier juif).

Les carrières du Comtat Venaissin sont des de véritables ghettos, des quartiers fermés dont sont exclus les chrétiens. 
Resserrés sur une rue ou une place, autour de la synagogue, ils présentent une densité extrême, faute d'extension possible.
La population augmentant, les immeubles sont surélevés, jusqu'à huit étages à Carpentras. Pour faciliter la circulation, de nombreux passages sont aménagés d'un immeuble à l'autre.
la boucherie, les fours à pain et les bains rituels répondent aux besoins de la vie communautaire. Les édifices adoptent le style de l'architecture locale.

Des maisons, des bains rituels (mikvaot), des caves d’étude, des rues identifiées comme quartiers juifs on été découverts.

"Rue aux Juifs", "Place de la juiverie" quand les noms des espaces publics rappellent une présence juive disparue.
Plus de 530 rues "aux juifs", de "la juiverie" et leurs variantes régionales sont recensées aujourd'hui en France. Elles témoignent de l'existence d'une rue juive ou d'un quartier juif au Moyen Âge, dont le nom a été conservé au fil des siècles, malgré la disparition de ses habitants juifs.
Chambéry_Rue juiverie_carte postale, Julien frères_Editeurs_photographes à Genève_Chambéry, Savoie, début du 20e siècle_Collection musée d'art et d'histoire du judaïsme, Paris

Auguste Prudhomme assis tenant serré contre lui Charles, neveu du peintre Pierre Bonnard_Photographie Pierre Bonnard, Le Grand Lemps, Isère, 1900_Epreuve sur papier albuminé à partir d'un négatif sur film souple au gélatino bromure d'argent

Cet immeuble a été construit de 1760 à 1765, pour les familles d'Isaac et David Aaron de Beaucaire sur l'emplacement de maisons acquises à des propriétaires chrétiens. Son plan en U oriente l'ensemble des ouvertures de l'immeuble vers l'impasse, ainsi que le requérait la législation pontificale.
Cette configuration permet l'entrée de la lumière dans le bâtiment, alors que les ouvertures vers l'extérieur de "la juiverie" étaient interdites.

L'hôtel Beaucaire_L'Isle sur la Sorgue, Vaucluse 18e siècle_Région Provence-Alpes-Côte d'Azur, Inventaire général_Photographie Frederic Pauvarel, 2018.

L’Arche sainte, appelée aussi Arche d’Alliance, est l’un des objets les plus sacrés du judaïsme. Selon la Bible, elle contenait les Tables de la Loi données à Moïse sur le mont Sinaï.

L’Arche est décrite dans le Livre de l’Exode comme un coffre en bois d’acacia recouvert d’or à l’intérieur et à l’extérieur, surmonté de deux chérubins en or se faisant face et transporté à l’aide de barres latérales.

Elle symbolise la présence divine et l’alliance entre Dieu et le peuple d’Israël.
Dans la tradition, elle accompagne les Hébreux pendant l’Exode, elle est placée dans le Saint des Saints du Tabernacle puis dans le Temple de Jérusalem construit par Salomon.

Après la destruction du Premier Temple par Babylone (−586), l’Arche disparaît.

Même disparue, l’Arche reste un symbole central. Dans les synagogues, l’armoire contenant les rouleaux de la Torah rappelle l’Arche, elle représente la Loi, la mémoire et la présence divine.

Dans toute synagogue, l'arche sainte est l'armoire abritant les rouleaux de la Torah. Elle est aménagée en direction de Jérusalem.
Cette arche sainte, unique en France pour la période médiévale, est ornée d'une étoile à six branches, l'un des plus anciens symbole du judaïsme. Elle porte l'inscription en hébreu "La doctrine de l'Eternel est parfaite, la pure" Psaumes 19,8.
Arche sainte de la synagogue médiévale de Saint Paul les Trois Châteaux_Calcaire et bois_Saint Paul les Trois Châteaux_Drôme, 1451_Collection Musée d'archéologie tricastine_Photographie, Bernard Coste

Les premiers mots des 10 commandements sont inscrits sur la face interne des ventaux.

Ventaux de l'arche de la synagogue de Cavaillon_Motifs de chandelier juif à sept branches ou menorah, et inscriptions hébraïques peints sur bois, 16e siècle, restaurée en 2012_Collection Musée Juif Comtadin de Cavaillon, Vaucluse

La synagogue de Cavaillon reconstruite à la fin du 18e siècle se distingue par son architecture baroque de style Louis XV, ornée de moulures décorées à la feuille d'or.
L'édifice est classé monument historique en 1924.
La synagogue de Cavaillon, 15e siècle_collection Musée juif Comtadin de Cavaillon 8photographie Frederic Pauvarel, 2019

Devant l'Arche Sainte posent Achille Astruc (1846-1925) et son épouse Lucie Aaron (1854-1920. Ils sont les derniers juifs comtadins de Cavaillon.

M et Mme Astruc dans la synagogue de Carpentras_Photographie prise par la famille Jouve, Carpentras, Vaucluse_mars 1913_Collection Institut Calvet, fonds Jouve, en dépôt au musée juif comtadin de Cavaillon.

En France, avant l’état civil républicain datant de 1792, les évènements étaient enregistrés dans la communauté religieuse.

Dans la communauté juive il y avait , le registre communautaire (pinkasim), le Ketoubot (contrats de mariage religieux), le registre de circoncision (naissances masculines), le registre d’inhumation.

Ces documents sont aujourd’hui dispersés entre bibliothèques, centres d’archives juifs et collections privées.

Cet acte de mariage religieux, ou ketoubbah, rédigé en araméen, énonce la liste des obligation que le marié s'engage à remplir à l'égard de son épouse tant durant la vie maritale qu'en cas de divorce. Ce document est conservé par l'épouse ou ses parents. Les ketoubbot, généralement très décorées sont dépourvues de tout décor dans le Comté Venaissin
Acte de mariage de Noémie Cresque et Rabbi Mossé_Encre sur parchemin, L'Isle sur la Sorgue, Vaucluse, 116 novembre 1798_
Collection Musée Juif comtadin de Cavaillon, Vaucluse

Ce contrat établi en août 1346, prévoyait le mariage de Hanan et de Rose en décembre de la même année. Les parents repoussent leur union en mai 1348.
Or à cette date, les juifs sont rendus responsables de la peste noire.
Plusieurs massacres sont attestés en Dauphiné. A Veynes, 33 juifs périrent et parmi eux, sans doute, Hanan et Rose.
Manuscrit hébraïque, encre sur parchemin, Veynes, Hautes Alpes, 14e siècle_Collection Bibliothèque municipale de Grenoble

Les cimetières juifs médiévaux (environ XIᵉ–XVe siècle en Europe) sont parmi les sources les plus précieuses pour comprendre la présence juive ancienne. 

Beaucoup sont aujourd’hui des sites archéologiques, parfois uniques survivances de communautés disparues.

Ils présentent plusieurs traits typiques :
Inhumation permanente (absence de réutilisation des tombes)
Stèles serrées et parfois superposées faute d’espace
Inscriptions majoritairement en hébreu médiéval
Symboles religieux sobres (mains sacerdotales, couronnes, livres)
Orientation des tombes vers Jérusalem.

Beaucoup ont été abandonnés après expulsions ou pogroms.

La France a perdu beaucoup de cimetières juifs médiévaux à cause des expulsions royales (XIIIᵉ–XIVᵉ siècles), des destructions et réutilisations des pierres, de l'urbanisation.

Cependant, des traces archéologiques existent à Paris médiéval (rive gauche), à Rouen, à Strasbourg, à Troyes, à Carpentras, à l'Isle sur la Sorgue et à Manosque.

Le cimetière juif de l'Isle sur La Sorgue est situé à trois kilomètres de la ville. La première mention de cet espace funéraire remonte à 1476.

Une partie est plantée de platanes.
L'autre partie comporte une quarantaine de stèles réparties en enclos familiaux et tombes éparses érigées entre 1835 et 1939. 

Ces vestiges témoignent de solidarités familiales, mais aussi de l'intégration des juifs dans la société locale des 19 et 20e siècles, comme le montre la tombe d'Adolphe Michaël Israël Abram, juge de paix de la ville de 1870 à 1874.
Tombe d'Adolphe Michaël Israël Abram, cimetière juif de L'Isle sur la Sorgue, Vaucluse_Photographie Frédéric Pauvarel, 2018

Fin 2019, des ossements humains ont été mis à jour lors de la construction d'une maison à la périphérie de Manosque. La fouille préventive révèle le vaste cimetière de la communauté juive médiévale de la vile.

Mentionné pour la première fois en 1241, ce cimetière est la plus importante nécropole juive médiévale fouillée en France.

Il permet d'estimer la population entre 200 et 250 personnes au 14e siècle.

Le cimetière juif de Manosque en fin de fouille_Vue aérienne_Manosque, Alpes de Haute Provence, 2020_Collection service départemental d'archéologie des Alpes de Haute Provence.

En 1876, la ville de Grenoble répond favorablement au conseil presbytéral qui demande l'agrandissement de la partie du cimetière de saint Roch affectée aux sépultures protestantes, devenue trop exiguë. 

La question de l'aménagement d'une clôture séparant le cimetière juif des autres carrés suscitera quelques échanges épistolaires entre la communauté juive, dépendant alors du consistoire de Marseille et la ville de Grenoble
Plan du projet d'agrandissement du carré des protestants dur le carré IV du cimetière Saint Roch de Grenoble_Encre et aquarelle sur papier, Grenoble, 1876_Collection des archives municipales et métropolitaines de Grenoble

A partir du milieu du 19e siècle, de rares chercheurs, comme Eliakim Carmoly, rabbin et érudit juif alsacien, accordent une attention aux sites archéologiques juifs.

L'archiviste isérois Auguste Prudhomme publie "Les juifs en Dauphiné aux XIVe et XVe siècle" et le marquis Costa de beauregard, des Notes et documents sur la condition des juifs en Savoie au Moyen Âge.
Les juifs en Dauphiné aux XIVe et XVe siècles par A Prudhomme_Editeur, imprimerie Gabriel Dupont, Grenoble, 1883_Collection Musée Dauphinois, Isère 

Charles-Albert Costa de Beauregard (1835-1909) est un historien et homme politique savoyard et français. Dans cet article, il relate, entre autre, la persécution subie par les juifs de Savoie lors de la grande épidémie de choléra de 1846.
Notes et documents sur la condition des juifs en Savoie dans les siècles du Moyen Âge par Maurice Costa de Beauregard_Paru dans les Mémoires royale de Savoie, seconde série, tome 2, Chambéry, imprimerie de Puthod fils, 1854_Collection Musée Savoisien, Chambéry, Savoie

La bible hébraïque est constituée du Pentaqueute des prophètes et des Hagiographes.
Bible hébraïque_Etienne Robert, imprimeur du roi, Paris entre 1540 et 1550, restauré en 2011_Collection Musée Juif comtadin de Cavaillon, Vaucluse

A la question "les juifs peuvent ils être des citoyens comme ls autres ?" La France révolutionnaire est confrontée à des débats intenses. L'essai rédigé par l'abbé Grégoire apporte une réponse affirmative et déterminante : "Le 27 septembre 1791, l'Assemblée Nationale Constituante vote la loi émancipant tous les juifs de France". Cet exemplaire a été spolié par les nazis en 1940 comme le montre le tampon allemand
Essai sur la régénération physique, morale et politique des juifs par l'abbé Grégoire_Ouvrage couronné par la société royale des sciences et des arts de Metz, le 23 août 1788_Claude Lamort, imprimeur, Metz, 1789_Collection Bibliothèque de l'Alliance Israélite Universelle, Paris

La deuxième séquence de l'exposition s’intéresse à la diversité des identités et des pratiques juives contemporaines, notamment dans la région de Grenoble et plus largement en Isère.

À partir de témoignages de personnes vivant aujourd’hui, le parcours montre comment se vivent aujourd’hui les traditions, la citoyenneté, la religion, les fêtes, la musique ou encore la gastronomie juives.

Cette partie met l’accent sur la pluralité des expériences et des façons d’être juif au XXIᵉ siècle, loin des idées reçues.
Toutes une série de photos représente des personnes. Volontairement, je ne les reproduit pas ici, par souci de discrétion pour ces personnes (parti pris dans tous mes blogues).

"Nous les juifs, sommes incapables d'être d'accord avec une phrase qui commence par "Nous les juifs" Amos Oz (1939-2018), poète, romancier, essayiste israélien. 
"Deux juifs, trois opinions", Blague juive

Qu'est-ce qu'être juif , Etre juif revêt une signification religieuse mais aussi un sentiment d'appartenance à un peuple.
Pour les rabbins orthodoxes, sont juifs les enfants nés de mère juive (ou convertie selon un protocole rigoureux).
Toutefois ce critère exclut de nombreuses personnes d'origine ou de culture juive, attachées à leur identité.
A contrario, il inclut malgré eux des individus en rupture avec leurs origines.
Ainsi on peut être juif sans être considéré comme tel, ou ne pas se sentir juif alors qu'on est perçu comme tel.

Rares sont en France les identités aussi multiples que la judéité. La France a accueilli des juifs de tout le continent européens et du pourtour de la méditerranée, aux traditions très variées. Pour chaque individu se mêlent ses origines géographiques,, juifs alsaciens ou lorrains, comtadins ou de la côte aquitaine, d'Europe centrale et orientale, de la Méditerranée de tradition arabophone ou hispanophone, à des vécus très divers, de l'observance la plus scrupuleuse à l'athéisme le plus affirmé.
Leur sentiment identitaire peut être très vif  ou au contraire émoussé.
Pour certains, la vie communautaire est essentielle pour d'autres, la judéité se résume à l'appartenance à une une collectivité historique marquée par la Shoah et un profond attachement à la France des droits de l'Homme.

Le judaïsme est une religion centrée sur l'étude de la Torah (Les cinq premiers livres de la bible hébraïque ou Pentateuque) considérée par la tradition comme la "loi écrite" révélée à Moïse au Mont Sinaï, mais dont le sens ne peut être appréhendé sans la "loi orale", c'est à dire l'ensemble des commentaires et interprétations progressivement consignés par  écrit, à commencer par le Talmud (achevé vers 500 de notre ère).
Ainsi la bibliothèque juive déborde de livres se répondant de générations en générations, en un dialogue ininterrompu des origines à nos jours.

Transmise depuis l'Antiquité par la tradition orale, les textes bibliques, la littérature rabbinique ou les écrits ésotériques, la mythologie juive est riche d'histoires et de personnages. 
Le léviathan, monstre marin évoqué dans la Bible, personnifie le chaos.
Le Golem, créature d'argile façonné par l'homme, échappe à tout contrôle.
Le Dibbouk, esprit du défunt, prend possession des vivants.
La Kabbale explore les mystères de la création et la nature de l'Eternel.
Expressions d'angoisses et d'espoirs, source de réflexion sur le bien et le mal, sur la relation entre l'humanité et le divin, des récits inspirent la littérature, le théâtre et le cinéma.

En 2025, la population juive mondiale est estimée à environ 15,7 millions de personnes, soit 0,18% de la population mondiale de 8,3 milliards de personnes. 
Après Israël et les Etats Unis, la France a la troisième plus importante communauté juive.
7,1 millions (45%) de juifs vivent en Israël , 6,3 millions (40%) aux Etats Unis et 0,5million (3%) en France. Les 12% restants sont dispersés dans le monde.
Le nombre de juifs reste inférieur à celui de 1939 (16,6 millions), avant le déclenchement de la seconde guerre mondiale.
Si une présence juive est attestée dès l'antiquité sur le territoire de la France, ce qui caractérise le judaïsme français, c'est son extrême diversité.
Au Moyen Âge, le nord de la France est un grand centre du judaïsme Askhénaze, tandis que le Languedoc et la Provence sont liés au judaïsme espagnol Séfarade.
Entre les grandes expulsions de la fin du Moyen Âge et la Révolution, des communautés d'origine diverses subsistent ou se recréent sur les marges du royaume, en Aquitaine avec les juifs venus de la péninsule ibérique, dans le Comtat Venaissin, ainsi qu'en Lorraine et en Alsace.
A ces communautés traditionnelles viennent s'ajouter, au fil des migrations des juifs d'Europe Centrale ou Orientale, de l'Empire Ottoman, puis d'Afrique du Nord.
Ces différents groupes se distinguent non seulement par leur histoire, mais aussi par leurs langues, leurs rites et leurs plats favoris.

Pour un juif de la diaspora, le terme hébreu Aliyah, littéralement "montée" désigne le fait de s'installer en Israël. De multiples raisons peuvent motiver ce départ : le souhait de s'établir en "Terre Sainte" dans une démarche spirituelle, de rejoindre des membres de sa famille, de vivre dans un pays à majorité juive, les promesses d'une réussite économique, la défense de l'Etat d'Israël, la peur de l'antisémitisme ...

A l'origine Sion, est le nom d'une colline située au sud-ouest de Jérusalem. Par extension le mot désigne la ville dans son ensemble voire toute la "Terre Sainte".
Ainsi la Bible écrit-elle, l'édification à Sion du premier et du second Temple, coeur du judaïsme antique, qui deviendra également un lieu saint pour le christianisme et l'islam. Le terme sionisme, qui désigne l'aspiration à un Etat juif en "Terre Sainte", trouve son origine dans cette appellation.

Traditionnellement organisé en communautés, sans autorité supérieure, le judaïsme est depuis toujours traversé par des courants divergents dans leur interprétation plus ou moins littérale de la loi juive et leur rapport à la modernité : on rencontre aujourd'hui en France des libéraux, des traditionnalistes, des orthodoxes, des ultra-orthodoxes...

L'hébreu est considéré par la tradition rabbinique comme la langue divine à partir de laquelle Dieu aurait créé le monde. La langue exclusive de la Bible hébraïque, c'est la langue sainte par excellence.
Jusqu'à la modernisation de l'hébreu, au tournant des 19e et 20e siècle, les juifs ne parlent pas hébreux dan leurs échanges au quotidien.
Diverses langues juives émergent au sein de la diaspora à partir des langues locales : judéo-arabe, judéo-espagnol, judéo-italien, judéo-provençal... Le yiddish étant une langue alémanique, intégrant dans ses formes orientales quelques éléments slaves.
Dans toutes ces langues, les racines hébraïques restent présentes dans une partie du vocabulaire, notamment les mots d'origine religieuse.

'Heureux comme un juif en France", cette expression est utilisée au 19e siècle par les juifs d'Europe et de Méditerranée, pour qualifier la France, premier pays à leur avoir accordé des droits civiques.
En effet, dans le sillage des Lumières, la Constituante accorde la citoyenneté aux juifs en 1791.
Après des siècles d'assignation dans des quartiers réservés, des restrictions à leur circulation et à leurs profession, ainsi que l'imposition à des taxes particulières, ils deviennent des citoyens à part entière.
L'exercice de toutes les professions devient possible, y compris des plus hautes fonctions dans la politique, l'Etat, l'université, l'armée, le commerce et l'industrie.
Depuis deux siècles, les juifs de France ont développé un modèle d'intégration privilégiant la citoyenneté dans l'espace public, et dans lequel la religion relève du domaine privé.

Ce texte législatif accorde la citoyenneté, sans restriction, suivant le vote de l'Assemblée nationale Constituante du 27 septembre 1791.
En raison de l'importance historique de cette décision, ce fac-similé a été offert par le CRIF Rhône Alpes à tous les convives lors d'une rencontre avec la présidente de l'Assemblée nationale organisée en décembre 2024.
Loi relative aux juifs, donnée à Paris le 13 novembre 1791_Fac-Similé avec une étiquette "CRIF, Conseil représentatif des institutions juives de France", collée au verso, 2024._Document original, éditeur Veuve Adibert imp, Aix en Provence, Bouches du Rhône, France, 1791_Collection particulière.

Une prière pour la République française est dite en français ou en hébreu, chaque semaine lors des offices matinaux du shabbat et à l'occasion des cérémonies officielles en France.

Le judaïsme se distingue par un grand nombre de jours de fête. Trouvant leur origine dans la Torah ou ajoutées au cours de l'histoire pour célébrer la résilience du peuple juif, ces fêtes viennent rythmer la semaine et les douze mois de l'année.
Un Sefer torah contient les cinq premiers livres de la Bible hébraïque : la Genèse; l'Exode, le Lévitique, les Nombres, le Deutéronome. Ce rouleau est l'élément le plus sacré de la synagogue.
Il est calligraphié en hébreu par un scribe appelé Sofer. Chaque semaine on en lit un passage : le parasha, il est conservé dans l'arche sainte. Lorsque le rouleau est abîmé, il rejoint un dépôt, le genizah, avant d'être enterré dans un cimetière, car il est interdit de jeter des documents écrits comportant le nom de Dieu.
Le rouleau de la Torah_encre sur parchemin_bois_Israël_20e siècle_Collection association consistoriale juive de Grenoble, synagogue Rachi_Grenoble

Toutes ces fêtes sont célébrées à la Synagogue mais aussi autour de la table familiale.

 Beaucoup de plats traditionnels véhiculent par leurs ingrédients ou leur préparation un discours symbolique, destiné notamment aux plus jeunes.

Ces repas de fête représentent pour de nombreux juifs non observants le lien ultime avec la religion de leurs ancêtres.

Le grand Pardon est le jour le plus solennel de l'année, marquée par un jeûne de 25 heures, Yom Kippour, vient clore la période d'introspection et de repentir "des jours terribles" marquant le début de l'année juive, à l'issue de laquelle les fidèles sont inscrits dans le "livre de la vie".

La rupture du jeûne s'effectue différemment selon les régions.
En Algérie, par exemple, avec une brioche appelée Mouna, car la tradition, mais aussi les nutritionnistes conseillent de manger sucré après un jeûne.

La Pâque juive (Pessah) célèbre la libération de l'esclavage (?) et la sortie d'Egypte sous la conduite de Moïse.
Selon la Bible, le départ des hébreux s'est effectué dans une telle hâte, qu'ils n'ont pas eu le temps de lever leur pain. En souvenir, les juifs ne consomment ni levure ni céréales qui pourraient fermenter, et nettoient leurs maisons de toute trace de miettes.
Ils consomment à la place, du pain azyme sans levure ou "pain de misère".
Les deux premiers soirs de la fête, la famille se réunit autour d'un repas rituel, le seder, lors duquel est lu le récit de la Pâque (Haggadah), chaque étape étant scandée par la consommation d'un aliment symbolique.

Lors de la Pâque juive, six aliments sont disposés sur ce plateau  : trois tranches de pain azyme (matsot), un morceau de viande rôtie (zeroa), un œuf (beitsa), des herbes amères (maror), un mélange formant une pâte ('harosset), un légume ou une herbe comme le persil (karpas). Chaque aliment rituel symbolise un épisode vécu par le peuple hébreu  aux temps bibliques.
Plateau de repas rituel de la Pâque juive, en métal ciselé avec six coupelles embouties marquées des inscriptions en hébreu, fabriqué par Hazorfim, Israël, seconde moitié du 20e siècle_collection particulière

Hanoukkah célèbre la victoire des Maccabées sur la dynastie grecque des Séleucides au 2e siècle avant notre ère.
Lors de la re-consécration du temple de Jérusalem qui avait été profané, une petite fiole d'huile sainte retrouvée aurait duré huit jours, le temps de reconstituer la réserve du chandelier à sept branches.
En souvenir de ce miracle, les juifs allument une lampe pendant huit jours, à la tombée de la nuit, en commençant par une lumière le 1er soir, deux le deuxième... jusqu'à huit le dernier soir. Célébrée en hiver, au moment où les jours sont les plus courts, cette fête joyeuse est souvent nommée "fête des lumières"

Cette hanoukkiyah a été transmise sur trois générations. Elle appartenait à l'origine à un aïeul juge-rabbin : un dayan. Il officiait au Maroc, dans la ville de Debdou, où les quatorze synagogues présentes témoignaient de la coexistence heureuse établie entre musulmans et descendants des juifs expulsés d'Egypte au 15e siècle

Lampe de Hanoukkah (hanoukkiyah)_Lampe à huile en métal ciselé ornée de deux étoiles de David, Maroc, fin 19e siècle_collection particulière

Cinquante jour après la Pâque, Shavouat célèbre le don de la Torah sur le mont Sinaï. Alors que les fêtes juives sont en principe marquées par la consommation de viande, beaucoup de communauté prennent des repas lactés. Le lait est en effet considéré comme un symbole de la Torah : tout commence avec l'absorption du lait maternel et la Torah est venue nourrir le peuple juif.
Chandelier de Hanoukkah en argent fabriqué par Hazorfim, Israël, seconde moitié du 20e siècle_collection particulière

Chandelier de Hanoukkah en métal peint portant l'inscription "Israël" en hébreu, origine inconnue, 20e siècle_collection Association consistoriale juive de Grenoble, synagogue Rachi

Chandelier de Hanoukkah en métal ciselé portant l'inscription "Israël" sur la face avant, pierre ovoïde verte et noire, Israël , 1968_collection particulière

Lampe de Hanoukkah (hanoukkiyah)_Lampe à huile en métal ciselé en forme de khamsa, symbole apotropaïque (qui conjure le mauvais sort) représentant une main, origine et date inconnue_collection particulière

Lampe de Hanoukkah (hanoukkiyah)_Lampe à huile en cuivre ciselé 18e siècle_collection bibliothèque-musée Inguimbertine, Carpentras, Vaucluse

Ce modèle est orné de deux lions de Juda à gauche et à droite d'une porte, d'un chandelier et d'une inscription hébraïque
Chandelier de Hanoukkah en métal , Israël, année 1980_collection particulière

Ce Shofar, a été trouvé dans l'arche sainte de l'ancienne synagogue de Cavaillon. C'est un instrument à vent utilisée pour les fêtes du Nouvel An juif (Rosh ha-Shannah) et du grand Pardon (Yom Kippour).
Il est sensé éveiller le peuple et l'inviter à une prise de conscience.
pour qu'il soit utilisable dans la synagogue, le shofar doit être conforme (casher) et provenir de la corne d'un bélier, en souvenir du sacrifice d'Isaac.
Sa forme courbée symbolise l'humilité de l'homme face à Dieu.
Shofar_corne de bélier, Cavaillon, Vaucluse_18e siècle_collection musée juif comtadin de Cavaillon, Vaucluse

La fête du Pourim commémore la délivrance d'un projet d'extermination censé se dérouler à Suse au 5e siècle avant notre ère, rapporté dans le livre d'Esther.
Selon le récit biblique, la reine Esther aurait sauvé le peuple juif des visées du vizir Haman, en intercédant auprès de son époux, le roi Assuérus.
Lors de la lecture du récit biblique à la synagogue, l'assistance essaye de couvrir le nom du sinistre Haman avec des crécelles.
la fête donne lieu à un carnaval et à des représentations théâtrales.
Elle s'achève par un festin durant lequel les convives s'enivrent jusqu'à confondre les nom d'Haman et de Mardochée, cousin d'Esther.
Crécelle de Pourim ou la fête des Sorts_Bois_20e siècle_collection particulière

La troisième étape de l'exposition, aborde des enjeux sociaux et mémoriels actuels. elle fait dialoguer histoire et présent, notamment à travers des références à la Seconde Guerre mondiale, à l’engagement des justes et aux initiatives mémorielles (comme l’importance du Centre de documentation juive contemporaine fondé à Grenoble en 1943).
    Elle traite des actions entreprises pour combattre l’antisémitisme encore présent aujourd’hui dans la société.

    L’objectif est de réfléchir à la mémoire collective, au rejet des préjugés et à la transmission.

    Déterminés à documenter les crimes nazis, des juifs fondent, dès avril 1943, le Centre de documentation juive contemporaine à Grenoble. Leur mission : rassembler les preuves de la persécutions des juifs en France.

    Clandestinement, la collecte d'archives est entreprise de manière méthodique, à l'insu de la politique nazie et du Commissariat général aux questions juives de l'Etat Français. Lors du procès des plus hauts responsables du Troisième Reich à Nuremberg en 1945, ainsi que lors du procès de Klaus Barbie à Lyon en 1987, ces documents irréfutables contribuent à la qualification des crimes nazis.

    Le centre de documentation juive contemporaine (CDJC) a été créé en avril 1943 à l'initiative d'Isaac Schneersohn durant l'occupation italienne des Alpes françaises. Premier centre d'archives sur le génocide accessible aux chercheurs et au public, lieu de mémoire des juifs de France, le CDJC se confond aujourd'hui avec la mémoire de la Shoah dont il est l'un des dépositaires les plus importants du monde.
    Bibliothèque et salle de lecture du centre de documentation juive contemporaine (CDJC)_Photographie Daniel Frank, Paris 1953_Collection Mémorial de la Shoah du Martyr Juif Inconnu, Paris


    Pendant la seconde guerre mondiale, l'Allemagne nazie organise la déportation et la mort de millions de juifs, dont un million quatre cent mille enfants.
    De notre pays quelques 76 000 juifs seront déportés, mais les trois quarts des juifs de France survivront grâce à des réseaux de sauvetage organisés par la résistance juive, ou le soutien de simples citoyens épris d'humanité.
    Par leur situation initiale en zone sud, puis en zone italienne à partir de 1942, et leur proximité avec la Suisse, les Alpes représentent un espace clef pour la résistance juive.
    Que ce soit par les armes, la documentation du génocide ou l'accueil d'enfants dans des lieux refuges, la lutte contre la persécution s'organise.
    pendant cette période tragique, la pratique et la sauvegarde de la culture juive revêtent un caractère existentiel.

    A la suite de l'occupation de la zone sud, Sabine et Miron Zlatin ouvrent en mai 1943 un home d'enfants à Izieu dans l'Ain, afin d'accueillir les enfants juifs dont ils s'occupaient dans l'Hérault, département passé sous l'autorité des Allemands.
    En un an, cent cinq enfants et adolescents trouvent refuge dans cet établissement.
    Ils y bénéficient d'un enseignement, dessinent, montent des pièces de théâtre, se baignent dans le Rhône tout proche, menant une vie d'enfant.
    Le 6 avril 1944, sur ordre de Klaus Barbie, les quarante quatre enfants et sept éducateurs ont arrêtés et assassinés à Auschwitz. Seule une monitrice en reviendra.
    Enfants accompagnés de monitrices aux environ d'Izieu, Ain, été 1943_Collection Maison d'Izieu, Fonds Philippe Denan, Izieu

    Le Haggadah rassemble des textes lus pendant le banquet rituel, célébré à la Pâque juive (Pessah). Elle tire son nom du récit de la sortie d'Egypte sous la conduite de Moïse.
    Cet exemplaire a été réalisé par Lucien Léon Stuffel, né en 1867 à Hattstatt, village alsacien. Il sera déporté en 1944 à Auschwitz. Son nom est indiqué avec la mention Kantor dans les registres allemands; il était en effet le chantre (hagan) à Strasbourg.
    Haggadah calligraphié et dessinée par Léon Stuffel_Manuscrit, encre sur papier, Grenoble 1942_Collection Musée d'art et d'histoire du Judaïsme, Paris

    Robert et Gérald Finaly naissent au sein d'une famille juive, respectivement en 1941 et 1942, à la Tronche en Isère.
    Après l'arrestation de leurs parents, assassinés à Auschwitz, les enfants sont confiés à Mme Brun, qui les protège et les élève dans le catholicisme. "l'affaire Finaly" défraie la chronique au début des années 1950. Cette histoire illustre un cas sans précédent, car l'église catholique a été contrainte de rendre à leur famille les deux orphelins qui avaient été baptisés pendant la guerre.
    Pour les citoyens français, l'issue positive de l'affaire Finaly symbolise la suprématie du droit laïc sur le droit canon.
    Gérald Finaly, Guy-Paul Brun, Robert Finaly, Camille et une petite fille adoptée_Photographie, Guy Brun, Grenoble , 1948_Collection Mémorial de la Shoah, Mémorial du Martyr Juif Inconnu_Paris_Fonds Guy-Paul Brun

    Le mouvement de jeunesse sioniste (MJS) est créé à Montpellier en 1941, pour rassembler la Résistance Juive.
    La section de Grenoble est la plus active, faisant de la ville la capitale du mouvement. L'activité du MJS réside principalement dans l'acheminement de groupes d'enfants vers la Suisse, la confection de faux papier et la cache de familles juives.
    Groupe du Mouvement de la jeunesse sioniste de Grenoble_Chez Jeanne Latchiver (au centre), cours Jean Jaurès, Grenoble, 1944_Collection du Musée de la Résistance et de la Déportation de l'Isère

    A partir de 1942, les Eclaireurs israélites de France (EIF), organisent le passage en Suisse des enfants étrangers juifs de plus de 15 ans et cachent d'autres enfants dans les hospices de Saint Laurent du Pont et de Saint Marcellin, chez les Petites Sœurs de Pauvres de la Tronche, à l'hôpital de la Tronche, au sanatorium de Saint Hilaire du Touvet et chez les Sœurs de Notre dame de Sion, de Grenoble.
    Groupe local des Eclaireurs Israélites de France_photographie anonyme, Le Sappey en Chartreuse, Isère, Hiver 1941-1942__Collection du Musée de la Résistance et de la Déportation de l'Isère

    Au delà des discriminations et des persécutions, l'exposition propose un voyage historique, culturel, contemporain, réflexif, visant à mettre en lumière une histoire trop souvent méconnue entre le judaïsme et cette région du sud-est de la France et la richesse des partages culturels qui nourrit notre histoire commune.

Texte de Paulette Gleyze aidée des cartels de l'exposition

Photos de Gérard Gleyze



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