mardi 28 avril 2026

Exposition "Charlotte Perriand. La montagne re-créative" au musée de Grenoble


Au musée de Grenoble du 4 avril au 23 août 2026 se tient une exposition sur l'art méconnu de Charlotte Perriand, la photographie de montagne.

Nous visitons cette exposition avec l'ARDDS et notre guide Eric Chaloupy, le 21 avril 2026.








Cette exposition met en lumière tout un pan méconnu de son œuvre,  à savoir ses photographies de montagne.

Sa collection de photographies réalisée de 1927 à 1938 a été donnée récemment au musée de Grenoble par les Archives Charlotte Perriand.

Charlotte Perriand  née en 1903 et décédée en 1999 à Paris. est une figure majeure du design et de l’architecture moderne.
Elle se forme à l'Union Centrale des Arts Décoratifs avant de collaborer avec le Corbusier pour le mobilier.
Actrice essentielle de l'Union des Artistes Modernes (UAM), elle développe une oeuvre fondée sur la fonctionnalité et l'adaptation de l'habitat aux usages quotidiens, en particulier en montagne.

Passionnée par les Alpes, elle coconçoit avec l'ingénieur André Tournon, le Bivouac, premier refuge présenté sous l'égide de l'UAM à l'exposition internationale de Paris en 1937, puis imagine avec Pierre Jeanneret, le Refuge du Tonneau en 1938, resté en l'état de projet à cause de la guerre. 
Ces deux ouvrages représentent une architecture préfabriquée, légère et fonctionnelle.

Charlotte Perriand participe aussi à l'aménagement de Méribel, avant de diriger la conception de la station des Arcs, pensée comme un ensemble cohérent associant architecture, mobilier et paysage. Elle privilégie les matériaux naturels et les solutions régionales, qu'elle transpose dans ses conceptions de mobilier en série, mais aussi  de la photographie qui a joué un rôle essentiel dans sa création.

En 65 ans de création, Charlotte Perriand développe un design humaniste conciliant usage et respect de l'environnement.

Cette exposition met en lumière un aspect moins connu de son oeuvre : 59 photographies de montagne réalisées entre 1927 et 1938, données par les archives familiales sur Charlotte Perriand  au musée de Grenoble.

Elle vient d’un milieu artisan lié à la mode, son père, Charles Perriand, est tailleur, sa mère, Victorine Denis, est couturière avec son propre atelier.

Elle grandit dans un environnement où le travail manuel, les matériaux et la création sont très présents, ce qui explique en partie son intérêt pour le design, les objets et les matières.

Pendant la Première Guerre mondiale, elle passe du temps dans la famille de son père, en Savoie. Elle y développe un attachement profond pour la montagne, qui influencera toute sa vie et même ses projets d’architecture.

Charlotte Perriand a été mariée à Percy Kilner Scholefield de 1926 à 1930 puis à Jacques Martin.

Elle a une fille Pernette Perriand (née en 1944), architecte, qui a travaillé avec elle pendant plus de 25 ans.

Sa fille Pernette, son mari (Jacques Barsac) et sa petite-fille (Tessa Barsac), ont consacré leur vie à préserver ses archives, organiser des expositions, défendre son rôle dans l’histoire du design.

Charlotte Perriand se forme à l’Union centrale des arts décoratifs entre 1920 et 1925. Très tôt, elle rejette l’esthétique traditionnelle et s’inspire du monde industriel (machines, métal, modernité).

À seulement 24 ans, elle se fait remarquer avec son projet “Bar sous le toit” (1927), qui lui ouvre les portes de l’atelier de Le Corbusier et de Pierre Jeanneret. Elle y travaille sur des meubles devenus iconiques comme la chaise longue basculante.

Dans les années 1930, elle s’engage politiquement et socialement. Elle veut un design utile, accessible à tous, lié aux conditions de vie réelles.

Un tournant important a lieu lorsqu’elle part au Japon (1940–1942) où elle découvre les traditions artisanales, les matériaux naturels (bois, bambou), et développe une approche plus organique et épurée.

Elle poursuivra ensuite une carrière riche , toujours guidée par une idée à savoir améliorer la manière d’habiter le monde.

Charlotte Perriand ne séparait pas les disciplines. 
Pour elle, il n’y avait pas de frontière entre l'architecture, le design, la photographie et l'art

Son travail repose sur quelques idées fortes :

- Un art social et humaniste : elle veut créer pour tous, pas seulement pour une élite. Le design doit répondre à des besoins concrets (logement, confort, circulation).

- La modernité fonctionnelle : influencée par les machines, elle conçoit des objets simples, pratiques, modulables.

-  La nature comme source d’inspiration : après le Japon, elle intègre davantage les matériaux naturels et les formes organiques.

- Le décloisonnement des arts. Elle mélange les disciplines pour créer une expérience globale de l’espace.

Formée à l'Union Centrale des Arts Décoratifs ((UCAD) et en contact avec Dora Maar, Charlotte Perriand découvre très tôt la photographie. Elle développe une pratique tournée vers le paysage et la montagne.

Cette photo illustre la rencontre de deux sensibilités, le rêve et l'invention de Dora Maar et la rigueur et l'observation de Charlotte Perriand. Leur complicité ouvre à Charlotte l'accès au cercle artistique parisien tout en dynamisant sa propre approche photographique.
Dora Maar_Portrait d'une jeune femme blonde en clair-obscur, 1930_Tirage argentique_collection privée

L'appareil photo devient pour elle un outil moderne, plus direct que le dessin, capable de saisir les formes, les rythmes, la matière et d'alimenter sa réflexion sur l'espace et l'aménagement.

Dès la fin des années 1920,  l'appareil photo est pour elle un outil de travail.

 Elle utilise la photographie comme carnet de notes visuel, comme moyen d’observer la vie quotidienne et comme un outil pour comprendre les usages de l’espace.

 Elle photographie objets, paysages, corps, textures, pour nourrir ses idées.

C'est pour elle une source d’inspiration directe qui lui sert à concevoir ses meubles et ses espaces.

Les formes naturelles sont une source d'inspiration pour le design et les scènes de vie, une réflexion sur l’habitat.

La photographie devient presque une étape de conception.

Dans les années 1930, elle réalise des photomontages engagés, comme "La Grande Misère de Paris" (1936).

Ces œuvres combinent images et messages politiques pour dénoncer les conditions de vie urbaines.  Elle utilise la photo comme un outil critique et social.

Ses photographies sont marquées par un cadrage audacieux et par le souci du détail.


Dès l'enfance, la montagne occupe une place importante dans la vie de Perriand. Fille d'un père savoyard, elle grandit au contact des Alpes, perçues comme refuge, terrain d'expérience et source d'inspiration.
Passionnée d'Alpinisme, elle y développe un rapport physique au monde, fondé sur l'effort, l'observation et la connaissance du milieu naturel.

Dans les années 1930, alors qu'elle collabore avec le Corbusier et Pierre Jeanneret, la photographie devient pour elle un outil de travail.
Elle l'utilise comme un carnet de croquis visuel destiné à analyser les formes, les matières, les rythmes et les variations de la lumière.

Entre 1927 et 1938, les Alpes françaises et suisses deviennent le sujet central de ses prises de vue de l'Oisans au massif des Ecrins, du Vercors à la Haute Maurienne, de la Tarentaise au Alpes Valaisannes.

Munies d'un Kodak 1A 9*6, léger et maniable, elle photographie sur le vif, au fil des ascensions.
Elle utilise aussi un Rolleiflex 6*6 pour documenter la vie paysanne, les chalets, le mobilier rustique et ses compagnons de cordées.

"Jaime la montagne profondément. Je l'aime parce qu'elle m'est nécessaire"
Carte d'alpiniste SCAP_Ski Club Parisien N°3_Archices Charlotte Perriand

Carte du Club Alpin Français_1954_Archices Charlotte Perriand

Charlotte Perriand en escalade, refuge des Evettes, Haute Maurienne_Anonyme, août 1927_Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

Charlotte Perriand_refuge d'Entre Deux Eaux, parc National de la Vanoise_Anonyme, 1932_Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

Charlotte Perriand et Marianne Clouzot_refuge d'Entre Deux Eaux, parc National de la Vanoise_Anonyme, 1932_Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

Charlotte Perriand en randonnée sur un chemin de montagne_Anonyme, vers 1936_Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

Charlotte Perriand lisant une carte IGN avec des paysans dans le Vercors, Isère_Anonyme, 1936_Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

Charlotte Perriand au bord du lac des Evettes sous le Mont Séti, Haute Maurienne_Anonyme, 1929_Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

Plan des Evettes et lac des Evettes, au dessus de Bonneval sur Arc, Haute Maurienne _ 1929_Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble

Percy Scholefield et des guides encordés, Haute Maurienne _Vers  1929_Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

Percy Scholefield fumant la pipe, le Pic Regaud au premier plan _Haute Maurienne_1929_Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

Les photographies alpines de Charlotte Perriand montrent des sommets de la Haute Maurienne au Massif des Ecrins, de l'Oisans, au Vercors.
Elle parcourt le glacier des Evettes, le Dôme des Ecrins, la Meige, la grande Ciamarella, traverse cols et séracs, pratique du ski de randonnée en Oisans, prépare ses courses en refuge d'Entre Deux Eaux...

L'intensité  de cette pratique révèle un attrait pour la verticalité, la ligne nette, la matière brute, roche, glacier et lumière.
Les Alpes de Charlotte Perriand_A partir d'un fond de carte IGN

Le Glacier Blanc, Dôme des Ecrins, Hautes Alpes_Vers 1929 _Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

La Grande Casse, massif de la Vanoise, Haute-Maurienne_Vers 1929 _Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

Plan des Evettes et glacier des Evettes, Haute-Maurienne_Vers 1929 _Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

La Pointe de Bonneval, le Roc du Mulinet et la Levanna, Haute-Maurienne_Vers 1929 _Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

Charlotte Perriand brandissant ses gants depuis l'hôtel Principi à Sestrière, Alpes piémontaises_Anonyme, 1929__Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

Flanc de montagne_Vers 1929_Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand


La face est du Grépon et la vire à bicyclette, Haute Savoie_Vers 1929_Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

Flanc de montagne, la Meige_Vers 1929_Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

Le Grépon et l'Aiguille de Roc, au fond le Glacier du Géant, Haute Savoie_Vers 1929_Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

Couloir d'avalanches dans le Massif des Ecrins, Haute Alpes ou Isère_Vers 1929_Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

Panorama hivernal_Vers 1929_Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

La Grande et Petite Ciamarella, face nord, glacier des Evettes, col et Pointe Tonini, Haute Maurienne_Vers 1930_Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

Le Massif des Ecrins, Hautes-Alpes ou Isère_Vers 1929_Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

Séracs_Vers 1929_Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

Flanc de montagne_Vers 1929_Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

Charlotte Perriand en veste de montagne, piolet à la main_Anonyme_Vers 1930_Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

Massif du Mont Blanc, Chamonix_Vers 1930_Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

Bloc de glace dans la forêt de Fontainebleau_1935_Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

Les Bans, Le Col du Clôt, le Gioberney, Massif des Ecrins_Hautes Alpes, Isère_Vers 1929_Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

Sommets dans le Massif des Ecrins_Hautes Alpes, Isère_Vers 1929_Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

Charlotte Perriand au dessus des glaciers, vue sur le massif de la Levanna, Haute Maurienne_Anonyme_Vers 1930_Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

Le sommet Similaun dans le massif de l'Ötztal; entre Autriche et Italie _Vers 1929_Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

Versant de montagne en Oisans, Isère_Vers 1930_Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

La pause, ski de randonnée en Oisans, Isère et Hautes Alpes_Vers 1929_Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

Ski de randonnée en Oisans, Isère _Vers 1930_Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

Traversée en Oisans, Isère _Vers 1930_Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

Face nord de l'Ailefroide, vue depuis le Pelvoux dans l massif des Ecrins, Hautes Alpes_Vers 1926_Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

Séracs_Vers 1930_Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

Son regard s'attarde aussi sur les villages de Tarentaise, les bergers du Vercors, les meules de foin d'Oisans.

Les photos qu'elle consacre aux bergers, aux vachers et aux habitants des hautes montagnes sont parmi les plus humaines de son travail.

Contrairement à beaucoup d’images de l’époque, elle ne cherche pas à “folkloriser” la vie alpine, les bergers ne sont pas idéalisés, les vachers ne sont pas mis en scène comme des cartes postales, les habitants sont montrés dans leur réalité concrète.

Ce qui frappe, c’est la manière dont elle cadre souvent à hauteur d’homme, sans effet dramatique, avec une grande sobriété

Elle les regarde comme des acteurs d’un système de vie.

Ces photos nourrissent directement sa pensée, elle observe comment les habitants utilisent l’espace, comment ils construisent, s’abritent, circulent, comment ils vivent.

On retrouvera cette influence plus tard dans ses projets en montagne (comme les stations intégrées au relief).
Même si elles paraissent “spontanées”, ses photos sont très composées.
Ses photos des montagnards se situent à la frontière du document ethnographique (témoignage d’un mode de vie) et de la recherche artistique moderne (formes, rythmes, structures).

C’est ce mélange qui les rend encore actuelles aujourd’hui.

Avec ces photos de bergers et des habitants de montagne, Charlotte Perriand montre une vie rude mais organisée, une relation équilibrée avec la nature, une dignité silencieuse du travail, et surtout, elles expriment cette idée très forte que la modernité peut apprendre des modes de vie traditionnels, au lieu de les effacer.
Charlotte Perriand et Pierre Jeanneret dans une meule de foin _Anonyme, 1936_Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

Vachers dans le Vercors_1936_Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

Mon empire pour un cheval, Oisans_1936_Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

Meules de foin, Oisans_Vers 1937_Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

Un père et son enfant dans un village, Tarentaise_Pâques 1938_Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

Maison d'un village avec un patchwork au balcon_Pâques_ 1938_Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

Troupeau de moutons au bord d'un lac dans le Vercors, Isère_1936_Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

Vacher au milieu de son troupeau, Vercors, Isère_1936_Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

Berger avec son bouc dans le Vercors, Isère_1936_Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

Vachers dans le Vercors,Isère_1936_Photo sur aluminium_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

Portrait d'une femme dans sa ferme du Vercors, Isère_1937_Photo sur aluminium_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

En écho à sa pratique photographique, le mobilier de montagne de Charlotte Perriand se caractérise par sa simplicité et son adaptation rigoureuse aux contraintes de la vie en altitude.
En rupture avec l'ameublement bourgeois du début du XXe siècle, elle défend un design épuré, pensé pour un environnement plus rude. 
Des pièces emblématiques comme le tabouret Berger ou le bureau conçu pour Robert Killy (père de Jean-Claude), illustrent cette recherche d'un mobilier fondé sur l'usage.
Le bois naturel occupe une place centrale, apportant chaleur, qualités isolantes et solidité, tout en renforçant le lien entre l'intérieur des chalets et le paysage.
Revenue d'Asie en 1946, elle élabore avec Pierre Jeanneret à Grenoble un mobilier minimal, fonctionnel et produit en série.
En 1947, L'Equipement de la maison sous l'égide de Georges Blanchon, propose un ensemble de mobilier modulable et simple à assembler, devenu une référence majeure du design moderne d'après guerre.
Tabouret Méribel_1961_Bois, assise de forme circulaire, reposant sur trois pieds_Lafanour, Galerie Downtown, Paris

Dans les années 1950, Charlotte Perriand séjourne en Savoie. Elle conçoit alors un bureau pour Robert Killy, fondateur de Killy Sport, amoureux aussi de la montagne, un bureau en bois massif. Il demande à Charlotte Perriand d'y incruster un cendrier volé dans un train allemand lors de son incorporation dans l'armée française pendant la guerre.
Ses formes souples et obliques évoquent le mouvement de trace de ski sur la neige. 
Bureau de Robert Killy_1948_Bois_Collection privée

Deux chaises de berger_Vercors, Isère_1936_Tirage argentique sur papier baryté_Musée de Grenoble_Don des Archives Charlotte Perriand

Au lendemain de la deuxième guerre mondiale, Charlotte Perriand revenue d'Asie en 1946, s'engage dans un projet de production de meubles en série.
Nourrie de son expérience comme conseillère design au Japon, elle conçoit à Grenoble avec Pierre Jeanneret, un mobilier sobre et fonctionnel.
L'édition de 1947 "Equipement de la maison" rassemble, tables, chaises , bureaux et bibliothèques.
Ce buffet en bois illustre leur ambition, proposer des formes simples et utiles, adaptées aux besoins du quotidien.
Chaque pièce qui le compose possède une lettre au dos pour aider au montage.

Buffet, Equipement de la maison_Grenoble, 1947_Bois_Collection privée, forme libre

Table à manger à plateau en tôle laquée sur tréteaux pour la résidence La Cachette, Arc 166_1970_Collection privée, forme libre

Chaises Bauche_Equipement de la maison_1947_Edouard de Masie, forme libre, Grenoble

Sa rencontre avec Le Corbusier en 1927 marque un tournant décisif dans sa carrière. Au sein de son atelier, elle s'imprègne des principes du Modernisme et du Purisme, théorisés par Le Corbusier et Amédée Ozenfant qui prônent la clarté et le rejet de l'ornement.
Elle adopte alors de formes épurées et des métaux industriels comme l'acier, le verre ou l'aluminium.

Cette approche se matérialise dans la chaise longue basculante, conçue avec Le Corbusier et Pierre Jeanneret. Cette chaise associe ergonomie et élégance fonctionnelle.
Ses meubles modulaires et ses systèmes de rangement traduisent sa sensibilité à la géométrie et à la logique constructives des avant-gardes de son époque.
Proche de Fernand Léger, elle partage l'ambition de rendre l'art accessible à tous. 
Le Corbusier et Charlotte Perriand_Chaise longue basculante_1928_Edition Cassina, 1965_Musée de Grenoble

En 1937, Jean Richard Bloch, patron du journal Le Soir et proche du front Populaire, commande à Charlotte Perriand une table basse Manifeste. Œuvre emblématique, elle est gravée de deux dessins de Picasso extraits de la série Songe et Mensonge de Franco, et deux autres de Fernand Léger. 
Cette création témoigne d'une volonté d'inscrire l'art au coeur de la vie quotidienne.
Pensée comme un espace de convergence entre peinture, sculpture et architecture, la table manifeste incarne la synthèse des recherches menées par Perriand depuis le début des années 1930.

loin d'une vision strictement industrielle de la modernité ce meuble affirme un art fondé sur la rencontre entre la main, l'esprit et la matière.
Charlotte Perriand, Fernand Léger et Pablo Picasso_Table Manifeste, 1937_Réplique réalisée par Sice Prévit_Archives Charlottes Perriand

Fernand Léger_Le remorqueur, 1920_Huile sur toile_Musée de Grenoble

Pablo Picasso_Figure, 1930_Peinte sur une porte de placard avec gond métallique, huile sur bois_Musée de Grenoble

Dans l'atelier de Le Corbusier et de Pierre Jeanneret, Charlotte Perriand a la charge de la conception du mobilier des bâtiments qu'ils construisent (1927-1937).
Dans ce cadre, elle dessine ce fauteuil grand confort (1928) en s'inspirant d'un modèle d'Abel Mottet sélectionné par Le Corbusier.
En rupture avec le fauteuil bourgeois, l'assise innovante est composée d'une structure en acier tubulaire dissociée des coussins et s'inscrit comme un élément architectural cubique dans l'espace.
Devenu le siège traditionnel des visiteurs du musée de Grenoble, le fauteuil grand confort constitue un hommage discret et durable à Charlotte Perriand et à sa contribution au design du XXe siècle.
Le Corbusier, Pierre Jeanneret, Charlotte Perriand_Fauteuil grand confort_Petit modèle, 1928_cuir et structure acier

Bar-pilier, station des Arcs, Arc 1800, 1976_Edouard du Masle_Forme libre_Grenoble


Maquette d'étude d'un studio jumelable, club hôtel l'Aiguille Rouge, Arc 2000_1979_Archives Charlotte Perriand

Porte-manteaux, station Les Arcs, Arc 1600 et Arc 1800_1968_Eouard du Masle_Forme libre, Grenoble

Placards, bureau et chaise paille_Arc 1600_1968
_Eouard du Masle_Forme libre, Grenoble

 Table pentagonale_Station Arc, Arc 1800_1976_Plateau en lamellé-collé et piétement métallique

En 1935, elle affirme son rejet du formalisme strict au profit d'une approche où chaque matériau et chaque forme sont employés utilement.
Elle s'éloigne ainsi du modernisme industriel rigide vers une conception plus sensible du design.
Elle réintroduit des matériaux naturels et des formes issues du monde paysan.
Les bois est travaillé dans le respect de ses veines, il apporte de la chaleur et un lien direct avec la nature.
Avec Pierre Jeanneret et Fernand Léger elle collecte des bois noueux, des pierres, des coquillages.
Tables basses en bois massif brut pour le chalet de Méribel_1961_Collection Pernette Perriand

Tabouret station Les Arcs, Les Arcs 1600_1968-1974_Structure en bois peint et assise en paille_Edouard du Masle_Forme libre, Grenoble

Présenté en 1934, lors de l'Exposition Internationale des Arts et Techniques dans la vie moderne, le banc du pavillon du ministère de l'Agriculture conçue par Charlotte Perriand illustre son intérêt pour un mobilier destiné à un usage collectif.
A partir d'un tronc de sapin brut, il s'inspire des bancs montagnards, simples, robustes et adaptés à leur environnement.
Réplique du banc du pavillon du ministère de l'agriculture, 2026_Bois de sapin_Musée de Grenoble

La montagne constitue pour Charlotte Perriand un terrain de réflexion sur un habitat fonctionnel et respectueux de la nature.
A travers des projets alpins, elle concilie modernité architecturale et puissances des paysages, réinventant les modes d'habitat en altitude.
Après la 2e GM, elle participe à la création de la station de Méribel. Elle y construit son propre chalet, associant tradition savoyarde et exigence du confort moderne.
D'une grande sobriété, il s'intègre au site par l'utilisation de matériaux naturels, de volumes simples et de larges baies vitrées.
A partir des années 1960, Perriand prolonge cette réflexion avec la station des Arcs.
A la tête d'une équipe pluridisciplinaire, elle participe à conception globale de la station, défendant une architecture fonctionnelle, accessible et attentive à l'environnement.
Les bâtiments intégrés à la pente, limitent l'impact sur le site. Arc 1600 et 1800 constituent la première station conçue dans une continuité entre urbanisme, architecture, architecture d'intérieur et design.
Station des Arcs, Arc 1600 et Arc 1800_1969_Edouard du Masle_Forme libre_Grenoble.

Charlotte Perriand conçoit avec l'ingénieur André Tournon, le refuge du Bivouac, pour l'Exposition Internationale de Paris, qui ensuite sera installé sur le col du Mont Joly à Saint Nicolas de Véroce.
Le refuge du Bivouac sur le col du Mont Joly, saint Nicolas de Véroce, Haute Savoie_Hiver 1938-1939_Archives Charlotte Perriand

Ces architectures légères et transportables sont conçues pour les sites extrêmes.
Maquette en volume du refuge bivouac à l'échelle 1,02026_Tubes d'acier et connecteurs aluminium, contreplaqué peint.
Réalisée en 1926 sous la direction de Philippe Liveneau, architecte, professeur à l'ENSAG_RGA et des étudiants

En 1938, avec Pierre Jeanneret, elle imagine le refuge du Tonneau.
Le refuge du tonneau, maquette, photomontage avec Charlotte Perriand_1938_Photo sur aluminium_Archives Charlotte Perriand

On connaît surtout Perriand comme designer (notamment avec Le Corbusier), mais elle a beaucoup photographié la montagne entre 1927 et 1938. Ces images sont longtemps restées secondaires, alors qu’elles sont en réalité au cœur de son processus créatif .

Ses photos sont fascinantes. Elles ne sont pas juste de “beaux paysages”, elles font partie intégrante de sa manière de penser l’architecture et le design.

Pour Perriand, la montagne n’est pas un décor romantique. C’est un terrain d’observation. Elle analyse les formes naturelles, lignes des glaciers, verticales des arbres, horizontales des crêtes.

Elle s’intéresse aux structures et aux rythmes du paysage.

Elle photographie comme une architecte, presque comme une scientifique.

Son but c'est de comprendre la nature pour concevoir autrement.

Ses photos ressemblent parfois à des études de géométrie dans le réel.

Charlotte Perriand est essentielle parce qu’elle a contribué à inventer le design moderne, à imposer une vision féminine et sociale dans un milieu dominé par les hommes, à intégrer la photographie dans le processus de création, à penser l’art comme un outil pour mieux vivre.
C'est une pionnière du design moderne, une artiste multidisciplinaire, une photographe qui utilise l’image pour penser, créer et critiquer.

Chez elle, la photographie n’est pas séparée de l’art, elle est au cœur de sa manière de voir le monde.

Pour prolonger cette visite deux autres expositions sont proposées à Grenoble. 

L'une à la "Plateforme", qui propose du 1er avril au 1er août 2026 à l'Ancien Musée de peinture, 9 place de Verdun, Grenoble, l'exposition "Charlotte Perriand dans les Alpes : source d’inspiration pour la jeune architecture & le design".

Charlotte Perriand, pionnière de l’architecture et du design du XXe siècle, offre encore aujourd’hui une source d’inspiration précieuse pour penser nos manières d’habiter, de fabriquer et de vivre ensemble.
Cette exposition présente des projets d’étudiants de l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Grenoble, nourris de sa pensée créative, constructive et engagée, transposable à notre monde contemporain en transition.

L’autre à l'École Nationale Supérieure d’Architecture de Grenoble 4, place de Bérulle
38000 Grenoble. Elle présente du 25 mars au 12 juin 2026 l'exposition "Charlotte Perriand et le logement : enquête d’intérieurs".

Le travail d’enquête à partir d’archives, de photographies et de publications a permis aux étudiants de redessiner trente projets imaginés entre 1927 et 1980 par l’architecte.
35 dessins originaux réalisés à l’encre (format A3) accompagnés de 35 carnets de recherches facsimilé (autoédition, format A5) sont présentés.


Texte de Paulette Gleyze

Photo de Paulette et Gérard Gleyze