jeudi 15 janvier 2026

L'art du voyage dans l'art déco_l'Orient Express_Le Normandie



Pour ce 3e et dernier volet de l'imposante et passionnante exposition "1925-2025. Cent ans d’Art déco" qui se tient au Musée des Arts décoratifs à Paris du 22 octobre 2025 au 26 avril 2026, je vous propose l'art du voyage dans l'art déco, consacré à l'Orient Express et au Normandie.

La section consacrée à l’Orient Express constitue un des moments les plus marquants de l’exposition.

Elle investit la grande nef du musée, jouant sur le spectacle visuel et l’émotion historique dès l’entrée du parcours.

Durant la 2e moitié du XIXe siècle, la révolution du chemin de fer permet de désenclaver les territoires et de transporter un nombre toujours croissant de voyageurs.

La Compagnie Internationale des Wagons-lits créé en 1876, va plus loin en proposant des voyages transfrontaliers qui sont des exploits techniques et diplomatiques, alliant confort, vitesse et sécurité.

Les voyageurs peuvent pour la première fois se déplacer à bord, se faire servir des repas à table et dormir correctement.

En 1883, l’Orient-Express, un mythe moderne, est inauguré par un voyage triomphal.

 Depuis Paris, il gagne Constantinople (Istanbul) en quatre vingt une heures, en passant par Munich, Vienne et Bucarest. Ce qui le rend légendaire c'est son itinéraire mais aussi l’expérience qu’il propose.

Dès son lancement il revêt une aura mystique.

À partir des années 1920, il devient un véritable « palace roulant ». Les voitures sont conçues comme des intérieurs de luxe, boiseries précieuses, marqueteries géométriques, panneaux de verre gravé, luminaires en verre Lalique, tissus raffinés, chromes et laques.

Chaque wagon est pensé comme une œuvre cohérente, où architecture, mobilier, arts décoratifs et artisanat dialoguent.

L’Art déco trouve ici un terrain idéal. Ce style, né du désir d’allier modernité, élégance et savoir-faire, transforme le voyage en expérience esthétique totale. Les lignes sont sobres et géométriques, les matériaux nobles, les espaces optimisés sans sacrifier le confort. Le voyageur ne se contente pas de se déplacer, il habite un décor, il entre dans un univers.

L’Orient-Express devient ainsi le symbole d’un monde cosmopolite et raffiné. Diplomates, artistes, écrivains, aristocrates s’y croisent. 
Agatha Christie en fait le décor de ses intrigues.

Le train incarne ici un art de vivre fondé sur la lenteur élégante, le rituel du repas servi à table, le plaisir du paysage qui défile.

Dans l’histoire de l’Art déco, l’Orient-Express montre que ce mouvement ne se limite pas aux salons bourgeois ou aux vitrines de joailliers, il s’étend aux espaces qu'on traverse. 
Le train devient une œuvre d'art, au même titre que le paquebot le "Normandie" ou qu’un grand hôtel.
 Il prouve que la modernité peut être à la fois technique et poétique, fonctionnelle et somptueuse.

Né à la fin du XIXᵉ siècle , il devenu, dans l’entre-deux-guerres, l’une des incarnations les plus éclatantes de l’Art déco appliqué au voyage.

Aujourd’hui encore, l’Orient-Express continue de fasciner parce qu’il cristallise cette idée rare que voyager peut être un art.

Cette partie de l'exposition dédiée à l’Orient Express se tient sous la grande nef du musée.

En 2016, la découverte à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie de voitures historiques de la Compagnie Internationale des wagons-lits conduit la marque Orient-Express à revoir son projet de relancer le célèbre train.

Des voitures retrouvées doivent se substituer à des voitures modernes en conservant au maximum leur authenticité.

Pour cette renaissance de l'Orient-Express, la marque fait appel à l'architecte Maxime d'Angeac, connaisseur passionné de l'Art déco qui est investi de la tâche d'inventer le train de demain.

Loin de copier l'Art déco , il prolonge ce style en respectant un principe d'inspiration avec un décor prenant en compte les spécificités d'un espace en mouvement.

Prévu pour 2027, le nouvel Orient-Express, luxueux hôtel mouvant, vantera non pas la vitesse du trajet, mais la contemplation du paysage.

La présentation s’organise comme une immersion.

Nous entrons dans un univers évoquant les wagons-lits, les salons et les voitures restaurants du train. 

On y découvre des reconstitutions d’espaces, du mobilier, des panneaux décoratifs, des tissus, des luminaires et parfois des objets authentiques provenant de voitures d’époque.

 L’ambiance rappelle le luxe feutré et raffiné qui faisait la renommée de l’Orient-Express.

Cette section montre comment l’Art déco s’exprime dans ces intérieurs avec ses formes géométriques élégantes, ses marqueteries sophistiquées, ses bois précieux, laques, cuirs et métaux brillants, et ses motifs inspirés à la fois du modernisme et d’un imaginaire exotique lié au voyage.

L’Orient-Express est présenté comme une vitrine du « luxe moderne ». Il ne s’agit pas seulement d’un moyen de transport, mais d’un symbole de prestige et de progrès. Le train devient un espace où l’Art déco s’incarne pleinement : confort, vitesse, raffinement et innovation se rejoignent.

L’exposition présente une cabine originale restaurée de l’ancien train Étoile du Nord (un train luxueux des années 1920) ainsi que trois maquettes grandeur nature du nouvel Orient Express, réinterprété par l’architecte Maxime d’Angeac avec une attention extrême au détail, aux matériaux et aux métiers d’art.

Les contraintes techniques sont nombreuses à bord d'un train : isolation, lutte contre le bruit et les vibrations et aussi l'intégration du confort moderne (wifi, climatisation...)
La renaissance de l'Orient Express est un vrai projet de design industriel dans lequel tous les aspects techniques  sont anticipés et intégrés. Il s'agit d'une prouesse technologique et un grand chantier industriel qui mobilise des milliers de travailleurs.

Maxime d'Angeac renouvelle la figure de l'ensemblier de l'Art déco, en s'entourant d'artistes et d'artisans issus de trente corps de métiers différents, tous experts en leur domaine au service d'une oeuvre d'art de 350 mètres de long.

Maxime d'Angeac (né en 1962), architecte et designer_suite du nouvel Orient Express_France, 2021-2025_Maquette echelle1

Lancées en 1929, les voitures lits LX (Luxe) comptent parmi les plus prestigieuses de la compagnie aux côtés des Pullman qui desservaient des lignes de jour. 
Quatre Vingt dix voitures circulaient sur les lignes Calais-Méditerrannée-Express, Simplon-Orient-Express et Rome-Express.
Composées de dix compartiments individuels, huit d'entre-eux peuvent être reliés par paire et composer des "cabines-suites".

Une banquette forme le canapé pour le jour et se transforme en lit pour la nuit, tandis qu'un cabinet de toilette complète l'aménagement.
En France, le chantier de décoration est confié à René Prou qui conçoit un motif floral stylisé se détachant sur un fond coloré.
Chaque habitacle possède une ambiance chromatique différente, composée de laque colorée ou de bois précieux.




L'intérieur d'une voiture salon pullman Côte d'azur a été décorée par René Prou et Suzanne Lalique-Haviland.

René Prou (1889–1947), artiste décorateur et designer français, surtout connu pour son rôle majeur dans le mouvement Art déco.

Formé à l’École des arts décoratifs de Paris, il s’impose dans l’entre-deux-guerres comme l’un des créateurs les plus influents dans le domaine du mobilier, de l’architecture intérieure et des arts décoratifs.

Il collabore avec de grandes maisons et des éditeurs prestigieux, comme la Compagnie des Arts Français, et travaille aussi bien pour des intérieurs privés que pour des lieux publics, des paquebots ou des expositions internationales.

René Prou se distingue par un style élégant, sobre et moderne, typique de l’Art déco.

Il ne se limite pas au mobilier, il conçoit également des textiles, des papiers peints, des objets décoratifs et des ensembles complets d’aménagement intérieur.

Son approche est globale, presque “architecturale”, ce qui en fait une figure clé du design moderne français.

Aujourd’hui, ses créations sont recherchées par les collectionneurs et apparaissent régulièrement dans les ventes d’art du XXᵉ siècle, aux côtés d’autres grands noms de l’Art déco comme Jacques-Émile Ruhlmann, André Groult ou Paul Follot.


Suzanne Lalique-Haviland (1892–1989) est une artiste décoratrice représentante remarquable de l’Art déco.

Fille du célèbre verrier René Lalique, elle grandit dans un environnement artistique exceptionnel et se forme très tôt au dessin et aux arts appliqués. Elle joue un rôle central au sein de la maison Lalique, dont elle devient l’une des principales créatrices à partir des années 1920.

Son travail se distingue par une grande finesse graphique et une sensibilité poétique héritée à la fois de l’Art nouveau et de l’Art déco. Elle conçoit notamment des modèles de verrerie (vases, coupes, flacons, panneaux décoratifs), des motifs pour le cristal pressé-moulé, des décors pour l’architecture intérieure (portes, paravents, panneaux lumineux), des dessins pour textiles et papiers peints.

Suzanne Lalique-Haviland introduit dans la production Lalique des thèmes délicats et stylisés comme des fleurs, des feuillages, des oiseaux, des figures féminines, souvent traités avec une grande élégance linéaire. Son style est plus doux et lyrique que celui de nombreux créateurs Art déco, tout en restant profondément moderne.

Elle participe aux grandes expositions internationales des arts décoratifs, notamment celle de 1925 à Paris, qui consacre l’Art déco. Son œuvre contribue fortement à faire du cristal Lalique un symbole du luxe français du XXᵉ siècle.

Longtemps restée dans l’ombre de son père, elle est aujourd’hui reconnue comme une créatrice à part entière, dont les dessins et modèles sont étudiés, exposés et recherchés par les collectionneurs et les musées.



Compagnie Internationale des wagons-lits, commanditaire_Intérieur d'une voiture salon pullman Côte d'Azur décorée par René Prou et Suzanne Lalique-Haviland-France, 1931_tirage photographique, reproduction

Compagnie Internationale des wagons-lits, commanditaire_fauteuil d'une voiture restaurant de la CIWL_France, 1928_Bois, cuir_Fonds de dotation orient Express

Maxime d'Angeac (né en 1962), architecte et designer_Ateliers Jouffre, tapissier_Chaise de wagon restaurant      (prototype) France 2021-2025_Hêtre laqué, cuir_Atelier Jouffre

Inauguré en 1927 par la CIWL, l'Etoile du nord reliait Paris à Amsterdam jusque dans les années 1990.
Outre le voyage, la CIWL promettait une expérience totale à l'image de cette cabine.
Ce salon de première classe témoigne par son aménagement cossu de la recherche du confort.
Les fauteuils larges à oreilles, réglables permettent d'admirer le paysages ou de déjeuner à table avec un service entièrement dessiné par le bureau d'étude de la CIWL.

Le décorateur, Alain Morrison (né en 1914), actif surtout de l’après-guerre jusqu'aux années 1970) est un décorateur et designer français rattaché à la génération qui prolonge l’Art déco tout en l’ouvrant à la modernité des Trente Glorieuses.

Formé aux arts appliqués, il développe une œuvre très complète avec du mobilier (tables, sièges, bibliothèques), des luminaires, de la ferronnerie décorative, des aménagements intérieurs.

Son style se caractérise par une grande élégance formelle et une maîtrise des matériaux, en particulier le métal, le fer forgé et le laiton, souvent associés au bois, au verre ou au cuir.

Morrison conçoit aussi bien des pièces uniques que des ensembles cohérents pour des intérieurs privés, des boutiques ou des lieux publics. Son approche est celle d’un ensemblier c'est à dire qu'il pense l’espace dans sa globalité, en harmonisant mobilier, lumière et architecture intérieure.
Alain Morrison, décorateur_CIWL, commanditaire_voiture-salon d'une voiture pullman "Etoile du Nord"_France et Angleterre, 1929_Boiseries en acajou, laitons, velours, moquette_Paris, musée des arts décoratifs_Don Paul Bianchini, 1977_Don de la CIWL et du tourisme, 1987_restauré grâce au mécénat de M et Mme John Rosekrans

Table dressée_Christofle et Ercuis, orfèvres_Manufacture de Gien, fabricant CIWL, commanditaire_service de table comprenant une suite de couverts, des tasses, un service à thé et à café et un cendrier_France, 1928-1930_Métal argenté, porcelaine_Paris, musée des arts décoratifs_Don Paul Bianchini, 1977_Don association du patrimoine de la CIWL, 2011

Etagère du haut :

Leo Moser (1879-1974)_verrier Moser, cristallerie_Carafe, veilleuse de nuit_République Tchèque_vers 1920-1930_cristal de bohème_Musée de la cristallerie Moser

Maxime d'Angeac (né en 1962) architecte d'intérieur et designer Moser, cristallerie_carafe, veilleuse de nuit_République Tchèque, 2022-2025_cristal de Bohème

Etagère centrale :

Maxime d'Angeac (né en 1962) architecte d'intérieur et designer Moser, cristallerie_ veilleuse de nuit, verre à martini, verre à whisky, verre à cocktail et verre d'eau_République Tchèque, 2022-2025_cristal de Bohème

Etagère basse :

CIWL, commanditaire_Manufactures Saint Louis et Baccarat, fabricants_verres et carafe pour les voitures-restaurants de la CIWL_France, vers 1910-1930_cristal_Fonds de dotation Orient-Express

Etagère du haut :

Maxime d'Angeac, architecte et designer_ Manufacture Haviland, fabricant_assiettes de présentation et assiettes à pain_France 2025_Porcelaine_Haviland-M&A & associés

Etagère centrale :

Manufacture nationale de Sèvres_ essais d'assiette pour un décor exclusif pour l'Orient Express_France,2025_Porcelaine émaillée, bleu de Sèvres et or 24 carats_Manufacture Nationale_Sèvres & Mobilier national

Etagère basse :

Maxime d'Angeac, architecte et designer_ Manufacture Haviland, fabricant_assiette de présentation hommage à Suzanne Lalique Haviland_Limoges, 2024_Porcelaine_Haviland-M&A & associés.

CIWL, commanditaire_Manufacture de Gien, fabricant_assiettes pour les voitures-restaurants de la CIWL_France, vers 1920-1930_Porcelaine_Fonds de dotation Orient-Express

CIWL, commanditaire_Manufacture Haviland, fabricant_Christofle et Ercuis, orfèvres_Bol à bouillon, assiettes et couverts_France, vers 1920-1930_Métal argent_Porcelaine_Fonds de dotation Orient-Express

Si certains panneaux de verre ou de marqueterie de bois des années 1920-1930 ont pu être conservés, les décors manquants ne sont pas reproduits, mais réinventés.

Ainsi, pour retrouver de grands motifs décoratifs ouvragés et répétitifs Maxime d'Angeac a fait appel à Jean-Brieuc Chevalier et à sa maîtrise de la marqueterie.


Jean-Brieuc Chevalier (né en 1968) est un designer et artiste français contemporain, reconnu pour son travail à la frontière du design, de l’art et de la sculpture fonctionnelle.

Formé aux arts appliqués et au design, il développe très tôt une démarche singulière. Ses créations ne relèvent pas d’une production industrielle classique, mais plutôt de pièces uniques ou de séries très limitées, réalisées en collaboration étroite avec des artisans d’exception (ébénistes, bronziers, fondeurs, verriers).

Son univers se caractérise par des formes puissantes, souvent organiques ou architecturales,  une forte présence sculpturale, l’emploi de matériaux nobles (bois massif, bronze, laque, pierre, verre), un dialogue constant entre tradition des métiers d’art et écriture contemporaine.

Jean-Brieuc Chevalier conçoit principalement du mobilier (tables, sièges, consoles, luminaires), mais chaque pièce est pensée comme une œuvre à part entière. Le fonctionnel devient prétexte à une exploration plastique.

Son travail s’inscrit dans la lignée des grands ensembliers et décorateurs français, de l’Art déco aux créateurs du XXᵉ siècle, tout en affirmant une identité très actuelle. 

Il est représenté par des galeries spécialisées dans le design de collection et participe régulièrement à des salons internationaux (Design Miami/, PAD, Collectible, etc.).
Maxime d'Angeac, architecte et designer_ Jean-Brieuc Chevalier, ébéniste et brodeur sur bois_Panneau décoratif pour la suite de l'Orient Express_France, 2022-2025_Broderie sur bois_Jean-Brieuc Atelier, studio MDA & Associés


Maxime d'Angeac, architecte et designer_ Atelier Pictet, verrerie_dalles murales du bar du l'Orient Express_France, 2021-2025_verre gravé, bouchardé, doré à la feuille d'or et à la feuille d'argent japonaise_Atelier Pictet, studio MDA & Associés

Les motifs végétaux abondent dans les panneaux en marqueterie de bois qui ornent les cabines de train de la CIWL dans les années 1920.

Les feuilles tropicales des verres et du tapis du bar font référence à un panneau représentant un oiseau dans une forêt luxuriante.


La section Orient Express ne se contente pas de montrer un simple wagon, elle met en lumière le travail des grands décorateurs et designers de l’époque, comme René Prou, René Lalique ou les ateliers de la Compagnie Internationale des Wagons-Lits et montrent comment le train servait de laboratoire esthétique. 

Voyager à bord, c’était déjà entrer dans un monde d’art et de design, une expérience totale où chaque détail était pensé.

Ainsi, cette partie de l’exposition illustre parfaitement comment l’Art déco ne se limitait pas aux bâtiments ou aux objets domestiques, mais s’étendait aussi aux espaces de voyage, faisant de l’Orient-Express une icône à la fois artistique et culturelle du XXᵉ siècle.

L'exposition ne présente pas le paquebot Normandie de la même manière que l'Orient-Express mais elle met en relation symbolique le mythe du voyage luxueux par rail et mer dans l’univers Art déco.

Normandie, est un paquebot transatlantique construit en 1932.
C'est l’un des exemples les plus iconiques du style Art déco appliqué au design naval (“style paquebot”).

Il incarnait un luxe total (décors, arts de la table, mobilier et art appliqué), comparable à celui de l’Orient Express.

Le voyage n’est pas présenté comme un simple sujet secondaire, mais comme une expérience esthétique totale, où design, luxe, innovation technique et sens du confort se rencontrent, que ce soit dans un wagon-lit stylé des années 1920 ou dans la promenade raffinée d’un paquebot-palace comme Normandie.

L’Orient Express, présenté en dialogue entre passé historique et vision contemporaine, symbolise l’apogée du voyage Art déco, raffinement des matériaux, élégance des formes, savoir-faire artisanal et capacité à créer des univers complets.

Le Normandie enrichit ce récit en rappelant que, pendant cette même période, le voyage maritime a été lui aussi une vitrine du style Art déco, faisant du mouvement un marqueur fort du luxe moderne global.

Le chantier du Normandie rassemble un grand nombre d'artistes majeurs de l'art déco.
Les passagers de première classe ont accès à plusieurs lieux de la sociabilité dont le décor est particulièrement soigné, comme le grand salon et ses peintures de Jean Dupas, ou le fumoir et ses laques de Jean Dunand.
Les arts de la table sont tout autant mis en valeur. Le mobilier dessiné par Jean Patout est complété de vaisselle en porcelaine de Limoges dessinée par Jean Luce, d'orfèvrerie Christofle et de verres Daum.

L’art du voyage dans cette exposition n’est pas un simple thème parmi d’autres, c’est une clé d’entrée dans l’esthétique Art déco.

Les affiches liées à l’Orient-Express et au paquebot Normandie constituent aussi deux sommets de l’art publicitaire du XXᵉ siècle. Elles ne se contentent pas de promouvoir un moyen de transport : elles mettent en scène un idéal de voyage, de luxe et de modernité, devenant de véritables icônes de l’Art déco.

Créé en 1883, l’Orient-Express devient rapidement un mythe : celui du voyage élégant entre Paris, Vienne, Venise, Budapest, Istanbul…

Les affiches produites par la Compagnie Internationale des Wagons-Lits participent puissamment à cette aura.

Elles mettent en avant, le raffinement du train (wagons-lits, restaurants, boiseries, confort), l’exotisme des destinations, souvent suggéré par des silhouettes orientales, des minarets, des dômes ou des paysages lointains, une clientèle élégante, mondaine, cosmopolite.

Graphiquement, ces affiches s’inscrivent dans l’Art déco avec des formes simplifiées, des compositions géométriques, des couleurs franches, une typographie moderne.

Des artistes comme Géo Dorival, Roger Broders ou A. M. Cassandre traduisent le voyage en images stylisées et puissantes, où le train devient un symbole de vitesse, de progrès et de rêve.

L’Orient-Express y apparaît moins comme un simple train que comme une promesse d’aventure raffinée.
Cassandre_chemin de fer du Nord, Etoile du nord, 1927, lithographie couleur sur papier_Paris, musée des arts décoratifs

Affiche du haut : 
Gaston Gorde (1908-1995)_affichiste_éditions Gorde et Boudry, éditeur_Télaphérique du Mont Dore Sancy, Grenoble, 1936_lithographie couleurs sur papier_Paris, musée des arts décoratifs_Don Gaston Gorde, 1988

Affiche du bas :
Roger Broders (1883-1953), affichiste_P.L.M Marseille point de départ de la Côte d'Azur_France vers 1919_lithographie couleurs sur papier_Paris, musée des arts décoratifs_reversement bibliothèque des arts décoratifs

Robert Mallet-Stevens (1886-1945)_architecte_Pavillon des renseignements et du tourisme à l'exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes, Paris, 1925_plume et encre noire, graphite, aquarelle et craies sur papier vélin_Paris, musée des arts décoratifs_Don Andrée Mallet-Stevens, 1961

Robert Mallet-Stevens (1886-1945)_architecte_Pavillon des renseignements et du tourisme à l'exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes, Paris, 1925_plume et encre noire, graphite, aquarelle et craies sur papier vélin_Paris, musée des arts décoratifs_Don Andrée Mallet-Stevens, 1961


Cassandre (1901-1968)_l'oiseau bleu, train pullman, Anvers, Bruxelles, Paris_Chemin de fer du Nord_Compagnie des wagons lits, chemin de fer belges, France , 1929_Lithographie couleur sur papier



Mis en service en 1935, le paquebot Normandie est alors le plus grand et le plus rapide paquebot du monde. Fleuron de la Compagnie Générale Transatlantique, il incarne le génie industriel et artistique français.
Cassandre, maquette pour l'affiche Normandie_Compagnie Générale transatlantique, French line_Le Havre-Southampton-New-York, 1935_gpuache sur papier_Paris; musée des arts décoratifs, achat de l'Etat

Les affiches qui lui sont consacrées sont parmi les plus célèbres de l’histoire du graphisme. La plus iconique est celle d’A. M. Cassandre (1935), montrant le navire vu de face, colossal, presque écrasant, avec une perspective monumentale, des formes massives et épurées, un contraste spectaculaire entre l’ombre et la lumière, une typographie intégrée à la composition.

Le Normandie y devient un monument moderne, une cathédrale de l’ère industrielle. Ces images soulignent la puissance technologique, la vitesse, le luxe absolu des traversées transatlantiques, le prestige national.

Dans les deux cas, ces affiches dépassent leur fonction publicitaire. Elles construisent un imaginaire du voyage comme expérience élitiste et poétique. elles traduisent l’esprit de l’entre-deux-guerres (foi dans le progrès, fascination pour la machine, goût du luxe, esthétique Art déco).

Elles deviennent des œuvres à part entière, aujourd’hui très recherchées par les collectionneurs et conservées dans les musées.

Orient-Express et Normandie incarnent ainsi, par l’affiche, deux visages du rêve moderne, le voyage mythique à travers l’Europe et l’Orient, et la traversée triomphante de l’Atlantique à bord d’un palais flottant.

En célébrant les Cent ans d’Art déco, cette exposition nous rappelle combien ce mouvement a transformé notre regard sur le monde. 

Né d’un désir de modernité après les bouleversements du début du XXᵉ siècle, l’Art déco a marié élégance, l'innovation et la fonctionnalité, laissant son empreinte dans l’architecture, le design, la mode et les arts décoratifs. 

A travers cette grande exposition et les œuvres présentées, on mesure la richesse de ses formes géométriques, de ses matériaux audacieux et de son esthétique raffinée, mais aussi sa capacité à dialoguer avec les cultures et les technologies de son temps. 

Un siècle plus tard, l’Art déco demeure une source d’inspiration vivante, témoignant de la puissance créative d’une époque et de l’intemporalité d’un style qui continue de façonner notre quotidien.


Texte de Paulette Gleyze avec l'aide des cartels de l'exposition

Photos Anne et Gérard Gleyze


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire