samedi 24 janvier 2026

Le château de Sassenage



Le 04 janvier 2026, notre première visite de l'année sera consacrée au château de Sassenage en Isère, à quelques kilomètres au nord-ouest de Grenoble dans le parc naturel régional du Vercors.

Avant le château actuel, dès le Moyen Âge, il existait sur le site une maison forte médiévale qui appartenait aux seigneurs de Sassenage.

C'était un bâtiment plus modeste et défensif qui correspondait au mode de vie féodal avec des murs épais, des fonctions militaires destinées au contrôle du territoire alentour.

Comme beaucoup de résidences seigneuriales du Moyen Âge, elle était protégée par des douves remplies d’eau, destinées à dissuader les assaillants et permettaient d'en contrôler l’accès. Elles étaient un élément clé de la fortification. On y ajoutait souvent des pont-levis et des palissades.

La maison de Sassenage est l’une des plus anciennes familles nobles du Dauphiné qui était une région alors semi-indépendante entre la France et le Saint-Empire romain germanique.

Selon la tradition familiale et certaines sources médiévales, elle serait issue soit des Comtes de Lyon et du Forez, soit de la lignée des Lusignan-Poitiers, ce qui expliquerait des liens héraldiques et la légende associée à la fée Mélusine.

La fée Mélusine est une figure légendaire répandue dans toute l’Europe médiévale.

À Sassenage, elle est intimement liée à l’origine mythique de la famille seigneuriale.

Selon la tradition, un ancêtre des seigneurs de Sassenage aurait épousé une femme mystérieuse, d’une grande beauté, nommée Mélusine.

Elle accepta le mariage à la seule condition que son époux ne devait jamais chercher à la voir certains jours, lorsqu’elle se retirait seule.

Pendant longtemps, le pacte fut respecté et le couple vécut heureux. Mélusine apportait prospérité, richesse et prestige à la famille, mais un jour, poussé par la curiosité ou la jalousie, le mari transgressa l’interdit et observa Mélusine en secret. Il découvrit alors sa véritable nature, elle prenait l’apparence d’un être mi-femme, mi-serpent (ou mi-dragon).

Trahie, Mélusine poussa un cri de douleur et disparut à jamais en s’envolant par une fenêtre sous forme d’esprit ou de créature ailée.

Avant de partir, elle laissa derrière elle la fortune et la noblesse de la lignée… mais condamna aussi la famille à ne plus jamais la revoir.



À Sassenage, cette légende devint un symbole identitaire.

Fiers de leurs origines féériques, la famille de Sassenage a choisi pour devise :
« Si fabula, nobilis est »
(Si c’est une fable, elle est noble.)

Cela signifie que, même si l’histoire est une légende, elle confère à la lignée une origine prestigieuse et presque magique.

Au centre de la façade, sur le fronton de la porte d'entrée, une pierre en relief représente la fée Mélusine tenant dans ses mains les armoiries de la famille avec Bérenger du Guâ à sa droite, le lion à sa gauche.

Mélusine incarne ainsi le lien entre le monde féerique, le territoire du Vercors et la noblesse ancienne de Sassenage.

Aux XIVᵉ et XVᵉ siècles, les Sassenage se sont alliés aux Bérenger du Royans, une famille noble voisine. Cette union a donné naissance à la Maison Bérenger-Sassenage, qui a dominé la vie politique, militaire et religieuse du Dauphiné pendant plusieurs générations.

La Maison Bérenger-Sassenage détenait de hautes fonctions comme officiers militaires, évêques, conseillers des seigneurs du Dauphiné.

Cette position prestigieuse leur a permis de renforcer leur patrimoine territorial dans le nord du Vercors et de Grenoble.

La maison forte médiévale a été détruite en 1661, car elle était jugée trop vétuste et inadaptée au rang de la famille.

C’est sur ses ruines que Charles-Louis-Alphonse de Sassenage a fait bâtir avec les fonds de son riche beau-père Denis de Salvaing de Boissieu, entre 1662 et 1669, le château tel qu'on l’on connaît aujourd’hui, c'est à dire une résidence de prestige tournée vers le confort, la représentation et l’art de vivre aristocratique.
Charles-Louis-Alphonse de Sassenage 

Il faudra huit ans (1663-1669) à l'architecte valentinois, Laurent Sommaire, pour construire ce château. Les matériaux utilisés proviennent de l'ancienne maison-forte et pour le reste, le bois du Vercors, les ardoises de l'Oisans, la molasse grise de l'escalier de Voreppe, le calcaire blanc de Sassenage.

La demeure se compose d'un corps central encadré par des ailes plus larges. Le bâtiment de 48 mètres sur 17 mètres comporte trois niveaux, le rez de chaussée, le 1er étage et les combles avec des jacobines.

A la fin du 18e siècle, la marquise Marie Françoise Camille de Sassenage, grande personnalité mondaine, amie de la cour de Louis XV et de Madame de Pompadour, passe une partie de sa vie loin du Dauphiné.
 La marquise Marie Françoise Camille de Sassenage

Après avoir laissé le château inhabité pendant des années, elle décide d’en louer l’édifice à un entrepreneur en 1770 afin d’y installer une manufacture de dentelle au fuseau dite « la Blonde ».

Elle signe un bail avec l’entrepreneur Antoine Henri Ducoin, permettant à près de 400 jeunes filles d’être formées et employées dans l’atelier pensionnat installé dans le château. Cette initiative s’inscrit dans un mouvement social et industriel, à savoir fournir à des jeunes filles orphelines, abandonnées ou démunies une formation professionnelle et un accès à un métier artisanal.

L’atelier accueille près de 300 à 400 apprenties de 8 à 10 ans seulement, qui vivent et apprennent à fabriquer de la dentelle. Elles produisent une dentelle de soie très fine, dite blonde, appréciée pour les vêtements et accessoires raffinés de l’époque.

Leurs conditions de vie étaient très dures. Des documents d’époque attestent du manque d’hygiène, d'une alimentation insuffisante et de logements insalubres et de nombreux décès de ces jeunes filles.

Selon des sources historiques locales, sur environ 400 jeunes filles présentes dans la manufacture, au moins 105 décès sont recensés durant cette période.

La mortalité était plus élevé que la moyenne de l'époque et suggère que la combinaison du travail forcé, de la malnutrition, des infections et du manque de soins a eu des conséquences dramatiques pour ces enfants et adolescentes

En raison de difficultés financières, de la mauvaise gestion, des dégâts causés par l’activité et les conditions de vie très difficiles des jeunes filles, la marquise Marie Françoise Camille de Sassenage ne renouvelle pas le bail en 1784.

Après son départ du château de Sassenage, Ducoin fait construire en 1786 une nouvelle bâtisse à quelques centaines de mètres qui deviendra plus tard le château des Blondes.

Ce bâtiment combine atelier et foyer pour les jeunes dentellières venues de zones rurales. 
L’activité continue à produire la dentelle de soie “blonde”.

 Avec les bouleversements de la Révolution française et la perte des financements publics, la manufacture ferme en 1791. 

Le bâtiment passe ensuite entre des propriétaires privés, puis devient plus tard un centre de formation, et aujourd’hui il abrite la mairie de Sassenage tout en conservant ses façades historiques.

Une fois le bail résilié, la famille de Sassenage-Bérenger récupère son château et le gendre de la marquise Marie Françoise Camille de Sassenage, Raymond‑Pierre de Bérenger du Guâ (1733‑1806)  entreprend à partir de 1785 d’importants travaux pour adapter la demeure aux « normes et à l’art de vivre » de l’époque.

L'aspect extérieur a été globalement conservé mais le réaménagement de l'intérieur permet d'optimiser la distribution des appartements avec la redistribution des pièces, la création de boudoirs et cabinets, garde-robes, l'aménagement d’une bibliothèque.
Des entresols sont construits pour créer de nouveaux logements pour loger les domestiques. Un escalier de service est construit pour accéder à ces étages intermédiaires afin de ne pas croiser les domestiques

Le château comporte alors 25 pièces réparties sur les deux premiers niveaux.
Au rez-de-chaussée des pièces de service et de réception, la cuisine.
Au premier étage : les salons, la salle d’apparat, les cabinets, la bibliothèque, les chambres privées, les pièces d’invités et les espaces de rangement.

Avec cette construction, le château perd sa fonction militaire mais les douves sont conservées partiellement et intégrées au parc. Elles servent aujourd’hui d’élément décoratif et de canalisation pour l’eau du domaine. Elles sont visibles depuis certaines allées du parc et contribuent à l’atmosphère romantique du site.

Dans certaines représentations anciennes, les douves étaient associées à la légende de la fée Mélusine, l’eau symbolisant la magie et le lien entre la famille et le monde féerique.

Le domaine comprend un parc paysager de 8 hectares.





Le château, le parc et l’allée de marronniers qui y conduisent ont été classés comme Monument Historique par arrêté ministériel le 9 septembre 1942.

Cette protection intervient avant même la fin de l’occupation familiale, car le marquis de l’époque avait souhaité préserver le site face aux aléas de l’histoire (y compris la Seconde Guerre mondiale).

Ce classement garantit que le château et son domaine sont protégés sur le plan du patrimoine culturel, soumis à des règles strictes de restauration, de conservation et de mise en valeur.

Plusieurs objets intérieurs du Château de Sassenage sont protégés individuellement au titre des Monuments Historiques, au-delà du classement global du château, du parc et de l’allée qui y mène.

Les Objets et mobiliers classés ou protégés :
- Le tableau « La Bataille de Kircholm » (1605) par Pieter Snayers. C'est un grand tableau historique remarquable classé Monument Historique et conservé au château.
- Des meubles et mobilier d’époque. Bien que beaucoup soient non classés, certains éléments du mobilier historique (comme des pièces ouvragées ou combinaisons de meubles anciens) sont reconnus dans les inventaires du patrimoine national.

- Des objets d’arts et œuvres picturales. Plusieurs peintures anciennes représentant des membres de la famille ou des scènes historiques, ainsi que d’autres objets (porcelaines, armes anciennes, etc.) font partie des collections historiques du château.

Tous ne sont pas forcément classés "Monument Historique" individuellement, certains sont inscrits à l’inventaire du patrimoine monumental, ce qui signifie qu’ils bénéficient d’une protection réglementaire spécifique, mais pas forcément au même niveau que le classement global du château et de son parc.

Nous pénétrons dans le vestibule avec son escalier à cage monumental, en pierre avec balustres et arcades. Il structure l’accès aux niveaux supérieurs et donne le ton du château.

Afin de ne pas limiter la surface des salons, la famille fait construire l'escalier dans l'aile nord.
Le gris de la molasse des marches et de la rampe d'escaliers contraste avec le blanc des pierres  des piliers.



A partir du vestibule nous pénétrons dans la Salle des États. C’est l’une des salles les plus emblématiques du rez-de-chaussée.

Son nom renvoie aux États du Dauphiné, l’assemblée provinciale qui réunissait autrefois le clergé, la noblesse et le tiers état.

Même si ces réunions ne se tenaient pas de façon permanente à Sassenage, la salle a été conçue pour évoquer ce type d’espace solennel, dédié aux grandes rencontres, aux réceptions officielles et aux moments de représentation du pouvoir seigneurial.


L’architecture et le décor renforcent cette fonction symbolique :

Les murs sont rythmés par des pilastres et des panneaux sculptés, donnant un aspect monumental.
Ils sont ornés de décors en stuc représentant des figures allégoriques et des guirlandes florales, typiques de l’esthétique aristocratique de l’époque.

Au décès de son père en 1679, Joseph Louis Alphonse (1662-1693), fait réaliser un décor allégorique à la gloire des Sassenage.

Trophée d''armes en stuc réalisé vers 1680

Le plafond, à la française, à poutres apparentes peintes en blanc, avec éclairage indirect, accentue la hauteur et la solennité de la pièce. 

Le parquet en pointes de Hongrie, très élégant, renforce le caractère noble de l’espace.

Le portrait ovale encadré d’or, placé dans une niche ornée d’un drapé sculpté en trompe-l’œil, agit comme un point focal, rappelant la présence et l’autorité de la famille de Sassenage. Il met en valeur le portrait "présumé" de Charles Louis Alphonse, Baron de Sassenage commanditaire du château (1624-1679).

Ce type de mise en scène servait à affirmer le prestige et l’ancienneté de la lignée.


Portrait "présumé" de Charles Louis Alphonse, Baron de Sassenage commanditaire du château (1624-1679), restauré par l'association "Les Amis du château"_2012.

Deux grands tableaux ornent la salle des Etats : "Vénus demande des armes à Vulcain pour Énée" et "La Mort de Didon".

Vénus demande des armes à Vulcain pour Énée est l’une des toiles les plus remarquables du cycle peint par Louis (ou Pierre-Louis) Crétey vers 1680 pour la Salle des États du château de Sassenage. 

Elle s’inspire directement de L’Énéide de Virgile : Vénus, mère d’Énée, supplie Vulcain, dieu forgeron, de fabriquer des armes divines destinées à protéger son fils dans sa mission fondatrice en Italie.
Vénus demande des armes à Vulcain pour Enée_toile de Louis Cretey, vers 1680

La Mort de Didon illustre un épisode célèbre de L’Énéide de Virgile. Abandonnée par Énée, la reine Didon de Carthage fait dresser un bûcher et s’y donne la mort. 

La figure féminine vêtue de blanc, éclairée par une lumière presque surnaturelle, domine la scène tandis que la flamme s’élève au premier plan.
La Mort de Didon_ toile de Louis Cretey, vers 1680

Ces grands tableaux placés en hauteur dans la Salle des États faisaient partie d’un décor mythologique voulu par Joseph de Sassenage à la fin du XVIIᵉ siècle, destiné à illustrer les valeurs de courage, de vertu et de grandeur héroïque que la famille voulait associer à sa propre lignée.

A la mort de Joseph Louis Alphonse, la quasi totalité des meubles est vendue pour rembourser les dettes. Ses descendants préfèrent d'autres demeures au château de Sassenage qui va alors être délaissé pendant quatre vingt ans.

La Salle des États n’était pas pensée pour la vie quotidienne, mais pour impressionner. On y recevait, on y attendait avant d'être introduit, on y affirmait son rang et l’ancienneté de sa lignée.

Aujourd’hui encore, dans le cadre des visites du château, elle permet de ressentir l’atmosphère d’un intérieur aristocratique dauphinois et de comprendre comment ces espaces étaient pensés pour impressionner autant que pour y vivre.

Dans le prolongement de la Salle des États se trouve une grande salle consacrée à l’histoire et à la mémoire familiale et aux hauts faits militaires.


Cette pièce, austère et solennelle est pensée comme un espace de prestige où l’on célèbre les valeurs de bravoure, d’honneur et de fidélité au souverain.

L’ambiance y est volontairement différente de celle de la Salle des États. La présence du tableau "La bataille de Kircholm" n’est pas anodine. Cette victoire éclatante de 1605, remportée par les forces polono-lituaniennes contre l’armée suédoise, est devenue dans l’Europe du XVIIᵉ siècle un symbole de génie militaire et de courage héroïque.

La "bataille de Kircholm", grande peinture à l’huile sur toile du peintre flamand Pieter Snayer (aussi écrit Peeter Snayers), datée de 1605 est un des tableaux les plus emblématiques de la collection du chateau.

L'oeuvre est classée Monument historique par les Monuments Nationaux Français.

Le tableau illustre une scène de bataille en mouvement, caractéristique du genre des peintures militaires du XVIIᵉ siècle, souvent vues d’un point de vue élevé pour montrer l’ensemble de l’affrontement et les différents groupes de combattants engagés dans le combat.

La bataille de Kircholm a été un événement marquant de la guerre polono‑suédoise (1600‑1611). Elle s’est déroulée le 27 septembre 1605 (ou le 17 septembre selon l’ancien calendrier).

L’affrontement a eut lieu près de Kircholm, aujourd’hui Salaspils en Lettonie, près de Riga.

Les forces de la République des Deux Nations (Pologne‑Lituanie), sous les ordres du grand hetman Jan Karol Chodkiewicz, remportent une victoire décisive contre l’armée suédoise pourtant supérieure en nombre, grâce notamment à la charge efficace de la cavalerie lourde, les hussards.

Cette victoire a eut un fort retentissement en Europe, car une armée plus petite a réussi à vaincre une force bien plus nombreuse, renforçant la réputation militaire du Commonwealth polono‑lituanien.

L’arrivée de ce tableau en France est liée aux relations dynastiques et politiques de l’époque. Il aurait été commandé pour la cour royale polono‑lituanienne, puis emporté en France à la suite de l’abdication du roi Jean Casimir II Vasa vers 1668 et de sa présence dans le pays jusqu’à sa mort à Nevers en 1672. 
Après sa mort, ses biens ont été vendus aux enchères en 1673, où figurait cette œuvre.

L’attribution exacte de la toile a été confirmée seulement au XXᵉ siècle (années 1960), et elle a fait l’objet d’une restauration en Lituanie en 2010 pour une exposition.

La bataille de Kircholm_Peter Snayer (1592-1667)_huile sur toile vers 1620_H 1,45m-L 2,4m

Dans le contexte du château, l’œuvre s’inscrit dans un discours plus large, elle rattache symboliquement la demeure et ses propriétaires à la grande histoire européenne, et affirme leur proximité culturelle avec l’idéal chevaleresque et martial qui distillent le message que la noblesse ne se définit pas seulement par le rang, mais par le service, le courage et la participation à l’Histoire.

Une petite sélection de la galerie de portraits de membres de la famille Bérenger-Sassenage, souvent réalisés par des artistes renommés.
Raimond de Bérenger (?-1373), 34e Grand maître de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, a été restauré par l’Association des Amis du château .
Henri de Sassenage, héros de la guerre de Cent Ans, mort en 1424 à la bataille de Verneuil.

François II de Bérenger de Sassenage XIVe siècle.

François Bérenger de Sassenage ( XVe‑XVIe siècle) baron de Sassenage, mort en 1490.

Jacques Ier de Sassenage († 1490), chambellan et premier écuyer du roi Louis XI, Il a commandé l’arrière‑ban du Dauphiné à la bataille de Montlhéry en 1465, où il a formé l’avant‑garde avec un important contingent de chevaliers et d’archers.

Saint Isidon de Sassenage, évêque de Die décédé en 1500


Charles‑François de Sassenage, marquis de Sassenage (1704 _1762 à Versailles)_Chevalier de l’Ordre du Saint-Esprit.

Charles‑François Bérenger  marquis de Sassenage (1704 -1762)

Raymond Pierre de Bérenger, Comte du Guâ, Marquis de Bérenger (1733 - 1806 ).

Raymond Gabriel Comte de Bérenger -1786_mort à la bataille de Dresde 1813.

Raymond-Ismidon de Bérenger, marquis de Sassenage ((1811‑1875), était photographe. Sa collection compte plus de 400 tirages conservés au château de Sassenage


En 1922, Pierrette-Elisa Baudin, marquise de Bérenger ( 1894-1971) épouse Raymond de Bérenger (1872-1945). 

Depuis plus de 200 ans, la famille s'enorgueillit d'enfermer dans ses collections une paire de gantelet et un armet de la fin du XVIe siècle/début XVIIe siècle, ainsi qu'une lance brisée et une cuirasse. L'ensemble mentionné comme étant celui de François de Bonne, duc de Lesdiguières et dernier connétable de France (1543-1626).
François de Bonne, duc de Lesdiguières (1543‑1626)

Les experts ont remis en cause ces affirmations.
Les armes dites de Lesdiguières

Le 1er étage du Château de Sassenage constitue le principal espace muséal du château.
La Salle à Manger est la pièce centrale de la vie de réception, elle est le cœur de la vie sociale du château à l’usage des réceptions ou discussions mondaines.

Elle est décorée de tapisseries, de boiseries, de portraits, de mobilier signé d’ébénistes comme les Hache ou parfois attribué à Oeben et de tableaux allégoriques pour souligner l’importance du repas et des plaisirs de la table.

Le repas n’est pas seulement un moment familial, mais une scène de sociabilité aristocratique.






Son décor raffiné est du XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles. La salle a conservé son mobilier d’époque.

L’architecture est classique, les murs sont ornés par des panneaux
moulurés, les boiseries sont claires et la pièce comporte de grandes ouvertures vers l’extérieur.

Les tableaux sont des allégories d’inspiration mythologique, proche de ce qu’on appelle une bacchanale (une fête antique dédiée au vin, à l’abondance et aux plaisirs. On y voit une multitude de figures nues ou drapées à l’antique).








Les boiseries, plus sobres que dans la Salle des États, privilégient l’élégance à la solennité.

Le mobilier (table, chaises, buffets) évoque l’art de vivre aristocratique. Il est disposé pour structurer l’espace tout en laissant circuler les convives et les domestiques.
La pièce est plus chaude et confortable, contrastant avec la grandeur plus froide de la salle des Etats.


La salle à manger conserve un caractère noble, car elle accueillait les repas officiels et les hôtes de marque.
Tables, sièges et buffets évoquent l’art de recevoir à la cour et les repas aristocratiques.

Nous explorons ensuite les appartements privés et les chambres historiques qui mettent en valeur une collection de meubles et objets d’art exceptionnels conservés par la famille Bérenger-Sassenage.

A la fin du XVIIe siècle, la famille avait vendu  la majorité des meubles pour payer les dettes. Il a fallut le remeubler entièrement.

La chambre d’apparat est l’une des pièces les plus prestigieuses du château. Elle montre à elle seule la fonction symbolique de la chambre aristocratique.

C’était une pièce de réception destinée à recevoir des hôtes importants, à marquer l’hospitalité et le prestige de la famille. On y recevait parfois des proches, on y tenait conversation, et certains moments officiels de la vie s’y déroulaient (naissance, maladie, mort).

Au Château de Sassenage, la chambre d’apparat n’est pas seulement une chambre, mais une pièce symbolique de représentation.

Richement meublée, décorée et pensée pour impressionner les visiteurs, elle reflète l’art de vivre, la hiérarchie sociale et les goûts esthétiques de la noblesse dauphinoise du Grand Siècle et des Lumières. 

C'est une mise en scène l’art de vivre d’une famille noble.

Le lit à baldaquin en est l’élément central, imposant, surélevé, conçu comme un véritable meuble-monument.

Ses montants verticaux soutiennent une structure haute, autrefois garnie de riches étoffes : rideaux, ciel de lit, courtines et couvre-lit formaient une enveloppe textile à la fois protectrice et ostentatoire.

Dans les demeures nobles, le lit est un signe de rang social, plus il est grand et orné, plus il affirme le prestige du propriétaire.

Autour du lit, la chambre est aménagée comme un petit univers intime mais raffiné avec des meubles d’accompagnement (commode, guéridon, fauteuils ou bergère) qui permettent la toilette, la lecture ou la réception restreinte.

Les murs mettent en valeur les tableaux, miroirs et boiseries.


Elle est meublée avec du mobilier remarquable réalisé par les Hache, ébénistes grenoblois réputés aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles.

La dynastie Hache à Grenoble remonte à Thomas Hache (1664 - 1747), lui-même fils d’un ébéniste toulousain, qui s’installe dans le Dauphiné, à Grenoble en 1695. Son fils, Pierre Hache (1705 - 1776), lui succède dans son atelier à compter de 1725.

Les ateliers Hache fournissait l'élite sociale aristocratique et parlementaire dauphinoise, pendant le siècle des Lumières.

Les meubles du château ont été confectionnés par Jean-François Hache après 1770. Comme son père Pierre, il utilise des bois des Alpes pour réaliser ses marqueteries. En outre, il met au point un procédé permettant de teinter les bois régionaux, notamment en vert ou en rouge.

La collection des meubles du château, par sa variété et sa qualité constitue l'une des premières collections mobilières de l'Isère.


La présence d’un buste de « Monsieur, frère du Roi » dans la chambre d'apparat s’explique par les liens étroits qu’entretenait la famille de Sassenage avec la cour et par la fonction symbolique des portraits dans les demeures aristocratiques.

Buste de Monsieur_Philippe d'Orléans, frère de Louis XIV

Sous l’Ancien Régime, « Monsieur » est le titre officiel donné au frère aîné du roi régnant. Il s’agit donc d’un personnage de tout premier rang dans la hiérarchie du royaume.
À Sassenage, le buste de Monsieur agit comme un signe de rang et d’allégeance. Il rappelle que le château n’est pas seulement une demeure provinciale, mais une maison noble inscrite dans l’orbite symbolique du pouvoir royal et de la cour de France.

S'ensuit le Salon de compagnie, qui est une pièce plus intime pour accueillir les visiteurs proches. On y discutait, prenait le thé ou organisait des petits concerts, des jeux et divertissements privés.

Les fauteuils tapissés sont disposés pour favoriser les échanges, autour de petites tables où l’on jouait aux cartes ou au tric-trac, jeux très en vogue dans la bonne société.

La pièce est caractérisée par ses boiseries de style Louis XVI, finement moulurées et peintes. Leur restauration récente a permis de retrouver la délicatesse des teintes d’origine et la finesse du décor, donnant au salon une atmosphère claire et élégante.

La lumière naturelle, apportée par de larges fenêtres, met en valeur ces panneaux et crée une ambiance douce, propice à la conversation.

Le mobilier, en grande partie authentique estampillé Hache, Leleu... et conservé dans la famille, est l’un des trésors du château.

Cette bibliothèque prie-dieu est estampillé Jean-François Leleu. Achetée par Raymond-Pierre de Bérenger à Paris en 1781, cette magnifique bibliothèque prie-dieu en marqueterie d'amarante et de satiné porte l'estampille de l'ébéniste Jean-François Leleu. Derrière les glissières situées en partie supérieure et inférieure du meuble, le marquis pouvait ranger une sélection de livres.
Un tiroir inférieur se tire et se déplie pour laisser place à un coussin agenouilloir permettant de prier.

De nombreux meubles proviennent des ateliers Hache et datent du  XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles.

Parmi les pièces conservées aujourd’hui et liées à la famille Hache, on trouve des commodes, souvent richement marquetées, des tables de tri (tables de jeux), des tables de nuit et petites tables d’appoint, des meubles de toilette, des buffets, des bidets, chaises, fauteuils et autres sièges, des fauteuils réalisés sur commande pour la famille de Sassenage.






Le Salon de Compagnie du château de Sassenage est une pièce raffinée et sociale, conçue pour recevoir les proches ou les visiteurs dans une atmosphère à la fois élégante et intime.

C'était un véritable lieu de vie mondaine, on s’y retrouvait pour prendre le thé ou le chocolat, discuter des nouvelles, lire à voix haute, ou écouter un musicien invité. Il reflète une sociabilité raffinée, où le confort s’allie à l’élégance.

Il offre un témoignage vivant de l’art de recevoir et du quotidien cultivé d’une grande famille noble du Dauphiné au siècle des Lumières.

Son mobilier et sa décoration authentiques en font un témoin précieux de la vie aristocratique au siècle des Lumières.

De petits cabinets et boudoirs, petits espaces privés sont donc aménagés par la famille au XVIIIᵉ siècle, pour la réflexion personnelle, la lecture ou l'entretien privé.







Les chambres et appartements privés sont richement meublées avec planchers anciens, lits à baldaquin et fauteuils tapissés.

Certaines chambres avaient des fonctions particulières, par exemple une pièce dite de «chambre du roi», qui était préparée au cas où le souverain aurait à séjourner.
Cela ne s'est jamais produit au château de Sassenage

Il y a des petites pièces attenantes à ces chambres. Elles étaient destinées au rangement des toilettes privées et des effets personnels des propriétaires.








La bibliothèque a été créée à la fin du XVIIIᵉ siècle par Raymond-Pierre de Bérenger pour abriter les ouvrages et manuscrits familiaux.

Elle témoigne de l’intérêt intellectuel de la famille et de l’essor de la culture du livre à l’époque des Lumières.





Nous redescendons au rez de chaussée pour terminer la visite par la cuisine du XVIIᵉ siècle du château, tout à fait exceptionnelle.

C'est une grande pièce voûtée autour d’une cheminée monumentale en pierre qui servait au chauffage et à la cuisson de nombreux plats.

Elle conserve une batterie d’ustensiles en cuivre exceptionnelle, marmites, grandes casseroles, chaudrons et autres pièces qui montrent la diversité des préparations possibles.

Cette partie du château montre comment la vie de tous les jours s’articulait autour des fonctions concrètes (cuisine, service, réception).

En visitant cette cuisine, on comprend comment on préparait les repas au XVIIᵉ-XVIIIᵉ siècle dans une demeure aristocratique avec les techniques du feu, les outils, l’organisation de l’espace.

Voici un menu historique inspiré de la fin du XVIIᵉ- XVIIIᵉ siècle, cohérent avec ce qu’on cuisinait dans une grande maison dauphinoise de l’époque, sans ingrédients anachroniques et avec les techniques du feu de cheminée.

Potage aux racines et aux herbes du jardin (navets, panais, poireaux, oignons, persil, cerfeuil, un peu de pain rassis).

Bœuf braisé au vin et aux épices douces (bœuf, vin rouge local, oignons, clous de girofle, poivre, thym, laurier).

Légumes racines étuvés au beurre : carottes, navets, choux, beurre, sel.
Volaille rôtie à la broche (poulet ou chapon, sel, herbes).

Fromages du Dauphiné frais : tomme, bleu local (ancêtre du Bleu de Sassenage), servis avec du pain de campagne.

Pommes ou poires cuites au miel et aux épices.

Boisson : Vin rouge ou blanc local, eau parfois coupée au vin, Hydromel.

Il n'y a pas de techniques précises, tout se fait à l’œil et à l’expérience.

La cuisson se fait à la cheminée, sur braises, en marmites de cuivre, à la broche.

Il n'y a pas de tomate, pas de pomme de terre.








Le château de Sassenage est un bel exemple de l’architecture classique française du XVIIᵉ siècle.

Il a été la dernière demeure de la famille noble de Bérenger-Sassenage, qui y a vécu jusqu’au XXᵉ siècle.

La dernière occupante du château, Pierrette Élisabeth de Bérenger, marquise de Sassenage (1894-1971), ultime descendante directe de la famille Bérenger-Sassenage, n’ayant pas d’héritier, prend une décision essentielle pour l’avenir du domaine.

Peu avant sa mort, en 1971, elle fait don du château, de son mobilier, de ses archives et du parc à la Fondation de France.

Ce don était assorti de conditions précises, à savoir que le château devait être préservé dans son état historique, et les collections familiales (meubles, portraits, objets, archives) devaient être conservées sur place. Par ailleurs, le site devait être ouvert au public et servir à la transmission de l’histoire de la famille et du lieu.

Grâce à ce geste, le château de Sassenage n’a pas été vendu ni le mobilier dispersé.

Il est aujourd’hui un rare exemple de demeure aristocratique restée “intacte”, qui a conservé l’atmosphère d’une maison noble habitée pendant plus de trois siècles par la même lignée.

Le château a conservé une grande partie de son mobilier d’époque, notamment des pièces réalisées par des ébénistes réputés comme les Hache, reflet de l’art de vivre sous l’Ancien Régime.

La fée Mélusine entoure le chateau de légendes et de mystère.

Le parc paysager de 8 hectares, classé Monument Historique depuis 1942, combine plusieurs styles de jardins, à la française, anglo-chinois et paysager, reflétant plus de 350 ans d’évolution paysagère.


Texte de Paulette Gleyze inspiré des riches commentaires de notre guide

Photos de Paulette et Gérard Gleyze


1 commentaire:

  1. une visite très intéressante et un compte rendu comme toujours complet et instructif

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