lundi 12 janvier 2026

Les créateurs et les mécènes _"1925-2025. Cent ans d’Art déco" au musée des arts décoratifs

 

Pour l’exposition « 1925-2025. Cent ans d’Art déco » au Musée des Arts décoratifs du 22 octobre 2025 au 26 avril 2026, plusieurs créateurs emblématiques de l’Art déco sont mis en lumière.

Quelques figures majeures dont les œuvres ou pièces représentatives sont exposées :

Jacques-Émile Ruhlmann, un des plus grands décorateurs et ébénistes de l’Art déco, célèbre pour son mobilier luxueux, ses lignes épurées et l’utilisation de matériaux nobles.

Eileen Gray, designer et architecte irlandaise qui a apporté une vision moderne et élégante au mobilier et aux intérieurs.

Jean-Michel Frank, connu pour ses créations raffinées et minimalistes, souvent réalisées dans des matériaux précieux comme le parchemin ou le mica.

L’exposition montre aussi des pièces ou objets de designers et artisans liés à l’Art déco comme 
André Groult avec son mobilier décoratif emblématique.
Pierre Chareau et son mobilier et design innovant comme le bureau-bibliothèque de l’Ambassade.
Jean Dunand avec ses laques et objets décoratifs.
François Décorchemont et ses verreries Art déco.
Raymond Templier et Jean Després et ses bijoux et objets précieux.

L’exposition inclut aussi la mode et la joaillerie Art déco, avec des pièces de maison ou créateurs comme 
Cartier et ses bijoux.
Madeleine Vionnet et Jeanne Lanvin pour la mode.

Nelly de Rothschild (de son vrai nom Gabrielle Beer, née en 1886 et décédée en 1945) était un membre de la célèbre famille Rothschild, l’une des familles européennes les plus influentes dans la finance, la philanthropie et la vie artistique des XIXᵉ et XXᵉ siècles.

Elle est surtout connue aujourd’hui comme mécène et cliente d’art plutôt que comme artiste elle-même.

Au début des années 1920, Nelly et Robert de Rothschild font appel aux décorateurs Clément Mère et Clément Rousseau (deux décorateurs/ébénistes majeurs de l’époque) pour concevoir et meubler l'appartement privé de la baronne au coeur de leur hôtel particulier parisien.

Ce décor, souvent appelé « Chez Nelly de Rothschild » dans les expositions, est considéré comme un exemple emblématique d’intérieur Art déco de luxe.

Clément Mère et Clément Rousseau conçoivent boiseries, meubles, panneaux laqués, cuirs embossés, galuchat, ivoire sculpté, soie brodée, et même un plafond peint par l’affichiste italien Leonetto Cappiello.

Clément Mère (1871–1949) est une figure importante de l’Art déco français, surtout connue pour son travail de sculpteur-décorateur et ferronnier d’art. Il travaille à la frontière entre la sculpture, l'architecture, l'art du métal (fer forgé, bronze). Il appartient à cette génération d’artistes qui ont fait de l’Art déco un style à la fois moderne, élégant et solidement ancré dans le savoir-faire artisanal. Son style se caractérise par des formes géométrisées, une stylisation du végétal et du figuratif, un équilibre entre sobriété moderne et richesse des matériaux. Il a participé à de grands chantiers parisiens des années 1920–1930. Il expose dans des Salons officiels (Salon des artistes décorateurs notamment).

Clément Rousseau ( 1872-1950) est généralement cité comme un sculpteur et décorateur français actif dans la période Art déco, surtout dans l’entre-deux-guerres. Comme Clément Mère, il fait partie de ces artistes moins médiatisés mais essentiels à la diffusion du style dans l’architecture et les arts décoratifs. Il travaille principalement dans la sculpture décorative, les bas-reliefs architecturaux, les ornements intégrés aux façades et aux intérieurs. Il s’inscrit pleinement dans l’esthétique Art déco par une simplification des formes, une stylisation du corps humain et des motifs végétaux, un goût pour la composition rythmée et géométrique, pensée pour dialoguer avec l’architecture. Il participe au renouveau de la sculpture décorative dans les années 1920–1930. Il est aujourd’hui redécouvert par les historiens et amateurs d’Art déco, notamment dans l’étude des programmes décoratifs urbains.

L’ensemble a été pensé comme une œuvre totale, où architecture intérieure, mobilier et arts décoratifs interagissent en une harmonie raffinée, typique de la vision Art déco des grands décorateurs et mécènes de l’époque.

Plusieurs pièces exposées proviennent de son intérieur parisien, situé dans l’Hôtel de Marigny, et sont maintenant conservées au Musée des Arts Décoratifs à Paris.
Nelly de Rothschild est une cliente et mécène influente de l’Art déco.
En commandant des créations à des artistes et décorateurs prestigieux, elle a participé à la diffusion et à l’affirmation du style Art déco dans les intérieurs de luxe des années 1920. Son intérieur est montré dans des expositions comme modèle de ce que pouvait être le goût raffiné et l’exigence artistique de l’époque, en témoignant du lien entre commanditaires fortunés et création artistique à l’aube du mouvement Art déco.
Clément Rousseau (1872-1950)_décorateur_Table à journaux_Paris, vers 1921_Ebène, galuchat, ivoire_Paris, musée des arts déco
Table_Paris vers 1921_bois d'amourette, galuchat, ivoire, galalithe_Donné en souvenir de la baronne de Rothschild et au nom de ses héritiers, 1966.
Clément Mère (1861-1940)_décorateur_Bureau à gradin_Paris, vers 1919_Ebène de Macassa, cuir repoussé et laqué_Paris, musée des arts déco_Donné en souvenir de la baronne de Rothschild et au nom de ses héritiers, 1966.
Chaise_Paris 1922_Palissandre, ivoire gravé et patiné, garniture en soie_Paris, musée des arts déco_Donné en souvenir de la baronne de Rothschild et au nom de ses héritiers, 1966.

Clément Mère (1861-1940)_décorateur_Van den Aker, ébéniste_Pare-feu_Paris, vers 1923_Ebène de Macassar, ivoire gravé et patiné, soie brodée_Paris, musée des arts déco_Donné en souvenir de la baronne de Rothschild et au nom de ses héritiers, 1966.

Clément Rousseau (1872-1950)_décorateur_Chaise_Paris, 19221_Palissandre, galuchat, ivoire, soie_Paris, musée des arts déco_Donné en souvenir de la baronne de Rothschild et au nom de ses héritiers, 1966.

Tour à tour, peintre, tabletier et créateur de meubles, Clément Mère est vice-président de la Société des artistes décorateurs de 1913 à 1920.
En 2015, le musée des arts décoratifs acquiert le fonds de l'atelier de Mère et de son compagnon Franz Walsraff avec qui il collabore tout au long de sa vie.
Les lignes organiques de l'Art nouveau, l'art du Japon, le mobilier historique et l'abstraction cubiste exercent une grande influence sur l'ouvre de Mère.
Les nombreux dessins de décors muraux, d'objets en ivoire ou céramique, de mobilier laqué ou couvert de cuir gaufré, témoignent de la variété des domaines qu'il explore.
Clément Mère (1861-1940)_décorateur_Projet de meubles, objets et décors_France, vers 1920_Graphite, plume, encre de Chine, lavis et aquarelle sur papier beige_Paris, Musée des arts déco_Achat grâce à mécénat

Jacques Doucet (1853–1929) est une figure clé de l’Art déco, même s’il est souvent décrit comme un passeur entre l’Art nouveau et l’Art déco.

À l’origine, il est un grand couturier parisien, héritier d’une maison de mode fondée en 1815. Il habille l’élite internationale avant de se retirer progressivement de la couture vers 1912 pour se consacrer à sa véritable passion : l’art et le mécénat.

Son importance dans l’Art déco tient surtout à son rôle de commanditaire visionnaire.

Il est l’un des premiers à encourager une esthétique moderne, géométrique, épurée, rompant avec les courbes de l’Art nouveau. Ses intérieurs privés (notamment son hôtel particulier rue Spontini à Paris) sont considérés comme de véritables manifestes de l’Art déco naissant. Il collabore avec des créateurs majeurs du mouvement, en particulier Pierre Legrain, décorateur et designer emblématique de l’Art déco (meubles, reliures, objets), des artisans spécialisés dans les bois précieux, la laque, le cuir, le métal, matériaux typiques de l’Art déco.
Jacques Doucet soutient aussi la création artistique moderne. Il aide financièrement des artistes comme Picasso, Modigliani ou Brancusi et constitue une collection exceptionnelle d’art ancien et moderne.
Il acquiert des oeuvres modernes à partir des années 1920, conseillé par André Breton. Il est le premier propriétaire des "demoiselles d'Avignon" de Picasso.
En 1907, il se retire dans son hôtel particulier de Neuilly sur Seine où il se fait aménager un studio qu'il conçoit comme un écrin pour sa collection. Il s'entoure d'un mobilier typique du nouveau style, en achetant des pièces à Eileen Gray, Pierre Legrain ou Marcel Coard, créant un intérieur d'une harmonie moderne.
Donné au musée des arts décoratifs en 1958 par le neveu de Doucet,
Cet ensemble mobilier conserve la mémoire d'un des plus prestigieux décors art déco.

Son héritage le plus durable est la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, encore active aujourd’hui à Paris, dédiée à la littérature et à l’histoire de l’art moderne.
Jacques Doucet n’est pas un designer au sens strict, mais il oriente le goût, il finance l’innovation, il offre aux créateurs un espace de liberté rare.
Sans lui, l’Art déco français n’aurait probablement pas pris une forme aussi audacieuse et raffinée.
Marcel Coard (1889-1974)_décorateur_Vitrine_France, vers 1920_Chêne, ébène de Macassar, nacre, ivoire, verre_Paris, Musée des arts décoratifs_Don Madame Jacques Doucet, 1934

L'objet précieux de style Art déco présente une veine de luxe qui se distingue par la qualité de ses pièces uniques, rares et précieuses issues du savoir-faire de l'artiste-artisan. La profondeur des émaux monochromes d'Emile Decoeur, les riches décors intercalaires de Maurice Martinot ou encore l'originalité des laques coquille d'œuf de Jean Dunand sont le résultat de l'extraordinaire capacité d'invention technique des artistes.
Fruits de longues années de recherches et d'expérimentation, ces objets s'adressent à une clientèle fortunée dont le soutien assure l'indépendance des créateurs.
En parallèle, les éditions des grands magasins et des manufactures contribuent à la démocratisation de l'Art Déco, bien que de manière limitée.





Dans la vitrine, en haut :
Séraphin Soudbinine (1867-1944)_céramiste_Pot couvert_France, vers 1933_grès partiellement émaillé_Paris, Musée des Arts Décoratifs_Achat auprès de l'artiste

Coupe_France, vers 1935_grès partiellement émaillé_Paris, Musée des Arts Décoratifs_Don de l'artiste

Maurice Marinot (1882-1960)_créateur_Vase_France, 1944_verre soufflé, décor intercalaire, modelé à chaud_Paris, Musée des Arts Décoratifs_Dépôt du centre Pompidou_Centre de création industrielle, 1981

Flacon_France, 1923_verre soufflé, décor intercalaire, gravé à l'acide_Paris, Musée des Arts Décoratifs_Legs Monsieur et Madame Louis Barthou, 1937

Flacon_France, 1930_verre soufflé, décor intercalaire, modelé à chaud_Musée des Arts Décoratifs_Legs Monsieur et Madame Louis Barthou, 1937

Séraphin Soudbinine (1867-1944)_céramiste_Pot couvert_France, vers 1935_grès partiellement émaillé_Paris, Musée des Arts Décoratifs_Don de l'artiste, 1936

Au Centre :
Maurice Marinot (1882-1960)_créateur_Flacon_France, 1929_Verre soufflé, décor intercalaire, modelé à chaud_Paris, Musée des Arts Décoratifs_Legs Monsieur et Madame Louis Barthou, 1937

Flacon_France, 1925_Verre soufflé, décor intercalaire, modelé à chaud_Paris, Musée des Arts Décoratifs_Legs Monsieur et Madame Louis Barthou, 1937

Flacon_France, 1929_Verre soufflé, décor intercalaire, modelé à chaud à l'acide_Paris, Musée des Arts Décoratifs_Legs Monsieur et Madame Louis Barthou, 1937

Coupe cheval_France, 1922_Verre malfin soufflé, _Paris, Musée des Arts Décoratifs_Don Jacques Zoubaloff, 1922

Flacon Le perroquet doré_France, France 1928_Verre soufflé, décor intercalaire, modelé à chaud_Paris, Musée des Arts Décoratifs_Legs Monsieur et Madame Louis Barthou, 1937

Vase_France, France1922_Verre soufflé, décor intercalaire, modelé à chaud_Paris, Musée des Arts Décoratifs_Dépôt du Musée National d'Art moderne/Centre de création industrielle, 2006

Flacon _France, France 1923_Verre soufflé, décor intercalaire, modelé à chaud_Paris, Musée des Arts Décoratifs_Legs Monsieur et Madame Louis Barthou, 1937

En bas :
Emile Decoeur (1876-1953)_céramiste_Vase_Fontenay aux roses, 1939_Grès porcelainique émaillé_Paris, Musée des Arts Décoratifs_Centre de création industrielle, 2006

Gobelet_Fontenay aux roses, 1932_Grès porcelainique émaillé_Paris, Musée des Arts Décoratifs_Centre de création industrielle, 2006

Coupe_Fontenay aux roses, 1938_Grès porcelainique émaillé_Paris, Musée des Arts Décoratifs_Dépôt du Centre Pompidou, Paris Musée d'art moderne, Centre de création industrielle, 2006

Vase_Fontenay aux roses, 1939_Grès porcelainique émaillé_Paris, Musée des Arts Décoratifs_Don André Vera en souvenir de son frère Paul Vera, 1959

François Décorchemont (1880-1971)_Verrier_Grand bol deux anses serpents_France, 1923_Pâte de verre moulé à la cire perdue_Paris, Musée des Arts Décoratifs_Achat grâce au mécénat des Amis des Arts décoratifs, 2021

Elisabeth Eyre de Lanux (1894-1996)_Créatrice_Boîte_Paris, vers 1929_PAmbre, parchemin_Collection particulière

Jean Elisée Puiforçat (1897-1945)_Orfèvre_Bonbonnière à décor de fleurs aquatiques_Paris, 1923_Argent, ivoire teinté_Paris, Musée des Arts Décoratifs_Achat grâce au mécénat de Michel et Hélène David-Weill, 2003

Georges Bastard (1881-1939)_Tabetière_Paris, 1925_ivoire sculpté_Paris, Musée des Arts Décoratifs_Achat de l'Etat

Jean Dunand (1877-1942)_dinandier_Vase_Paris, 1925-1930_cuivre laqué, coquille d'oeuf_Paris, Musée des Arts Décoratifs_Dépôt du centre Pompidou, Centre de création industrielle, 1981

Peu présent aux expositions et salon officiel, Marcel Coard est un décorateur indépendant, position qui lui confère la liberté créative.

Jacques Doucet fait appel à lui pour meubler son appartement rue du Bois, puis son studio de Neuilly sur Seine. Très influencé par les arts africains et océaniques, ses meubles témoignent de l'intégration de ces formes perçues comme exotiques.
Les formes géométriques créent une harmonie avec sa collection cubiste.
Coard exploite des matières rares et précieuses permettant des contrastes colorés.
Pierre Legrain (1889-1929)_décorateur, Joseph Csaky (1888-1971)_sculpteur
Roumy, ébéniste_Armoire_Paris, vers 1923_Chêne, plaquage de Wengé_Paris, Musée des Arts Décoratifs_Don de Jean Edouard Dubrujeaud en souvenir de Jacques Doucet, 1958
Pierre Legrain (1889-1929)_décorateur_cabinet_Paris, vers 1919_palissandre, galuchat, quartz, aventurine, corne, sycomore_Paris, Musée des Arts Décoratifs_Don de Jean Edouard Dubrujeaud en souvenir de Jacques Doucet, 1958

Marcel Coard (1889-1974)_décorateur_Bureau plat_Paris, vers 1925_Chêne, palissandre des Indes, peau de python_Paris, Musée des Arts Décoratifs_Don de Jean Edouard Dubrujeaud en souvenir de Jacques Doucet, 1958

Marcel Coard (1889-1974)_décorateur_fauteuil_Paris, vers 1925_Chêne, crin, peuplier, okoumé, coton rabane, laque _Paris, Musée des Arts Décoratifs_Don de Jean Edouard Dubrujeaud en souvenir de Jacques Doucet, 1958

Gustave Miklos (1888-1967)_dessinateur_Tapis_Paris vers 1905_Laine, point noué_Paris, Musée des Arts Décoratifs_Don de Jean Edouard Dubrujeaud en souvenir de Jacques Doucet, 1958



La reliure d'art connaît un véritable engouement au cours de la période Art déco, à l'image de de Jacques Doucet qui passait commande auprès de Rose Adler et Pierre Legrain.

Les décors s'expriment autant dans les motifs qui tendent à la géométrisation et dans les lettrages sophistiqués que dans l'utilisation de métaux précieux comme le cuir, le parchemin, la dorure ou la marqueterie de paille. Le musée des arts décoratifs conserve une grande collection de reliures et projets de reliures.

Créée en 1901, la Société des Artistes Créateurs, s’inscrit dans le grand mouvement de structuration du monde artistique en France au début du XXᵉ siècle. Elle est directement liée au contexte de la loi du 1er juillet 1901, qui permet la création d’associations libres à but non lucratif.

La loi de 1901 marque un tournant majeur pour les artistes en France car elle permet aux créateurs de se regrouper légalement, les artistes cherchant à s’émanciper des institutions officielles (Salons académiques, commandes étatiques).

De nombreux collectifs voient le jour pour défendre la liberté de création, la Société des Artistes Créateurs naît dans ce climat de revendication artistique et sociale.
La Société des Artistes Créateurs avait pour vocation de rassembler des artistes indépendants, de défendre les intérêts moraux et matériels des créateurs, de promouvoir l’art contemporain de son époque, d'offrir une alternative aux structures artistiques dominantes, d'organiser des expositions, salons ou manifestations artistiques.

Elle mettait l’accent sur la création originale, par opposition à l’art académique ou strictement institutionnel.

Selon les usages de l’époque, la société regroupait des peintres, des sculpteurs, des dessinateurs, des artisans d’art, et parfois affichistes ou décorateurs.

Le terme créateurs soulignait la volonté de reconnaître l’artiste comme auteur à part entière, et non comme simple exécutant. L'adhésion des artistes est volontaire.

La Société des Artistes Créateurs, joué un rôle essentiel dans la reconnaissance du statut professionnel de l’artiste, dans l’émergence de mouvements artistiques modernes et dans la démocratisation de l’accès à l’art.

Beaucoup d’associations actuelles d’artistes sont les héritières directes de ces initiatives fondées autour de 1901.

En 1924, la Société des Artistes Créateurs obtient du gouvernement de disposer des trois corps de bâtiment entourant la Cour des métiers sur l'esplanade des Invalides.

Membres ou non de la Société des Artistes Créateurs,, tous les décorateurs sont appelés à soumettre des projets pour décorer les pièces et à voter pour leur attribution.

Grâce à ce concours, la Société des Artistes Créateurs expose une très grande diversité de propositions esthétiques.

Jacques-Emile Ruhlmann (1879-1933)_décorateur_Bureau des Ambassadeur_Paris,1923_Chêne, ébène de Macassar, ivoire_Présenté dan le bureau de l'ambassadeur du pavillon de la Société des Artistes décorateurs. Une ambassade française à l'exposition internationale de paris, 1925_Paris, musée des arts décoratifs_Don de  madame Edouard Rasson, 1961

Jules Leleu (1883-1961)_ébéniste_Table lyre_Paris, vers 1925_Palissandre, noyer_Modèle présenté le dans le salon de musique du pavillon de la Société des Artistes décorateurs. Une ambassade française à l'exposition internationale de Paris, 1925_Paris, musée des arts décoratifs_Dépôt du ministère de l'instruction publique et des beaux arts, 1930

Charles Plumet a été l'architecte de la cour des métiers, dont le patio était orné de sculptures de grandes toiles aux sujets modernes tels que le sport, les transports ou les classiques comme l'enseignement, le mobilier.

Rapin met en scène les étapes de la conception, de fabrication, de finition jusqu'à la vente des objets décoratifs pour valoriser les chaînes de savoirs et de savoir-faire et mettre en avant les professionnels des arts appliqués et le goût moderne.
Henri Rapin (1873-1939)_peintre_Les métiers de la décoration_Paris, vers 1925_Huile sur toile

Sculpteur français principalement connu pour ses sculptures animalières, Gaston Le Bourgeois reçoit de nombreuses commandes de l'Etat et de particuliers aussi prestigieux que le couturier Jacques Doucet, le soyeux François Ducharne ou l'acteur de théâtre Jacques Touché.
Il est également fondateur, avec le conservateur du musée des Arts décoratifs François Carnot et le décorateur Henri Rapin, de l'atelier des mutilés (1915-1924) qui permet aux créateurs handicapés à la suite de la guerre, comme lui, de concevoir du mobilier et des jouets sous l'enseigne "les jouets de France". Il laisse un héritage important avec la conception des décors pour le hall de la salle Pleyel, le bar Prunier et aussi le paquebot le Normandie.
Gaston Le Bourgeois (1880-1946)_sculpteur_Lévrier_Rambouillet, 1920_Paris, Musée des arts décoratifs_don de la succession de Gaston et Eve Le Bourgeois, 2016

Ce chiffonnier d'André Groult, dit anthropomorphe, est l'un des chefs-d'œuvre de l'Art déco. Les courbes galbées qui lui ont valu ce surnom ne correspondent pas à l'esthétique géométrique et rectiligne de ce style. La géométrie se retrouve sur le décor.
le chiffonnier est un style de meuble inventé au XVIIIe siècle, grande époque de l'ébénisterie et du goût français.
André Groult (1884-1966)_décorateur_chiffonnier_Paris, 1925_Galuchat, hêtre, acajou, ivoire_Présenté dans la chambre de Madame, du pavillon de la Société des artistes décorateurs. Une ambassade française de l'exposition internationale de Paris, 1925_Paris, musée des arts décoratifs_Acquis grâce au fonds du patrimoine avec le concours des mécénats de Michel et David David-Weill, de Jayne Weightman, de Shiseido, de Fabergé et de la galerie Doris, 1999

Raymond Delamare est l'un des artistes académiques oubliés de la première partie du XXe siècle qui a proposé une forme de modernité , marquée par un retour au classicisme et le désir de renouer avec la tradition.

A l'exposition de 1925, il présente une fontaine monumentale dans le jardin du pavillon Corcellet, ainsi que des bas-reliefs représentant des couples mythologiques dans "le hall de collection" conçu par Michel Roux-Spitz pour une ambassade française. 

Il déclinera tout au long de sa carrière des bas-reliefs, des médailles en ronde-bosse de différents formats
Raymond Delamare(1890-1986)_sculpteur_Persée et Andromède_Paris, 1926-1929_Plâtre argenté_Modèle réalisé d'après les bas-reliefs du hall d'entrée du Pavillon du Salon des Artistes Décorateurs, Une Ambassade française à l'exposition internationale de Paris, 1925_Paris, musée des arts décoratifs_Don de Jen Delamare, 2024

Raymond Subes (1891-1970)_ferronnier_Atelier Borderel, éditeur_Paire de consoles_Paris, vers 1925_fer forgé, marbre_Présenté dans le petit salon du pavillon de la Société des Artistes décorateurs; Une Ambassade Française à l'Exposition internationale de Paris, 1925_Paris, musée des arts décoratifs_Achat de l'Etat_Attribution au Musée des arts décoratifs en 2008.
Gaston le Bourgeois (1880-1946)_sculpteur_Lion marchant_Rambouillet, vers 1931_Merisier_Paris, musée des arts décoratifs_Don de la succession Gaston et Eve Le Bourgeois, 2016

La virtuosité des céramistes, verriers, dinandiers, tabletiers de l'Art déco tous membres de la société des artistes et décorateurs, s'appuie sur une connaissance approfondie des matières et des techniques.
Les ivoires et les gemmes de Georges Bastard rivalisent avec les pâtes de verre de son ami François Décorchemont.
La très grande qualité des couvertes de grand feu d'Emile Lenoble et Emile Decoeur témoignent de la maîtrise parfaite des techniques de cuisson et des possibilités de superposition et de rétraction des émaux. 

Charles Martin (1848-1934)_dessinateur_Bianchini_Férier, fabricant_Les ananas_France, 1923_Satin de soie façonné liseré_Présenté dans le grand salon de réception du pavillon de la Société des Artistes décorateurs; Une Ambassade Française à l'Exposition internationale de Paris, 1925_Paris, musée des arts décoratifs_Don Bianchini-Férier, 1927

Edouard Bénédictus (1878-1930)_dessinateur_Brunet, Meunié et Cie, fabricant_ Les jets d'eaux_France, 1923_Satin de viscose, façonné liseré _Présenté dans le grand salon de réception du pavillon de la Société des Artistes décorateurs; Une Ambassade Française à l'Exposition internationale de Paris, 1925_Paris, musée des arts décoratifs_Don Brunet, Meunié et Cie, 1927

Jacques-Emile Ruhlmann (1879–1933) est l’une des figures majeures du mobilier et du design Art déco français.

Designer, décorateur et ébéniste parisien, issu à l’origine de l’entreprise familiale de peinture et de décoration, il s’oriente très tôt vers le mobilier de luxe, avec l’ambition de créer des pièces aussi raffinées que la haute couture.

Son style est emblématique de l’Art déco haut de gamme avec des lignes élégantes et proportions parfaites, souvent sobres mais très sophistiquées, un usage de bois précieux (ébène de Macassar, palissandre, amarante), des matériaux luxueux : ivoire, laque, galuchat, bronze, acier poli et un design pensé pour une élite fortuné.

Ruhlmann meurt relativement jeune, à 53 ans, mais son influence est immense. Ses meubles sont aujourd’hui conservés dans de grands musées (Musée des Arts décoratifs à Paris, MoMA, Metropolitan Museum). Sur le marché de l’art, ses pièces atteignent des prix très élevés, parfois plusieurs millions d’euros.

Véritable ensemblier, Ruhlmann conçoit la totalité de ses intérieurs, du décor au mobilier en passant par les objets d'arts. Pour la manufacture de Sèvres, il donne des modèles de vases, avec des décors peints ou en relief. Il fournit aussi des dessins pour des papiers peints à la manufacture Desfossé et Karth, en déclinant des couleurs joyeuses et des motifs floraux, comme la monnaie du pape.
Il fait aussi appel à d'autres créateurs de l'art déco, amateurs comme lui de lignes épurées, comme Eugénie O'Kin ou Emile Lenoble. Il garnit ses intérieurs d'oeuvres modernes d'artistes tels que Pompon, Bernard ou Dupas.

Jacques-Emile Ruhlmann (1879-1933)_ensemblier_secrétaire à abattant_ Paris, 1924_Chêne, loupe d'Amboise, voire, maroquin gaufré or, ébène de Macassar _Paris, musée des Arts décoratifs_Legs Alice Amandine Arfvidson, 1950

Jacques-Emile Ruhlmann (1879-1933)_Table basse Boule_ Paris, vers 1918-1919_Ebène de Macassar _Paris, musée des arts décoratifs

Ruhlmann est présent à l'exposition de 1925, et bénéficie d'un espace dédié. Dans un bâtiment de Pierre Patout, il rassemble, entre autre des sculptures d'Antoine Bourdelle, Joseph Bernard Alfred Jamiot, François Pompon, des peintures de Jean Dupas, du mobilier de Francis Jourdain et Henri Rapin, des tissus d'Henri Stephany.
Il fait appel à Edgar Brandt pour la ferronnerie, Jean Puiforçat pour le métal, Emile Decoeur pour le verre, au dinandier Jean Durand et Claudius Limassier et aux tabletiers Eugénie O'Kin et Gorges Bastard.

Jacques-Emile Ruhlmann (1879-1933)_Chaise_ Paris,1925_Noyer, métal argenté, velours de soie _Présentée dans la salle à manger de l'hôtel du collectionneur à l'exposition internationale de Paris de 1925_Paris, musée des arts décoratifs_Achat auprès de  l'artiste, 1926

François Pompon (1855-1933)_sculpteur_Manufacture de Sèvres, fabricant_Ours Sèvres, 1921-1924 (modèle)_Biscuit de porcelaine _Manufactures nationales_Sèvres & Mobilier national, collection manufacture, inv 2008

Jacques-Emile Ruhlmann (1879-1933)_ensemblier_meuble à chapeaux_ Paris, vers 1924_Ebène de Macassar, loupe de noyer, ivoire _Collection particulière

D'après Jacques-Emile Ruhlmann (1879-1933)_Jean Dunand (1877-1942)_laqueur_cabinet_Paris, vers 1927_Chêne, laque, bronze _Collection particulière

Ruhlmann propose au salon des artistes décorateurs de 1929, un studio chambre du prince héritier d'un vice-roi des Indes à la Cité universitaire de Paris.
Il ne s'agit pas d'aménager véritablement un studio pour le prince indien, étudiant, mais d'attirer le prince sur son stand qui est à la recherche d'architectes et décorateurs pour son palais.
Jacques-Emile Ruhlmann (1879-1933)_ensemblier_bar à liqueur dit "bar à skis"_ Paris, vers 1931_Chêne, ébène de Macassar, bronze argenté _Collection particulière

La diversité des participants à l'exposition de 1925 reflète la multitude de tendances qui traversent l'Art déco.
Des créateurs de sensibilités différentes se côtoient, parfois au sein d'un même pavillon.
La presse du temps les oppose en une série de binômes, contemporains/modernes, traditionnalistes/rationalistes ou coloristes-décorateurs/ingénieurs-constructeurs.
Les manifestes modernistes, tels que le pavillon de l'esprit art nouveau de Le Corbusier ou le pavillon constructiviste de l'URSS, restent minoritaires.
La création de l'Union des Artistes Modernes en 1929, réunissant l'entourage de Le Corbusier et de Charlotte Perriand, clarifie les oppositions. On distingue alors les tenants du luxe décoratif et les partisans d'une production rationalisée de masse.

Pierre Chareau imagine un bureau bibliothèque pour l'appartement privé d'une Ambassade française, le pavillon de la SAD.
Cet ensemble résume les grandes caractéristiques des créations de Chauveau : mobilité, multi fonctions des espaces et reprend dans la conception de son plafond son concept de l'éventail qui permet d'augmenter l'éclairage naturel du bureau selon l'ouverture des ventaux sur un plafond lumineux. Il est complété par un bureau aux lignes géométriques, pourvu de nombreux rangements
Pierre Chareau(1883-1950)_architecte-décorateur
Eugène Printz (1889-1948)_Ebéniste
Bureau bibliothèque du pavillon Une Ambassade française de la Société des Artistes et décorateurs à l'Exposition Internationale de Paris de 1925_ Hêtre, palmier_Paris, musée des arts décoratifs_Dépôt du musée Pompidou

Pierre Chareau(1883-1950)_architecte-décorateur_Projet du bureau-bibliothèque d'Une Ambassade de Française_Paris, 1924_Graphite, pinceau et encre brune, aquarelle et gouache sur papier vélin_Paris, Musée des arts décoratifs_Don René Herbst, 1961

Pour l'exposition internationale de Paris en 1925, le pavillon Lalique a été dessiné par l'architecte Marc Duclauzeaud. L'entrée est monumentalisée par une grande baie vitrée, avec des portes toutes de verre et de fer. Les formes octogonales des vitraux aux épais montants métalliques, proches du modernisme, présentent un aspect décoratif avec des fleurs de chrysanthèmes en verre incrustées dans le métal.
Les jeux de reflets et de transparence animent la géométrie des carreaux et démontrent la science de la lumière et de l'ornement de René Lalique.
René Lalique (1860-1945)_verrier_Porte d'entrée du pavillon Lalique à l'Exposition Internationale des arts décoratifs et industriels modernes de Paris, 1925_ Fer, verre moulé, verre à vitre_Paris, musée des arts décoratifs_Don Suzanne Lalique-Haviland, 1961
De l'atelier familial de fabrication de meubles du faubourg Saint Antoine, qu'il reprend, Eugène Printz gardera toute sa vie une connaissance pratique du bois et des métiers du mobilier.

Grâce à cet important atelier qui rassemble nombre d'ouvriers spécialisés, il commence sa carrière comme fabricant pour des décorateurs, Pierre Chareau notamment.

Il conçoit également ses propres meubles, ce qui le conduit à ouvrir sa galerie en 1928.
Ses créations se distinguent par leur capacité à lier des formes modernes à un goût pour le décor et les structures complexes, pour lesquelles il emploie des matériaux précieux,  tel que le palmier, l'ébène ou la laque.

Printz prend une part active aux expositions et salons officiels et collabore avec des artistes de premier plan comme Jean Dunand qui laque ses meubles, Hélène Henry pour les textiles ou Evelyn Wyld pour les tapis.
Eugène Printz (1889-1948)_décorateur
Jean Dunand (1877-1942)_Laqueur_Buffet_Paris, 1927_ Palmier, palissandre de Rio, laque, métal argenté_Présenté au Salon d'automne de 1927_Manufactures nationales, Sèvres & mobilier national

Eugène Printz (1889-1948)_décorateur_Meuble d'appui_Paris, vers 1932_
palissandre de Rio, incrustation d'écaille, bronze doré_Présenté au Salon des artistes décorateurs_Musée des arts décoratifs _Leg Eugène Michel Printz, 1950

Eugène Printz_décorateur_Meuble à chaussures_Paris, vers 1930_laque, métal, sycomore_Collection particulière

L'art déco est aussi une histoire de collaboration. L'excellence esthétique des oeuvres nécessite souvent l'intervention de plusieurs artistes, experts dans leur domaine, comme pour ce paravent exécuté par le grand maître de laque d'après le carton de Jean Lambert-Rucki, peintre dont les silhouettes et animaux sont très reconnaissables.

Les deux artistes ont fréquemment travaillés ensemble, notamment pour orner du mobilier de Jacques-Emile Ruhlmann. Dunand collabore aussi avec Eugène Printz, dont de nombreuses pièces sont laquées.

Ce paravent était présent à l'exposition de 1925 dans la boutique Siegel du Pavillon de l'Elégance, ou dans les espaces consacrés à la mode au Grand Palais.
Eugène Printz (1889-1948)_décorateur_Meuble d'appui_Paris, vers 1932_
palissandre de Rio, incrustation d'écaille, bronze doré_Présenté au Salon des artistes décorateurs_Musée des arts décoratifs _Leg Eugène Michel Printz, 1950

La nouvelle dynamique du groupe de l'Union des Artistes Modernes (UAM) créé en 1929 à la suite d'un désaccord au sein de la Société des Artistes Décorateurs, amène à une simplification des formes et des décors, une réduction de la polychromie et une mise en valeur des matières premières, or et argent mais aussi verre et porcelaine.

Jean Després développe les surfaces martelées, Jean Luce renouvelle les arts de la table par ses formes rectangulaires. Cette volonté de sobriété, qui privilégie l'absence de décor, ouvre de nouvelles réflexions sur l'ornement et se diffuse auprès des artistes et des manufactures bien au-delà de l'UAM.


jacques Lipchitz (1891-1973)_sculpteur_Méditation_France, 1925_Terre cuite_
Paris, Musée des arts décoratifs _Dépôt du Centre Pompidou

Jacques Emile Ruhlmann (1879-1933)_ensemblier_Bahut Elysée_Paris, vers 1920_chêne, loupe d'Amboise, ivoire, bronze argenté_Présenté au Salon d'automne de 1920, à l'exposition d'art français de San Francisco de 1924, à l'exposition internationale de Pris de 1925_Livré au Palais de l'Elysée en 1936_Manufactures nationales, Sèvres & mobilier national

François Pompon (1855-1933)_sculpteur_Poule d'eau_Paris, 1911_
plâtre_Présenté au Salon des artistes décorateurs_Musée des arts décoratifs _Leg Pierre, Paul Montagnier, 1965

L'Icône de l'art déco, Eileen Gray, se distingue des créateurs de la période par la singularité de ses oeuvres et de son univers esthétique.

Eileen Gray (1878–1976) est une figure majeure du design et de l’architecture moderniste du XXᵉ siècle. Irlandaise d’origine, elle a surtout travaillé en France.

Née en Irlande, elle étudie l’art à Londres puis à Paris. 
Elle commence par le laquage, un art extrêmement technique qu’elle apprend auprès de maîtres japonais.

Peu à peu, elle se tourne vers le mobilier, puis vers l’architecture, sans formation académique formelle dans ce domaine.

Dans le design, elle est célèbre pour ses meubles devenus iconiques comme le fauteuil Bibendum (1926), inspiré du personnage Michelin, à la fois ludique et luxueux.
Pour sa table E-1027, une table ajustable, fonctionnelle, pensée pour l’usage quotidien (le nom est un code amoureux : E = Eileen, 10 = J, 2 = B, 7 = G).
Son travail allie élégance, fonctionnalité, et une attention rare au corps et aux gestes.
Contrairement à beaucoup de modernistes, elle refusait une vision froide ou strictement industrielle du design.

En architecture, la villa E-1027 construite entre 1926 et 1929 sur la Côte d’Azur est conçue avec Jean Badovici.

La maison est pensée comme un espace à vivre, adaptable, intime, avec du mobilier intégré et mobile.
Elle anticipe des principes du design contemporain : modularité, ergonomie, relation intérieur/extérieur.

Son travail a été éclipsé pendant des décennies, notamment par des figures masculines comme Le Corbusier. 
Ce dernier a même peint des fresques sur les murs de la villa E-1027 sans son accord, un geste aujourd’hui très critiqué.

Eileen Gray n’a été réellement reconnue qu’à partir des années 1970, peu avant sa mort.

Sa discrétion et sa singularité l'éloignent peu à peu des circuits officiels. Longtemps oubliée, redécouverte de son vivant à la fin des années 1960 et surtout grâce à la retentissante vente de la collection de Jacques Doucet en 1972, ses pièces sont aujourd'hui les vedettes de toutes les enchères dans lesquelles elle figure, décrochant toujours des records.
Le fauteuil Sirène, en bois laqué, au décor constitué d'une sirène et d'un hippocampe enlacés, fait partie des icônes de l'art déco.
Il a été réalisé entre 1912 et 1913.

Eileen Gray (1878-1976)_architecte décoratrice _Fauteuil Sirène_France, vers 1912-1913_Bois vernis, velours_collection de J&M Donnelly

Pour la couturière Suzanne Talbot, Eileen Gray devient ensemblière et réalise des intérieurs complets, jusqu'aux murs recouverts de panneaux laqués, tissés.
Ses recherches sur l'abstraction mêlées aux principales influences de l'Art déco, notamment orientales, dialoguent avec les goûts de Talbot pour créer un ensemble de grande cohérence. Cette collaboration nourrie donne naissance à l'une des pièces les plus importantes de l'histoire de l'art décoratif, un modèle inédit de paravent constitué de briques rectangulaires placées en quinconce, véritable meuble architectural entièrement modulable.
Eileen Gray (1878-1976)_architecte décoratrice _Paravent Briques_France, vers 1919-1922_Bois laqué_collection de J&M Donnelly

Eileen Gray (1878-1976)_architecte décoratrice _Table_Roquebrune Saint Martin, 1926-1929_Bois peint et tube métallique_Paris, musée des arts décoratifs_Don de Madame Madeleine Goisot, 1967

En 1926, Eileen Gray et l'architecte Jean Badovici réalisent une villa au bord de la Méditerranée, la villa E-1027.
Son programme interroge l'action de l'architecture contemporaine et sa capacité à susciter l'émotion et affiche la necessité d'afficher une unité tant intérieure qu'extérieure.
L'architecture doit se suffire à elle-même, sans ajouts superflus mais ne doit pas négliger l'humain et le confort intime. Tout le mobilier est pensé pour accompagner, et facilité par sa modularité, les activités des habitants de cet espace.
Eileen Gray (1878-1976)_architecte décoratrice _Table, coiffeuse, tapis_Roquebrune Saint Martin, 1926-1929-Paris, musée des arts décoratifs_Don de la famille Rebutato, 2019

Jean Michel Frank est un décorateur autodidacte. Il s'est fait connaître dans les années 1920 par ses aménagements pour l'intelligentsia parisienne, notamment l'appartement de Charles et Marie-Laure de Noailles.
En Juillet 1930, il est nommé directeur artistique de la société d'ébénisterie Chanaux & Cie, puis cinq ans plus tard, ouvre sa propre boutique rue du faubourg St Honoré.
Il privilégié les surfaces unifiées, mélangeant peu les matières. Toute forme d'ornement est évacuée au profit du jeu des textures, l'agencement des matériaux, les reflets ou effets graphiques.
Ses créations, aux volumes simples et épurés couverts de marqueterie de paille, galuchat, parchemin, mica, sycomore ou réalisées en bois massif, transmettent l'idée de 'luxe pauvre".

Etonnante et radicale à l'époque de sa création, l'esthétique de Frank est aujourd'hui très appréciée et résonne avec les préoccupations de notre temps, empreint de minimalisme.
Frank, qui s'est suicidé en 1941, a été complètement oublié après la 2e guerre mondiale, son travail étant très éloigné des enjeux de la reconstruction.
Parmi des artisans de sa redécouverte figure Yves Saint Laurent, grand collectionneur de l'art déco et ancien propriétaire de deux tables basses exposées ici.
Jean Michel Frank (1895-1941)_décorateur_table basse_Paris, vers 1929_Bois, placage de mica, ébène_collection particulière


Jean Michel Frank, rencontre Alberto Giacometti sans doute en 1928 au Salon des Indépendants. Ils entament une fructueuse collaboration. Giacometti créera pour Frank plus de 70 objets, notamment des luminaires et des vases, auxquels il donne souvent un titre, conférant ainsi un statut d'oeuvre d'art à la création.
Jean-Michel Frank (1895-1941)_décorateur
Alberto Giacometti (1901-1966)_sculpteur
Chanaux & Cie_fabricant
Fauteuil d'une paire_Paris, vers 1928_Chêne, textile_Paris, collection galerie Marcilhac

Jean-Michel Frank (1895-1941)_décorateur_Paravent_Paris, vers 1930_Bois, marqueterie de paille, laiton_Fondation Robert F Agostinelli

Jean-Michel Frank (1895-1941)_décorateur_table basse_Paris, vers 1926_noyer, galuchat_Paris, collection galerie Marcilhac

Jean-Michel Frank (1895-1941)_décorateur
Chanaux & Cie_fabricant_pied de lampe boule_terre cuite_Paris, musée des arts décoratifs_Dépôt du musée du Louvre

Les affiches Art déco sont l’une des expressions les plus marquantes de la culture visuelle de l’entre-deux-guerres. Elles mêlent modernité, élégance et sens du spectacle, et ont profondément influencé le graphisme contemporain.

Elles se reconnaissent par le style graphique, par les formes géométriques nettes et stylisées, les lignes droites, courbes maîtrisées, symétrie et la simplification des corps et des objets.

Les couleurs sont franches et contrastées avec une gammes limitée et un usage fréquent de tons métalliques, dorés ou pastel.
Les personnages sont élégants, souvent idéalisés, les silhouettes élancées, les attitudes dynamiques.

Les Thèmes fréquents sont le voyage et les transport (trains, paquebots, aviation), les paysages pour le tourisme (Côte d’Azur, stations thermales, montagne), le spectacle (théâtre, danse, cinéma), les produits de luxe (mode, parfums, cigarettes).

Les artistes majeurs sont principalement
A.M. Cassandre, maître absolu de l’affiche Art déco (Normandie, Nord Express), célèbre pour sa rigueur géométrique et son sens de la composition.
Jean Carlu avec des affiches puissantes, très synthétiques, souvent politiques ou commerciales.
Paul Colin, plus expressif, influencé par le jazz et les arts du spectacle.
Charles Loupot au style épuré.

Les affiches Art déco ont influencé le design graphique moderne, la publicité, l’identité visuelle de marques, le cinéma et l’illustration contemporaine.

Dans un Paris capitale de l'empire colonial français où l'art dit alors "nègre" est à la mode, tant dans les collections que dans les créations contemporaines, le théâtre des Champs Elysées construit un spectacle avec une troupe américaine, la "Revue Nègre". Le jazz n'est pas inconnu en Europe et le succès est retentissant, notamment grâce à Joséphine Baker.
Le spectacle es assuré entièrement par des artistes noirs et permet la diffusion d'une culture propre, il est quand même altéré et fantasmé comme le montre l'affiche.
Cette affiche propulse la carrière de graphiste de Paul Colin, le rattachant au mouvement cubiste.
Paul Colin (1892-1985)_Affichiste_La revue nègre du music-hall des Champs Elysées_France, 1925_Paris , musée des arts décoratifs, reversement de la bibliothèque des Arts décoratifs. 

Auguste Herbin (1882-1960)_Affichiste_Kaplan, Paris_Editeur_Salle Bullier...Bal de la Grande Ourse_Paris,1925_Lithographie, couleurs sur papier, musée des Arts décoratifs, reversement de la bibliothèque des Arts décoratifs


Natalia Gontcharova (1881-1962)_Peintre et Affichiste_Grand Bal de nuit, 23 février, salle Bullier_France, 1923_Lithographie couleurs sur papier, musée des arts décoratifs, reversement de la bibliothèque des Arts décoratifs

Joël martel (1886-1966)_Sculpteur Zénobel (1905-1996)_ Affichiste_Nana de Herrera_Paris, 1926_Lithographie couleurs sur papier_ Paris, musée des arts décoratifs, reversement de la bibliothèque des Arts décoratifs


L'Art déco s'illustre par le luxe des meubles et des décors (Bois précieux, ivoire, parchemin, galuchat)
Ce raffinement peut contribuer à donner une vision faussée d'années souvent nommées folles dont les conditions de vie au sortir de la première guerre mondiale reste difficile.
Adapter les recherches des décorateurs et ensembliers à la vie quotidienne et à la fabrication en série n'est pas facile. Les grands magasins et leurs ateliers vont jouer un rôle important dans la diffusion de l'Art déco en proposant des objets de toutes sortes.
Les prix restent cependant élevés.
Les créateurs les plus sensibles à l'idée de la fabrication en série se rassemblent en 1929 sous la bannière de l'Union des Artistes Modernes.
C'est finalement grâce à l'adoption du libellé "art déco" par les affichistes que ce style conquiert l'espace public et se révèle à un plus grand nombre.

Fils de l'architecte Frantz Jourdain, Francis Jourdain a grandi au contact d'éminentes figures artistiques liés au mouvement de renouveau européen des arts décoratifs et de recherches pour un art social.
En 1912, il adhère au Parti socialiste et l'année suivante, il abandonne la peinture pour se consacrer à la création de meubles simples et abordables.
Il crée les Ateliers Modernes, une entreprise de fabrication en série de mobilier pour la "maison du travailleur", d'après les réclames et articles parus dans l'humanité.
Ce mobilier "interchangeable" rompt avec la reproduction des styles anciens et propose des solutions pour les petits appartements.
Francis Jourdain (1876-1958)_ensemblier-décorateur
Desserte_Paris, vers 1917_Acajou, tissu, métal argenté_Paris, collection galerie Doris
Meuble colonne dit "interchangeable"_Paris, vers 1917_Chêne noirci au brou de noix, laiton verni_Paris, collection galerie Doris

Georges Favre était un artiste français actif surtout dans la création d’affiches lithographiques et d’illustrations publicitaires pendant l’entre-deux-guerres (principalement fin des années 1920 à milieu des années 1930). Il est connu pour avoir produit de nombreuses affiches commerciales imprimées, notamment par les ateliers Gaillard à Paris, entre environ 1928 et 1935

Beaucoup de ses œuvres se retrouvent aujourd’hui sur le marché de l’art et en collections de posters vintage ; certains exemplaires ont été publiés pour des produits comme Source Parot ou des marques de cycles et autres publicités.
_Georges Favre (né en 1890) illustrateur_Affiche Gaillard_Paris-Amiens, éditeur-vélo Peugeot_Paris 1928_Lithographie couleurs sur papier_Paris, musée des arts décoratifs_Achat grâce au mécénat de Michel et Hélène David-Weill, 1998
_Maurice Dufrêne (1876-1955)_ensemblier-décorateur_La maîtrise des Galeries Lafayette_Chaise-haute d'enfant_Paris, vers 1920_Hêtre peint en beige, paille naturelle_teintée bleu_Paris, Musée des arts décoratifs_Achat grâce au mécénat des Amis des Arts décoratifs

Maurice Dufrêne (1876–1955) est l’une des grandes figures françaises des arts décoratifs du XXᵉ siècle. Ensemblier-décorateur, dessinateur de meubles, architecte d’intérieur et pédagogue, il a joué un rôle majeur dans la transition entre l’Art nouveau finissant et l’Art déco.

Formé à l’École nationale des arts décoratifs à Paris, Dufrêne débute sa carrière dans le sillage d’Hector Guimard, dont il reprend un temps les formes souples et organiques. Très vite cependant, il s’oriente vers une esthétique plus structurée, annonçant le langage de l’Art déco : lignes claires, volumes affirmés, goût pour la sobriété élégante et les matériaux nobles.

À partir des années 1910, il s’impose comme ensemblier, c’est-à-dire concepteur d’intérieurs complets où mobilier, textiles, luminaires et architecture forment un ensemble cohérent. Il collabore avec de grands éditeurs de meubles, notamment la Maison La Maîtrise des Galeries Lafayette, dont il devient le directeur artistique en 1921. Dans ce cadre, il conçoit des intérieurs modernes destinés à un public élargi, contribuant à diffuser le style Art déco dans la vie quotidienne.

Maurice Dufrêne participe activement aux grandes manifestations des arts décoratifs, en particulier à l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de 1925 à Paris, événement fondateur de l’Art déco. Ses aménagements y sont remarqués pour leur équilibre entre raffinement, modernité et fonctionnalité.

Parallèlement, il mène une importante carrière d’enseignant : il devient professeur puis directeur de l’École nationale des arts décoratifs. À ce poste, il forme plusieurs générations de créateurs et défend une vision moderne des arts appliqués, où l’artiste doit dialoguer avec l’industrie sans renoncer à l’exigence esthétique.

Maurice Dufrêne (1876-1955)_ensemblier-décorateur_Commode_Paris, 1925_Acajou, amarante, tulipier de Virginie, palissandre, bois de violette, ébène, okoumé, bois latté moulé miroir, laiton argenté_présentée dans le hall du pavillon des galeries Lafayette "La Maîtrise" à l'Exposition Internationale de Paris de 1925_Paris, Musée des arts décoratifs_Dépôt du Ministère de l'instruction publique et des Beaux Arts, 1925

Charlotte Perriand (1903–1999) est l’une des figures majeures du design et de l’architecture intérieure du XXᵉ siècle. Décoratrice, architecte d’intérieur et créatrice de mobilier, elle a profondément renouvelé la manière de penser l’habitat moderne, en plaçant l’usage, le corps et la vie quotidienne au cœur de la création.

Formée à l’Union centrale des arts décoratifs à Paris, elle se fait remarquer dès 1927 avec son Bar sous le toit, manifeste d’une modernité radicale mêlant métal chromé, verre et lignes épurées. Cette œuvre attire l’attention de Le Corbusier, qui l’intègre aussitôt à son atelier. Pendant près de dix ans, elle collabore étroitement avec lui et Pierre Jeanneret, participant à la conception de meubles devenus emblématiques, tels que la chaise longue basculante, le fauteuil grand confort ou la table en tube d’acier. Longtemps attribuées surtout à Le Corbusier, ces créations doivent beaucoup à l’inventivité et à la sensibilité de Perriand.

Dans les années 1930, elle s’éloigne progressivement du strict fonctionnalisme pour intégrer des préoccupations sociales et humaines. Engagée politiquement, proche des milieux progressistes, elle défend un design accessible, destiné au plus grand nombre. Elle travaille sur des projets d’habitations collectives, de refuges de montagne et d’équipements publics.

Entre 1940 et 1946, Charlotte Perriand séjourne au Japon, puis en Indochine. Cette expérience est décisive : elle y découvre une autre relation aux matériaux, à l’espace et à la nature. Le bois, le bambou, la modularité et la simplicité constructive enrichissent durablement son langage formel, qu’elle combine ensuite avec les principes modernes occidentaux.

Après la guerre, elle poursuit une carrière internationale, concevant des intérieurs, des stations de sports d’hiver (notamment Les Arcs), des expositions et du mobilier. Son travail se caractérise par une attention constante à l’usage réel des objets, une recherche d’harmonie entre architecture, mobilier et paysage, un dialogue entre modernité industrielle et traditions artisanales, une vision profondément humaniste du design.

Charlotte Perriand n’est pas seulement une décoratrice : elle est une penseuse de l’habitat moderne. Son œuvre incarne l’idée que le design doit améliorer la vie, libérer les corps et accompagner les évolutions sociales. Aujourd’hui encore, elle est une référence essentielle pour l’architecture intérieure et le design contemporain.

Charlotte Perriand (1903-1999)_décoratrice_ Thonet frère, France, éditeur_Siège pivotant B 302__ Paris, 1927-1930_Tube d'acier chromé, cuir_ musée des arts décoratifs, achat 1980

René Herbst (1891–1982) est l’un des grands pionniers du design moderne en France. Décorateur, architecte d’intérieur et créateur de mobilier, il incarne une rupture nette avec les traditions décoratives du début du XXᵉ siècle, en imposant une esthétique fondée sur la fonctionnalité, la clarté et l’usage de matériaux industriels.

Formé à l’École nationale des arts décoratifs, il débute dans un contexte encore marqué par l’Art déco. Mais très tôt, il s’en détache pour explorer une voie résolument moderne, inspirée par les avancées techniques et par les avant-gardes européennes. Herbst adopte le tube d’acier, l’aluminium, le verre et les matériaux standardisés, qu’il détourne avec élégance pour créer un mobilier à la fois rationnel et raffiné.

Dès la fin des années 1920, il conçoit des meubles devenus emblématiques, comme la chaise Sandows, dont l’assise en élastiques industriels affirme une nouvelle relation entre confort, légèreté et production en série. Son œuvre privilégie la structure apparente, la simplicité des formes et la lisibilité de la fonction : chaque objet doit être honnête dans ses matériaux et dans son usage.

René Herbst est également un acteur majeur de la diffusion du modernisme en France. En 1929, il est l’un des fondateurs de l’Union des artistes modernes (UAM), aux côtés de Charlotte Perriand, Jean Prouvé, Pierre Chareau ou Le Corbusier. Ce groupe combat l’ornement superflu et défend un art adapté à la vie contemporaine, accessible et socialement utile.

Tout au long de sa carrière, Herbst réalise des aménagements d’intérieurs, des stands d’exposition, des bureaux, des équipements publics. Il s’intéresse à la standardisation, à la modularité et à la production industrielle, convaincu que le décorateur doit répondre aux besoins réels de la société moderne.

Son travail se caractérise par une esthétique dépouillée et fonctionnelle, l’emploi pionnier des matériaux industriels, une recherche de légèreté et de mobilité du mobilier, une conception du design comme outil de progrès social.

René Herbst occupe ainsi une place essentielle dans l’histoire du design français : il est celui qui, avec quelques autres, a fait entrer la France dans la modernité du XXᵉ siècle, en transformant le décor intérieur en un espace rationnel, libre et tourné vers l’avenir.

René Herbst (1891-1982)_décorateur_chaise N° 212_Paris, vers 1928_tubes en métal nickelé, sandows_Paris, musée des arts décoratifs_achat grâce au mécénat de l'hôtel Prince de Galles, 2013

Robert Mallet-Stevens (1886–1945) est l’un des architectes les plus emblématiques du mouvement moderne en France. Architecte, urbaniste et théoricien, il a profondément marqué l’architecture des années 1920–1930 par une œuvre à la fois rigoureuse, élégante et visionnaire, située à la croisée de l’Art déco et du modernisme.

Issu d’un milieu cultivé, il est le petit-fils du critique d’art belge Édouard Picard,  Mallet-Stevens se forme à l’École spéciale d’architecture. Très tôt, il s’intéresse aux avant-gardes européennes et développe une conception radicalement nouvelle de l’architecture : pour lui, le bâtiment est un volume pur, un jeu de lignes, de plans et de lumières, débarrassé de tout ornement superflu.

Il se fait connaître dans les années 1920 par des villas privées devenues iconiques, telles que la villa Noailles à Hyères (1923-1928).

Mallet-Stevens ne conçoit pas seulement des bâtiments,  il pense l’architecture comme un art total. Il dessine lui-même le mobilier, les luminaires, les rampes, les poignées de porte. Cette approche globale fait de lui un véritable architecte-ensemblier.

En 1929, il fonde l’Union des artistes modernes (UAM), rassemblant architectes, décorateurs et créateurs décidés à rompre avec le décorativisme traditionnel. L’UAM défend une esthétique fondée sur la fonction, la standardisation, l’hygiène, la lumière et l’adaptation à la vie contemporaine.

Son œuvre se caractérise par la pureté géométrique des volumes, l’usage expressif du béton, du verre et du métal, une architecture pensée comme un ensemble cohérent, du bâtiment au moindre détail, une vision cinématographique de l’espace, nourrie par son travail pour les décors de films dans les années 1920.

Malgré l’importance de son œuvre, Mallet-Stevens tombe en partie dans l’oubli après sa mort en 1945. Sa redécouverte à la fin du XXᵉ siècle, notamment à travers la restauration de la villa Cavrois, a réaffirmé sa place centrale dans l’histoire de l’architecture moderne. Il apparaît aujourd’hui comme l’un des grands artisans d’une modernité française élégante, rationnelle et profondément humaniste.

Robert Mallet-Stevens (1886-1945)_architecte 
Labormétal, éditeur_bureau fauteuil_Paris, vers 1927_Tôle emboutie, tube métallique nickelé et laqué, cuir, métal argenté_Paris, Musée des arts décoratifs_Don Andrée Mallet-Stevens en souvenir de son mari, 1958

L’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de Paris en 1925 agit comme un véritable catalyseur mondial. Elle ne crée pas l’Art déco, déjà en gestation depuis la fin de la Première Guerre mondiale, mais lui donne un nom, une visibilité et un langage commun. À partir de ce moment, le style dépasse largement les frontières françaises pour devenir un phénomène international.

Chaque pays puise dans sa tradition esthétique pour offrir sa propre lecture de l'Art déco.

En Europe, l’Art déco se diffuse rapidement dans les grandes capitales culturelles. À Bruxelles, Vienne, Prague ou Milan, il s’adapte aux traditions locales : plus géométrique et rationaliste dans les pays germaniques, plus ornemental et raffiné dans les pays latins. Il dialogue avec les mouvements modernes existants (Werkbund, Sécession, Bauhaus) et oscille entre luxe artisanal et production industrielle.

Aux États-Unis, l’Art déco connaît un développement spectaculaire. Il devient le style emblématique de la modernité urbaine, incarné par les gratte-ciel de New York (Chrysler Building, Empire State Building), les cinémas, les paquebots et les grands hôtels. Le vocabulaire décoratif français s’y transforme en une esthétique monumentale, exaltant la vitesse, la machine et le progrès.

En Amérique latine, en Afrique du Nord et en Asie, l’Art déco accompagne la modernisation des villes. À Casablanca, Mumbai, Shanghai, Rio ou Buenos Aires, il se mêle aux motifs locaux, aux climats et aux cultures, donnant naissance à des formes hybrides : un Art déco « tropical » ou « colonial », à la fois international et profondément ancré dans les contextes régionaux.

Ainsi, après 1925, l’Art déco devient un langage universel de la modernité. Il circule par les expositions, les revues, les architectes voyageurs, les grands chantiers et les objets industriels. Tout en conservant ses racines françaises, il se transforme au contact du monde, prouvant qu’il n’est pas seulement un style décoratif, mais une manière globale de penser l’espace, l’objet et la vie moderne à l’échelle planétaire.


Texte de Paulette Gleyze avec l'aide des cartels de l'exposition

Photos de Anne, Gérard et Paulette Gleyze


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