mercredi 19 novembre 2025

Le Palais épiscopal et la cathédrale St Sauveur à Aix en Provence

 


La visite de l'exposition Claire Vasarely, une vie dans la couleur à la Fondation :
https://ballades-page3873.blogspot.com/2025/11/claire-vasarely-une-vie-dans-la-couleur.html

Nous visitions le Palais Episcopal et la cathédrale St Sauveur le 22 septembre 2025.

Le palais épiscopal d'Aix en Provence est adjacent à la cathédrale  Saint‑Sauveur, dans la vieille ville.

Le site a été occupé depuis l’Antiquité, des fouilles ayant révélé des murs d’immeubles romains.

Le palais a été construit entre 1650 et 1730, sous la direction de l’architecte Laurent Vallon. La façade ouest a été achevée en 1715, avec un portail décoré attribué à un sculpteur « Toro ».


Situé dans l’aile nord-est du palais, se trouve l’escalier à double révolution daté de 1670.
Il dessert les salons d’apparat où se trouvent aujourd’hui le musée des tapisseries.

Il est appelé « à double révolution » parce qu’il se compose de deux volées en spirale qui s’enroulent autour d’un axe commun, mais qui ne se croisent jamais. Cela crée un mouvement harmonieux et aérien lorsque l’on monte ou que l'on descend.

Il est en pierres locales pour les marches et en ferronnerie pour la rampe.

La cour intérieure accueille le théâtre du palais, lieu de représentations dans le cadre du Festival d’Aix‑en‑Provence.

Créé en 1948, il est un rendez-vous majeur de la saison lyrique internationale (opéras, concerts classiques, créations contemporaines).

Il se déroule principalement en juillet. Pour 2026, les dates annoncées sont du 2 au 21 juillet 2026

Pendant le festival (photo internet)

Le palais a été classé au titre des monuments historiques en 1942.

Le musée des Tapisseries, créé en 1909, est installé dans les salons d’apparat. Il expose principalement des tapisseries d’Aubusson et de Bruxelles, datant des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles.

Elles racontent des scènes historiques, mythologiques ou religieuses, et témoignent du savoir-faire exceptionnel des ateliers de l’époque.

Certaines tapisseries ont été commandées pour décorer des résidences aristocratiques ou religieuses, ce qui explique la richesse de leurs motifs et couleurs.

Il y a trois séries majeures :

« Les Grotesques»,
C'est une série tissée vers 1689, à la manufacture de Beauvais, d’après les cartons de Jean‑Baptiste Monnoyer, lui‑même inspiré du style de Jean Bérain le Jeune.

Le décor est très théâtral : on y voit un monde de danseuses, musiciens, animaux, dans un décor « grotesque » (au sens artistique) riche et ornementé.

C’est une belle illustration du goût du XVIIe/XVIIIe siècle pour la tapisserie d’apparat, grand luxe.



« L’Histoire de Don Quichotte», 
tissée entre 1735‑1744 par la manufacture de Beauvais, d’après les cartons du peintre Charles‑Joseph Natoire, est un exemplaire unique au monde.

C'est un vrai récit en tapisseries, on y suit les aventures de Don Quichotte et Sancho Panza dans différentes scènes.

Cette oeuvre est un exemple rare de grande série narrative en tapisserie.



« Les Jeux russes», 
sont tissés à partir de 1769, d’après les cartons de Jean‑Baptiste Le Prince.

Le thème ce sont des jeux, des scènes de divertissement, inspirées d’un exotisme « russe » à la mode au XVIIIe.

Cette série montre l’évolution des thèmes décoratifs vers des scènes plus légères, de plaisir, lors du siècle des Lumières.



Bien d'autres tapisseries ornent les pièces d'apparat. En voici quelques unes.



Du 16 mai au 28 septembre 2025. se tient dans le même espace l’exposition 
 « Patrice Cauchetier, Costumier ‑ Vérité et illusion du costume de scène».

Patrice Cauchetier était un costumer français de renom, spécialisé dans les costumes de théâtre, d’opéra et de ballet, il est décédé le 15 juillet 2024.
Patrice Cauchetier

Il a débuté sa carrière comme assistant de Jacques Schmidt sur les spectacles de Patrice Chéreau à l'Opéra National de Bordeaux.

Il a plus de 90 spectacles à son actif et a reçu le Molière du Meilleur Créateur de Costumes en 1990.

Il a collaboré au théâtre avec des metteurs en scène tels que Jean‑Pierre Vincent, Jean‑Marie Villégier, Alain Françon.

A l'opéra, il a conçu des costumes pour de grandes productions comme Atys de Lully pour l’ensemble "Les Arts Florissants", "Don Giovanni" et bien d'autres encore.

Il a aussi collaboré aux formes chorégraphiques et aux costumes pour la danse.

Il était reconnu pour  "Le souci du détail, le raffinement des matières et des couleurs. Il était attentif à la dimension visuelle mais aussi à la gestuelle du costume à savoir, comment un vêtement conditionne le mouvement de l’interprète."

Il a fait don de ses maquettes, croquis et costumes à la ville d’Aix‑en‑Provence, qui conservés au Musée des Tapisseries.

L'exposition propose un parcours qui met en regard ses dessins préparatoires (maquettes, croquis) réalisés pour plus de 200 spectacles (théâtre, opéra, danse), les costumes réalisés conservés dans les collections d’art lyrique de la Ville d’Aix‐en‐Provence des photos de scène, des maquettes et échantillons textiles, afin de montrer le processus créatif de « l’illusion de scène ».








Nous pouvons voir quelques pièces particulièrement remarquables comme les costumes destinés à des œuvres baroques comme Atys de Jean‑Baptiste Lully et Hippolyte et Aricie, prêtés par l’Opéra National de Paris ou encore des maquettes de costume pour La Cenerentola de Gioachino Rossini (Festival d’Aix 1983).

 









L'intérêt est que nous découvrons l’envers du décor, non seulement le produit fini (costume sur scène) mais tout le travail de conception, de dessin, de choix de tissus, de construction.

Nous voyons comment un costume contribue à la caractérisation d’un personnage, à l’époque, au style, à la mise en scène.

L’exposition met en lumière une carrière riche, variée : théâtre, opéra, danse, styles historiques et modernes.

Elle offre aussi un lien fort entre patrimoine (costumes conservés) et création vivante (scènes, mise en scène).

Après le palais épiscopal nous visitons la cathédrale Saint Sauveur.

D’après la légende, elle serait bâtie sur un ancien temple dédié à Apollon ou à une divinité solaire, en fait, les fouilles révèlent que l’emplacement correspondait au forum de l’ancienne ville romaine Aquae Sextiae.

La construction s’étend du Ve au XVIIIe siècle ce qui explique l’hétérogénéité des styles.

Sur la façade extérieure un portail gothique du XVe/XVIe siècle.



Le clocher octogonal date de 1323-1425. Il est situé sur le côté nord-ouest de l’édifice.

Sa base est carrée puis, à partir d’une certaine hauteur, il adopte une forme octogonale.

Il est divisé en plusieurs niveaux. Les deux premiers étages reposent sur le mur roman de la nef.
Les étages supérieurs accueillent les cloches et comportent de grandes baies et l’octogone.


À l’intérieur de la cathédrale, on retrouve trois nefs de styles différents : roman, gothique, puis baroque.



Le baptistère, qui date du VIe siècle, est de forme octogonale et réemploie des éléments antiques.


Le baptistère est l’un des plus anciens monuments chrétiens de la région.
Il a été construit vers 500, à l'emplacement de grands monuments publics romains de la fin du 1er siècle de notre ère.


Reconstruit à l'identique au XIe siècle, le baptistère est sans cesse remanié au cours de l'histoire ce qui en fait un mémorial de l'histoire civile et religieuse d'Aix en Provence pendant un millénaire et demi.

Avec celui de Fréjus il est un des rares baptistères antiques encore en fonction en France.
Il est dédié à la pratique du baptême par immersion.

De forme octogonale typique des baptistères paléochrétiens, il est construit en pierre locale, avec un petit dôme en partie supérieure.

À l’intérieur, on trouve un bassin baptismal central à savoir, un grand bassin monolithe en pierre où étaient pratiqués les baptêmes par immersion complète.

Les murs sont décorés de fresques et mosaïques, certaines datant des premiers siècles du christianisme, représentant des symboles chrétiens comme le poisson ou le Christ en Majesté.


La cathédrale abrite des trésors comme le triptyque du "Buisson Ardent", peint par Nicolas Froment vers 1476.

Le tableau a été commandé par le roi René d’Anjou (1409-1480), Comte de Provence, duc d’Anjou, roi titulaire de Naples et grand mécène des arts à
Nicolas Froment, peintre d’origine avignonnaise.

Il l'a réalisé vers 1475-1476.

René y fait figurer son portrait et celui de sa seconde épouse, Jeanne de Laval, agenouillés en prière sur les volets latéraux.

C’est un retable à trois volets (triptyque), peint à l’huile sur bois.

Le panneau central représente la Vierge Marie avec l’Enfant Jésus, apparaissant dans un buisson ardent en feu mais non consumé.

Moïse, agenouillé, ôte ses sandales devant la scène sainte.

Le feu miraculeux symbolise la pureté de la Vierge, fécondée sans être « consumée » par la grâce divine.

Le paysage en arrière-plan mêle montagnes provençales, village fortifié et détails symboliques (agneau, source, végétation).

Le volet gauche représente le roi René d’Anjou, en manteau d’hermine. Il prie accompagné de son saint patron, Saint René.

Le volet droit représente Jeanne de Laval, son épouse. Elle symbolise Sainte Marie-Madeleine.

Au revers, quand le triptyque est fermé, on voit l’Annonciation, peinte dans des tons sobres.

Le triptyque regorge de symboles :
Le feu du buisson représente la pureté et la maternité divine de Marie.
La Colombe du Saint-Esprit incarne le Verbe.
Les sandales ôtées de Moïse marque le respect devant le sacré.
Les fleurs et les plantes sont des références à la Vierge (lys, rose, etc.).
L'Agneau est la préfiguration du Christ sacrificiel.

Exécuté vers 1475-1476, le triptyque a été installé dans la cathédrale peu après. Il a été déposé pendant la Révolution française, puis restauré et remis à sa place.

Il a connu depuis, plusieurs campagnes de restauration et de nettoyage, La plus récente au XXe siècle, a ravivé ses couleurs d’origine.

Il est aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands chefs-d’œuvre de la peinture provençale du XVe siècle.

L’œuvre est protégée au titre de Monument historique depuis 1897.

L’orgue est un autre trésor de la cathédrale. 
La cathédrale possédait un orgue dès le XVe siècle, mais celui-ci fut plusieurs fois reconstruit.

L’orgue que l’on admire aujourd’hui date de 1743-1745, construit par Jean-Esprit Isnard, un des plus grands facteurs d’orgues provençaux du XVIIIᵉ siècle. 

Isnard appartenait à une famille d’organistes et de facteurs d’orgues renommés, originaires de Tarascon.

Le buffet monumental, c'est à dire la caisse en bois qui contient les tuyaux a été sculpté entre 1743 et 1745.

C’est un chef-d’œuvre du baroque provençal, richement décoré de motifs dorés, surmonté d’anges musiciens, orné de tuyaux polychromes et d’éléments sculptés raffinés.

L’instrument d’origine d’Isnard a subi plusieurs transformations au fil des siècles. 

En 1855, Méri de Ducroquet, facteur d’orgues parisien, le reconstruit presque entièrement tout en conservant le somptueux buffet ancien.

En 1973, l’orgue a été restauré par la maison Beuchet-Debierre, dans l’esprit romantique de Ducroquet.

Il compte aujourd’hui 3 claviers manuels et pédalier, environ 45 jeux (registres), et près de 3 000 tuyaux.

L’orgue mêle richesse harmonique et puissance. Il est utilisé pour les grandes célébrations liturgiques, les concerts d’orgue et festivals de musique sacrée et les enregistrements de pièces d’orgue baroque et romantique.

Plusieurs organistes célèbres s’y sont produits, notamment Jean Guillou, André Isoir ou encore Jean-François Dandrieu (descendant de la tradition Isnard).

L’orgue principal est installé sur la tribune ouest, au-dessus de la porte d’entrée principale. Il fait face à la nef, dominant tout l’espace intérieur .

Le buffet est classé Monument historique en 1840, la partie instrumentale est classée en 1973.

La cathédrale est classée Monument Historique depuis 1840.

Notre parcours, a été riche en découvertes.

Du presbytère, témoin discret mais essentiel de la vie religieuse et culturelle, aux tapisseries du musée, chaque œuvre nous a raconté une histoire, celle du savoir-faire, de la créativité et de la vie quotidienne à travers les siècles.

La rencontre avec les créations du costumier Patrice Cauchetier nous a permis de percevoir l’art sous un angle vivant et contemporain où tradition et modernité se répondent avec élégance.

Enfin, la cathédrale Saint-Sauveur, avec son baptistère, ses orgues majestueuses et le triptyque, nous a offert un voyage au cœur de la foi, de l’architecture et de la beauté sacrée.

Ces lieux et ces œuvres, bien que différents, composent ensemble une symphonie qui célèbre l’histoire, l’art et l’humanité.


Texte de Paulette Gleyze

Photos de Paulette, Anne et Gérard Gleyze

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