dimanche 14 juin 2026

Musée de Paladru


Le 30 mai 2026, avec l'association Malentendant 38 nous avons passé la journée à Paladru. 
Nous avions invité l'association Malentendant 69.

Au programme, la visite guidée du musée suivie du déjeuner au restaurant La Tourelle.

La visite commence à l'ombre des arbres face au magnifique lac de Paladru, 
pour écouter la présentation de notre excellente guide.

Le lac de Paladru est l’un des sites les plus fascinants de l'Isère, à la fois pour sa géologie, la qualité de ses eaux et les découvertes archéologiques exceptionnelles faites sous sa surface.

Le lac est apparu à la fin de la dernière période glaciaire, il y a 12 000 ans. Lorsque le glacier du Rhône s'est retiré, il a laissé derrière lui un barrage de moraines, amas de roches et de sédiments qui a retenu l'eau dans une cuvette creusée par la glace. C'est ce qui a formé le lac actuel.

Il se situe à environ 492 m, sa longueur est de 5,3 km, sa superficie de 3,9 km². Il a une profondeur maximale de 36 m et une profondeur moyenne de 25 m.

Son surnom le « Lac Bleu » vient de la couleur remarquable de son eau grâce à une faible teneur en matières en suspension, à un renouvellement relativement lent de l'eau, à la nature calcaire des terrains environnants et à une activité industrielle très limitée autour du bassin.

Par beau temps, l'eau prend des teintes allant du turquoise au bleu profond, ce qui lui donne un aspect presque alpin.

Le lac est mondialement connu des archéologues car ses fonds ont conservé des objets en bois pendant plusieurs milliers d'années.

Deux grands sites immergés ont été fouillés par les archéologues :

_ Le site des Baigneurs est le plus ancien des deux grands sites. Il est situé sur la rive sud du lac, près de Charavines identifié au début du XXᵉ siècle puis fouillé systématiquement entre 1972 et 1986.
Il correspond à un village d'agriculteurs et d'éleveurs du Néolithique. Certaines occupations ont été datées avec une précision exceptionnelle entre 2668 et 2646 avant notre ère, puis entre 2611 et 2592 avant notre ère.

Ce site est exceptionnel parce que les archéologues ont pu dater très précisément certaines constructions grâce à la dendrochronologie (étude des cernes du bois).

_ Le site de Colletière est le site médiéval le plus célèbre. (An Mil, vers 1006-1040).
Installé sur une presqu'île aujourd'hui submergée, Colletière était un habitat fortifié occupé pendant seulement quelques décennies, entre environ 1006 et 1040.

C'est de ce site qu'est née la célèbre expression des « chevaliers-paysans de l'An Mil », car ses habitants étaient à la fois guerriers, agriculteurs et artisans.

Normalement, le bois se décompose rapidement. Mais ici les objets ont été rapidement recouverts de sédiments.
Certaines zones profondes sont pauvres en oxygène et les variations du niveau du lac ont favorisé leur enfouissement.

La particularité la plus surprenante du lac de Paladru (eaux et fonds compris) c'est qu'il n'appartient ni à l'État ni aux communes riveraines, mais à une société privée, la Société du Lac de Paladru, société civile créée en 1874 par les propriétaires de l'époque. 

Son objet est explicitement « la propriété, l'exploitation et la jouissance du lac », ainsi que son administration et la protection de sa flore et de sa faune.

Le statut de propriété privée a survécu à tous les changements de régime politique.
Des procédures judiciaires ont confirmé que la société est propriétaire non seulement des berges et du fond, mais également de l'eau du lac.

Selon les informations publiques, la société compte une vingtaine de copropriétaires.

La navigation, les amarrages, certains pontons et diverses activités nautiques sont réglementés par cette société en coordination avec les autorités publiques.

Ce statut est assez rare en France. Beaucoup de visiteurs pensent naturellement qu'un lac de cette taille est un bien public, alors que Paladru est l'un des rares grands lacs naturels français à être resté un domaine privé.

Malgré cette propriété privée, la Société du Lac a autorisé les grandes campagnes de fouilles archéologiques depuis les années 1970 et a fait don au département de l'Isère des objets découverts, ce qui a permis la création du musée archéologique du lac.

Ce mélange entre propriété privée, patrimoine archéologique exceptionnel et accès touristique fait du lac de Paladru un cas presque unique en France.

Après ces riches explications données par notre guide nous nous dirigeons vers le musée pour la visite guidée.

Le bâtiment évoque une immense pirogue renversée, inspirée d'une embarcation médiévale retrouvée dans le lac. 


A l'entrée du bâtiment est exposée une pirogue qui, en plus d'être un objet archéologique, est le symbole du musée et est devenue l'une des pièces emblématiques de ses collections.

Elle a été découverte en 1962 près des côtes de Bilieu, par le groupe de plongée de la Maison des Jeunes et de la Culture de Villeurbanne. Elle date du XIVᵉ siècle.

Sa conservation est exceptionnelle, car le bois a été protégé pendant des siècles par les sédiments et les conditions particulières du lac.

Il s'agit d'une pirogue monoxyle, c'est-à-dire creusée dans un seul tronc d'arbre. 

Ce type d'embarcation était utilisé pour la pêche (ses bords incurvés vers l'intérieur facilitaient la remontée des filets de pêche), les déplacements sur le lac, le transport de marchandises, l'accès aux habitats installés près des berges.

Le lac constituait une véritable voie de circulation, la pirogue était donc un outil essentiel de la vie quotidienne.

Elle est à l'entrée car les concepteurs du musée ont voulu en faire le fil conducteur de la visite.
Pirogue monoxyle, XIVe siècle (chêne)_dépôt Musée Dauphinois_Don SCI du lac de Paladru

Evocation d'une pirogue néolithique

Le sol qui mène au centre du musée, s'incline doucement, et évoque une descente vers les profondeurs du lac.

Les conditions de conservation dans le lac ont permis de préserver non seulement des objets en pierre ou en métal, mais aussi du bois, du cuir, des textiles, des graines et d'autres matériaux organiques rarement conservés en archéologie sur les sites terrestres.

Environ 600 objets sont exposés sur plus de 20 000 découverts.

Les objets non exposés sont conservés dans des réserves muséales spécialisées, où les conditions de température, d'humidité et de sécurité sont strictement contrôlées.

Une partie importante des collections appartient aujourd'hui au Musée dauphinois, qui a reçu la mission de conserver, restaurer et valoriser les découvertes archéologiques du lac de Paladru.

Le Musée dauphinois a ensuite déposé au Musée de Paladru les objets exposés aujourd'hui.

Une grande partie des objets organiques découverts dans le lac a été traitée par ARC-Nucléart, un laboratoire grenoblois spécialisé dans la conservation des matériaux archéologiques fragiles.

Depuis les années 1970, ce laboratoire a développé des procédés permettant de stabiliser les bois, cuirs et autres matériaux organiques retrouvés dans l'eau.

Sans ces traitements, nombre de ces objets se seraient dégradés rapidement après leur remontée à l'air libre.

L'originalité de l'exposition est la comparaison entre deux périodes :
- Le Néolithique (environ 2700 avant notre ère)
- L'An Mil (autour des Xe-XIe siècles)

Plutôt que de présenter ces périodes chronologiquement, le musée les met face à face les thèmes de l'habitat, de l'alimentation, les activités artisanales, la chasse, les armes, la vie quotidienne, les techniques et savoir-faire.

Cette organisation permet de voir comment les hommes ont répondu aux mêmes besoins à plus de 3 500 ans d'écart.

La partie consacrée au Néolithique raconte la vie d'agriculteurs installés sur les rives du lac il y a environ 4 600 ans. 

Le Néolithique apparaît en Europe à partir du VIe millénaire. Cette période est marquée par un changement radical des modes de production, de vie et de pensée.

Formée d'agriculteurs sédentaires, la population défriche la forêt primaire, cultive la terre, élève le bétail et croît rapidement, dans un environnement climatique proche du nôtre.

A la fin du Néolithique, il y a 4700 ans des hommes s'installent sur une plage de craie lacustre, à l'actuel lieu-dit "les Baigneurs". 

Deux habitats s'y succèdent à 1/2 siècle d'intervalle.

Grâce aux fouilles du site des Baigneurs, les archéologues ont pu reconstituer des maisons sur pilotis, des pirogues et rames, des outils de pierre polie, des arcs et flèches, des objets domestiques en bois, des peignes, paniers et ustensiles domestiques, des restes alimentaires et végétaux.

Ces vestiges offrent un aperçu extrêmement précis du quotidien d'une communauté préhistorique.

On découvre la reconstitution de cinq maisons en bois installées près de la rive. Les vestiges de pieux, planchers et éléments architecturaux permettent d'imaginer un petit hameau d'agriculteurs vivant au bord de l'eau. Les maisons étaient construites avec du bois local et couvertes de matériaux végétaux.

Ce qui frappe, c'est la taille modeste du village : quelques familles seulement, probablement quelques dizaines d'habitants.

Il y a 4 700 ans, une forêt dense de sapin, de feuillus, comme le hêtre, le frêne et l'érable couvre le territoire autour du lac de Paladru.

Il connait une évolution rapide avec les défrichements des premières installations néolithiques. La construction des maisons nécessite de nombreux sapins, le hêtre est un combustible privilégié, l'if, l'orme et le buis servent à la confection d'objets et d'outils.

Les maisons de plan rectangulaire, sont vastes. Leur fondation est assurée par des pieux verticaux enfoncés dans la plage de craie. Les murs montés à l'aide de branche de noisetiers et de houx entrecroisées, sont enduits de terre. La toiture est recouverte de chaume, roseaux ou écorces.

S'installer dans un milieu naturel humide confronte les hommes à des conditions de vie difficiles, mais elle offre de véritables atouts comme un accès aux ressources naturelles et alimentaires, une facilité de circulation et une protection contre d'éventuels assaillants.

Au maximum un village occupe environ 1 500m2.

Habitat vers 2660 avant notre ère, d'après l'interprétation d'A Bocquet_Echelle 1/100e (1cm=1m)_conception Ducaroy Grange.



Habitat vers 2660 avant notre ère, d'après l'interprétation d'A Bocquet_Echelle 1/100e (1cm=13)_conception Ducaroy Grange


L'herminette est l'outil du charpentier-bâtisseur. Sa lame, perpendiculaire au manche permet de creuser, d'équarrir les troncs ou d'aplanir une surface.

Planche (bois indéterminé), manche d'herminette (érable), pieu refendu (bois indéterminé), pointe de pieu (bois indéterminé), pieu à tenon (aulne), bois avec mortaise et pointe aménagée (sapin), bois travaillé avec mortaise (noisetier)_Dépôt Collection Musée Dauphinois, Département de l'Isère_Don de la SCI du Lac de Paladru

Une nouvelle économie de production par opposition à l'économie de prédation des chasseurs-cueilleurs du Paléolithique, caractérise le néolithique.

Elle engendre la mise en culture de champs pris sur la forêt, la sélection ou l'introduction d'espèces animales domestiques, la fondation de petits villages et un accroissement démographique.

Dans un paysage marqué par l'empreinte de l'homme, les milieux naturels, forêts et lac demeurent des espace de cueillette, de chasse et de pêche.

Pour la chasse, seul l'usage de l'arc est attesté grâce à un exemplaire en if et de nombreuses armatures de flèches. L'arc permettait d'atteindre une proie à 25m et les formes d'armatures varient selon les espèces chassées.

Les espèces pouvaient être des martres, des ours, des cerfs, des sangliers, des renards, des blaireaux et des aurochs.

Un arc et des armes de chasse

Les sédiments prélevés dans chacune de zones sont remontées à terre dans des seaux pour être passés dans des tamis de plus en plus fins, puis triés. Cette chaîne de traitement permet de s'assurer que tous les vestiges archéologiques et organiques ont bien été prélevés.

Cela permet notamment de collecter des restes carpologiques (fruits, graines), anthracologiques (charbons) et les micro-restes (bois, tissus...) qui sont de précieuses sources d'information sur le mode de vie de ces populations.

Sur le site des Baigneurs, des fragments de bois retrouvés lors du tri constituaient le puzzle d'une pagaie, attestant des pratiques de navigation sur le lac durant la période néolithique.

La cueillette et la pêche offrent des compléments alimentaires. Les zones boisées et naturelles autour du villa, abritent fruits sauvages (prunelles, fraises des bois, mûres...), plantes aromatiques ou médicinales (millepertuis, aigremoine, sauge...) La pêche est une ressource indispensable particulièrement en hivers lorsque l'apport de  viande est plus faible.
La pêche : pagaie ou godille en hêtre, galets à encoches (lests de filets ?_ Cueillette : pommes sauvages, bogues de hêtre, glands de chêne, coquilles de noisettes..._Dépôt Collection Musée Dauphinois, Département de l'Isère_Don de la SCI du Lac de Paladru

Bois, pierre, terre, végétaux, la gamme des matériaux transformés par l'homme est grande.

Le bois a été le matériau le plus utilisé et transformé. Leur usage peut être plus ou moins durable, être transmis de génération en génération, ou se transformer selon les besoins de la communauté ou les contacts établis avec d'autres groupes.

Une culture horticole et céréalière est pratiquée. La préparation du terrain par écobuage ou brûlis livre des sols qui perdent rapidement de leur fertilité. Il faut alors mettre au repos en jachère.

La pioche courte, seul instrument aratoire utilisé sur les rives du lac, ne permet pas un labour efficace.
Pioche (bois de cerf), racloir (silex), scie (silex), graines de céréales (blé), lame de poignard (silex)


Les communautés néolithiques vivent au sein de réseaux d'échanges dynamiques.

Des matériaux (silex), des biens manufactures (perle, hache, marteau...) mais aussi des pratiques et des idées sont échangées entre groupe de même culture ou de cultures différentes.

Les objets en cuivre font partie des importations les plus anciennes de ce matériau dans la région.

La pierre est le matériau le plus efficace pour couper, scier, racler, percer.

Les roches dures et parfois le silex sont polis pour façonner de haches de bûcherons.

Le silex est taillé et retouché pour fabriquer des outils (racloirs, perçoirs). Il est essentiellement local mais peut venir de loin comme le silex du Grand-Pressigny (Indre et Loire).
L'efficacité et la maniabilité des outils sont garanties par leur emmanchement en bois ou par ligature.
le bois, les peaux, les végétaux sont omniprésents dans l'artisanat néolithique, mais leur conservation revêt un caractère exceptionnel.

L'outillage de pierre et de bois peut avoir un usage polyvalent ou très spécialisé. L'homme du néolithique dispose d'une large gamme d'outils qui répond à l'ensemble des tâches quotidiennes.

Pour le travail du bois : l'andouiller (bois de cerf), poinçons (if), aiguisoir (grès), manche (érable), cuillère (if), tête de hache (bois indéterminé), peigne (buis).

Pour la taille du silex : boucharde, percuteur (quartzite), nucléus (silex), lame de poignard (silex).



Le vaisselier domestique évolue au cours des décennies d'occupation du site laissant entrevoir des changements dans les usages et courants d'échanges.

De grandes tendances se dégagent. Les récipients globulaires ou en tonneau dominent la production céramique lors de la première occupation.

Au cours des dernières années d'occupation, les formes cylindriques et tronconiques sont majoritaires.

Les formes fermées comme les vases à goulots sont davantage fabriqués et un nouveau type apparaît.

De petits gabarits, ils se distinguent par leur pâte noire, fine et lustrée, une panse carénée et un col étroit et haut.


Dépôt collection Musée Dauphinois, Département de l'Isère_Don de la SCI du Lac de Paladru

Si l'usage des fibres animales n'est pas attesté aux Baigneurs, les  fibres végétales sont bien présentes et utilisées pour la confection de fils, cordes, tissus, paniers, nattes et filets de portage.

Les textiles sont tissés à l'aide de métier à tisser verticaux. Les techniques de tissage sont sophistiquées.

Le fond de panier figure parmi les plus anciens d'Europe. Il présente une forme de croix sur sa base, technique de montage toujours utilisée aujourd'hui.
Les filets de portage sont une autre manière de transporter ou stocker.

Non noués, ils ne peuvent pas se confondre avec un filet de pêche. Le filage des fibres est obtenu par torsion en fil, entraîné par le mouvement de rotation du fuseau, lesté d'une fusaïole.

Les fils obtenus sont ensuite utilisés pour la confection de tissus, de cordelettes et de ficelles.



La sédentarité, les nouveaux moyens de subsistance et la croissance démographique transforment les rapports entre les hommes. La saisonnalité des cultures, le stockage des récoltes et l'entretien du bétail imposent de nouveaux rythmes de vie, de travail et une répartition des tâches au sein du groupe.
Des différences sociales apparaissent.
Au sein du villages des Baigneurs, certains indices en témoignent, comme les parures, les objets imports ou encore la présence d'une clôture.

La maison est un espace à la fois domestique et artisanal. L'auvent est une aire de travail privilégiée. A l'intérieur du bâtiment, le foyer est entretenu sur une plaque d'argile réfractaire, à même le sol .
On stocke les denrées le long des murs, dans des céramiques posées ou suspendues.
le sol de l'habitation est jonché de mousses et de paillasses.
Les repas pris autour du foyer, à même le sol, se composent de protéines animales (viande ou poisson), complétées de galettes cuites sur une pierre chaude ou de bouillies mijotées dans des pots en terre.
La persistance des formes de cuillères jusqu'à nos jours, démontre la parfaite adéquation d'une forme et de sa fonction. 
Sur certaines on peut remarquer des traces d'usure.

Les céréales (blé, orge) sont réduites en farine à l'aide d'une molette sur une meule en pierre disposée près du foyer.
Les céréales deviennent très vite la base de l'alimentation.

Après l'abandon du site néolithique, les rives du lac sont encore fréquentées, mais de manière épisodique.

Les Allobroges y sont peu présents. A l'époque romaine, cette population habite de nouveau sur les berges du lac, à l'écart des grandes routes ou des villes.

La population décroît au IVe siècle dans un contexte de détérioration du climat et de réorganisation territoriale à l'échelle de l'empire romain.

Une reprise d'occupation est perceptible au travers des traces d'écobuages et de cultures du VIIe au IXe siècle.

Cependant la forêt se développe de nouveau au Xe siècle, fournissant de vastes espaces à défricher aux trois colonies de l'an mille : les Ars, Les grands Roseaux et Colletière;

L'autre grande partie de l'exposition est consacrée au site médiéval de Colletière et transporte le visiteur vers l'An Mil, autour des années 1000-1035, lorsqu'une petite communauté fortifiée s'installe sur une presqu'île marécageuse au bord du lac.

A l'aube de l'an mille, les hommes  vivent une amélioration notable du climat.

Les tensions politiques au sein du royaume de Bourgogne sont apaisées. La population s'accroît. Des terres jusque là peu exploitées sont convoitées.

Un seigneur commanditaire impulse la colonisation de ce territoire.
Une ferme fortifiée, ou curtis, est bâtie à partir de 1006 sur la plage de Colletière. Deux autres habitats sont fondés sans doute sur le même modèle au nord et nord-est du la, à Ars et aux Grands Roseaux.

Environ 300 hommes,  femmes et enfants vivent alors en bordure du lac de Paladru.

https://images.openai.com/static-rsc-4/nCoIqbdhelG1BtOEQTZOVxOKyHzxrnGJSUHZTREpWjkwmQLudblWDfdoiFnXSpIuhtuVDzKWJrzo3_ABt31RVG3MuydN7Q05eU501gBRxTf7HI0C2mm2BMBrsyHOhH2YTEsDtVTr536P6vHT_ZcFj3KN_Ps7qBE5CNYLnBV34DQShnQEYdZLkoRykg5ilpux?purpose=fullsize


Le site fortifié de Colletière, installé sur une presqu'île marécageuse, offre aux colons une protection naturelle et la proximité de ressources indispensables à leur installation. 
Les élévations de bâtiments, non conservées, font l'objet d'hypothèses de reconstitution.
Hypothèse de restitution de M Colardelle et M Paulin_Echelle 1/100e (1cm=1m)_Conception Ducaroy-Grange

L'exposition montre que les habitants de Colletière n'étaient ni de simples paysans ni de véritables seigneurs. Il s'agissait de cavaliers armés chargés d'occuper et de défendre ce territoire au moment où les pouvoirs féodaux émergent.

Avec leurs familles, ils vivent dans une ferme fortifiée, cultivent la terre, élèvent des animaux et pratiquent différents artisanats.

Comme le village a été englouti par la remontée des eaux du lac, les objets sont restés protégés dans un milieu humide pendant près de mille ans. 

L'exposition présente ainsi des armes (épées, lances, arbalètes et carreaux d'arbalète), des équipements équestres (selles, mors, harnais, éperons), des outils agricoles et artisanaux, des objets de la vie quotidienne en bois, cuir et textile, des instruments de musique et même des pièces de jeu d'échecs, témoignant d'un mode de vie relativement privilégié.

Parmi les objets emblématiques figurent un pommeau de selle sculpté, l'un des plus anciens exemples conservés en Europe, des mécanismes d'arbalète très rares, une pirogue monoxyle creusée dans un tronc de chêne, utilisée pour la pêche et le transport sur le lac.

Ces découvertes ont profondément renouvelé les connaissances sur les populations rurales du début du Moyen Âge.

Avant de s'installer sur leur nouveau territoire, les colons défrichent afin de bâtir les bâtiments. Plus de 800 chênes et hêtres sont abattus pour servir aux constructions. Ce fer de hache, à talon plat et tranchant court et oblique est d'une forme connue depuis l'époque gauloise
Hache d'abattage (fer, frêne) et fers de hache d'abattage (fer)_Dépôt Collection du Musée Dauphinois_Département de l'Isère_Don de la SCI du Lac de Paladru

Fissurée, cette embarcation a connu une deuxième utilisation comme mangeoire.
Taillée dans un tronc de chêne, la pirogue permet la circulation rapide d'un point d'eau du lac à l'autre, ainsi qu'une pêche en eau profonde.

La chasse est marginale tandis que l'on profite de l'abondance du poisson du lac. Gardons, salmonidés, perches, brochets sont pêchés au printemps et à l'automne.

Les techniques de construction sont adaptées au milieu humide et meuble. Les bâtiments sont fondés sur de puissants pieux enfoncés sur plus de 3 mètres et dotés de semelles de fondation composées de madriers.
Des instruments de levage permettent de planter les pieux et de manipuler des pièces  lourdes


Les sites lacustres participent pleinement au dynamisme économique du tournant de l'an mil. Les échanges se manifestent au travers de la présence ou de l'absence de certains objets. Ainsi, Colletière exporte des couteaux, des jambons... Des produits de provenance lointaines ont été identifiés comme des armes rhénanes ou encore des émaux limousins.

Les monnaies frappées entre la fin du Xe siècle et début du XIe siècle témoignent du cadre chronologique et géographique des échanges commerciaux entrepris à Colletière.
Elles sont nombreuses à provenir des ateliers de Vienne et de Lyon.

 Le système monétaire romain (denier/sol/livre) et utilisé.

Les céramiques grises à fonds marqué, produites certainement aux environs de Vienne demeurent énigmatiques : marques de fabricants ou marques de taxation ?

Toute la chaîne préparatoire du textile est mise en évidence, de la préparation des fibres (lin, chanvre, laine) à la couture.
Après rouissage (trempage), les tiges végétales sont grugées (débarrassées des graines) et broyées afin d'obtenir de la filasse.
Le peigne à tisser prépare les fibres végétales ou animales à filer. La quenouille est ensuite garnie de fibres à filer.
Le fil est ensuite obtenu à l'aide d'un fuseau à toupiller ou avec une fusaïole. les deux types de métier à tisser, horizontal et vertical sont utilisés. Les supports d'ensouples (cylindres d'un métier à tisser) sont fixés sur les fils de chaîne et des griffes permettent la tension de la toile sur le métier à tisser.


Fuseau, fusaïole, égrugeoir, lame de tisserand, quenouille, bobines, peigne à tisser, peigne à carder, boutons etc..._Dépôt Collection du Musée Dauphinois_Département de l'Isère_Don de la SCI du Lac de Paladru et collection du Musée des Beaux Arts et Archéologie, dépôt de la ville de Vienne

L'artisanat du cuir à partir de peaux de chèvre, mouton, bœuf est exercé sur place par le cordonnier ou le bourrelier. Trois types de chaussures sont confectionnés.



Au début du XIe siècle, jusqu'à quatre forges ont fonctionné afin de produire l'outillage en fer.
Toute la chaîne opératoire de l'activité métallurgique nous est connue grâce aux déchets recueillis.



Ces instruments de musique et jeux font partis des exemplaires les plus rares et les plus anciens d'Europe.
Le jeu d'échec est mentionné pour la première fois en occident dans la deuxième moitié du Xe siècle.

Les instruments à vent sont du type "à biseau" (flûtes) et à anches ; les deux frestels (flûte de pan) de Colletière n'ont qu'un équivalent médiéval découvert à York en Angleterre et deux d'époque romaine.


La pièce principale de la maison, l'aula, est le centre de la vie domestique, le lieu de rassemblements de la communauté. On y dort, on y mange, on y joue et on y travaille autour du foyer. A Colletière, tous les hommes, sans distinction travaillent la terre, produisent objets et denrées, et défendent leur territoire.
Cependant les différences sociales au sein du groupe sont perceptibles au travers des pratiques de loisirs, de l'alimentation et de l'habillement.

La vaisselle de table est composée de formes ouvertes comme des plats, écuelles, assiettes ou bol, en bois.
Le service à boire (cruche, gourde...) appartient à la production de céramiques communes grises. Les longues cuillères servent au service et les courtes aux repas.

La cuisine est à base de bouillies ou de gruaux de céréales cuits dans de solides poteries à pâte grise.
Galettes, pains sont cuits dans un four extérieur. Ils sont enfournés et défournés à l'aide de grande palette de bois.
La viande, salée ou séchée, est consommée bouillie dans des pots à fond bombé posés sur un lit de braises.

Colletière présente un modèle social original. Il pourrait s'agir de l'installation de paysans libres, propriétaires de leurs terres et dépendants du seigneur.
La défense y est affaire de tous afin de protéger l'habitat et les réserves et de conserver l'emprise territoriale du seigneur à l'origine de la colonisation.
Les hommes sont formés au maniement des armes et le cheval est un auxiliaire de combat.
Après 1038, la ferme est livrée aux eaux du lac. La population se déplace vers une zone plus salubre et poursuit son exploitation du terroir.
Cavaliers, cabalarii et paysans, vilanii, ces hommes témoignent d'une forte capacité d'adaptation d'une société en transition vers la féodalité médiévale.

L'équipement des cavaliers est particulièrement soigné. Le pommeau, partie avant l'arçon de selle, évoque les vikings. Son décor rappelle l'iconographie religieuse.
Selle, décor de harnais, armement confirment le statu militaire des habitants de Colletière.






L'intérêt de cette section n'est pas seulement de présenter des objets médiévaux, mais de reconstituer la vie quotidienne d'une petite communauté de l'An Mil, son habitat, son alimentation, son armement, ses activités agricoles, ses loisirs et son organisation sociale.
Grâce à l'extraordinaire conservation des vestiges, Colletière est considéré comme l'un des sites médiévaux les mieux documentés d'Europe pour cette période.


Le Musée archéologique du lac de Paladru constitue un remarquable témoignage de l'histoire humaine autour du lac, depuis le Néolithique jusqu'à l'An Mil. Grâce aux fouilles subaquatiques menées pendant plusieurs décennies, il présente une collection exceptionnelle d'objets conservés dans un état rare, permettant de reconstituer avec précision la vie quotidienne des populations anciennes. 

Il permet au visiteur de mieux comprendre l'évolution des sociétés humaines tout en découvrant un patrimoine exceptionnel de l'Isère.

Le lac de Paladru est considéré comme un site majeur pour le développement de l'archéologie subaquatique française, et le musée explique très bien comment les chercheurs travaillent dans un environnement immergé.

Après cette belle visite nous nous rendons au restaurant "La Tourelle" tout proche, où nous est servi un très bon repas et où il a été permis de nombreux et riches échanges avec nos homologues lyonnaises.


Pour prolonger le plaisir :

De nombreuses légendes sont nées autour du Lac de Paladru. Elles mélangent des faits historiques réels (un village disparu, des montées des eaux, des ruines médiévales) et des récits fantastiques transmis pendant des siècles autour des veillées.

La légende la plus célèbre est celle du village englouti d'Ars : au Moyen Âge existait sur la rive ouest du lac un village nommé Ars. Historiquement, on sait que ce village a disparu, mais les raisons exactes ont longtemps été obscures. À partir de ce mystère sont nées plusieurs histoires populaires.

La légende du pèlerin maudit : un soir d'orage, un pèlerin demande l'hospitalité aux habitants d'Ars. Tous le repoussent, sauf une pauvre femme et sa fille qui acceptent de l'accueillir. Le voyageur révèle alors qu'il est un envoyé divin. Dans la nuit, une tempête effroyable éclate, la terre s'ouvre et le village entier est englouti sous les eaux du lac. Seules les deux femmes généreuses sont épargnées.

La légende de la Dame Blanche du lac : la belle comtesse d'Ars tente de sauver son village menacé. Pour obtenir la protection de l'empereur Frédéric Barberousse, elle doit accepter un mariage qu'elle ne désire pas. Après avoir quitté la cour impériale, elle retrouve son véritable amour. Les deux amants embarquent sur une barque pour traverser le lac. Selon la légende, ils disparaissent dans les profondeurs avant d'atteindre l'autre rive. Certaines nuits de brouillard, on raconte que l'on peut apercevoir la silhouette blanche de la comtesse glissant sur les eaux.

La légende du chevalier d'Ars et le Diable : dans cette version plus sombre, la belle Béatrice choisit le chevalier d'Ars plutôt qu'un puissant seigneur voisin. Fou de jalousie, celui-ci conclut un pacte avec le Diable. La vengeance est terrible, le village est condamné et disparaît sous les eaux du lac.

La légende de la cloche d'or raconte qu'une immense cloche en or reposerait au fond du lac. A plusieurs reprises, des pêcheurs auraient réussi à l'accrocher dans leurs filets, mais au moment où elle allait être remontée, une maladresse, une tempête ou un événement inexplicable l'aurait fait replonger dans les profondeurs. La malchance aurait ensuite poursuivi les pêcheurs trop avides qui avaient tenté de s'en emparer.

La légende du mystère des cloches sous l'eau. Les anciens du pays racontaient qu'au petit matin, lorsque le lac est parfaitement calme, on peut parfois entendre sonner des cloches provenant du fond des eaux. Selon la tradition, ce seraient les cloches de l'église du village englouti d'Ars qui continueraient à appeler les fidèles disparus.

Lorsque les archéologues ont commencé à découvrir de véritables villages disparus sous les eaux du lac, ces légendes ont trouvé un nouvel écho.

Pour les habitants, ces découvertes semblaient confirmer qu'il existait réellement des mondes oubliés sous la surface du « Lac Bleu ».

Cette exposition est remarquable et ce qui distingue ce musée, c'est qu'il ne présente pas seulement des objets anciens mais il raconte la vie quotidienne d'hommes et de femmes ayant vécu au bord du même lac à des époques très différentes.

Grâce à l'état de conservation exceptionnel des vestiges immergés, on obtient une vision très concrète de leur habitat, de leur alimentation, de leurs techniques et même de certains aspects de leur environnement naturel.


Texte de Paulette Gleyze avec l'aide des commentaires de la guide et des indications muséales.

Photos de Paulette et Gérard Gleyze














1 commentaire:

  1. Encore Bravo pour cette page… nou ne sommes jamais allés sur ce site… tu nous donnes envie de le découvrir

    RépondreSupprimer