Du 1er au 07 juin 2026, nous faisons un périple Bourges/St Nazaire/Abbaye de Fontevraud/Moulins dans le but de rendre visite à de très chers amis à St Nazaire.
Nous traversons le Berry avec ses belles couleurs tranchées.
Nous arrivons à Bourges à l'heure du déjeuner.
Nous déjeunons à l'ombre de la terrasse du restaurant La Gargouille. Très bon restaurant que nous recommandons.
Le restaurant est situé dans le coeur historique tout proche de la cathédrale Saint-Étienne, nous commençons donc notre visite de Bourges par la cathédrale.
Construite à partir de 1195 en deux phases, une première phase de 1195-1215 puis une deuxième de 1220-1245.
Elle empiète sur les remparts gallo-romain et succède à un édifice roman.
L’élément le plus remarquable est la grande façade ouest, large de plus de 73 mètres.
De l’extérieur, elle impressionne par ses dimensions et son équilibre. Son aspect monumental frappe par l’unité de sa conception et par la puissance de ses volumes. Elle présente cinq portails alignés, correspondant aux cinq vaisseaux intérieurs.
On découvre une forêt spectaculaire d’arcs-boutants. Ces structures de pierre reportent vers l’extérieur la poussée des voûtes et permettent d’élever les murs à une hauteur considérable tout en les perçant de vastes fenêtres.
Les doubles volées d’arcs-boutants sont particulièrement élégantes et témoignent d’une maîtrise technique remarquable.
Elle est considérée comme un chef-d’œuvre du gothique classique français des XIIᵉ et XIIIᵉ siècles.
La façade principale est ornée de cinq portails sculptés, chacun richement décoré de scènes bibliques.
La façade est encadrée par deux tours qui ne sont pas identiques, ceci donne à l’édifice une silhouette particulière.
La tour sud, plus ancienne, présente une allure massive et sobre.
La tour nord, reconstruite, est plus richement décorée.
Cette asymétrie est rare pour une grande cathédrale gothique.
Les portails sont couverts d’une abondante décoration sculptée représentant des scènes bibliques, des saints, des prophètes et des anges.
Au centre, le portail du Jugement dernier est particulièrement célèbre.
Au centre se trouve le portail du Jugement dernier, dont le tympan constitue l’un des chefs-d’œuvre de la sculpture gothique.
Il représente le Christ jugeant les âmes à la fin des temps, dans un ensemble sculpté d'une grande finesse.
Dès l’entrée, on est saisi par une sensation d’unité, de hauteur, de lumière et d'espace.
Les colonnes élancées montent vers des voûtes culminant à plus de 35 mètres et la lumière colorée des vitraux donne une douce atmosphère.
Elle ne possède pas de transept, aucun bras transversal interrompt la perspective.
Nous pouvons voir toute la longueur de l’édifice, depuis la façade occidentale jusqu’au chœur.
Cette spécificité est l'une des grandes originalités de Bourges.
L'absence de transept à la cathédrale de Bourges n'est pas un simple caprice d'architecte, mais une réponse géniale à un double défi, politique et topographique.
Pour comprendre, il faut remonter à la fin du XIIe siècle, à une époque où Bourges se retrouve soudainement au centre du jeu politique français.
A cette époque, Bourges est la capitale du Berry, mais elle est surtout la première grande ville du domaine royal de Philippe Auguste face au redoutable duché d'Aquitaine, aux mains des Plantagenêt, les rois d'Angleterre.
L'archevêque de Bourges, Henri de Sully (frère de l'évêque de Paris qui bâtissait Notre-Dame), veut frapper fort. Il faut construire une cathédrale immense, moderne et visible de loin pour affirmer l'autorité du roi de France face au roi d'Angleterre, montrer la puissance de l'Église catholique face aux hérésies qui grandissent dans le Sud (comme les Cathares).
Pour aller vite et marquer les esprits, le maître d'œuvre anonyme de Bourges décide de rompre avec le plan traditionnel en croix latine. En supprimant le transept, il simplifie la structure et crée un volume d'un seul tenant, un "vaisseau" monumental qui symbolise l'unité de l'Église et du royaume.
La nef centrale s’élève à plus de 37 mètres sous les voûtes.
Elle est encadrée par deux niveaux de collatéraux de chaque côté, formant au total cinq nefs parallèles.
La nef centrale est bordée de quatre bas-côtés (doubles collatéraux). L'astuce des architectes a été de concevoir ces bas-côtés avec des hauteurs dégressives, la nef centrale culmine à 37 mètres, les premiers bas-côtés s'élèvent à 21 mètres, les bas-côtés extérieurs sont plus bas.
Cette disposition en gradins crée un effet de pyramide ou de "vaisseau" très lumineux, car la lumière pénètre à tous les niveaux à travers les verrières.
Les énormes piliers cylindriques, hauts d’environ 19 mètres, soutiennent les voûtes sexpartites de la nef principale. Leur élancement contribue à l’impression de verticalité caractéristique de l’art gothique.
À l’extrémité orientale se trouve le chœur.
Il est entouré d’un vaste déambulatoire permettant de circuler autour du sanctuaire sans interrompre les cérémonies religieuses.
De nombreuses chapelles rayonnantes s’ouvrent sur ce déambulatoire, offrant des espaces plus intimes dédiés à la prière et aux fondations pieuses des familles nobles ou des corporations.
L’architecture est d'une grande harmonie, les lignes des colonnes, des arcades et des fenêtres convergent vers l’abside, créant un effet de mouvement continu vers la lumière du chœur.
L’une des caractéristiques les plus remarquables de l’intérieur est la lumière.
Grâce à l’absence de tribunes et au système de doubles arcs-boutants extérieurs, les murs ont pu être largement ouverts pour accueillir d’immenses verrières.
La lumière colorée se diffuse dans tout l’édifice de façon presque continue, créant une atmosphère spirituelle recherchée par les bâtisseurs médiévaux, que les historiens qualifient souvent de « lux continua ».
La cathédrale possède l'une des plus belles collections de vitraux médiévaux de France, juste derrière Chartres.
Dans le déambulatoire (la galerie qui fait le tour du chœur), les vitraux du XIIIe siècle racontent des histoires bibliques ou des légendes de saints avec des couleurs d'une intensité incroyable, dominées par un bleu profond et un rouge vif.
On y trouve aussi des scènes de la vie quotidienne des corporations d'artisans (bouchers, boulangers, tisseurs) qui ont financé ces fenêtres.
Les couleurs profondes, bleus, rouges et violets, transforment la pierre claire en un véritable écrin de lumière.
Les piliers cylindriques qui soutiennent les voûtes sont étonnamment fins pour leur hauteur, ce qui accentue l'impression de légèreté de la pierre.
Treize chapelles bordent les côtés de l’édifice.
Certaines conservent des vitraux des XVe et XVIe siècles ainsi que des œuvres d’art religieuses.
La chapelle Jacques Cœur abrite notamment un célèbre vitrail de l’Annonciation du XVe siècle, considéré comme l’un des joyaux de la cathédrale.
Au-dessus de l’entrée occidentale s’élève le grand orgue qui est l’un des plus remarquables grands orgues historiques de France.
Il est installé sur une tribune Renaissance construite à la fin du XVIᵉ siècle et domine la nef de la cathédrale.
La présence d’un orgue à Bourges est attestée dès le début du XVᵉ siècle.
L’instrument actuel est une reconstruction réalisée entre 1665 et 1667 par les facteurs Guy Joly et Pierre Cauchois. Au fil des siècles, il a connu de nombreuses transformations.
La grande restauration moderne a été menée par Daniel Kern entre 1982 et 1985 sous l’impulsion de l’organiste et pédagogue Marie-Claire Alain. L’instrument restauré a été inauguré en 1986.
Il est composé d'environ 50 jeux, 4 claviers manuels et pédalier, une transmission mécanique.
Une partie importante de la tuyauterie remonte au XVIIᵉ siècle.
Son magnifique buffet en chêne du XVIIᵉ siècle est classé monument historique.
Aujourd’hui, le grand orgue est utilisé à la fois pour les offices et pour des concerts.
Son buffet monumental s’intègre harmonieusement à l’architecture gothique.
Le jubé, bien qu'il ait été en grande partie démonté au XVIIIe siècle, des fragments sculptés de cet écran de pierre, qui séparait le chœur de la nef sont exposés dans la crypte.
Ils témoignent d'une finesse d'exécution exceptionnelle.
Réalisé vers 1230-1240, il était est l'un des chefs-d'œuvre de la sculpture gothique française du XIIIe siècle de près de 18 mètres de long et 7 mètres de haut, entièrement sculptée dans la pierre calcaire.
À l'époque médiévale, un jubé était une tribune monumentale en pierre ou en bois qui coupait la cathédrale en deux. Elle séparait la nef où se tenaient les fidèles du chœur réservé aux chanoines et aux religieux.
Sa fonction était double, isoler le chœur et servir de tribune pour la lecture des Évangiles et les prêches.
La renommée de ce jubé repose sur son décor sculpté unique, représentant le cycle de la Passion du Christ.
Le sculpteur (souvent appelé le « Maître de Bourges ») a fait preuve d'un sens du réalisme et d'une intensité dramatique rares. Les visages expriment une vraie douleur, les drapés des vêtements sont souples et les mouvements des personnages sont d'un grand naturel.
Les figures sculptées en haut-relief se détachaient à l'origine sur un fond quadrillé décoré d'incrustations de plaques de verre peint (parfois rouge ou bleu) et de dorures. C'est une technique très précieuse, dont le relief de la Crucifixion visible ci-dessus a conservé de magnifiques traces.
Près de l’entrée principale se trouve une remarquable horloge astronomique Conçue par Jean Fusoris en 1424.
Véritable prouesse technique du Moyen Âge elle comporte deux cadrans. Le cadran supérieur (ajouté au XIXᵉ siècle) indique les heures et le cadran inférieur les minutes, beaucoup plus complexe, fournit des informations astronomiques :
- les phases de la Lune ;
- le cycle lunaire ;
- la position du Soleil ;
- les signes du zodiaque ;
- la hauteur du Soleil dans le ciel selon la période de l’année.
C'est la plus ancienne horloge astronomique conservée en France. Elle est en outre célèbre pour sa remarquable précision. Les restaurateurs indiquent que son système présente un écart théorique d’environ une seconde sur 150 ans.
La cathédrale Saint-Étienne de Bourges est un monument gothique célèbre pour ses cinq nefs, ses vitraux médiévaux et sa façade sculptée véritable livre de pierre du Moyen Âge.
Construite principalement en pierre calcaire claire du Berry, la cathédrale change d’aspect selon l’éclairage. Au soleil, la pierre prend des teintes dorées qui mettent en valeur les sculptures et les reliefs.
Les immenses baies vitrées visibles de l’extérieur caractéristiques de l'architecture gothique témoignent de la volonté des bâtisseurs gothiques d’inonder l’intérieur de lumière.
Elle témoigne de l'importance de Bourges au Moyen Âge.
Siège d'un puissant archevêché, la ville était alors un centre religieux majeur du royaume de France. L'édifice devait exprimer à la fois la foi chrétienne et le prestige de la cité.
Vue de loin, la cathédrale domine la ville de Bourges comme un gigantesque vaisseau de pierre.
Situé juste au sud de la Cathédrale Saint-Étienne, l'ancien palais épiscopal est l'un des monuments les plus importants de la ville.
Dès le XIIᵉ siècle, les archevêques de Bourges résident à cet emplacement, adossé aux anciens remparts gallo-romains. La demeure est plusieurs fois agrandie, puis endommagée par des incendies au fil des siècles.
En 1679, l'archevêque Phélypeaux de La Vrillière estime que l'ancienne résidence est indigne du prestige de son diocèse. Il fait appel à l'architecte parisien Pierre Bullet, qui imagine un immense palais classique organisé autour de deux cours, avec des jardins inspirés des grandes résidences royales et un Grand Séminaire voisin.
Cependant, le coût du chantier est colossal. À la mort de l'archevêque en 1694, le projet est abandonné : seule une partie est réalisée.
L'élément le plus remarquable est le pavillon de La Vrillière, qui conserve un superbe escalier monumental suspendu sur voûte. Sa cage d'escalier est décorée de pilastres ioniques, de niches accueillant des statues et de bas-reliefs représentant les quatre évangélistes. À l'entrée, un élégant péristyle à colonnes rappelle l'ambition du projet initial.
Les jardins de l'Archevêché, aménagés par la suite, offrent également une promenade agréable avec une vue exceptionnelle sur la cathédrale. Ils longent une partie de l'enceinte gallo-romaine de Bourges.
Après la loi de séparation des Églises et de l'État de 1905, le palais est attribué à la Ville de Bourges en 1909. Il devient alors l'hôtel de ville de la commune pendant près d'un siècle.
Depuis la construction de la nouvelle mairie en 1992-1995, le bâtiment historique continue d'accueillir des services municipaux, la salle du conseil municipal, les salons d'honneur ainsi que le musée des Meilleurs Ouvriers de France.
Le pavillon de La Vrillière, ses façades, ses toitures et son escalier monumental sont inscrits au titre des monuments historiques depuis 2004, en raison de leur intérêt architectural exceptionnel.
C'est un monument souvent moins connu que le célèbre palais Jacques Cœur, mais il constitue un excellent exemple de l'architecture classique française du XVIIᵉ siècle et illustre les ambitions des archevêques de Bourges à l'époque de Louis XIV.
Statue de Louis XI
Vue depuis la cathédrale du Palais archiépiscopal, place Étienne Dolet
En nous rendant au Palais Jacques Cœur nous longeons l'hôtel des Postes conçu par l'architecte Henri Tarlier et bâtit entre 1913 à 1926.
Les travaux, interrompus par la Première Guerre mondiale, reprennent en 1919 et sont achevés sous la direction de Robert Gauchery qui succède à Tarlier.
Il adopte le style néo-gothique afin que le bâtiment s'intègre au riche patrimoine de Bourges.
Il s'inspire directement des grands monuments de la ville, notamment le Palais Jacques Cœur et l'Hôtel des Échevins. Les façades sont décorées de pinacles, de gâbles, de sculptures et de fenêtres à meneaux, donnant l'impression que l'édifice date de la fin du Moyen Âge.
A quelques pas de la cathédrale, au 10 rue des Beaux Art, se trouve la Maison Colladon.
Cet ancien hôtel particulier, édifice remarquable, témoigne de l'évolution de l'architecture civile du XIIIᵉ au XVIᵉ siècle. Elle est inscrite au titre des Monuments historiques depuis le 17 février 1928.
Le bâtiment sur rue conserve une vaste salle voûtée du XIIIᵉ siècle, ainsi que des ouvertures gothiques et un pignon percé de fenêtres du XVᵉ siècle, le bâtiment sur cour a été remanié au XVIᵉ siècle avec une élégante porte Renaissance encadrée de pilastres sculptés et des fenêtres à meneaux. L'intérieur comporte également des décors du XVIIIᵉ siècle.
L'intérêt de cette maison est la superposition de plusieurs époques avec la salle voûtée médiévale du XIIIᵉ siècle, les fenêtres gothiques du XVᵉ siècle, la façade et porte Renaissance du XVIᵉ siècle et les aménagements intérieurs du XVIIIᵉ siècle.
C'est donc l'un des hôtels particuliers les plus intéressants de Bourges pour comprendre l'évolution de l'habitat urbain entre le Moyen Âge et la Renaissance.
Son histoire est liée à la famille Colladon, une famille protestante qui possédait l'hôtel au XVIᵉ siècle. Germain Colladon, professeur de droit romain à Bourges entre 1531 et 1542, s'est converti à la religion protestante.
Il accueille dans son logis de nombreux offices clandestins. Fuyant les persécutions il se réfugie à Genève, où il devient l'un des principaux auteur des législations des villes suisses calvinistes.
Bourges comptent parmi les plus belles maisons à colombages de France. La ville en conserve plus de 440, principalement construites entre 1488 et 1520, après le grand incendie de la Madeleine en 1487 qui a entraîné une vaste campagne de reconstruction.
Ces maisons se distinguent par leurs pans de bois en croix de Saint-André ou en losanges, leurs encorbellements (étages en légère avancée), leurs sculptures gothiques (pinacles, choux frisés, personnages) et leurs façades étroites mais profondes, typiques des demeures d'artisans et de commerçants de la fin du Moyen Âge.
Les ruelles du centre historique permet de découvrir la plupart de ces remarquables maisons médiévales.
L'histoire de Bourges se lit dans chaque rue, dans chaque pierre et dans chaque façade.
Ancienne capitale du Berry, elle a su préserver un patrimoine exceptionnel qui témoigne de plus de deux mille ans d'histoire.
De la majestueuse cathédrale Saint-Étienne, chef-d'œuvre de l'art gothique inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, au palais Jacques Cœur, (que nous découvrirons dans le chapitre suivant) symbole de la prospérité du XVe siècle, en passant par les hôtels particuliers et les centaines de maisons à pans de bois, la ville offre un remarquable voyage à travers les siècles.
Son centre historique, labellisé « Ville d'Art et d'Histoire », est l'un des ensembles patrimoniaux les mieux conservés de France.
Texte de Paulette Gleyze avec l'aide des cartels explicatifs
Photos de >Paulette et Gérard Gleyze