lundi 24 août 2026

La Collégiale devenue la cathédrale Notre Dame de Moulins


Après la découverte de la belle ville de Moulins, 

https://ballades-page3873.blogspot.com/2026/08/visite-de-la-belle-ville-de-moulins.html

 nous visitons le 06 juin 2026 la Collégiale Notre-Dame de Moulins.

Il faut la replacer dans l'histoire des ducs de Bourbon. 

La cathédrale actuelle est l'aboutissement d'une histoire commencée plusieurs siècles auparavant.

Avant la collégiale il y avait une première chapelle dédiée à Saint Pierre. Un acte de 990 la mentionne située à Villa Molinis. 

Elle dépend ensuite du prieuré clunisien de Souvigny.

Avec le développement de Moulins, la petite chapelle prend de l'importance. Elle devient une église dédiée à Notre-Dame, puis à Notre-Dame de l'Annonciation.

À cette époque, Moulins n'est pas encore la grande capitale politique des Bourbon.

Le grand changement intervient lorsque les Bourbon arrivent à Moulins.

En 1327, le Bourbonnais est érigé en duché et Louis Ier de Bourbon devient le premier duc, mais c'est surtout son descendant Louis II de Bourbon qui va transformer Moulins.

À la fin du XIVe siècle, Louis II fait de Moulins une véritable capitale du pouvoir bourbonnais. Il développe le château, les fortifications, l'administration et les institutions ducales.

Il comprend qu'une capitale doit aussi posséder un établissement religieux prestigieux.

C'est là que commence véritablement l'histoire de la collégiale Notre-Dame.

En 1378, il demande une collégiale. Le 19 octobre 1378, il obtient du pape Clément VII l'autorisation d'établir un chapitre collégial dans la chapelle Notre-Dame. 
(Une collégiale est une église desservie par un collège de chanoines. A Moulins, Louis II souhaite y installer douze chanoines.)

C'est donc une transformation architecturale, politique et religieuse. 
La chapelle ducale devient un établissement religieux au service du prestige de la capitale bourbonnaise.

Le 7 décembre 1386, l'évêque de Nevers procède officiellement à l'érection de la chapelle en collégiale Notre-Dame-de-l'Annonciation.

Le 5 avril 1468, Agnès de Bourgogne, veuve du duc Charles Ier de Bourbon, pose la première pierre d'une nouvelle collégiale, beaucoup plus grande. Cette nouvelle construction correspond essentiellement à la partie gothique que nous voyons aujourd'hui.

Les travaux commencent quelques années plus tard, vers 1474, sous le duc Jean II de Bourbon qui poursuit l'œuvre commencée par sa mère.

Il veut une église digne de la puissance de sa famille. L'édifice adopte le style gothique flamboyant, avec de grandes fenêtres, des arcs-boutants, des pinacles, un décor sculpté très riche, des vitraux, un chœur monumental.

C'est cette partie que nous vous pouvons observer à l'extérieur, derrière la cathédrale.

Après Jean II, son frère Pierre II de Bourbon poursuit les travaux avec son épouse Anne de France, fille du roi Louis XI. c'est le moment de l'apogée de la cour de Moulins.

Pierre II et Anne de France font de la collégiale un véritable écrin artistique. C'est à ce moment qu'apparaissent les extraordinaires vitraux des XVe-XVIe siècles, dont certains représentent les derniers ducs de Bourbon.

Ils commandent aussi le célèbre Triptyque du Maître de Moulins, chef-d'œuvre de la peinture française de la fin du XVe siècle.

Le triptyque représente Pierre II de Bourbon, Anne de France et leur fille Suzanne.

Le chantier connaît des interruptions, la Société d'émulation du Bourbonnais indique que les travaux sont suspendus en 1508, puis reprennent sous Pierre II et s'achèvent vers 1540.

A noter que la grande façade que nous voyons aujourd'hui n'est pas celle des Bourbons.

Après la Révolution, le système des chapitres collégiaux disparaît. L'ancienne collégiale devient cathédrale. et siège de l'évêque en 1822-1823.

L'ancienne église des Bourbons se révèle trop petite pour une cathédrale, il est décidé de l'agrandir.

C'est à cette époque qu'apparaissent la grande nef, les collatéraux, la nouvelle façade occidentale et les deux grandes tours.

Les architectes Jean-Baptiste Lassus, puis Eugène Millet et Paul Selmersheim, interviennent dans ce grand chantier néogothique.

La cathédrale est donc constituée de deux parties.

A l'arrière, le chevet et le chœur c'est l'ancienne collégiale des Bourbons (Agnès de Bourgogne - Jean II - Pierre II - Anne de France) des XVe-XVIe siècles de style gothique flamboyant.

A l'avant, la cathédrale du XIXe siècle de style néogothique avec deux grandes tours et une façade monumentale.

Les deux parties forment aujourd'hui un seul édifice.

Nous sommes devant la cathédrale Notre-Dame-de-l'Annonciation place des Vosges, face à l'entrée.

La façade et la grande nef ont été construites au XIXe siècle, lorsque l'ancienne collégiale est devenue cathédrale.

Les travaux se déroulent principalement entre 1852 et 1876, dans un style néogothique.

Nous voyons deux grandes tours symétriques terminées par des flèches en pierre.

Elles appartiennent au grand chantier du XIXe siècle fortement marqué par le goût du XIXe siècle pour l'architecture médiévale.

Les architectes Jean-Baptiste Lassus, puis Eugène Millet et Paul Selmersheim, participent à l'achèvement de l'édifice.

La grande rosace est conçue avec des pierres claires et foncées. Cette alternance créée un contraste qui donne à la façade une apparence très décorative.

Le portail avait à l'origine une décoration beaucoup plus riche.

La Révolution française a entraîné la destruction de nombreuses sculptures religieuses.

Le document patrimonial de la ville précise notamment que les sculptures placées sous les dais extérieurs ont disparu et que celles du portail donnant sur la place des Vosges ont été détruites.

Il y avait notamment une représentation de l'Annonciation, avec Marie et l'ange Gabriel de part et d'autre de la porte.

Nous faisons le tour vers l'arrière et découvrons la cathédrale des XVe-XVIe siècles.

Le chœur ancien est construit notamment en grès rose et rouge. Les contreforts, arcs-boutants, pinacles et grandes fenêtres donnent à cette partie son caractère gothique flamboyant.

Les arcs-boutants ne sont pas simplement décoratifs, ils permettent de reporter vers les contreforts les poussées exercées par les voûtes.

C'est l'une des grandes innovations de l'architecture gothique. Il est possible de construire plus haut et ouvrir davantage les murs pour laisser entrer la lumière.








En levant la tête, nous découvrons de nombreuses gargouilles au niveau des contreforts et des parties gothiques du chœur.

Elles ont pour fonction d'évacuer l'eau de pluie du toit en la projetant loin du mur. Elle se termine par une gueule ouverte dirigée vers l'extérieur.

Certaines ont des formes animales ou fantastiques. Elles donnent au chœur gothique un aspect très vivant.









En entrant dans la cathédrale, nous constatons une différence de style assez frappante entre le choeur et le déambulatoire qui sont la partie ancienne du XVe siècle et la nef qui appartient au grand chantier du XIXe siècle. 

Le chœur actuel appartient à l'ancienne collégiale Notre-Dame, construite à partir de 1468, sous les ducs de Bourbon. Il est de style gothique flamboyant.

Le chœur et le déambulatoire sont construits en grès rose et rouge.

À l'époque de Pierre II de Bourbon et d'Anne de France, ce n'était pas encore une cathédrale, c'était leur collégiale, avec un chapitre de chanoines. Ils vont la doter d'œuvres prestigieuses et en faire un lieu important de leur représentation dynastique.

Le maître-autel est lié à la mémoire des Bourbons. C'est sous ou à proximité de cet espace que se trouve leur caveau funéraire.

Il contient notamment Jeanne de France, première épouse de Jean II de Bourbon, morte en 1482, Catherine d'Armagnac, deuxième épouse de Jean II, morte en 1487, les cœurs de Jean II de Bourbon et le cœur de Pierre II de Bourbon, époux d'Anne de France.

Anne de France et sa fille Suzanne ne sont pas enterrées dans ce caveau. Elles reposent avec Pierre II à Souvigny, la grande nécropole des Bourbons.


Les nervures qui parcourent les voûtes sont caractéristiques du gothique flamboyant.
Une lierne continue c'est à dire une nervure horizontale relie les différentes clés de voûte. C'est un détail architectural élégant et caractéristique de cette partie ancienne.

Certains vitraux du choeur datent des XVe et XVIe siècles et certains représentent les derniers ducs de Bourbon ou des personnages liés à leur entourage.




La nef  a été construite au XIXᵉ siècle, lorsque Moulins est devenu le siège d'un diocèse et que l'ancienne collégiale était devenue trop petite pour servir de cathédrale.

Les travaux d'agrandissement commencent en 1854 et la cathédrale est achevée dans les années 1870.

La nef est construite en calcaire blanc. 
Elle est néogothique, mais les architectes du XIXᵉ siècle n'ont pas essayé de reproduire exactement le gothique flamboyant du chœur, ils se sont inspirés du gothique rayonnant du XIIIᵉ siècle considéré à l'époque comme une forme particulièrement 
« pure » du gothique.

C'est donc une architecture médiévale imaginée par des architectes du XIXᵉ siècle.



C'est dans la nef que se trouve le grand orgue Merklin, magnifique instrument du XIXᵉ siècle.

Il a été commandé en 1878 et inauguré le 10 août 1880 par Alexandre Guilmant, célèbre organiste et compositeur. Son buffet a été dessiné par l'architecte Eugène Millet.

Il appartient à la grande période de reconstruction de la cathédrale.


La croisée du transept qui sépare la nef et le chœur marque la séparation entre la partie gothique de l'édifice, correspondant à l'ancienne collégiale Notre-Dame, commencée au XVe siècle et la partie néo-gothique construite au XIXe siècle.


C’est dans le déambulatoire que se trouve le véritable trésor de Moulins, c'est à dire les vitraux des XVe et XVIe siècles et le triptyque de Maître de Moulins.


Les vitraux ont été réalisées principalement entre 1430 et 1550, à l’époque où les ducs de Bourbon font de Moulins un centre artistique majeur.

Ils sont intéressants parce qu'ils associent des scènes religieuses, Crucifixion, Annonciation, Dormition de la Vierge, Arbre de Jessé, etc..., des portraits de donateurs, notamment des membres de la famille des Bourbon et des personnages de leur entourage, des armoiries qui permettent d'identifier les commanditaires et une grande richesse de couleurs et de détails architecturaux.

On y trouve des représentations de Pierre II de Bourbon et Anne de France, ainsi que de hauts fonctionnaires de la cour ducale.

Le vitrail de sainte Catherine, dit « vitrail des Ducs », est l’une des œuvres les plus intéressantes de la Cathédrale parce qu’il mêle religion, portrait dynastique et propagande politique des Bourbon.

Il date essentiellement de la fin du XVe siècle, à l’époque où Moulins est la capitale du puissant duché de Bourbon. Elle appartient au remarquable ensemble de vitraux commandés par les ducs et par les grandes familles qui leur sont proches.

Son appellation « vitrail des Ducs » vient des personnages représentés au pied de sainte Catherine d’Alexandrie. Plusieurs membres de la famille ducale de Bourbon apparaissent agenouillés, accompagnés de leurs saints protecteurs.

Au centre se trouve sainte Catherine, debout, avec son livre et son épée. Elle foule aux pieds le personnage associé à son persécuteur, l'empereur Maxence/Maximin.

Au-dessus et autour d'elle, le tympan raconte plusieurs épisodes de son martyre, sa confrontation avec les philosophes, le supplice de la roue, sa décollation et l'enlèvement de son corps par les anges.

D'un côté, on voit Jean II de Bourbon, duc de Bourbon, agenouillé devant sainte Catherine. Il est accompagné de saint Jean-Baptiste, son saint patron. 
 Derrière eux apparaît Charlemagne.

De l'autre côté figurent Catherine d'Armagnac, seconde épouse de Jean II, morte en 1487, accompagnée de sainte Anne et de la Vierge, Pierre II de Bourbon, frère de Jean II, Anne de France, fille du roi Louis XI et épouse de Pierre II, leurs enfants Suzanne et Charles, ce dernier étant mort très jeune et Charles de Bourbon, cardinal et archevêque de Lyon, frère de Jean II.

On a donc pratiquement un portrait de famille des derniers grands Bourbons du XVe siècle.

Le vitrail de la crucifixion (vers 1476-1480) est traditionnellement associé au cardinal Charles II de Bourbon (1434-1488), frère du duc Jean II de Bourbon et archevêque de Lyon.

La composition est dépouillée et monumentale. Dans la baie principale apparaît un Calvaire à trois figures, au centre, le Christ en croix, à gauche, la Vierge Marie et à droite, saint Jean.

La partie supérieure, dans le tympan, est beaucoup plus animée. Des anges portent les instruments de la Passion.
Le cardinal Charles de Bourbon fait apposer ses armes, son chapeau de cardinal et ses emblèmes sur la verrière. Cela permet d'inscrire très clairement l'œuvre dans son identité personnelle.

À la fin du XVe siècle, les artistes de Moulins ne travaillent pas dans un isolement régional. Les recherches sur les vitraux de la cathédrale montrent une forte influence des modèles néerlandais, assimilés et transformés par les artistes locaux.

Cela se voit notamment dans l'attention portée aux visages, le traitement des drapés, la recherche d'une certaine profondeur, la précision des détails et le caractère très expressif des figures.

Dans le vitrail de la Vierge au trône (vers 1470-1490), le trône a une fonction symbolique essentielle. Marie n'est pas simplement représentée comme une mère, elle apparaît comme une reine, et l'enfant qu'elle porte est le Christ roi.

Il y a donc une double dimension, maternelle, avec Marie et l'Enfant et royale et sacrée, avec le trône, la frontalité et la position hiératique des personnages.

Marie est placée au centre et constitue le véritable axe de la composition. Le trône crée une structure verticale qui attire le regard vers son visage puis vers celui de l'Enfant.

Il ne se passe presque rien, Marie et l'enfant sont là pour être contemplés.

La couleur est très importante dans les vitraux du XVe siècle. 
Les artistes utilisent le verre coloré pour créer des contrastes très forts, les bleus, rouges, jaunes et verts permettent de hiérarchiser les différentes parties de la composition.

Le bleu est traditionnellement associé à Marie, mais il possède aussi une fonction visuelle, il permet de faire ressortir les carnations et les vêtements.

Les éléments architecturaux du trône permettent au peintre verrier de créer une sorte de cadre monumental autour de la Vierge.

À la fin du XVe siècle, les artistes cherchent de plus en plus à donner aux figures sacrées une présence presque physique. La Vierge au trône fonctionne ainsi un peu comme une statue ou un retable placé dans une fenêtre.

La cathédrale de Moulins est dédiée à la Vierge Marie, ce qui rend la présence d'une Vierge au trône particulièrement significative.

Marie est à la fois, la mère du Christ, la Reine des Cieux, une figure d'intercession entre les hommes et le Christ et un modèle de piété et d'humilité.

Ce vitrail participe à la construction d'une image prestigieuse de la cour des Bourbons.

Le vitrail de l’Arbre de Jessé, daté généralement de 1480-1490, est particulièrement intéressant parce qu’il mêle généalogie biblique, théologie mariale et affirmation dynastique.

Il s’inscrit dans le grand programme vitré de la cathédrale Notre-Dame de l’Annonciation de Moulins, réalisé à la fin du XVe siècle dans le contexte du mécénat des Bourbons.

L’Arbre de Jessé est une représentation de la généalogie du Christ. Son nom vient de Jessé, père du roi David.
Dans le récit biblique, le prophète Isaïe annonce qu’un « rejeton » sortira de la souche de Jessé. La tradition chrétienne va interpréter cette prophétie comme une annonce de la venue du Christ.

Le principe iconographique est donc simple, l'arbre devient ainsi une véritable généalogie visuelle de Jésus.

Dans la partie inférieure de la composition, on trouve généralement Jessé, représenté allongé ou assis. De son corps ou de son côté pousse un arbre gigantesque.

Les branches permettent d'accueillir les différents personnages de la lignée royale.

Sur les branches apparaissent les ancêtres royaux du Christ, notamment David, mais aussi d'autres rois de Juda.

Ils sont souvent représentés comme des personnages majestueux, avec des vêtements somptueux, des couronnes ou des attributs royaux.

La partie supérieure de l'Arbre de Jessé est généralement consacrée à la Vierge Marie, qui constitue l'aboutissement immédiat de la généalogie.

Dans la tradition chrétienne médiévale, Marie est en effet considérée comme celle par laquelle l'accomplissement des anciennes prophéties devient possible.

Le vitrail du martyre des Dix Mille (vers 1480-1486) montre un aspect plus rare de l'iconographie chrétienne à savoir la représentation d'un martyre collectif, extrêmement violent, mais traité dans le langage du vitrail de la fin du XVe siècle.

Le sujet représente le martyre légendaire de dix mille soldats chrétiens.

La légende raconte qu'après leur conversion, les soldats refusent de renoncer à leur foi chrétienne. Ils sont alors condamnés à subir différents supplices.

Le nombre de 10 000 est symbolique et contribue à donner au récit une dimension extraordinaire.

On n'est donc pas devant un épisode historique mais d'une légende hagiographique, c'est-à-dire d'un récit consacré à la vie et au martyre des saints.
Ce qui frappe dans ce vitrail, c'est la multiplication des personnages.

Les soldats sont soumis à différents supplices, ce qui permet au peintre verrier de construire une scène très animée.

On y voit des instruments de torture et des bourreaux qui exécutent les condamnés.

La composition devient presque une grande scène théâtrale.

Le thème n'est évidemment pas choisi uniquement pour son caractère spectaculaire. Les martyrs représentent avant tout des modèles de fidélité absolue à la foi chrétienne. Ils préfèrent mourir plutôt que renier le Christ.

Le message adressé au fidèle est donc très clair, la foi doit être plus forte que la peur de la mort, le martyre devient ainsi un exemple de courage chrétien.

Le vitrail de Godefroy de Bouillon et la Sainte Épine (vers 1540-1550) appartient à une génération artistique différente, on est en pleine Renaissance.

Godefroy de Bouillon est l'un des principaux chefs de la première croisade, qui aboutit à la prise de Jérusalem en 1099.

La tradition médiévale en fait ensuite l'un des grands héros de la chrétienté.

Après la conquête de Jérusalem, Godefroy est associé au royaume nouvellement créé et devient une figure emblématique du défenseur de la Terre sainte.

La Sainte Épine est une relique traditionnellement considérée comme provenant de la couronne d'épines du Christ.

Godefroy et la relique sont reliés par la notion de défense et de protection de la foi chrétienne.

Le vitrail des Chanteau (vers 1480-1490) permet de voir une autre dimension du décor de la cathédrale de Moulins.

Après les grandes scènes bibliques et les récits de martyrs, on est ici dans la mise en avant du donateur, de la mémoire familiale et de la représentation sociale.

Le vitrail porte le nom de la famille qui en est le commanditaire ou le donateur et l'un des éléments essentiels est la présence du donateur.

Offrir un vitrail représente un investissement important. 
Le donateur manifeste ainsi sa richesse, sa générosité, sa foi et son appartenance à une élite.

À la fin du XVe siècle, les Bourbons cherchent à affirmer leur puissance. La collégiale de Moulins est alors au cœur de leur capitale. Les vitraux permettent aux ducs et à leur entourage de laisser leur image dans l'église tout en l'inscrivant dans une histoire sacrée.

Dans une chapelle latérale se trouve « La Déploration du Christ". C'est un groupe sculpté de style gothique flamboyant.

Son origine exacte reste incertaine mais ce que l'on voit aujourd'hui est particulièrement intéressant parce que le groupe a eu une histoire liée au tombeau des Bourbons.

Sous le maître-autel se trouve un caveau qui conserve les sépultures de Jeanne de France et Catherine d’Armagnac, les deux premières épouses du duc Jean II de Bourbon, ainsi que les cœurs de Jean II et de Pierre II.

A l'origine, ce tombeau princier était accompagné d'un monument funéraire. Celui-ci a été détruit pendant la Révolution française, en 1793. Par la suite, la Déploration du Christ, a été installée contre le maître-autel et a remplacé le monument funéraire disparu. 
C'est par cette fonction que cette sculpture est liée au tombeau des Bourbons.

Dans la spiritualité funéraire de la fin du Moyen Âge, la scène représente le Christ mort, entouré de la Vierge, saint Jean, Marie-Madeleine, Nicodème et d'autres personnages. Elle évoque à la fois la mort du Christ et l'espérance de sa Résurrection.

Ainsi, placée auprès du tombeau des Bourbons, elle établissait un parallèle entre la mort du Christ et celle des princes défunts. Le Christ a connu la mort et la résurrection. Les défunts chrétiens espèrent aussi la résurrection.

A proximité, dans une chapelle latérale se trouve le triptyque (retable à trois panneaux) du Maître de Moulins.

Le Maître de Moulins n’est pas réellement son nom, c’est le nom donné pendant des siècles à un peintre dont on ne connaissait pas l’identité.

Aujourd’hui, le consensus des historiens de l’art l'identifie à Jean Hey, un peintre d'origine flamande actif en France à la fin du XVe et au début du XVIe siècle. Il travaillait pour les grands personnages de la cour des Bourbon.

Il combine la précision flamande, visages extrêmement individualisés, détails des étoffes, bijoux, matières avec une sensibilité française et une composition qui annonce la Renaissance.

Le triptyque de Moulins a été commandé par Pierre II de Bourbon et Anne de France, vers 1498-1500. (Les sources du ministère de la Culture et du Louvre le confirment).

Anne de France, également appelée Anne de Beaujeu, naît en 1461 à Genappe, dans les Pays-Bas bourguignons. Elle est la fille du roi Louis XI et de Charlotte de Savoie. Elle meurt en 1522.

Elle est princesse de France par sa naissance, et devient duchesse de Bourbon par son mariage.

En 1474, elle épouse Pierre de Bourbon, seigneur de Beaujeu, qui deviendra en 1488 duc de Bourbon sous le nom de Pierre II.

Et c'est ce mariage qui va faire de Moulins le centre d'une cour extrêmement brillante.

Quand le retable est ouvert, on découvre trois panneaux.

Au centre se trouve la Vierge Marie, couronnée et entourée d’anges, tenant l'Enfant Jésus.

Elle est représentée comme la Vierge de l'Apocalypse, inspirée de l'Apocalypse de saint Jean. La femme est entourée de soleil, la lune se trouve sous ses pieds et une couronne de douze étoiles apparaît au-dessus de sa tête.

Ce qui est remarquable, c'est la douceur et la luminosité de cette scène.


Sur le panneau de gauche, on voit Pierre II de Bourbon, agenouillé en prière.
Il est présenté à la Vierge par son saint patron, saint Pierre.

Le peintre présente le duc avec des vêtements somptueux, un visage individualisé, des détails minutieux. C'est une caractéristique de la peinture flamande de cette époque.


Sur le panneau de droite, on trouve Anne de France, présentée par sainte Anne, son saint patron. Elle est accompagnée de sa fille Suzanne de Bourbon, qui est encore une enfant.

Suzanne est l'héritière du duché de Bourbon.


Quand le triptyque est fermé on découvre une Annonciation, entièrement peinte en grisaille. L'ange Gabriel apparaît devant la Vierge Marie.

Le peintre imite presque des sculptures de pierre.

Le décor est gothique, ce qui crée un contraste extraordinaire avec les couleurs éclatantes de l'intérieur.

Cette Annonciation n'était ouvert que lors des grandes fêtes liturgiques.

On peut donc presque lire le retable comme deux œuvres différentes, fermé c'est le monde terrestre austère, ouvert c'est le monde céleste, lumineux.

Au XIXe siècle, l'œuvre avait été séparée en trois parties. Prosper Mérimée, alors inspecteur général des monuments historiques, la redécouvre en 1837-1838 et contribue à son identification et à sa recomposition.

Nous n'avons vu qu'un fac-similé de l'oeuvre. Il a été retiré en 2022 pour une importante restauration au Centre de recherche et de restauration des musées de France.

Il sera présenté au monastère royal de Brou à partir du 12 septembre 2026 jusqu'au 3 janvier 2027, puis reviendra à Moulins en 2027, avant son retour prévu dans la cathédrale en 2028.

Un autre triptyque se trouve dans la cathédrale, il s'agit du Triptyque des Aubéry. 

C'est une œuvre datée de 1603, donc près d'un siècle après le célèbre Triptyque du Maître de Moulins. Il a été donnée à la cathédrale en 1606 par la famille Aubéry.




Le panneau central représente le Christ en croix, entouré des membres de la famille Aubéry.

Les volets racontent plusieurs épisodes de la vie du Christ.

Au centre : la Crucifixion,

Sur le volet gauche intérieur, la Résurrection,

Sur le volet droit intérieur, la Nativité,

A l'extérieur, l'Annonciation, avec la Vierge d'un côté et l'archange Gabriel de l'autre.

C'est un véritable cycle de la vie du Christ, organisé autour de la Crucifixion.

Le personnage principal de la famille est Hugues Aubéry, qui exerçait à Moulins la fonction de grenetier à sel est représenté avec son épouse Anne Rouer. Autour d'eux apparaissent leurs enfants.

Ce n'est donc pas seulement une œuvre religieuse, c'est aussi un portrait de famille exceptionnel, qui nous montre une famille notable de Moulins au début du XVIIᵉ siècle.

Les membres de la famille sont représentés agenouillés devant le Christ. C'est une pratique très ancienne dans l'art chrétien, le donateur se fait représenter dans une attitude de prière, à proximité de la scène sacrée.


Nous voyons également un bas-relief sculpté en bois polychrome, datant du XVe siècle. Il s'agit de la Dormition de la Vierge.

La scène représente les derniers moments de la vie terrestre de Marie.

Le mot « Dormition » est important. Dans la tradition chrétienne, particulièrement dans les traditions orientales et médiévales, on ne parle pas de la « mort » de Marie. Elle est présentée comme s'endormant, avant d'être élevée auprès de Dieu.
Dans la scène, Marie est représentée allongée sur son lit, entourée des apôtres.

La sculpture cherche moins à représenter un événement spectaculaire qu'à créer une scène de recueillement et de douleur.

Il y a encore bien d'autres oeuvres. Il est impossible de tout présenter ici.

Avec la visite de cette ancienne collégiale devenue cathédrale, nous avons découvert un monument riche sur les plans historique, artistique et architectural à Moulins.


Son architecture témoigne de différentes périodes et de l’évolution des styles au fil des siècles.
Les vitraux, les sculptures, les peintures et les œuvres présentes dans la cathédrale montrent la richesse artistique du lieu et le savoir-faire des artistes de différentes époques.

Outre son rôle religieux, la cathédrale constitue un véritable témoignage de l’histoire et du patrimoine de Moulins et représente un intérêt touristique important pour la ville, car elle permet aux visiteurs de découvrir à travers un même monument l’évolution de l’architecture, de l’art et de la société.

Texte de Paulette Gleyze

Photos de Paulette et Gérard Gleyze

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