mardi 18 août 2026

Visite de la belle ville de Moulins



Après avoir quittés l'Abbaye de Fontevraud nous sommes arrivés à Moulins le 5 juin 20226, en fin d’après midi

Moulins est la préfecture du département de l’Allier et l’ancienne capitale du Bourbonnais.

Située sur les rives de l’Allier, elle compte environ 20 000 habitants et possède un patrimoine exceptionnel hérité de la puissante famille des Bourbons. 

Le nom « Moulins » vient des moulins qui étaient installés le long de la rivière. La première mention connue de la ville date de l’an 990. Au Moyen Âge, la cité se développe rapidement grâce au commerce et à sa position stratégique sur l’Allier.

 Moulins offre un concentré d’histoire de France : les ducs de Bourbon, la Renaissance, l’art religieux, les demeures de la Belle Époque.

Son centre historique se visite facilement à pied et permet de parcourir près de cinq siècles d’architecture en quelques rues. Il est l’un des mieux préservés du Bourbonnais. En s’y promenant, on passe du Moyen Âge à la Renaissance puis au XVIIIᵉ siècle en quelques centaines de mètres.

Moulins devient véritablement importante au XVe siècle, lorsque les ducs de Bourbon y installent progressivement leur pouvoir et développent la ville.

Les ducs de Bourbon et les Plantagenêt, que nous avons croisé à l'abbaye royale de Fontevraud ont des liens de parenté, mais assez éloignés.

Le lien entre les deux branches passe par Béatrice de Bourgogne, épouse de Robert de France, comte de Clermont, qui est l’ancêtre de la branche des Bourbon.

Les Bourbon descendent des Capétiens, tandis que les Plantagenêt constituent une dynastie issue d’Henri II d’Angleterre.

Il existe des mariages entre les différentes familles princières françaises et anglo-normandes, ce qui crée plusieurs liens généalogiques entre elles au fil des générations.

La grande figure est Louis II de Bourbon (1337-1410), qui fait de Moulins la capitale du duché de Bourbon. 

La ville connaît alors une période de développement important.

On peut encore voir plusieurs témoignages de cette époque :
Le château des ducs de Bourbon, dont il reste notamment le célèbre Donjon de la Mal-Coiffée, la cathédrale Notre-Dame-de-l’Annonciation, qui abrite un chef-d’œuvre exceptionnel, le Triptyque du Maître de Moulins, le pavillon Anne de Beaujeu, construit à la fin du XVe siècle, considéré comme l’un des premiers édifices Renaissance en France.

Juste à côté du pavillon se trouve le Musée Anne-de-Beaujeu. Il possède des collections allant de l’archéologie aux beaux-arts, avec notamment des œuvres de la Renaissance.

Moulins possède également le Centre national du costume de scène (CNCS), un lieu assez unique en France consacré aux costumes utilisés dans les spectacles. 

Le centre de Moulins est agréable à parcourir à pied. On y trouve des maisons anciennes, des hôtels particuliers, des rues étroites et plusieurs bâtiments à pans de bois.

La place d’Allier, avec ses cafés et ses commerces, constitue l’un des endroits vivants du centre-ville.

Notre logement est situé dans le coeur historique, dans un atelier d'artiste fort agréable, à 200m de la cathédrale. Une adresse à retenir.



Tout proche se trouve le Palais d'Ansac, occupé par le palais de justice.

À l’origine, c'était un hôtel particulier construit en 1517 par Pierre Popillon, fidèle du Connétable de Bourbon.

Le nom « Ansac » vient d'une terre d'Ansac, située dans le Beauvaisis.

Pierre Popillon était un personnage important de l'administration bourbonnaise, et son épouse, Claudine Herbelot, possédait cette terre. Le nom est passé à l'hôtel particulier.

En 1621, les descendants de Pierre Popillon vendent l'hôtel à Jean de Lorme, conseiller et médecin du roi, qui a aussi été premier médecin de Marie de Médicis, femme d'Henri IV et mère de Louis XIII.

C'est une période particulièrement intéressante pour Moulins car de nombreux officiers et personnages de la Cour royale y possédaient des demeures.

L'histoire de l'hôtel prend un nouveau tournant. 
Le 18 juillet 1770, le roi achète le Palais et le donne à la ville de Moulins afin d'y installer l'intendant de la généralité. Il devient ainsi le lieu du pouvoir administratif royal.

Après la Révolution, en 1800, l'hôtel devient la première résidence des préfets de l'Allier.

En 1820, le Département achète l'hôtel de Saincy, où le préfet s'installe. 
Les services administratifs quittent donc progressivement Ansac et l'hôtel perd sa fonction préfectorale.

Aujourd'hui, le palais d'Ansac est le siège du tribunal judiciaire de Moulins.

Nous remontons la rue Diderot en laissant le palais d'Ansac à notre droite

et arrivons devant la cathédrale Notre-Dame-de-l'Annonciation de Moulins, place de la Déportation. Nous la visiterons dans un prochain article.

À quelques pas seulement se trouve les ruines de l'ancien château des ducs de Bourbon, et la tour Mal Coiffée.

Le château commence véritablement à prendre de l'importance à la fin du XIVᵉ siècle, sous le duc Louis II de Bourbon. Ses successeurs l'agrandissent progressivement jusqu'à en faire une véritable résidence princière.

Les Bourbon ne sont pas une petite famille aristocratique. Ils vont donner plusieurs rois à la France, Henri IV, Louis XIII, Louis XIV, Louis XV et Louis XVI.
Le château médiéval était beaucoup plus vaste que ce que l'on voit aujourd'hui.

Son élément le plus spectaculaire était le donjon, la grande tour que l'on appelle aujourd'hui la Mal Coiffée. Elle mesure environ 45 mètres de hauteur et date de la fin du XIVᵉ siècle.

Mais il y avait également un important corps de logis et des bâtiments résidentiels.

À la fin du XVe siècle, il devient progressivement un palais princier, destiné à accueillir une cour raffinée.

À la fin du XVe et au début du XVIe siècle, le château est associé au duc Pierre II de Bourbon et à son épouse Anne de France.

Anne de France est une personnalité extraordinaire, fille du roi Louis XI, sœur de Charles VIII, elle devient même régente du royaume de France pendant la minorité de son frère.
Elle fait de la cour de Moulins un lieu particulièrement prestigieux. Le château accueille des artistes, des intellectuels et des personnages importants. Moulins devient alors un véritable centre artistique et culturel.
C'est dans ce contexte qu'apparaît le fameux Maître de Moulins, auquel est attribué le célèbre Triptyque de Moulins de la cathédrale.

Le château connaît ensuite une longue période de déclin. En 1755, un incendie ravage notamment l'aile ouest.

Une partie importante des bâtiments a disparu, et le site a ensuite reçu une fonction totalement différente.

À partir de la fin du XVIIIe siècle, l'ancien palais princier devient une prison.

Le château et la tour "La Mal coiffée" sont classés au titre des Monuments historiques depuis 1875.






La tour Mal Coiffée va conserver la fonction de prison pendant environ deux siècles.

Il faut imaginer ce qui a disparu. Aujourd'hui, on pourrait presque avoir l'impression que la Mal Coiffée est un monument isolé.

Elle constituait une partie d'un ensemble beaucoup plus vaste avec le corps de logis, les différentes ailes du palais, les cours intérieures, le pavillon Renaissance, les fortifications et autour, la ville de Moulins qui était alors la capitale des Bourbons.

La Mal Coiffée était la tour maîtresse du château, elle constituait le donjon, c'est-à-dire la partie la plus forte et la plus importante du château. Elle servait de bibliothèque des Ducs.

Elle mesure 45 mètres de hauteur sur une assise de 15mètres sur 20 mètres. Elle comporte 7 niveaux (composés chacun de deux salles) au dessus du sol et deux en dessous du sol.

 Son surnom de « Mal-Coiffée » lui vient de Louis II de Bourbon, qui, contemplant la tour carrée du château, se serait exclamé «c’est une belle tour, mais elle est mal coiffée».

Elle est construite principalement en briques, matériau très caractéristique de l'architecture bourbonnaise médiévale. Sa silhouette massive domine encore aujourd'hui le centre historique de Moulins.

L'histoire devient particulièrement mouvementée au début du XVIᵉ siècle. En 1527, le duché de Bourbon est confisqué par le roi François Ier, après le conflit qui l'oppose au duc Charles III de Bourbon, le célèbre connétable de Bourbon.

Le château perd alors progressivement son rôle de résidence des ducs. Une partie des bâtiments disparaît au fil des siècles, tandis que la Mal Coiffée subsiste.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, commence un période sombre de son histoire.

Elle a été utilisée comme prison, au cours du régime de Vichy. A partir de 1940, elle devient un lieu de détention pour des prisonniers politiques et résistants.

Les conditions de détention y étaient particulièrement difficiles.





A côté de la Mal Coiffée se trouve le pavillon Anne de Beaujeu, construit à la toute fin du XVe siècle.

Il est considéré comme l'un des tout premiers édifices français inspirés par la Renaissance italienne.

Il marque le passage entre l'architecture gothique médiévale et la Renaissance.

Aujourd'hui, ce pavillon abrite le musée Anne de Beaujeu. que nous visiterons dans un prochain article.

Lorsque nous regardons la Mal Coiffée et le pavillon Anne de Beaujeu, nous avons sous les yeux la transition entre deux mondes, le Moyen Âge féodal et la Renaissance.


Juste à côté du Musée Anne-de-Beaujeu se trouve la Maison Mantin.

C’est une demeure construite en 1896 par Louis Mantin, un riche bourgeois, né et mort à Moulins. Il est né en 1851 et est mort en 1905, à l'âge de 54 ans.

C'est un musée que nous visitons avec une guide. Hélas, les photos sont interdites.

Louis Mantin est issu d’une famille aisée dont l’activité était liée à l’ébénisterie et à la décoration intérieure.

Il commence par faire des études de droit à Paris et devient avocat. Mais il change rapidement de voie pour entrer dans l'administration préfectorale. Il exerce notamment à Gap, Montpellier, Embrun et Limoges, où il termine sa carrière comme secrétaire général de préfecture.

Puis, vers 42 ans, il hérite d'une importante fortune familiale et se met en disponibilité. 

C'est alors qu'il revient à Moulins et peut se consacrer à ses passions, l'art, les antiquités, les livres et les objets curieux.

En 1893, il commande à l'architecte René Moreau une maison complètement originale.
Ce qui frappe c'est son aspect très éclectique, brique, bois, tourelle, toiture imposante, avec des références aux constructions médiévales voisines.

Mantin voulait quelque chose qui lui ressemble, élégant, original et un peu mystérieux.
Il ne veut pas simplement une belle maison bourgeoise, il veut un écrin pour ses collections.

ll l'a fait construire sur un emplacement lié à l'ancien palais des ducs de Bourbon.

Il rassemble plus de 1 500 objets, meubles, tableaux, porcelaines, livres, objets archéologiques, curiosités, souvenirs de voyages.

Tout en étant passionné par les choses anciennes, il était très moderne pour son époque. 
On trouve dans sa maison un mélange de technologie moderne, confort bourgeois et objets anciens. 

On connaît peu de choses de sa vie privée. Les sources le décrivent comme un homme cultivé, discret et peu mondain, dont la grande passion semble avoir été la collection et la connaissance.

Il meurt sans héritiers. Il lègue sa maison, ses collections et une partie de sa fortune aux pouvoirs publics. Il demande que la maison soit conservée afin que, des décennies plus tard, les visiteurs puissent découvrir ce qu'était l'intérieur d'une maison bourgeoise de son époque.

À l'intérieur, on découvre une maison bourgeoise extrêmement raffinée. 
Louis Mantin était un collectionneur passionné. Il accumulait tableaux, livres, objets d'art, porcelaines, objets archéologiques, curiosités rapportées de voyages.

La maison a été pensée non seulement pour y vivre amis aussi pour conserver et présenter ses collections.

C'est une maison de la fin du XIXᵉ siècle, et pourtant elle avait des installations modernes comme l'électricité, l'eau chaude et froide, douche, toilettes avec chasse d'eau.

À l'étage, l'ambiance est plus personnelle. On arrive vers le cabinet de curiosités. C'est là qu'il rassemblait des objets très différents, antiquités, pièces préhistoriques, artefacts égyptiens, porcelaines, verreries, objets anciens et curiosités diverses.

Au sommet de la maison se trouve l'observatoire, installé dans la tour. Il s'y trouve une mosaïque au sol et des éléments inspirés du Japon.

Elle est classée Monument historique.

Autour de la Cathédrale nous faisons une promenade dans les anciennes rues.

Moulins conserve des maisons anciennes dont certaines remontent à la période médiévale ou ont conservé des éléments plus anciens derrière des façades remaniées.

Au XVe siècle, Moulins était la capitale du duché de Bourbon, et ces maisons étaient souvent occupées par des personnes liées au pouvoir ducal tel les marchands, les secrétaires du duc ou de la duchesse, les serviteurs de la cour, artisans relativement aisés et parfois des personnes exerçant des fonctions importantes, comme chirurgien, argentier, valet de chambre, etc.
Pourquoi construire en pans de bois ?

La technique en pans de bois ou à colombage était très courante au Moyen Âge. Une solide ossature de bois formait la structure de la maison et les espaces entre les pièces de bois étaient remplis de matériaux comme le torchis ou la maçonnerie.

À Moulins, on remarque souvent que le rez-de-chaussée est en pierre, tandis que les étages sont en bois et avancent au-dessus de la rue, c'est ce qu'on appelle l'encorbellement.

Cela permettait notamment de gagner de la surface habitable à l'étage, dans une ville où les terrains étaient précieux.

Certaines de ces maisons sont inscrites, d'autres classées au titre des Monuments historiques. La protection peut concerner tout ou partie de l'immeuble.

On rencontre une architecture très mélangée. Des maisons médiévales à pans de bois, des maisons en pierre, des façades en briques, des hôtels particuliers des XVIIe et XVIIIe siècles, des portes anciennes, des cours intérieures dont certaines sont de véritables petits trésors cachés, des bâtiments religieux.

Les siècles se sont empilés les uns sur les autres à Moulins, et c'est précisément ce qui fait son charme.
















Au 26, rue François Péron se trouve la Maison du Doyenné.

C'est un hôtel particulier du XVe siècle. La façade donnant sur la rue a été transformée au XVIIIe siècle, mais la façade sur cour est plus révélatrice de l'ancienne demeure.

On y trouve notamment une remarquable tour d'escalier à pans coupés, avec des éléments décoratifs gothiques.



Maintenant nous rejoignons le Jacquemart.

Le Jacquemart est un beffroi construit en 1455, sous le duc Jean II de Bourbon, alors que Moulins est au cœur du duché de Bourbon. Il mesure environ 30 mètres de haut.

Il permettait notamment de rythmer la vie quotidienne grâce à son horloge.

À cette époque, le beffroi n'était pas seulement une horloge, c'était aussi un symbole des libertés de la ville.

 Un guetteur pouvait surveiller les environs depuis la tour.

En 1655, un incendie détruit toute la partie supérieure de la tour. Elle est alors reconstruite, ce qui explique en partie son aspect actuel, avec sa lanterne octogonale et son toit à la forme particulière dite « à l'impériale ».

En 1946, un nouvel incendie ravage la partie haute.

Ce qui rend le monument amusant c'est la famille Jacquemart : au sommet, il y une famille d'automates, Jacquemart, le père, Jacquette son épouse, Jacquelin leur fils, Jacqueline leur fille.

Les parents frappent les heures, tandis que les enfants marquent les quarts d'heure.




Le Jacquemart se trouve exactement au cœur de la vieille ville, sur la place de l'Hôtel de Ville, et forme avec les rues anciennes, la cathédrale et le château des ducs de Bourbon un ensemble historique exceptionnel.

Il est classé au titre des Monuments historiques depuis le 10 avril 1929. Le classement concerne la tour de l’Horloge en totalité.

À noter que les quatre personnages du Jacquemart eux-mêmes (les automates en bois et plomb, datés de 1667) ont fait l'objet d'un classement au titre des objets mobiliers dès le 23 décembre 1918.

Face au Jacquemart, se trouve l’Hôtel de Ville et la Caisse d'Epargne. 

Ces deux bâtiments racontent très bien le passage de Moulins d’une ville médiévale à une ville administrative et bourgeoise des XIXᵉ-XXᵉ siècles.

L’Hôtel de Ville a été construit en 1822, sous la Restauration, dans un style néoclassique fortement inspiré de l’architecture italienne.

Il ne s'agit pas simplement d'une façade monumentale. L'architecte François Agnéty a conçu deux bâtiments reliés par un portique, avec une cour intérieure. L'ensemble réunissait à l'origine la mairie et la bibliothèque.

Il est depuis le 30 octobre 1987, inscrit partiellement  au titre des Monuments historiques. La protection comprend notamment les façades et les toitures, les galeries à arcades, l'ancienne salle de lecture et la grande salle d'apparat.

La place devant l'hôtel de ville correspondait auparavant à l'ancienne place du marché aux vaches.


A ses côtés se trouve le bâtiment de la Caisse d'Épargne à l'architecture beaucoup plus bourgeoise.
La première pierre du bâtiment actuel a été posée en juin 1898 et conçu sous la direction de l'architecte René Moreau.

Les locaux ont été bénis en mai 1900 et l'inauguration officielle a eu lieu le 12 décembre 1900.

Son architecture est intéressante parce qu'elle évoque davantage la puissance et la respectabilité de la bourgeoisie financière de la Belle Époque. On est très loin de la maison médiévale à pans de bois.

Sa position n'est pas anodine. Mettre une Caisse d'Épargne sur cette place centrale, juste à côté de la mairie, montre aussi l'importance prise par les institutions modernes de la ville, l'administration municipale d'un côté, l'institution financière de l'autre.

Sur cette la place, vous avons sous les yeux cinq siècles d'histoire. Le Jacquemart qui représente le pouvoir communal et ducal, l'hôtel de Ville l'administration et la République et la Caisse d'Épargne la bourgeoisie, l'épargne et la modernité.

Le Jacquemart n'est pas simplement un monument isolé. Il est devenu le point de repère autour duquel la ville moderne a ensuite construit ses édifices publics et financiers.

La place de l'Hôtel de Ville est un secteur qui a conservé son rôle urbain et commercial. C'est l'ancien cœur marchand de Moulins. 
Les anciennes halles s'y trouvaient et la disposition générale du quartier a conservé une partie de son organisation historique.

À partir d'ici, nous faisons une promenade dans les quartiers anciens autour de la place d'Allier.
La promenade dans le Moulins historique est particulièrement agréable avec ses petites rues et ses commerces.

La vie quotidienne, le patrimoine et l'histoire s'y mélangent.

Au croisement de la rue d'Allier et de la rue de la Flèche nous arrivons devant l'une des maisons les plus fascinantes de Moulins.

Une étude dendrochronologique a permis de dater sa construction à 1411. En 1460, cette maison appartenait à un marchand nommé Charlot Cordier. Sa façade conserve notamment un étage en encorbellement avec une ossature en pans de bois.

C'est aussi la maison traditionnellement appelée « maison de Jeanne d'Arc ».

La tradition raconte que Jeanne d'Arc aurait été hébergée ici lors de son passage à Moulins en novembre 1429.

Il faut toutefois rester prudent, la tradition est ancienne, mais il n'y a pas de preuve documentaire permettant d'affirmer qu'elle y a effectivement dormi.



L’Hôtel Demoret est un hôtel particulier construit en 1440 par Guillaume Cadier, président des comptes du Duché de Bourbonnais. C'est le plus ancien logis de la ville.

Cet hôtel a dû remplacer une maison qui au XIVe siècle avait appartenu à Jean Barbute, maître d'hôtel et secrétaire du Duc Louis II de Bourbon.

Sa façade, ses lucarnes, son passage couvert et surtout sa cour intérieure avec des vestiges de galerie à pans de bois sont particulièrement intéressants.

L'ensemble est inscrit au titre des Monuments historiques depuis 1929.

Sur la rue d’Allier nous sommes dans l’un des anciens secteurs commerçants de Moulins. La proximité de l’Allier explique en partie l’importance économique de ce secteur : circulation des personnes, des marchandises et développement du commerce.

C'est l'une des rues essentielles du Moulins historique. Au XVe siècle, elle était bordée de maisons de marchands et de bourgeois

On peut observer qu'au dessus des rez de chaussée commerciaux certaines façades ont conservé des éléments anciens.





Le bâtiment  des anciennes Nouvelles Galeries, au 8 rue d’Allier, juste à l’entrée de la place d’Allier, correspond à la transformation réalisée en 1914 par les architectes Léon et Marcel Lamaizière, père et fils, des architectes stéphanois qui ont conçu de nombreux magasins des Nouvelles Galeries en France.

Les Nouvelles Galeries étaient déjà présentes à Moulins vers 1900. Le bâtiment a donc été profondément remanié pour lui donner son aspect monumental actuel.

C'est un très bel exemple de l'architecture commerciale de la Belle Époque, avec un mélange de Beaux-Arts et d'Art nouveau avec les grandes ouvertures vitrées du rez-de-chaussée (elles permettaient de voir les marchandises depuis la rue), les motifs floraux et végétaux sculptés, les guirlandes de fleurs, surtout la mosaïque, des tonalités douces et la mosaïque dorée qui souligne l'inscription « Nouvelles Galeries ».

Le bâtiment devait donner une impression de luxe, d'abondance et de modernité

Au bout de la rue de l'Allier se trouve l'église du Sacré-Cœur. 

Cette église appartient au grand mouvement de construction des églises néogothiques du XIXᵉ siècle.

Elle a été construite entre 1850 et 1869. Son architecture reprend volontairement les formes du gothique médiéval, arcs brisés, grandes baies, voûtes, élévation verticale et décor sculpté.


Nous terminons notre séjour par un dîner au Grand Café, au 49 place d’Allier.

C'est un café de la Belle Époque, créé en 1899 par M. Renoux, un ancien garçon de café originaire de Montluçon.

Il avait voulu créer à Moulins une grande brasserie inspirée des établissements parisiens.

L'architecte était Louis Galfione-Garetta, d'origine italienne et directeur de l'école municipale des Beaux-Arts de Moulins. Il a conçu un décor qui se situe à la frontière entre le style rocaille, le néo rococo et les débuts de l'Art nouveau.
C'est à l'intérieur que le bâtiment devient extraordinaire.

Il y a de grandes glaces qui se font face et donnent une impression de profondeur infinie, des pilastres en stuc ornés de feuillages, des boiseries, une magnifique mezzanine avec sa ferronnerie, un grand lustre en bronze, une pendule et un baromètre et surtout, au plafond, une fresque d'Auguste Sauroy consacrée à Gambrinus, personnage légendaire associé à la bière.

Le décor est exceptionnellement bien conservé. L'office de tourisme le présente comme l'un des plus beaux cafés de France ayant conservé sa décoration de 1899.

C'est un point très intéressant dans l'histoire du lieu.

À l'origine, le Grand Café était aussi un café-concert. La mezzanine permettait notamment d'accueillir un orchestre. Cette fonction dura jusque dans les années 1950-1960.

Au début du XXᵉ siècle, on y présentait même des spectacles de «cosmorama mouvant», une sorte de spectacle audiovisuel utilisant des tableaux et des jeux de lentilles.

Vers 1905, le Grand Café a aussi accueilli certaines des premières projections cinématographiques de Moulins. Les projections étaient d'abord réalisées en plein air sur la place, avec l'appareil installé depuis le balcon et l'orchestre jouant à l'intérieur.

Avant de devenir Coco Chanel, Gabrielle Chasnel travaillait comme couturière à la maison Grampayre, située tout près du Grand Café. Avec sa tante Adrienne, elle fréquentait l'établissement et y découvrait le monde de la bourgeoisie moulinoise et des officiers.

Le Grand Café est inscrit au titre des Monuments historiques depuis février 1978. La protection porte notamment sur la façade et les deux salles avec leur décor.










C'est la fin de notre voyage .


Cependant avant de le clore je vous parlerai de la Collégiale, de la Maison Anne de Beaujeu et du Musée des costumes.


Texte de Paulette Gleyze

Photos de Gérard et Paulette Gleyze

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