mercredi 7 octobre 2026

Sortie au musée départemental de Gap_Le Queyras des collectionneurs


Le 5 septembre 2026, avec l'association Malentendant 38 nous nous rendons à Gap pour la visite de l'art traditionnel exposé au musée départemental et plus particulièrement le secteur "Le Queyras des Collectionneurs"

Certains font le voyage en train, ce qui laisse le plaisir d'apprécier le paysage avec une vue incroyable sur le Mont Aiguille.




Photo prise par Nicole G.

Après une petite visite de la charmante ville de Gap qui fleure bon déjà le midi, nous nous rendons au restaurant la Maison Jaune pour déguster un bon repas.


Nous nous rendons ensuite au musée  départemental des Hautes-Alpes. 

Ce musée mêle art, histoire, archéologie, ethnologie et sciences naturelles. Il est installé dans le parc de la Pépinière, dans un bâtiment construit au début du XXᵉ siècle. 
Il a ouvert au public en 1910 et porte aujourd’hui le label « Musée de France ».

Son histoire remonte à la fin du XVIIIᵉ.
En 1794, un premier musée de Gap est créé sous l'impulsion du baron de Ladoucette.
Celui-ci envisage également la création d'un muséum et d'un jardin botanique. 
Le bâtiment actuel, conçu par l'architecte départemental Léon Chaudier, est finalement inauguré en 1910.

Ce qui nous interresse plus particulièrement c'est l'étage consacré à l'art populaire queyrassins.

Cette exposition permanente permet de comprendre la vie quotidienne dans les sociétés rurales et montagnardes du département.

On y trouve notamment des objets liés à l’habitat, au travail, à l’agriculture, à l’élevage, aux costumes et aux pratiques domestiques.

Le mobilier traditionnel du Queyras y occupe une place importante : coffres, armoires, objets en bois sculpté ou peint, ustensiles et éléments de décoration témoignent de la qualité du savoir-faire des artisans et de l’organisation de la vie familiale en montagne.

Les objets ne sont pas seulement présentés comme de « beaux objets », ils racontent une manière de vivre, c'est à dire comment on aménageait sa maison, comment on conservait les récoltes, comment on travaillait le bois, comment on se vêtait ou encore comment les objets étaient transmis au sein des familles.

Nous allons découvrir tout cela avec Valérie Verger, notre excellente guide.


Elle nous parle en introduction du Queyras, la région qui a produit ces objets, ces meubles...

Le Queyras est une haute vallée alpine organisée autour de huit communes historiques.

Mais il ne faut surtout pas imaginer une population complètement isolée.

Les habitants échangent avec les vallées voisines, le Briançonnais, le Piémont italien et d'autres régions alpines.

Ces échanges culturels sont visibles notamment dans les motifs et les techniques du mobilier.
Il s'agit d'une société agro-pastorale jusqu'au XIXe siècle.

La vie traditionnelle repose sur l'élevage, l'agriculture, la culture et la conservation des céréales, le travail du bois, le textile, le pastoralisme, des activités artisanales complémentaires.

La maison doit donc être un lieu où l'on habite mais aussi où l'on travaille.

Cela explique beaucoup de choses quand nous regardons les meubles, car ils ne sont jamais complètement indépendant de la montagne.

Le climat, les matériaux disponibles, la taille des maisons, l'activité agricole et la structure familiale déterminent sa forme.

La matière première de toute la collection repose sur deux essences de bois :

- Le mélèze, très présent dans les Alpes, qui est un bois particulièrement adapté aux conditions montagnardes. Il sert à la construction des maisons mais aussi à la fabrication de nombreux objets.

- Le pin cembro ou d'arole, est particulièrement important dans l'artisanat du Queyras. Son bois se travaille relativement bien et possède un aspect qui se prête à la sculpture et à la décoration.

Notre guide nous indique que les meubles de la collection sont réalisés en mélèze et en pin cembro, que certains objets ont été fabriqués par des artisans spécialisés alors que d'autres étaient réalisés par les habitants.

Elle parle d'un véritable savoir-faire du bois développé par les communautés alpines.

Pendant les longues périodes hivernales, quand les travaux agricoles diminuent ou sont à l'arrêt, le travail du bois devient une activité importante.

Au début du XXe siècle, le Queyras a subit de nombreux changements, notamment le dépeuplement dû aux guerres mondiales et à une émigration irréversible.

Dans les années 1920 et 1930 il va y avoir de nombreuses tentatives de recréer une activité économique, afin de contrer l'exode.
L'abbé Guibert à Molines a relancé la sculpture sur bois.
L'abbé Dupasquier d'Avrieux a contribué à la création de l'activité, fabrication des jouets en bois, à partir de matières premières locales et du savoir faire qui existait encore. C'est en 1924, qu'il y a eu la création de la coopérative ouvrière "l'Alpin chez lui", les jouets du Queyras.
Les années 1930 se caractérisent par la volonté de relancer l'activité économique dans le Queyras afin de maintenir et développer un tissu social.

Dans le parcours consacré au « Queyras des collectionneurs ». Le musée présente des coffres, coffrets, vaisseliers, clôtures de lit, boîtes à sel et autres meubles ou objets du quotidien en bois. La collection couvre une période allant du XVIIIᵉ siècle au début du XXᵉ siècle.

Le matériau est essentiellement le bois de mélèze et de pin cembro, deux essences particulièrement présentes dans les montagnes du Queyras. Ces meubles étaient bien sûr utiles, mais ils étaient également soigneusement décorés : le meuble quotidien devenait ainsi un objet esthétique et parfois symbolique.
Une partie importante des collections provient de collectes réalisées au début du XXᵉ siècle par Hippolyte Müller et Charles Joisten, ainsi que de dons et de collections provenant du Queyras.

Un ensemble particulièrement important vient de la famille Vasserot, originaire de Fontgillarde.
 Leur maison familiale a été épargnée par l'incendie qui a ravagé le village en 1908.
 
Clément  Vasserot qui a fait carrière dans l'administration préfectorale, a légué sa collection au musée de Gap.

Il est intéressant de savoir que ces objets ont changé de statut au fil du temps. 

Les collections du Queyras avaient notamment été présentées au musée des Vallées du Queyras à Aiguilles entre 1920 et 1980. Elles sont aujourd'hui mises en scène à Gap comme de véritables objets patrimoniaux et artistiques, et non plus simplement comme des témoignages ethnographiques.

L'exposition commence avec les objets objets ordinaires de la vie quotidienne comme des clôtures de lit, qui permettaient de protéger et d'isoler le couchage.

Elle montre comment des objets très simples, meubles, boîtes, ustensiles, outils, peuvent raconter toute une société montagnarde.

On trouve des coffres et coffrets, utilisés pour conserver les vêtements, le linge ou des objets précieux.

Des vaisseliers, destinés à ranger et présenter la vaisselle.

Des boîtes à sel, indispensables dans une société où le sel servait notamment à la conservation des aliments.

Des marques à pain, objets associés à la fabrication et à l'identification des pains.

Mais aussi de nombreux petits objets liés au travail domestique comme les tambours de dentelières, les rouets ... et agricole, les coffins, les colliers d'animaux...

Ce qui est remarquable, c'est que l'objet utilitaire est rarement simplement fonctionnel, il est souvent sculpté, gravé ou décoré.

On rencontre notamment :
- Des rosaces, des rouelles. Ce sont des motifs très fréquents, souvent interprétés comme un symbole solaire ou protecteur. Elles peuvent prendre des formes proches d'une fleur à plusieurs pétales.
- Des croix avec de nombreuses variantes décoratives.
- De cœurs associés à l'amour, mais aussi au Sacré-Cœur dans certains contextes religieux.
- Des fleurs et feuillages. Ce sont des motifs décoratifs pouvant également avoir une symbolique chrétienne, notamment autour de la Vierge et de la fécondité.
- Des étoiles et des motifs rayonnants qui sont parfois associés à la lumière divine ou à la protection.







Un porte verre

Les marques à pain




Les boîtes à sel

Tambour de dentelière avec fuseaux



Tambour de dentelière

Exemplaires de dentelles exécutées aux fuseaux


 Les rouets 

Les fuseaux à laine

Dévidoir à écheveaux de laine

Des marques à pain, un moule à fromage, un passe-lait





Des coffins ou couyers pour la pierre à aiguiser la faux.

Colliers de brebis et sonnaille



Colliers de bouc et sonnailles

La salle consacrée aux coffres du Queyras est particulièrement intéressante et est probablement le cœur émotionnel de la collection parce qu'ils racontent beaucoup plus que la simple histoire du mobilier, ils témoignent de la vie quotidienne, des savoir-faire et des traditions des habitants du Queyras.

Certains coffres étaient liés au mariage. Ils pouvaient servir à transporter ou conserver le trousseau de la jeune mariée, vêtements, linge, objets personnels ou autres biens familiaux.

Le soin apporté au coffre avait donc une signification, plus le contenu était précieux, plus on pouvait accorder d'importance à son contenant.

Il devenait à la fois un meuble pratique, un élément du patrimoine familial et une manière de montrer le savoir-faire de l'artisan. Ils ont été très utilisés comme meuble de rangement.

Le Queyras est l'une des rares régions à avoir maintenu tardivement l'usage du coffre.
A l'intérieur, 2 ou 3 coffrets suspendus permettaient de ranger les petits objets.

Dans beaucoup d'autre régions l'armoire a pris le pas sur le coffre au milieu du XVIIIe siècles.

Le plus ancien coffre présenté dans l'exposition remonte au XVIIIᵉ siècle.

Les décors sont très reconnaissables, ce sont des motifs géométriques sculptés : rosaces, rouelles, losanges, dents de loup, croix, rinceaux, motifs végétaux, compositions symétriques.

Tous les motifs sont combinés de manière très savante.

Notre guide explique que cette décoration témoigne notamment de l'instruction des populations et des échanges culturels du Queyras avec les vallées alpines du Nord et le Piémont.

Ces décors étaient notamment réalisés au couteau ou à la gouge. Certains motifs, comme la rouelle ou la rosace, ont été interprétés comme des symboles solaires et protecteurs.














Une des caractéristiques des coffres queyrassins est liée aux montants larges et épais dénommés "pieds poteaux". Ces pieds garantissaient la robustesse de l'ensemble de la structure.

Un auditoire complètement subjugué

Le coffre est l'un des objets emblématiques du mobilier queyrassin.

 Il était à la fois un bien familial, souvent un objet de mariage, un meuble de rangement et décoratif.
le coffre n'était pas seulement un meuble pratique, il pouvait représenter une partie du patrimoine de la jeune femme qui se mariait.

Les petits coffrets avaient des fonctions plus personnelles. Ils pouvaient contenir des bijoux, des papiers, des objets précieux, des souvenirs,  des outils, 
du matériel scolaire.

Certains possédaient même un système de fermeture à secret, ce qui montre que l'on y conservait des objets auxquels on attachait une importance particulière.

Certains ont la forme de petits plumiers, ce qui rappelle l'importance de l'école et de l'écriture dans les communautés du Queyras.

Notre guide nous signale des petits coffrets fabriqués dans une seule pièce de bois (ils sont dits monoxyles), et surtout le décor. Ils peuvent être décorés par incision, gravure, poinçonnage ou sculpture en relief, mais également ornés de rinceaux non plus travaillés au couteau mais à la gouge. On distingue donc deux styles, le style géométrique (le plus représenté) et le motif floral qui est arrivé plus tardivement.

On retrouve notamment des rosaces, losanges, cercles, treillis et motifs géométriques, mais aussi des croix, des monogrammes religieux, des fleurs de lys ou encore le dauphin du Dauphiné.

La rosace est particulièrement présente dans le mobilier queyrassin. Elle est traditionnellement interprétée comme une représentation du soleil et de l'homme. 
























Les plumiers sont généralement fabriqués dans une seule pièce de bois (monoxyles), et sculptés

L'usage était de conserver le matériel nécessaire à l'écolier, les plumes, le porte-plume, l'encre ou de petits accessoires d'écriture et éventuellement le crayon et la gomme, selon l'époque.

Le cartable d'écolier en bois est lié à une époque où le bois était une ressource locale essentielle et où les habitants du Queyras avaient développé un véritable savoir-faire dans sa transformation.

Notre guide souligne que les objets de la vie quotidienne étaient réalisés en mélèze et en pin cembro.

Un cartable en bois devait être solide et durable, mais aussi relativement simple à fabriquer. Il pouvait comporter un couvercle et des systèmes de fermeture, permettant de protéger les cahiers et les fournitures.

Plumiers et cartables montrent que l'école et l'instruction faisaient partie de la vie des communautés montagnardes.


La boîte écritoire était destinée au maître d’école et permettait de réunir dans un seul objet le nécessaire à l'écriture, l'encre, dans un petit encrier, les plumes et porte-plumes, le papier ou les petits accessoires d'écriture et éventuellement une boîte à sable, utilisée autrefois pour absorber l'encre fraîche.

Une écritoire portative est en quelque sorte un petit poste de travail pour écrire, mais conçu pour être rangé et transporté. Les modèles plus élaborés comportent plusieurs compartiments et parfois un plumier intégré.
Cet exemplaire date du XVIIIᵉ siècle.


Les boîtes en forme de livre permettaient de protéger les missels.

On change ensuite de logique avec les armoires et vaisseliers. Le coffre peut être déplacé alors que l'armoire, est beaucoup plus fortement associée à la maison.

Et cela nous permet de comprendre l'organisation intérieure de l'habitat traditionnel.

Les maisons alpines doivent accueillir plusieurs fonctions, vivre, manger, dormir, travailler, conserver les récoltes, conserver les vêtements et préparer les repas.


Le meuble doit donc être adapté à l'architecture car l'habitat traditionnel est adapté à la pente, au climat et aux activités agro-pastorales et artisanales.

Le vaisselier permet de ranger et parfois de présenter assiettes, plats, bols, récipients, objets domestiques.

Il possède donc une fonction très pratique et comme sa façade est visible, elle devient un espace de décoration.


L’exposition « Le Queyras des collectionneurs » permet de mieux comprendre le mode de vie des habitants du Queyras et l’importance du bois et de l’artisanat dans leur quotidien.

Les meubles, coffres, coffrets et différents objets présentés témoignent à la fois du savoir-faire des artisans et des échanges culturels qui existaient entre le Queyras, les vallées alpines et le Piémont.

Il y a une constante dans cette collection, l'objet utile devient beau sans cesser d'être utile.

Texte de Paulette Gleyze

Photos de Paulette et Gérard Gleyze