Le 06 juin 2026, nous visitons le Centre national du costume et de la scène (CNCS) à Moulins (Allier).
C’est un musée consacré aux costumes de théâtre, d’opéra et de ballet, avec des collections spectaculaires et des expositions temporaires.
Il est consacré à un univers fascinant composé de costumes qui donnent vie aux personnages du théâtre, de l’opéra, de la danse et du spectacle vivant.
C’est un lieu où l’on découvre l’histoire des arts du spectacle, le travail des créateurs, les secrets des coulisses et la manière dont un costume permet de transformer un acteur ou une danseuse en personnage.
Le musée est installé dans une ancienne caserne militaire du XVIIIe siècle, le quartier Villars, construit à l’époque où Moulins accueillait des troupes militaires.
Le CNCS a ouvert ses portes au public en 2006. Il est devenu une institution de référence pour la conservation et la valorisation des costumes de spectacle en France.
Sa mission est importante, car les costumes utilisés sur scène sont souvent fragiles. Ils sont soumis aux mouvements des artistes, aux lumières, à la chaleur et aux manipulations. Le musée permet de les préserver pour les générations futures.
Nous commençons la visite par l'espace permanent de la collection Noureev.
Il rassemble des objets ayant appartenu à Noureev ce qui permet de découvrir la personnalité de l'artiste qui a révolutionné le ballet et l'homme qui cultivait un univers personnel d'une grande richesse.
Rudolf Noureev est né le 17 mars 1938, près d'Irkoutsk, en Sibérie, dans une famille soviétique. Il grandit dans un contexte modeste et découvre la danse relativement tard. Il étudie à l'école de ballet à Saint-Pétersbourg puis rejoint le prestigieux ballet du théâtre Kirov, l'actuel théâtre Marinsky.
Très rapidement, sa présence sur scène impressionne. Il possède une technique remarquable, et une manière très personnelle d'interpréter les rôles.
En juin 1961, alors qu'il accompagne la troupe du Kirov en tournée en Occident, il décide de ne pas rentrer en Union soviétique. Il demande l'asile politique en France.
Cette décision va lui permettre de poursuivre sa carrière en Occident, mais c'est aussi une rupture douloureuse avec son pays natal et avec sa famille.
Il devient bientôt une vedette internationale. Son parcours symbolise, pour beaucoup, la liberté face aux contraintes politiques.
Noureev remet le danseur masculin au premier plan, avec des sauts spectaculaires, des pirouettes et une véritable profondeur dramatique. Il ne voulait pas seulement montrer une prouesse technique, il cherchait à incarner un personnage, à exprimer ses sentiments et à donner une signification à chacun de ses gestes.



La collection qui lui est consacrée ne se limite pas aux costumes portés sur scène, elle réunit une centaine de pièces présentées dans un parcours qui évoque aussi bien sa carrière de danseur que son goût personnel pour les arts et les beaux objets.
Les costumes de scène sont des témoins directs de sa carrière. Les costumes de ballet permettent de comprendre le personnage qu'il incarnait, le style du spectacle et l'esthétique de la production.
Les costumes ne sont pas tous exposés en permanence car pour préserver les textiles fragiles, le musée renouvelle les vitrines deux fois par an.
La collection comprend aussi des vêtements de ville. Ils permettent de découvrir une autre facette de Noureev, loin des collants et des habits de prince des ballets classiques.
Ces vêtements racontent une histoire différente de celle des costumes de scène, celle d'un homme qui construisait également son identité par son style et ses choix personnels.
Noureev était un collectionneur passionné. Il aimait les beaux intérieurs, les tableaux, les sculptures, les objets décoratifs et les textiles.
Le musée présente du mobilier, des instruments de musique, des gravures et des œuvres d'art qui ont appartenu au danseur.
Ces objets ne sont pas de simples éléments décoratifs. Ils aident à comprendre ses goûts, sa curiosité et son rapport à la beauté. Ils montrent que son univers artistique dépassait largement la danse.
L'ensemble évoque également son appartement parisien et l'atmosphère qu'il aimait créer autour de lui.
La collection Rudolf Noureev nous plonge dans l’univers d’un danseur exceptionnel qui a profondément marqué l’histoire du ballet.
À travers ses costumes, ses objets personnels et ses œuvres d’art, elle révèle à la fois le génie de l’artiste, son élégance et sa personnalité singulière.
Cette exposition rend un bel hommage à un homme passionné, épris de liberté, dont l’héritage continue d’inspirer le monde de la danse.
La collection du musée est constituée de plus de 10 000 costumes ainsi que des accessoires et des éléments de décors provenant du spectacle vivant.
Les collections ont pu être constituées grâce à trois grandes institutions fondatrices :
La Comédie-Française et ses costumes liés au théâtre français.
L’Opéra national de Paris, avec l’univers de l’opéra et du ballet.
La Bibliothèque nationale de France, qui contribue à la préservation du patrimoine théâtral.
Les collections se sont ensuite enrichies grâce à des dons de théâtres, de compagnies et d’artistes.
Mini costumes à mannequiner. (Les costumes à mannequiner sont des costumes destinés à être présentés sur un mannequin, plutôt que portés directement par une personne.)


Costume pour le rôle de l'Infante l'Infante Dona Urraque porté par Catherine Ferran et Fanny Delbrice (en alternance)
Costume pour le grand deuxième rôle féminin porté par Nathalie Nerval
Depuis 20 ans, le CNCS enrichit sa collection unique au monde de costumes de scène, illustrée par deux siècle de spectacle vivant en France.
Dans cette salle nous découvrons une collection des costumes de scènes les plus emblématiques.
Né du dépôt des collections des trois institutions fondatrices du CNCS, le musée n'a cessé de s'enrichir grâce aux dons de théâtres, opéras, compagnies, artistes et particuliers, à des legs et aussi grâce à une politique active d'achats ciblés.
Au fil des deux dernières décennies, le CNCS a construit une politique scientifique d'acquisition, adaptées aux costumes de scènes.
Des critères de sélection ont été définis, tenant compte de l'intérêt historique, artistiques, de la techniques des costumes et de leur originalité au regard des pièces déjà conservées dans les fonds.
Lorsque les spectacles ne tournent plus, que les compagnies cessent leurs activités ou que les théâtres déclassent un spectacle, le CNCS peut être contacté en vue d'archiver et valoriser ls costumes.
Costume pour le rôle de Basilio (Acte II) dans Don Quichotte porté par Rudolph Noureev
Opéras russes à l'aube des ballets russes (1901-1913)_Costume pour le rôle de Boris (acte I)
Certaines pièces sont si fragiles qu'elles ne peuvent être que conservées et exposées à plat, sous une lumière limitée.
Ce costume de scène historique, un des plus précieux conservé au musée est celui de Sarah Bernhardt (1844-1923), en reine d'Espagne dans Ruy Blas.
Victor Hugo a choisi lui même la comédienne pour interpréter, le rôle en 1872, qu'elle reprendra pendant 7 ans à la Comédie française.

Costume porté par Sarah Bernhardt pour le rôle de Dona Maria de Neubourg, reine d'Espagne, dans Ruy Blas de Victor Hugo
Archétype de la Diva Assoluta, Maria Callas (1923-1977) est considérée comme l'une des plus grandes voix sopranos du 20e siècle.
Tout au long de sa carrière, l'artiste a déchaîné les passions du public, des metteurs en scène et des chefs d'orchestre qui ont travaillé avec elle.

Costume de croissant tableau de la "ville en rose" , robe bustier et serre-tête agrémentés de croissants rembourrés, tissu cristal et paillettes encollées_ La Seine olympique, cérémonie d'ouverture des JO de 2024
La réalisation des costumes de scène est une oeuvre collective où sont associés les talents des couturiers, des tailleurs, des modistes, des teinturiers, des fabricants de masques, des bijoutiers, des brodeurs, des perruquiers, des cordonniers...
Ces artisans sont héritiers de savoir-faire historiques et de techniques d'excellence mis au service du spectacle vivant.
La confection est répartie entre deux ateliers de couture : "l'atelier flou" pour les costumes féminins et "l'atelier tailleur" pour les costumes masculins.
Les chapeaux, perruques, masques, bijoux, broderies, impressions...sont effectués par une équipe interne ou par des prestataires extérieurs.
Tous effectuent un travail artisanal et sur mesure, intégrant parfois de nouvelles technologies.
Le CNCS conservent 1700 coiffes, 900 ceintures, 750 paires de chaussures, 450 éléments d'armure, 400 masques, 400 paires de gants, 200 bijoux, 180 perruques, 100 prothèses, 30 paires de lunettes...et même un porte-voix géant de 190m de long.
Costume pour le rôle de Rosalinde (acte II) porté par Adina Nitescu_robe de satin de soie texturé, à décor floqué d'arabesques_La chauve-souris, opérette viennoise de Johan Strass sur un livret de Karl Haffner et Richard Genée (1874)
Costume pour le rôle d'Arcimboldo porté par Guillaume Gallienne_justaucorps avec tonnelet en lamé à motifs léopard. La Tempête_pièce de théâtre de William Shakespeare (1610-1611)
Costume pour le rôle d'une dame porté par Camille Slosse_Robe en satin à volants avec manches à engageantes en tulle brodé et perlé_Cendrillon, conte de fée de Jules Massenet d'après le conte de Charles Perrault (1899)
Costume pour le rôle de Chervet porté par Bruno Raffaeli_Veste, gilet, pantalon de lainage à motifs pieds de poule. Chemise en coton, faux corps rembourré_"L'hôtel du libre-échange" pièce de théâtre de Georges Feydeau et Maurice Desvallières (1984)
Costume pour le rôle de "la Reine de la Nuit"_portée par Nathalie Dessay_robe bustier baleiné en satin_"La flûte enchantée" opéra de Mozart sur livret d'Emmanuel Schikaneder (1791)
En préservant et exposant ses collections, le CNCS perpétue la mémoire des plus grands artistes, chanteurs, comédiens, danseurs célébrant sur plusieurs générations l'histoire de la scène par leurs prestations artistiques.
Costume pour le rôle de "la Reine de la Nuit"_portée par Nathalie Dessay_robe bustier baleiné en satin_"La flûte enchantée" opéra de Mozart sur livret d'Emmanuel Schikaneder (1791)
En préservant et exposant ses collections, le CNCS perpétue la mémoire des plus grands artistes, chanteurs, comédiens, danseurs célébrant sur plusieurs générations l'histoire de la scène par leurs prestations artistiques.
Parmi les critère de sélection, chaque nouvelle acquisition dans les collections est considérée au regard de l'interprète et de sa renommée.
Le costume de scène est pensé et conçu pour être porté par un artiste choisi pour incarner un personnage.
Les créateurs d'adaptent à la personnalité et à la morphologie de l'interprète tout en respectant les contraintes de sa prestation artistique.
A travers les vestiaires, c'est une multitude de noms qui apparaissent au revers des l'étoffe, inscrits sur les doublure ou brodés sur des étiquettes cousues.
Costume pour le rôle de Lana Turner porté par Arielle Dombasie_El Tigre, spectacle musical écrit et mis en scène par Alfredo Arias
Trench porté par Zizi Jeanmaire (1924-2020)_Hollywood Paradise, revue musicale chorégraphié et mise en scène par Roland Petit
Trench en jersey de soie à paillettes argentées thermocollées, porté par Zizi Jeanmaire (1924-2020)_Hollywood Paradise, revue musicale chorégraphié et mise en scène par Roland Petit
Costume de Raymond Devos (1922-2006)_Veste et pantalon en coton et soie. Chemise monogrammée aux initiales de l'artiste_spectacles divers et enregistrements télévisés
Le parcours s’achève sur une grande parade de costumes particulièrement insolites et spectaculaires, qui célèbre vingt années de conservation et de mise en valeur des costumes de théâtre, d’opéra, de danse et de spectacle vivant.
Cette parade a été imaginée sous le commissariat de Delphine Pinasa avec une scénographie de Simon de Tovar.
C'est l’un des moments forts de l’exposition.
Elle ne se limite pas à présenter de beaux costumes, elle cherche à leur redonner une présence presque théâtrale, comme si les personnages allaient entrer en scène.
L’idée de cette parade est de créer un véritable final visuel avec :
- Une accumulation de silhouettes costumées, qui donne l’impression d’assister à un rassemblement de personnages venus de spectacles différents.
- Des costumes extravagants et baroques, avec des jeux de volumes, de couleurs, de matières et d’ornements.

- Une mise en scène autour de l’anniversaire, avec de grands paquets-cadeaux, des miroirs et un rideau rouge évoquant l’univers du théâtre.
- Un hommage aux métiers du costume, à celles et ceux qui conçoivent, fabriquent, entretiennent et conservent ces pièces exceptionnelles.
La parade anniversaire rassemble plus de 100 pièces emblématiques.
En voici quelques exemplaires.
Le costume porté par Line Renaud dans la revue Plaisirs.
Le tigre de La Flûte enchantée, créé par Jean-Marc Stehlé pour l’opéra de Mozart à l’Opéra de Paris en 2000.
Sa tête sculptée et sa fourrure lui donnent une présence presque vivante. Il a été choisi pour l’affiche de l’exposition anniversaire.
La robe de Sarah Bernhardt, associée à la représentation de Ruy Blas en 1872.
Cette pièce historique permet d'admirer les tissus, les volumes et les détails de la mode théâtrale du XIXe siècle.
Le costume de revue de Line Renaud qui est une tenue rouge ornée de paillettes et de plumes, représentative du music-hall, où le costume doit capter la lumière et accompagner les mouvements de l'artiste.

Une silhouette florale, surprenante et théâtrale, qui illustre la manière dont un costume peut transformer un interprète en personnage fantastique
Le gâteau d'anniversaire monumental orné de 20 costumes-bougies emblématiques, annoncé dans la présentation touristique de l'exposition.
La parade et ce final festif célèbrent à la fois les collections du musée et les métiers qui les font vivre.
La parade célèbre autant les collections que les métiers du costume, les ateliers et les artistes du spectacle vivant.
Dans ce riche musée du costume nous pouvons découvrir des costumes très différents comme des robes de cour, des tenues historiques, des habits fantastiques, des costumes de danse, des vêtements comiques ou des créations contemporaines.
Certains sont richement décorés de broderies, de perles et de dentelles.
D’autres surprennent par leurs formes extravagantes, leurs couleurs ou les matériaux utilisés.
Ce qui rend la visite passionnante, c’est de comprendre qu’un costume n’est pas seulement beau, il doit aussi raconter quelque chose du personnage, de son époque et de l’histoire mise en scène.
Il est bien évident que nous ne pouvons pas rendre compte ici de toute la richesse de la collection que nous avons eu le bonheur de voir, mais peut-être que ce blog aura eu le mérite d'inciter à la visite de ce merveilleux et unique musée.
Texte de Paulette Gleyze
Photo de Paulette et Gérard Gleyze







































































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