jeudi 18 janvier 2018

César - La rétrospective à Beaubourg



Ce vendredi 12 Janvier 2018, nous nous rendons à la rétrospective de César à Beaubourg (centre Pompidou) à Paris.
L'exposition a lieu du 13 décembre 2017 au 26 mars 2018.

Cette exposition, 20 ans après le décès de l'artiste, permet de redécouvrir ses multiples époques.
César de son vrai nom, César Baldaccini est né le 1er janvier 1921 à Marseille et décède le 6 décembre 1998 à Paris.
Il fait parti des membres des Nouveaux réalistes, mouvement né en 1960, il est vu aussi comme l'héritier de P Picasso et de Giacometti.
Il est le créateur du trophée en bronze de la cérémonie des césar du cinéma français.
Il prend de 1935 à 1939 des cours à l'École Supérieure des Beaux-Arts de Marseille et s'installe à Paris en 1943. Il s'inscrit à l'École nationale supérieure des beaux-arts et installe en 1946 son atelier 21 rue de l'Échaudé à Paris. Il y rencontre Émilenne Deschamps, qui deviendra par la suite une de ses égéries.
L'exposition installée sur un vaste espace non cloisonné s'organise en parcours autour des grands thèmes des sculptures de César : les Fers soudés, les Compressions, les Empreintes Humaines, les Expansions et les Enveloppages.

Les fers soudés
Trop pauvre pour acquérir de la pierre ou du marbre, il sculpte le plâtre et le fer.
En 1949, il apprend la soudure à l'arc dans une menuiserie industrielle de Trans-en-Provence et utilise le plomb en feuilles repoussées et des fils de fer soudés. C'est le début de la période des sculptures soudées, il en créera plus de 300 jusqu'en 1966.
Il va récupérer dans les décharges de ferraille, des tubes, des boulons, des vis, qu'il va transformer en œuvres d'art.
En 1954, il expose à la galerie Lucien Durand à Paris et obtient le prix « collabo » pour une sculpture intitulée Le Poisson réalisée à Villetaneuse.
L’œuvre est achetée 100 000 francs en 1955 par l'État pour le musée national d'art moderne.
L'année suivante le musée national d'art moderne achète la Chauve-souris de 1954 et Le scorpion de 1955.
C'est le début de la célébrité.
Il réalise aussi des sculptures en métal soudé, puis en bronze, de femmes plantureuses (Ginette, 1958, Victoire de Villetaneuse, 1965).
En 1957 il installe son atelier, rue Campagne-Première à Paris.
En 1961, il se rapproche de Marino di Teana et rejoint le groupe des Nouveaux réalistes, mouvement fondé par le critique d'art Pierre Restany, comprenant notamment Arman, Jean Tinguely, Niki de Saint Phalle et Gérard Deschamps.
Esturgeon 1954_Centre Pompidou Paris_Achat de l'Etat en 1955

chauve-souris_1954_fer forgé et soudé_centre Pompidou Paris_Achat de l'Etat en 1956

Le scorpion_1955_Centre Pompidou Paris_achat de l'Etat en 1956

La grande duchesse - 1955 -Fer soudé - collection particulière

Fanny Fanny - 1990 -Bronze soudé - collection privée Courtesy Fondation Cesar - Bruxelles

Poule - 1958 -Fer soudé - collection particulière

Portrait - 1957-1963 -Fer soudé - collection particulière

Armandine - 1958-1965 -Fer soudé - collection particulière

Hommage à Nicolas de Staël - 1958 -Fer soudé - collection privée - Bruxelles

Nu assis - 1956 -Fer soudé - collection particulière

Victoire de Villataneuse - 1965 - fer soudé - collection du nouveau musée de Monaco

Pour ses torses César travaillait sans support préalable. Il se comparait à un maçon construisant un cylindre avec des briques.
Torse - 1957 - fer soudé - Museum of modern art New York - Blanchette Hocker_Rockfeller Fund

La danseuse - 1949 - fer soudé - collection particulière

Relief klaxon - 1962 - fer soudé et tôle peinte - courtesy galerie Geoorges Philippe et Nathalie Vallois Paris

Les Compressions
A partir de 1959, il devient le sculpteur des Compressions.
Il découvre chez son ferrailleur une presse américaine qui compresse les carcasses de voitures.
Il commence par aplatir une voiture Dauphine et invente la technique de la « compression dirigée », qui devient sa marque de fabrique.
Avec une presse hydraulique, il compresse divers objets sous forme de parallélépipèdes, d'abord de petit format avec des rubans de cuivre et des tôles, puis des voitures entières. Cet acte d'appropriation se veut être un défi à la société de consommation. Il se rapproche des Nouveaux réalistes.
En 1986, il présente à la Fondation Cartier des compressions monumentales de Peugeot 205 Turbo 16 de Jean Todt, accidentées dans des rallyes automobiles (Les Championnes).
A la Biennale de Venise, il expose une montagne de compressions, œuvre monumentale intitulée 520 tonnes.
En 1998, sa Suite milanaise est réalisée avec une série de voitures Fiat neuves qui, une fois compressées, sont passées dans les chambres à peinture de l'usine Fiat de Turin, aux couleurs de la gamme de l'année.
Il compresse aussi toutes sortes de matériaux : tissus, papiers, et même bijoux en or que les femmes du monde lui apportent et qu'il rend compressés en cube à porter autour du cou.
Compression dirigée B - 1960 - bidons métalliques - collection particulière

Compression dirigée "viens ici que j't'esquiche" - 1961 - cuivre - collection particulière

Compression dirigée "on est trois"B - 1961 - cuivre - collection particulière

Compression dirigée - 1961 - métal - collection marcel Lefranc

Compression dirigée - 1958 - lanière de cuivre - collection particulière

Compression élément métallique de machine à laver - 1961 -
courtesy galerie Geoorges Philippe et Nathalie Vallois Paris

Compression dirigée - 1961 - rubans de cuivre - collection particulière

Cagettes - compression murale - 1976 - bois et colle - collection A et C Fraiberger

Carton - compression murale - 1976 - cartons et colle - donation de l'artiste en 1998 au musée Cantini

Sac de jute - compression murale - 1976 - jute et colle - Collection particulière Bruxelles

Carton - compression de cartons - 1976 - Musée d'art contemporain de Marseille - donation de l'artiste en 1998 au musée Cantini

Renault 977 VL 06 - 1989 - auto compressée tôle peinte et matériaux divers - musée d'art contemporain Marseille - donation de l'artiste au musée Cantini en 1998

Dauphine de 1959 - 1970 - tôle et matériaux divers -MAMAC Nice

Dès la compression de la Dauphine, César pense déjà à écraser des séries de voitures à la presse hydraulique.
Il réalise 520 compressions pour la biennale de Venise de 1995.

En 1998, il réalise sa dernière composition, la suite milanaise composée de 15 voitures Fiat neuves compressées et laquées aux couleurs de la gamme Fiat.
Les Empreintes humaines

En 1963, invité à participer à une exposition sur le thème de la main de Rodin à Picasso, à la galerie Claude Bernard, César va mouler et agrandir son pouce et son empreinte (1,85 mètre de haut) en expérimentant la résine synthétique.
Il a ensuite reproduit Le Pouce en différentes taille, de 42cm jusqu'à 12 mètres (sur le parvis de la Défense à Paris), en passant par celui de 6 mètres en bronze, exposé sur la place du musée à l'occasion de cette exposition. Il utilisera divers matériaux : plastique, nickel, bronze....et même en sucre !
Pouce-1965-bronze poli-attribution à la ville de Marseille

Pouce-1965-résine de polyester - Tate gallery - Londres

Sur le parvis de Beaubourg

En 1966, il entreprend le moulage du sein droit d'une danseuse du Crazy horse (moulage en polyester de 82 × 193 × 266 cm). Il en réalise six exemplaires, un est conservé au Musée d'art de Toulon, et un autre à la Fondation Gianadda à Martigny en Suisse.
Sein - 1967 - résine de polyuréthane - musée d'art de Toulon

Les Expansions
Les Expansions sont exécutées dans un nouveau matériau : la mousse de polyuréthane.
En inversant l'esprit des compressions,il présente au Salon de Mai en 1967 La grande expansion orange.
À partir de 1969, il rajoute du fréon au polyuréthane, ce qui produit une mousse dont le volume augmente considérablement. Il utilise des objets quotidiens pour ses Expansions.
expansion oeuf n°2 - 1967 - acier inoxydable - collection particulière

expansion - Roger Vivier 1968 - mousse de polyuréthane - collection particulière

expansion bouilloire - 1967 - mousse de polyuréthane - collection marc Lefranc

expansion en boîte à faire soi-même - 1969 - mousse de polyuréthane - collection particulière

expansion verre brûlée - 1967 - mousse de polyuréthane - collection Jean Ferrero

Les Enveloppages
Les Enveloppages (nom donné par l'artiste) débutent dès 1970. Des feuilles de Plexiglas sont mises dans une étuve, ce qui a pour but de les assouplir. Elles passent ensuite dans un dispositif qui permet de les plier et de les refroidir. Pendant ce processus il y introduit des objets du quotidien : machine à écrire, moulin à café, téléphone....

enveloppage - machine à écrire et plexiglas - 1971- collection particulière Bruxelles

enveloppage - moulin à café - 1971 - moulin à café et plexiglas - collection particulière Bruxelles

enveloppage -outils - outils et plexiglas - collection particulière Bruxelles

enveloppage - téléphone - 1971 - téléphone et plexiglas - collection particulière Bruxelles

Toutes ces œuvres témoignent de l'audace de César dans la créativité, dans sa recherche de nouvelles formes, de nouvelles techniques, de différentes matières.

Aujourd'hui les œuvres de César sont conservées par des musées du monde entier (Musée national d'art moderne de Paris, Tate Gallery à Londres, Museum of Modern Art de New York…)

L'expo sera à Pompidou jusqu'au 26 mars 2017.


Et pour une visite commentée par Guy Boyer, rédacteur en chef de Connaissance des arts, c'est par ici


Texte de Paulette Gleyze

Photos de Paulette et Gérard Gleyze

mercredi 20 décembre 2017

Hokusai et autres paysages japonais et 113 Ors d'Asie au Musée Guimet à Paris

Lors de notre dernier passage à Paris en septembre dernier, nous avons eu la chance de voir deux belles expositions au musée national des arts asiatiques aussi appelé musée Guimet :
- Hokusai et autres paysages japonais
- et 113 Ors d'Asie

L’art de l’estampe est né dans l'empire chinois au VIIIe siècle, sous la dynastie Tang.

Au Japon, l’installation du gouvernement à Edo l’actuelle Tokyo en 1602, marque la fin des guerres incessantes entre les seigneurs, et le début d’une longue période de paix.
Face aux samouraïs une nouvelle classe sociale nait composée de d’artisans et de commerçants...

Les marchands fortunés accèdent à l’art grâce à l’estampe, (art qui permet de reproduire une œuvre en plusieurs exemplaires et d’en diminuer le prix).

L’estampe d’abord utilisée pour illustrer des livres, acquiert son autonomie grâce au peintre Moronobu, qui, vers 1660, publie des illustrations sous forme de feuillets détachés, indépendants et sans texte, sur lesquelles il ajoute sa signature.

Au XIXe siècle, grâce aux expositions universelles, les Occidentaux découvrent l'art japonais, et les estampes, peinture sans perspective.
Par le biais du Japonisme, Hokusai influence de nombreux artistes : Toulouse-Lautrec, Van Gogh en passant par Gustave Moreau ou Claude Monet.
Les impressionnistes collectionnaient les estampes (Van Gogh en possédait 400) et s'en sont fortement inspirés pour leurs œuvres.

Ils reprennent à leur compte les techniques de l'estampe :

Tout d'abord le cadrage par le démantèlement de la nature et le 'hors champs",
Ensuite ils utilisent la technique du plongeant avec une chose tronquée en 1er plan,
Mais aussi la formation en hauteur,
Les piliers,
Le quadrillage,
Les codes d'attitude et de mouvements,
Les ponts...
Katsushika Hokusai est né le premier jour du cycle sexagésimal du neuvième mois de l'année métal-aîné-dragon de l'ère Hōreki (le 31 octobre 1760) à Edo (actuel Tokyo),
et mort le dix-huitième jour du quatrième mois de l'ère Kaei, an II (le 10 mai 1849) dans la même ville.
C'est un peintre, dessinateur spécialiste de l’ukiyo-e, graveur et auteur d'écrits populaires japonais surtout connu sous le nom de Hokusai, ou à partir de 1800, de son surnom
Gakyōjin, « le Fou de dessin ».

En 1814, il publie son Manga regroupant croquis et dessins.
En 1831, La Grande Vague de Kanagawa est la première des 46 estampes composant les Trente-six vues du mont Fuji, l'une des œuvres majeures de Hokusai.
Le peintre japonais laisse derrière lui près de 30 000 dessins.

L'ukiyo-e est un mouvement artistique japonais qui apparaît au Japon au 17e siècle. Les estampes racontent la vie du monde "du monde flottant". Les dessins sont gravés sur du bois puis imprimés. C'est le début des techniques de l'estampe qui permettent une reproduction sur papier moins coûteuse que les peintures.
Les thèmes de l’ukiyo-e sont nouveaux : des jolies femmes, des courtisanes, des scènes érotiques, des lutteurs de sumo, des créatures fantastiques, des paysages célèbres.
L'ukiyo-e appartient à deux époques majeures de l'histoire artistique du Japon :
- la période Edo (1603-1868) avec une peinture populaire et narrative et surtout les estampes japonaises gravées sur bois.
- puis l'ère Meiji qui se poursuit jusqu’en 1912.

Au musée Guimet, l'exposition dont le thème est "Hokusai et autres paysages japonais" expose des estampes d'Hokusaï mais aussi des estampes d'autres grands maîtres japonais comme Utagawa Kuniyoshi, Kitagawa Utamaro, Utagawa Hiroshige...

Pour la bonne conservation des estampes elles sont exposées avec une lumière tamisée et faible, d'où le manque de qualités de mes photos.
lieux célèbres de la capitale de l'est_Utagawa Kuniyoshi (1797-1861) époque Edo 1833-1834

Nichiren à Tsukahara dans l'île de Sado_Utagawa Kuniyoshi (1797-1861) époque Edo 1831-1835

Utagawa Kuniyoshi (1798-1861)_53 relais Tokaido

le port et la crique_Utagawa Hiroshige (1797-1858)

sélection de 6 espèces florales : chrysanthèmes et rivière_Utagawa Hiroshige (1797-1858)_époque Edo 1856

vue enneigée dans l'enceinte du sanctuaire Kanda Myojin à shiba_Utagawa Hiroshige (1797-1858) époque Edo 1840

vue enneigée dans l'enceinte du sanctuaire Kanda Myojin à shiba_Utagawa Hiroshige (1797-1858) époque Edo 1840

procession vers le sanctuaire de la divinité Benzaïten_Utagawa Hiroshige (1797-1858) époque Edo 1851

voyage au fil des cascades des différentes provinces_chutes d'eau de Kirifuri au Mont Kurokawi_Katsushika Hokusai (1760-1849) époque Edo 1832-1833

Passereau et magnolia_Hokusai (1760-1849) époque Edo 1849

hirondelle et pie-grièche au dessus de fraisiers et bégonias_Hokusai (1760-1849) époque Edo 1849

Tant au japon qu'en Chine, la peinture du paysage (montagne et eau) montre la conception taoïste de l'Univers en opposant le yin et le yang.

Les 36 vues du Mont Fuji (montagne sacrée) de Katsushika Hokusai, et de la vague est la démonstration de cette conception.
Trente six vues du Mont Fuji par Hokusai (1760-1849)

vent frais par matin clair_Kajikazawa dans la province de Kaï_époque Edo 1831-1832

Le Fuji vu de la terrasse du sazaido, temple des cinq cents Rakan_époque Edo 1831-1834

Mont Fuji au-dessus des nuages_issu d'une suite de 3 surimono décrivant "3 rêves superstitieux pour la nouvelle année"_ Totoya Hokkei (1780-1850)



Le musée Guimet présente une deuxième exposition : "113 Ors d'Asie".

 

Elle montre 113 œuvres composées de sculptures, de bijoux, de poteries ou vêtements, ayant tous en commun le métal le plus précieux.

Ces 113 chefs-d’œuvre ont été choisis parmi la collection du musée. Certains ont même été restaurés pour l'occasion.

Les pièces exposées viennent de Corée, du Japon, du Vietnam, de la Chine, du Tibet ou du Népal.

Elles montrent la place qu'occupait l'or dans le continent asiatique qui était un métal rare et qui était utilisé avec parcimonie.

L'Avalokiteshava (compassion infinie), provenance du Vietnam est de l'époque Lê (fin 18e siècle-début 19e siècle), est en bois recouvert d'une couche de laque d'or.

Légende tirée de L'image Bouddha Avalokiteshvara :
L'origine d'Avalokita à 1000 bras remonte à un épisode très populaire de la vie du bodhisattva.
Lorsqu'il entreprit d’œuvrer pour le bien des êtres, il fit, en présence d'Amitabha le vœu suivant :
"Aussi longtemps qu'un seul être n'aura pas atteint l'éveil, j’œuvrerai pour le bien de tous.
Si je venais à manquer à cet engagement que ma tête éclate en dix morceaux, que mon corps se brise en mille parties!"
Pendant une durée incalculable, le corps d'Avalokita émit six rayons de lumière qui produisirent d'innombrables émanations travaillant à soulager les souffrances.
Après avoir ainsi œuvré durant des kalpas, Avalokita regarda s'il restait encore beaucoup d'êtres à libérer dans le samsara.
Hélas! Il lui sembla que leur nombre avait à peine diminué; découragé, il jugea sa tâche inutile, mieux valait arrêter.
Cette pensée ruina sa promesse.
Aussitôt, son corps et sa tête se brisèrent.
La douleur fut grande. Il appela Amitabha à son secours. Celui-ci apparut immédiatement devant lui et l'exhorta à reprendre son activité bénéfique.
Pour lui donner plus de puissance encore, il recomposa sa tête en lui donnant dix visages, neuf paisibles et un irrité, afin qu'il puisse poser son regard de compassion dans toutes
les directions simultanément et il couronna l'ensemble d'une réplique de sa propre tête pour signifier qu'il serait toujours chez lui.
Prenant ensuite les morceaux du corps, il en fit un nouveau corps d'où rayonnaient mille mains marquées de mille yeux de compassion."
Cet Avalokiteshava de l'époque Koryo, 10e-11e siècle provient de Kyongsangbuk-do en Corée.


La main de Bouddha du 5e-7e siècle provient d'Afghanistan. Elle est modelée en terre et dorée. Elle proviendrait de Bamiyan, un centre monastique qui se situait sur la route de la soie.
Boudha assis du Japon, fin de l'époque Heian (2e moitié du 12e siècle), en bois laqué.

 

Un magnifique Cosmogramme du 18e siècle, de Chine du nord, avec au centre le Mont Meru.
Un Cosmogramme est un mandala d'offrande au monde, il se compose d'un tambour avec
au centre le Mont Meru, montagne mythique considérée comme le centre du monde dans la cosmologie bouddhique. Elle est surmontée d'un stupa et entourée d'un ensemble de divinités dansantes, symboles de la lune et du soleil. Les douze petits édifices regroupés par trois représentent les quatre continents-îles selon la tradition indienne du monde. Les océans sont gravées autour.

Kannon Basatsu compte parmi les divinités vénérées au Japon. Debout sur un socle il tient dans la main gauche la fleur de lotus. Il représente les vertus de complaisance et de compassion. Provient du Japon, de la 2e partie de l'époque Heian, 1er moitié du 12e siècle. Bois de cyprès, recouvert de feuille d'or.

Virupaksha, roi gardien de l'Ouest, dont la cuirasse est étincelante d'or, de turquoises et de lapis-lazuli. Il provient du Tibet, 15e siècle. La technique utilisée est un amalgame d'or et de mercure chauffé jusqu'à évaporation du mercure et ne laissant que l'or. Cette technique est extrêmement nocive à la santé, mais donne un résultat étincelant. Elle a été pratiquée dans les zones himalayennes.
 
Bouddha de Chine, dynastie Ming (1368-1644). 

C'est une divinité du bonheur, de la prospérité et de l'abondance.
Souriant, le ventre bedonnant il est toujours porteur d'un sac de pièces, d'un bâton et parfois d'un chapelet et d'un éventail.

"Le bouddha Amida s'en venant accueillir l'âme d'un fidèle mourant". Amida est entouré de Kannon Bosatsu et Seishi Bosatsu. Œuvre provenant du japon de l'époque de Lamakura, 14e siècle, recouverte de feuille d'or.

Bouddha Maravijaya, art Thaï de Bangkok, de la 1ère moitié du 19e siècle. Cette représentation montre le Bouddha au moment de l'éveil; victorieux de Mara (la mort et l'ignorance) appelle la terre à témoin de sa victoire en la touchant de sa main droite.

Nous voyons également des objets, fastes du pouvoir.
Un bonnet en textile recouvert d'or, de perles et de pierres précieuses. Provenant d'Inde du début du 19e siècle.
 

Un ornement de turban, provenant du Punjab du début du 19e siècle. Il est en or, diamants, émeraude et émaux colorés.
 

En provenance d'Inde du sud, un magnifique pendentif en forme d'oiseau aux ailes déployées. Il date de la première moitié du 18e siècle. Nous voyons là une technique de sertissage Kundan, avec or, rubis, diamants, émeraudes et perles
 

 Poignée d'épée à décor d'éléphant et de tigre d'Inde Rajasthan du 19e siècle. En acier avec des incrustations d'or et de rubis.
 

Tête de lance en forme de faucille en acier avec des incrustations d'or. Provient d'Inde-18e siècle

L'exposition montre aussi des pièces de monnaie en or, des bijoux finement sertis, des vêtements d'apparat et des kimonos de mariage en soie et satin finement brodés au fil d'or, des boîtes à encens, des tables incrustées, des écritoires décorés...
La liste est longue de toutes ces superbes pièces exposées, en provenance de divers pays d'Asie et de différentes périodes.

Les deux expositions étaient absolument extraordinaires par la beauté, la qualité et la diversité des œuvres.


Texte de Paulette Gleyze

Photos de Paulette et Gérard Gleyze

samedi 9 décembre 2017

Exposition des gravures de Rembrandt au couvent Ste Cécile à grenoble


A l'initiative de Geneviève B de l'ARDDS nous avons pu assister à une visite guidée de l'exposition des gravures de Rembrandt qui se tient au couvent Sainte Cécile à Grenoble.
Pour le commentaire ci-dessous je m'inspire de la présentation que nous a fait Caroline, guide à l'office du tourisme.

Contrairement à mon habitude, je ne présenterai pas de photos des œuvres, les photos étant interdites...dommage !

Le couvent Sainte-Cécile et sa chapelle ont été construits au XVIIe siècle, pour les religieuses des Bernardines de Grenoble.
La première pierre est posée le 22 novembre 1624, jour de la Sainte-Cécile, qui donne ainsi son nom au couvent.

Pendant la révolution le couvent a servi d'atelier de fabrication de costumes militaires.
Au XXe siècle le couvent a abrité à partir de 1925 une salle de cinéma, puis après la seconde guerre mondiale la chapelle devient un bar dancing nommé L’Enfer et en 1974
la chapelle est transformée en théâtre "Le Rio" d'abord dirigé par le célèbre Georges Lavaudant puis par Yvon Chaix.
Le théâtre ferme ses portes en 1999.
Le site a été acquis par Jacques Glénat en 2004 dans le but de le restaurer et d'en faire le siège social des éditions Glénat et de la Fondation et du Fonds de Dotation Glénat.
Dans la chapelle, le grand retable en bois a disparu à la Révolution. Aujourd'hui il est remplacé par "un retable" de livres, composé d'un exemplaire de chaque publication Glénat.

En 2017, le Fonds Glénat pour le Patrimoine et la Création acquiert la collection de 68 gravures originales de Rembrandt que s'était constitué le britannique Neil Kaplan.

Le Fonds expose, en avant première, jusqu'au 16 décembre 2017 (prolongation jusqu'au 06 janvier 2018), dans le cloître du Couvent la collection des 68 œuvres .
C'est exceptionnel car à partir de 2018, pour la protection du papier, elles ne seront présentées que par tiers annuellement.

Rembrandt van Rijn est né le 15/07/1606 à Leyde aux Provinces-Unies et est mort le 04/10/1669 à Amsterdam aux Provinces-Unies .
Il est célèbre sous son seul prénom et est un des plus grands peintres de la peinture Baroque et de l'École hollandaise du XVIIe siècle.
Il a réalisé près de 400 peintures, 300 eaux fortes (dont 68 à Grenoble) et 300 dessins.
Il a réalisé une centaine d'autoportraits y compris des gravures où il se montre sans complaisance pour lui-même, mais aussi des portraits de sa femme Saskia, de son fils Titus et de sa deuxième concubine Hendrickje Stoffels.
autoportrait-agrandissement effectuée pour l'expo

La visite commence par l'explication de la technique de gravure qu'utilisait Rembrandt.
Il tirait lui-même ses gravures sur des supports variés, du papier chiffon d’origine française ou européenne, des papiers orientaux plus fins qui venaient de Chine ou du Japon mais aussi du parchemin.
Il commençait par poser un vernis qu'il avait mis au point sur la plaque de cuivre et exécutait un premier dessin à la pointe sèche.
Il trempait la plaque dans de la cire et passait l'encre qui s’imprégnait. Il posait le papier sur la plaque et passait le rouleau. Le travail était fait à l'envers.
Les parties blanches étaient celles qui étaient protégées par le vernis.
Le dessin était repris plusieurs fois.
une plaque de cuivre

Pour graver la plaque de cuivre il utilisait 4 types d'outils : le burin (1), l’ébarboir(2), le brunissoir (3) et la pointe sèche (4).
La pointe sèche est une pointe d'acier qu'il utilisait pour accentuer ou moduler les ombres et pour donner l'aspect velouté.
Le brunissoir est un outil en acier à lame aplatie et arrondie qui lui servait à effacer les barbes ou les traits indésirables .
Il utilisait l’ébarboir pour gratter et pour faire disparaître les barbes, et le burin outil à pointe carré pour donner plus de vigueur à ses gravure.

Il reste de nos jours 70 plaques de Rembrandt dispersées chez des collectionneurs.

Quand nous entrons dans la chapelle nous voyons deux grands agrandissement de gravures : Abraham caressant Isaac (environ 1637) et Le christ prêchant (environ 1652).
Nous pouvons être admiratifs de la netteté du traits de ces très beaux agrandissements sachant que les gravures originales ne mesurent que quelques centimètres.

La représentation de Abraham caressant Isaac est tirée de l'Ancien Testament. Rembrandt avait perdu 3 enfants, il ne restait qu'un fils, Titus. On ressent toute la tendresse d'un père protecteur qui tient contre lui son enfant rieur qui tient une pomme.
Avec des traits, des jeux d'ombre et de lumière il nous montre la texture ses vêtements mais aussi leurs détails de plissés et d'accessoires comme les grelots au bas de la robe de l'enfant (d'usage à ce moment là).

Le Christ prêchant dit aussi la petite tombe représente un groupe positionné de façon circulaire autour du Christ.
Avec des traits il met en scène des personnages tous différents par leur physionomie, par leurs attitudes, par leurs costumes, par leurs expressions, par leurs regards.
Avec les zones d'ombres et de lumières il donne une impression de volume, de profondeur et d'espace à la scène.
Au sol, un enfant dessine, ce serait la représentation de lui-même enfant.

Après la chapelle, nous nous rendons dans le cloître où sont exposées les 68 gravures du Fonds Glénat.

Elles sont exposées par thèmes.
Tout d'abord, nous voyons les portraits : Rembrandt représente des marchands, des artisans, des prédicateurs, des bourgeois protestants... Selon le métier, la fonction de chacun, l'habillement, les attitudes, les expressions sont différentes. Il réussit à donner aux visages les états d'âmes de chacun des personnages.

Ensuite, est exposée une série d'autoportraits et de portraits de membre de sa famille, dont son père et sa mère.

Les sujets religieux font suite. Les protestants ne voulaient pas de représentations religieuses. Rembrandt passe outre et privilégie cette représentation avec plus de 80 gravures. Il s'inspire de l'Ancien et du Nouveau Testament. Il a représenté toutes ces scènes bibliques avec beaucoup de sensibilité.
Nous continuons avec les scènes de genres, avec la représentations des métiers : des marchands, des musiciens...
Des mendiants sont représentés avec beaucoup de dignité, un marchand de morts-aux-rats est représenté de façon exceptionnelle avec moult détails.

L'exposition se termine avec des gravures de nus. Rembrandt a exécuté 6 gravures de nus. Sa volonté était de montrer des corps déformées, usées mais avec un modelé élégant. Il prenait pour modèle ses servantes.

Cette exposition d'une grande beauté dans un superbe écrin est riche d'enseignement.
Sur des gravures ne mesurant que quelques centimètres carrés, Rembrandt réussit à rendre les traits des visages de manière fidèle ainsi que leurs expressions. On peut dire que les visages et les scènes sont "vivants",
Les tissus de l'habillement sont variés dans leurs effets et leurs tons.
Avec l'utilisation de la technique du clair-obscur inspirée du Caravage il réussit à donner aux dessins du contraste et de la profondeur.

Le génie de Rembrandt est de nous montrer avec finesse l'âme des personnages.



Texte de Paulette Gleyze


Photos de Paulette et Gérard Gleyze