vendredi 4 décembre 2020

Exposition Gemito au Petit Palais à Paris


Il y a tout juste un an (17 novembre 2019), nous avons découvert au Petit Palais à Paris l'exposition de l’une des personnalités les plus emblématiques de l’art italien de la fin du XIXe siècle.

Il s'agit du sculpteur et dessinateur Vincenzo Gemito.

Il est l'auteur d'une oeuvre abondante qui comporte des œuvres représentatives tant de personnes des plus humbles, des inconnus des rues napolitaines, que des célébrités.

Cette exposition a eu un énorme succès.

Personnalité forte de l’art italien de la fin du XIXe siècle, Gemito naît en 1852 et meurt en 1929 à Naples.

A la fois sculpteur et dessinateur, il laisse de nombreuses œuvres représentant le petit peuple napolitain mais aussi des personnalités et des célébrités comme Verdi et tant d'autres...

Il naît semble-t-il dans la famille d'un bûcheron tombé dans la misère.

Le lendemain de sa naissance, sa mère l'abandonne près d'un orphelinat où il est recueilli et on lui donne le prénom de Genito "celui qui est né", qui s'est transformé par la suite, en raison d'une faute d'orthographe, en Gemito "celui qui gémit". Prénom qu'il conservera.

Il est rapidement adopté par un jeune ménage qui venait de perdre un bébé, mais le mari meurt quelque temps plus tard.

Sa mère adoptive, Giuseppina, se remarie avec un maçon.

Avant ses 10 ans, il devient apprenti à l'atelier du peintre et sculpteur académique Emanuele Caggiano, puis rapidement travaille à l'atelier du sculpteur Stanislao Lista.

Il entre à l'âge de douze ans à l'école de l'Institut royal des beaux-arts où il se lie d'une amitié à vie avec Antonio Mancini ( peintre italien, rattaché au mouvement pictural des Macchiaioli, mouvement qui s'est développé à Florence puis en Toscane au milieu du XIXe siècle et qui regroupe des peintres de toute l'Italie. Ces peintres sont considérés comme les initiateurs de la peinture italienne).

Il fréquente aussi les cours du soir de l'Académie Domenico Maggiore.
Autoportrait_1886

Autoportrait_encre et aquarelle sur papier_Musée e Real Bosco de Capodimento_Naples

Première exposition de cet artiste en France, le Petit Palais retrace le parcours de Gemito depuis son triomphe à l’Exposition Universelle de Paris en 1878 jusqu'à son combat contre la folie, en passant par son extraordinaire talent alliant virtuosité et réalisme.

Gamin des rues, Gemito est devenu en quelques années un sculpteur prodige.

Il signe en 1868, alors qu'il n'a que 16 ans, son premier chef-d’œuvre, le Joueur de cartes, un gamin des rues assis par terre, la tête baissée sur son jeu.

En 1870, cette sculpture est présentée à l'exposition annuelle des Beaux Arts de Naples, la Promotrice. Elle est tellement remarquée que le roi Victor-Emmanuel II l'achète pour être exposée de manière permanente au musée de Capodimonte à Naples. Elle y est toujours conservée.
Joueur de cartes_1868

Joueur de cartes_1868

Gemito n'a que 18 ans quand il s'installe avec son ami le peintre Antonio Mancini et toute une bande de jeunes artistes, dans le cloître abandonné du couvent de San Andrea delle Dame. Pendant ces deux ans de formation, il va exécuter les extraordinaires têtes juvéniles.

Ces bustes des jeunes napolitains sculptés par Gemito montrent la gravité des Scugnizzi (c'est à dire des enfants des rues), des enfants élevés dans la pauvreté. L'artiste saisit sur le vif les physionomies des gamins qui l'entourent.
On peut presque lire leurs sentiments sur leurs visages.
Tête de garçon-petit montagnard_1870/1871

Berger des Abruzzes-bronze_vers 1873 – Museo e Real Bosco di Capodimonte (Naples)

Etude d'après nature. A gauche : « Gamin de rue » (1870-1872) – Collection Intesa Sanpaolo (Naples). A droite "petit maure"_terre cuite_1870-1872

jeune maure-terre cuite_1872 – Certosa e Museo di San Martino (Naples)

Le Harponneur-terre cuite_1872

Petits malades-terre cuite_1870

Tête de petit garçon, 1871_Museo e Certosa di San Martino, Naples.

À vingt-cinq ans, installé à Paris, il fait sensation au Salon de 1877, puis l’année suivante à l’Exposition universelle de 1878 avec son "pêcheur napolitain".
Il s'agit d'un grand bronze d'une technique extraordinaire avec des expressions inattendues et provocantes.

Le petit garçon nu accroupi sur un rocher, tantôt appelé «crapaud», «crétin» ou «petit monstre» par les critiques, choque par son réalisme et sa physionomie, mais attire la foule des visiteurs.

Gemito fait scandale et devient immédiatement connu et célèbre.
Le bronze original, est conservé au musée du Bargello de Florence.
« Pêcheur napolitain » (1876-1877) – Museo e Real Bosco di Capodimonte-Naples


Au sujet de la sculpture de la "petite fille", Gemito écrit : "Voici un portrait en buste : je n'ai sculpté que la tête et le haut des épaules de mon modèle. Je cherche à représenter le plus exactement possible le visage de cette petite fille. Remarque tu les doigts de sa main droite qui dépassent de son vêtement ? Avec son foulard sur la tête elle ressemble aux "pastori", les personnages des crèches napolitaines".
Tête de petite fille en terre cuite

En 1873, il fait la connaissance de Mathilde Duffaud, qui devient son modèle.
Elle a été le grand amour de Gemito. Il a fait de nombreux portraits d'elle qui montrent une jeune femme frêle à l'élégance parisienne.
Portrait de Mathilde et deux autoportraits_encre sur papier_Musée e Real Bosco à Capodimento-Naples

Mathilde et Gemito

Mathilde au miroir_encre sur papier_Musée e Real Bosco à Capodimento-Naples

Tête de Mathilde sur un coussin_bronze_1878-1879

Avec elle, il retourne à Naples en 1880, où il travaille à son fameux "Vendeur d'eau".

Encouragé par le succès de son œuvre "le pêcheur" Gemito va poursuivre dans le même genre en donnant à ses modèles des poses érotiques.

Le "Vendeur d'eau" est un jeune garçon nu, portant un grand vase rempli d'eau contre sa hanche droite et tenant dans sa main droite un verre. C'est une de ses œuvres les plus célèbre.

Dans son atelier de Capodimonte à Naples il réalise plusieurs bustes et portraits de personnages connus :
Le peintre Francesco Paolo Michetti, rencontre Gemito à l'Académie des Beaux Arts à Naples, où les deux artistes suivent les cours de Domenico Morelli.
Paolo Michetti_Terre cuite_1873-1874

Giuseppe Verdi a séjourné à Naples en hiver 1872-1873 pour superviser deux de ses opéras « Don Carlos » et « Aïda » .
Le peintre Domenico Morelli, le persuade de faire exécuter son portrait par Gemito.
D'abord intimidé par l'attitude hautaine du compositeur, Gemito ne trouve l'inspirateur que lorsque Verdi s'est mis au piano.
Cette magnifique sculpture représente Verdi la tête penchée vers un piano. Le buste devient immédiatement célèbre.

Le Buste de Domenico Morelli que réalise Gemito en 1873 témoigne de la fascination qu'éprouvait le sculpteur pour son maître surnommé "Le mage" par ses étudiants.

Gemito représente Domenico Morelli coiffé d'un ample turban et avec une attitude pleine d'autorité. Impressionnant buste qui reflète la vie, l'autorité et le mouvement.
Domenico Morelli_Terre cuite_1873

« Buste de Domenico Morelli » (1873)_bronze_ Museo e Real Bosco di Capodimonte_Naples

Marianno Fortuny a mené une brillante carrière partagée entre l'Italie, l'Espagne et la France. Il meurt prématurément à l'âge de 36 ans. Sa famille commande à Gemito un bronze de l'artiste afin de le placer sur sa tombe.
Il offre une image particulièrement vivante de ce peintre célèbre de son temps.
Buste de Marianno Fortuny (1838-1874), peintre et père du célèbre couturier de la fin du siècle dernier_Bronze-1874

Buste du peintre Giovanni Boldini (1842-1934). Gemito a fait sa connaissance à Paris en 1877.

Buste du sculpteur Paul Dubois (1829-1905). Gemito a rencontré Paul Dubois lors de son séjour à paris. Ils se vouaient une admiration réciproque.

En avril 1881, Mathilde Duffaud meurt prématurément. Désespéré, Gemito part pour quelques mois à Capri, et commence à montrer les 1er signes de sa folie.
C'est à Capri, qu'il modèle plusieurs petits bustes.

L’année suivante, il rencontre et épouse Anna Cutolo qui devient sa nouvelle muse et lui donne en 1885 une fille, Giuseppina.
Anna posait pour les peintres, Domenico Morelli qui la représente dans une superbe femme à l'éventail , célèbre tableau de 1874.
Tête d'Anna_1914_crayon sur papier_collection Sergio Baroni_Milan

« Portrait d’Anna » – Museo e Real Bosco di Capodimonte (Naples)

« Portrait d’Anna Gemito » (1886) – Collection Intesa Sanpaolo (Naples)

Anna mourante_crayon sur papier_Musée e Real Bosco de Capodimonte, Naples

Portrait d'Anna_encre, crayon, gouache sur papier

Buste d'Anna_vers 1996_marbre_Musée e Real Bosco di Capodimonte

À partir de 1885, l’état mental de Gemito commence à s’altérer. Il s’enferme dans une sorte d’exil volontaire.
Il revient à ses sujets de prédilection, la représentation de jeunes pêcheurs et d’adolescents nus et au dessin.
Le garnement_encre, traces de crayon sur papier_Musée e Real di voscode Capodimento_Naples

Garçons allongés sur la plage_encre sur papier_Musée e Real di voscode Capodimento_Naples

Etudes de pêcheur_Encre aquarellée sur papier_Musée e Real di voscode Capodimento_Naples

Etudes de pêcheur_Encre aquarellée sur papier_Musée e Real di voscode Capodimento_Naples

Adolescent_Crayon sur papier ivoire_1923_collection Intesa Sanpaolo_Naples

Adolescent_Crayon sur papier ivoire_1923_collection Intesa Sanpaolo_Naples

Gitane_1885_Collection Intesa Sanpaolo _Naples

Après des décennies de réclusion volontaire due à sa folie, il fait un retour à la sculpture dans un registre inspiré par l’Antiquité.
Au cours des 20 dernières années de sa vie, il va se consacrer à la sculpture antique et notamment la représentation d'Alexandre en qui il s'identifie.
Statuette de Dionysos_Narcisse_1er siècle après J.C._bronze_Musée archéologique nationale de Naples.

Le philosophe_1883_bronze. 
Oeuvre célèbre de Gemito. Il a voulu réaliser une tête idéale, en s'inspirant de son beau-père et du buste de Sénèque qui se trouve au musée National de Naples.

Tête d'Alexandre_1920_Musée e Real Bosco de Capodimento

Buste d'Alexandre le Grand_1920-1925_terre cuite_Galerie Nationale d'Art Moderne et Contemporain_Rome

Médaillon d'Alexandre_1920_plâtre_Galerie d'art moderne_Rome

Brutus_vers 1871_terre cuite Galerie Nationale d'Art Moderne et Contemporain_Rome

Tout au long de sa vie Gemito a réalisé de nombreux autoportraits. Ils sont les témoins de sa vie, de ses malheurs et de sa folie.
Autoportrait_1915_argile_collection Intesa Sanpaolo_Naples

Il a su saisir l'âme de ses modèles et l'âme d'un monde dont il faisait parti.

Tour à tour décrié et adulé il introduit dans la sculpture le réalisme de l'école napolitaine qui va inspirer Rodin et Degas.

Le reproche de laideur qui était fait à Gemito pour son pêcheur napolitain a été adressé à Edgar Degas quelques années plus tard quand il a exposé au salon des Impressionnistes en 1881, la petite danseuse.
Etude de nu pour la danseuse habillée de Edgar Degas, bronze fondu entre 1921 et 1931.

Gemito a connu la gloire mais il est resté dans la solitude. Rainer Maria Rilke a écrit : "La célébrité n'est en définitive que la somme de tous les malentendus qui s'accumulent autour d'un monde nouveau."

La gloire a ébranlée sa personnalité et il sera atteint de schizophrénie.

Son art est somptueux et cette exposition éblouissante.

En 1952, un timbre de la poste italienne a célébré le centenaire de sa naissance.

Si vous souhaitez en savoir davantage je vous propose la présentation d'une sélection d’œuvres par Jean-Loup Champion, directeur scientifique de l'exposition Gemito, au Petit Palais.


Un magnifique ouvrage sur l'exposition a également été publié.



Texte de Paulette Gleyze

Photos de Paulette et Gérard Gleyze





Texte : Paulette Gleyze


Photos : Paulette, Anne et Gérard Gleyze






vendredi 6 novembre 2020

L'art publicitaire de Leonetto Capppiello au Musée Bergès à Villard Bonnot, Isère


Du 25 septembre au 13 décembre 2020 au musée Bergès à Villard Bonnot (Isère),
se tient une belle exposition sur l'art publicitaire de Leonetto Capppiello.


Cette exposition a pu se tenir grâce au prêt de ses descendants.
Une quarantaine d’œuvres toutes en lien avec les Alpes ont été réunies.
La plupart sont inédites.
 

Leonetto Cappiello, né à Livourne le 9 avril 1875 et mort à Cannes le 2 février 1942, est un peintre, illustrateur, caricaturiste et affichiste italien, naturalisé français en 1930.

Il est considéré, à la suite de Jules Chéret*, comme le rénovateur de l'affiche française.

Cappiello commence sa carrière à Paris comme dessinateur humoriste et collabore à de nombreux journaux, dont Le Rire, Le Sourire, L'Assiette au beurre, Le Cri de Paris.

En 1899, il obtient un énorme succès avec son album, « Nos actrices, portraits synthétiques », édité par La Revue blanche. Sa carrière d’affichiste débute en 1900 et va se poursuivre jusqu'aux années 1930.

Il est l'inventeur de l'affiche moderne.

Leonetto Cappiello_photographie_1901. Dédicace à sa femme Suzanne Meyer "A ma chère Suzanne que j'adore, 9 août 1901"
Leonetto Cappiello dans son atelier_photo anonyme_1902


Autodidacte, il est peintre et dessinateur. Il s'installe à Paris en 1898. Il est un de nos affichistes français tombé dans l'oubli mais dont les images sont connues de tous.
Pour lui, l'affiche doit être commerciale et artistique, il invente l'art de la publicité et de l'affiche au début du 20e siècle.

Il devient très vite un caricaturiste à la mode, croquant la vie parisienne des années 1900.
Il s'intéresse plus particulièrement à l'affiche alors que les grands maîtres dans le domaine s'estompent peu à peu : Toulouse-Lautrec meurt en 1901, Mucha part aux États-Unis en 1904, Grasset arrête l'art de l'affiche en 1914.

Avec la naissance de la société de consommation, l'affiche devient un véritable outil de communication pour inciter le passant à acheter.

Pendant près de 40 ans (de 1899 à 1938) Cappiello va produire quelques 2 000 affiches qui couvrent tous les domaines de la publicité commerciale dans toute l'Europe.

Ses affiches les plus célèbres sont Cachou Lajaunie (1900)
La rose Jacqueminot pour Coty (1904)

Chocolat Klaus (1905)

Cinzano (1910) : C'est une composition particulièrement dynamique. Dans une descente vertigineuse, la femme semble traverser l'image avec ses cheveux au vent et le corps emporté dans un tourbillon.

D'autres affiches célèbres : .... Bouillon Kub (1911), thermogène (1909), Papier à cigarettes JOB (1912), Papier à cigarettes le Nil (1912) et la célèbre campagne Je ne fume que le Nil, Parapluie Revel (1922), Savourez la Savora (1930), Chaussures Bally (1931), Bouillon Kub (1931), Dubonnet (1932)...

Dès 1900, il est remarqué par Pierre Vercasson, imprimeur parisien réputé qui produit les affiches des grandes marques industrielles.
Vercasson assure toutes les étapes de la création des affiches.
C'est lui qui élabore le cahier des charges avec le client et le remet ensuite à Cappiello.

Le processus de création de Cappiello s'établit alors en 5 phases :
- la vignette
- l'esquisse
- la photographie peinte

- la maquette
- et la lithographie.
La technique de la lithographie repose sur deux principes, celui de l'absorption d'un corps gras par la pierre calcaire (poreuse) et celui de la répulsion de l'eau par le gras. Une fois le dessin reporté sur la pierre celui-ci subit une préparation chimique.
Lors de l'impression, le tracé dessiné sur la pierre au crayon gras retient l'encre lithographique appliquée sur la pierre avec un rouleau.

Après la 1er guerre mondiale, Cappiello rejoint la Maison Devambez, Georges Weil et Cie avec la quelle il travaille en exclusivité jusqu'en 1935.

Georges Weil est imprimeur mais aussi galeriste, qui offre, en 1923, à Cappiello d’exposer ses œuvres.

La clientèle de ces imprimeurs-éditeurs est française, italienne, espagnole, polonaise, suisse et....grenobloise.
L'affiche de Cappiello rendra célèbre les pâtes alimentaires grenobloises : Lustucru.

Pour Cappiello, l'affiche publicitaire doit créer un effet de surprise. Il invente un univers original avec des créatures drôles, humoristiques, malicieuses.
Les personnages sont aériens, rubiconds, dansants, joyeux, fantastiques.
Son univers prend sa source dans la Comedia dell'Arte, le théâtre populaire d'Italie, monde de la farce de la bouffonnerie, du déguisement du rire.
Le cahier des charges connu, Cappiello met sur papier ses premières idées. Ces ébauches de petites dimensions se nomment "Vignette"

Florio-Cinzano_vignette au fusain_1930.

L'esquisse est l'étape suivante, elle est généralement exécutée à la gouache sur un format allant de 50*40 à 100*80cm. Capppiello y affine sa composition et fait des recherches de couleurs. L'esquisse est présentée au client qui demande d'éventuelles modifications.

Brio_Esquisse, fusain, gouache_1930.

Les dimensions des esquisses ne permettent pas toujours de faire une bonne présentation aux clients. Pour cette raison, Cappiello photographie les esquisses et colle leur tirage sur un carton dur.
La photo lui permet d'apporter des corrections et des variantes en les peignant directement. Cela lui permet également de multiplier les propositions.

Florio le meilleur Marsala/Cinzano le meilleur apéritif.

Photographie peinte, mine de plomb, gouache, collages_1930.

L'affiche est relativement fidèle à la photographie peinte, seul le texte diffère, ici en italien. Cette affiche imprimée à Berlin en 1940 a été vendue après la fin du contrat qui liait Cappiello à la maison Devambez. Cappiello fait imposer la mention "d'après Cappiello"car il ne pouvait plus contrôler l'impression.

Lithographie en couleur(fac-similé)_1940, avec mention en haut à droite "d'après Cappiello".

Pour Cappiello l'affiche doit attirer l'attention, être visible et lisible à distance, immédiatement compréhensible.
Pour lui la ligne doit être souple et puissante pour donner à l'affiche de la vivacité. Le fond doit être sombre pour faire jaillir "une tache vive".
L'image va s'incruster dans l'esprit et devenir indissociable du produit et de son nom.
Cappiello nomme l'association de ces éléments "Arabesque" et va devenir la base de ses affiches.
La première du genre parait en 1903, il s'agit de l'affiche Chocolat Klaus. Elle va faire sensation et marquer un tournant dans les techniques publicitaires.

Vercasson écrit en 1906 : "Le chocolat Klaus fut la première maison qui expérimenta notre première audace dans ce genre. Ce fut un succès. En très peu de temps nous avions fait connaître cette marque de chocolat, grâce à une affiche incompréhensible, si vous voulez. Mais nul ne peut nier que si tout le monde blâmait son incohérence, ce même tout le monde n'en avait pas moins appris le nom de la marque qu'elle indiquait. Cette maison s'en montra d'autant plus satisfaite qu'elle avait déjà essayé douze affiches sans résultat"

Chocolat Klaus_lithographie en couleurs_1903

Pour le Cacao Suchard, une fillette boit son chocolat dans une immense tasse. Dressée sur la pointe des pieds elle ne veut pas perdre une goutte de cette excellente boisson.
Esquisse, fusain et pastel_1909

Pour Suchard Velma, quatre enfants virevoltent autour d'une tablette de chocolat.

Chocolat Velma Suchard_maquette, fusain, pastel et gouache_1921

L'exposition montre aussi des affiches pour les alcools.

Pour l'apéritif Vermouth, deux femmes élégantes semblent flotter dans les airs et se raccrocher à une bouteille.

Esquisse, fusain, gouache_1924

Une fois l'esquisse acceptée par le client, Cappiello réalise un agrandissement de l'image pouvant attendre jusqu'à 3 m de haut et 1,30m de large. La maquette définitive sert de "bon à tirer"

Vermouth Bellardi de Turin_Maquette sur papier entoilé, fusain, gouache_1927
 

Jusqu'au bout Cappiello se réserve la possibilité de modifier ses compositions. Ici la chope a été rajoutée. C'est une commande de la brasserie Wührer, à Brescia en Lombardie.

Maquette, fusain et gouache_1922

Pour la bière Metzger (brasserie de Turin), Gambrinus, personnage de légende surnommé "le roi de la bière" prend les traits d'un géant sympathique.

Maquette, fusain et pastel_1910

Pour les pâtes Lustucru de Grenoble, Cappiello s'est inspiré pour son affiche d'un personnage de légende, le père Lustucru.

Au XVIIe siècle le père Lustucru était un forgeron qui redressait l'esprit des femmes.

Il est devenu ensuite un géant grotesque et ridicule qui défilait au carnaval, et un personnage de la chanson pour enfants de Jean-Louis Forrain "La mère Michel" dont voici les paroles :

"C'est la mère Michel qui a perdu son chat,
Qui crie par la fenêtre à qui le lui rendra.
C'est le père Lustucru,
Qui lui a répondu :
Allez la mère Michel vot' chat n'est pas perdu
Refrain

Sur l'air du tra la la la
Sur l'air du tra la la la
Sur l'air du tra déridéra et tra la la

C'est la mère Michel qui lui a demandé :
Mon chat n'est pas perdu, vous l'avez donc trouvé ?
C'est le père Lustucru,
Qui lui a répondu :
Donnez une récompense, il vous sera rendu.
(Refrain)

Et la mère Michel lui dit : c'est décidé,
Si vous m'rendez mon chat vous aurez un baiser !
Et le père Lustucru,
Qui n'en a pas voulu,
Dit à la mère Michel : vot' chat il est vendu.
(Refrain)"

D'après le catalogue raisonné des affiches de Cappiello : "En 1871, Louis Cartier-Millon achète à Grenoble un atelier qui produisait des pâtes alimentaires depuis 1824. A cette époque, les pâtes se vendent en vrac et sans marque.

Pour développer sa société, Cartier-Millon décide de miser sur la marque et l'emballage.
En 1911, suite à un concours d'affiche gagné par le dessinateur Synave le damier bleu clair et bleu foncé est né. Au banquet de clôture de ce concours, Jean-Louis Forrain chante sa contine :

Ce sera la naissance de la marque Lustucru."

Nous pouvons voir encore bien d'autres affiches dans cette belle exposition.
Photographie peinte, fusain et gouache_1920_ publicité pour le dentifrice, dans un mouvement joyeux une femme se lave les dents devant un miroir;

Lithographie en couleur_1916, le trait d'union est un quotidien républicain et socialiste franco-italien. l'homme a les traits de Giuseppe Garibaldi, symbole de la nation italienne.

Esquisse au fusain pastel et gouache_1933 pour les petits suisses Ch. Gervais. Contre toute attente le petit suisse est un fromage de Normandie. L’ambiguïté est entretenue ici avec des enfants habillés en costumes du Tyrol.
Mirafiore

L'alcool Mirafiori


Lithographie Le petit Dauphinois_1933 : un homme au visage stylé avec une plume d'oie. Le regard qu'il porte sur l'actualité internationale est symbolisé par une mappemonde à la place de l'œil.

La Licorne_1925 sera destinée au Biscotti Wamar

L'exposition présente également ses carnets de dessins :

Album d'inventaire de photos d'esquisses. Pour la campagne publicitaire Lustucru, Cappiello choisit un personnage féminin qui déguste une assiette de pâtes.
Ce visage caricatural rappelle Bécassine créée en 1905 par Joseph-Porphyre Pinchon et Olive Oyl, la fiancée de Popeye imaginée par Elzie Crister Segar en 1919.
Etude pour l'affiche Théâtre de l'étoile_encre_vers 1923

 
Etude pour l'affiche Sancta_fusain, crayon et encre_vers 1925

 
 Dessin à l'encre_Leonetto Cappiello et sa muse_vers 1925


Vues générales de l'exposition

Créatif, Cappiello a imposé une image nouvelle de la publicité et de l'affiche au début du XXe siècle.

En quelques années, le "style Cappiello" révolutionne l'art de l'affiche.

Dans les années 1920, il est l'affichiste le plus plagié.

Beaucoup de ses affiches sont conservées au musée du Louvre ou encore au musée d'Orsay et au musée des Arts Décoratifs à Paris

Belle et originale exposition, présentée dans un bel écrin, elle rend hommage au génie de Leonetto Cappiello tombé à tort dans l'oubli.

Un bel ouvrage a été édité chez Libel à l'occasion de cette exposition.
Pour retrouver toutes les affiches de Cappiello :


* Pour en savoir plus sur Jules Chéret : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jules_Ch%C3%A9ret


Texte : Paulette Gleyze

Photos : Paulette et Gérard Gleyze