mercredi 10 novembre 2021

Alba la Romaine



Le 7 novembre 2021, nous avons visité, Alba la Romaine joli village de l'Ardèche.

Alba est, à partir du 1er siècle avant JC, un site gaulois du nom d'Alb, ce qui signifie hauteur ou montagne.

À l'époque romaine, la ville, capitale de la province d'Helvie, se nomme alors Alba Helviorum.

Le nom évolue en Alpibus (ablatif pluriel de Alps) en latin vulgaire.

Après l’abandon de la cité romaine dans la plaine, il faut attendre le Moyen-Age pour trouver mention d’une nouvelle agglomération. Selon la tradition le domaine appartenait à la famille d'Aps (perte du l de Alps) depuis le XIe siècle. C'est cette famille qui donne son nom au domaine.

Le territoire d’Aps devient ensuite la propriété de l’évêque jusqu'au XIIIe siècle. Au milieu du XIIIe siècle, c’est la famille des Deux Chiens qui en devient propriétaire.

En 1281, la famille des Deux Chiens signe dans la chapelle St-André la charte de franchise qui limite les droits seigneuriaux.
C’est une étape importante pour Aps qui voit ainsi s’établir les premières règlementations du système féodal.

A la suite du mariage de Blonde de Deux-Chiens avec Giraud Adhémar, seigneur de Grignan, la seigneurie tombe entre les mains des Adhémar et y reste jusqu’à la fin du Moyen-Age.

Après les Adhémar, la seigneurie est possédée par Georges de la Beaume de Suze. En 1614, Louis XIII élève la Baronnie d’Aps au rang de Comté.

Le 10 août 1789 le château est saccagé. Le dernier comte d’Aps a été Charles-Laure de Montagut.

C'est à partir de 1904 que le village prend le nom d'Alba. La dénomination actuelle d'Alba-la-Romaine a été officialisée par décret du 30 mai 1986 (publié au Journal officiel le 5 juin 1986) et a pris effet le 6 juin 1986.

Aujourd'hui le village est labellisé "village de caractère".

Entre 1980 et 2000, des fouilles archéologiques ont permis de retrouver les traces de cette importante cité : les vestiges d’un théâtre romain, d’un centre monumental et d’un sanctuaire.

En 2020, l'Inrap a mené de nouvelles fouilles et à mis à jour un alignement spectaculaire de foyers de la Protohistoire ainsi qu'un ensemble funéraire antique. Cet ensemble funéraire a livré un mobilier exceptionnellement bien conservé, dont les restes d’un volumen (tube dans lequel est enroulé un parchemin) et de rarissimes miniatures en plomb.

Pour ceux qui sont intéressés par l'archéologie du site voici l'article de l'INRAP:


À l’intérieur des fortifications du village datées du XIIIe siècle, le bourg médiéval s’est édifié en arc de cercle autour du château érigé sur un dyke volcanique (Un dyke, ou dike, est un filon de roches qui s'est injecté dans une fracture de l'encaissant).

Le village est composé de maisons construites du XIV au XVIIe siècle. On le parcourt par un labyrinthe de ruelles étroites, dallées et voûtées bordées de maison bicolores qui mêlent le basalte, pierre noire d’origine volcanique, et le calcaire, pierre blanche, dont une partie a été récupérée sur les ruines de l’ancienne cité antique d’Alba. Ces pierres calcaires déjà taillées étaient utilisées le plus souvent pour l’encadrement des portes et des fenêtres et pour la construction des escaliers, alors que le basalte plus difficile à tailler constituait en grande partie les murs .

L’architecture des maisons est la même pour tout le village : un comble (grenier) sous les toits, une pièce à l’étage qui sert de logement et à laquelle on accède par un escalier intérieur ou extérieur et une pièce voûtée au rez-de-chaussée appelée « la crotte » qui sert de boutique, d’atelier, de cave, d’étable ou pour l’élevage du ver à soie.

Le Portail de la Trappe est la porte située au nord de la cité médiévale, en bas de la rue principale du village médiéval. L’enceinte fortifiée d’Aps comprenait 4 portes et 3 tours.

Entre les maisons on remarque souvent la présence d’arcs-boutants qui enjambent la rue. Il servaient à renforcer les murs des maisons se faisant face.

Nous pouvons découvrir au fil des ruelles des inscriptions, des linteaux de porte décorés ou des reliefs bibliques...

Cette stèle funéraire du Ier siècle porte une inscription gallo-romaine qui nous apprend que L. Pinarius Optatus était membre d’un collège funéraire, une sorte d’association. A sa mort, ses confrères se sont occupés de ses funérailles et ont procédé à la crémation de son corps.

La chapelle st André, avec sa magnifique porte du XVe siècle, est surmontée d'une gravure en latin qui est un passage du psaume : "Seigneur, ne me trouble pas dans mon attente, je mets ma confiance dans le seigneur".

Cette chapelle est mentionnée pour la 1er fois en 1281, lors de la signature de la charte de Franchise qui limite les droits seigneuriaux.

Plusieurs textes font mention de cette chapelle durant tout le Moyen Age. En 1598, la chapelle trop exigüe est vendue aux enchères pour financer la nouvelle église St André. Cette chapelle sera transformée tour à tour en presbytère, en maison commune (mairie) puis école. Elle est aujourd'hui propriété privée.


Concernant la place de l'horloge et l'horloge elle-même, peu de textes informent sur la vie intra-muros d'Aps au Moyen Age. Pourtant, dès le début du XIVe siècle on trouve mention d'une place couverte, lieu de marchés et de foires, véritable cœur économique des villes médiévales. C'est probablement grâce à cette place que le petit bourg d'Aps se développe et repousse le mur d'enceinte de plusieurs mètres à l'ouest du 1er rempart.

Sur la place, a été construit au XVIIe siècle un beffroi nommé Tour de l'horloge.

Sur les façades nord et ouest de cette construction, nous pouvons voir la présence de vestiges d’une construction antérieure, à arcades. Il s'agit peut-être l’ancienne halle.

Il symbolise l’autonomie et la puissance de la ville. Son clocher abritait une cloche qui date de 1602 et qui est depuis 1939 à la mairie.

Dans le village nous pouvons voir de nombreux mûriers dont certains sont très vieux. Ils sont la mémoire du temps où le village abritait de nombreuses magnaneries familiales (Une magnanerie ou magnanière est un ancien lieu d'exploitation de sériciculture traditionnelle, c'est-à-dire l'élevage du ver à soie).

Sur la place du village se trouve le château d'Alba.

Il a des allures de château fort mais son premier donjon date du XIe siècle.
Avec sa silhouette de grosse bastide méridionale, il domine le village. Il avait une fonction militaire et de résidence.
Il a été restauré et transformé au XVIIe siècle par George de La Beaume de Suze.

Il devient propriété de la famille de Montagut de 1668 à 1793. Mais cette famille à ascendance royale vit à Versailles et ne se préoccupe pas du château d'Aps.


Dix ans avant la Révolution, le château est assiégé par les villageois. Il est vidé, les meubles sont vendus et la bibliothèque brûlée sur la place.
Il est ensuite divisé en sept lots qui seront achetés par différentes personnes.

En 1880, le docteur Gaillard qui est né à Aps et a son cabinet à Lyon et fait fortune avec son remède contre les hernies, achète le château. Il aménage tout le premier étage du château et au rez-de-chaussée, il coupe la cuisine médiévale en deux pour créer sa salle à manger qui est désormais le salon vert. Il y fait poser un magnifique parquet ainsi que dans la salle de danse.

En 1974, le docteur Magdeleine Frimat rachète le château, entreprend des restaurations et ouvre le château au public. Il organise des expositions tous les étés et accueille spectacles et séminaires, aujourd’hui ses enfants continuent son œuvre.

La restauration est menée avec l’aide des monuments historiques,
le château étant inscrit au titre des monuments historiques depuis 1939.

Riche de plus de 2000 ans d’Histoire, Alba-la-Romaine est un village de caractère niché au pied du massif de Coiron.
Il a un cachet incomparable avec son architecture locale unique.


Texte de Paulette Gleyze

Photos de Paulette et Gérard Gleyze

lundi 8 novembre 2021

Le musée Hansi à Colmar



Le 16 août 2021, pour le dernier jour que nous passons à Colmar nous le consacrons à la visite du musée Hansi.

Le Village Hansi et son Musée est située au cœur de la vielle ville de Colmar, dans une maison au joli nom de « au nid de cigogne ».

C'est une magnifique reconstitution de village typiquement alsacien. Cet endroit féérique semble tout droit tiré de l'imagination de l'artiste avec ses rues pavées et ses maisons colorées rappelant ses œuvres.

Au rez de chaussée se trouve le marché de l'Oncle Hansi qui est une marque régionale de la gamme du Marché de l'Oncle Hansi , mettant à l’honneur les produits alsaciens.
 
 
Et au 1er étage se trouve le musée qui expose plus de 100 œuvres de l’artiste : des dessins, des aquarelles, des affiches, des objets, des menus...emblématiques de l'Alsace, créés par Hansi qui a restitué sa vision d’une Alsace idéale.
son atelier

Les effets et objets ayant appartenu à Hansi

Jean-Jacques Waltz est né le 23 février 1873 à Colmar. A cette date, l'Alsace et la Moselle n'appartiennent plus à la France suite à la guerre de 1870 qui a vu la défaite de Napoléon III face aux Prussiens. Cette situation va perdurer jusqu'au Traité de Versailles du 28 juin 1919 qui rend l'Alsace et la Moselle à la France.

Malgré l'euphorie d'après guerre, le "malaise alsacien est sensible en raison du bilinguisme, de la nationalité, des particularismes hérités de la gestion allemande. Moins d'un an après le début de la 2e guerre mondiale, l'Alsace et la Moselle sont annexées au Reich, lequel va enrôler de force beaucoup de jeunes hommes, les "malgré nous". Ce n'est qu'à la fin de la guerre que ces deux régions redeviendront françaises.

Jean-jacques Hansi grandit à Colmar dans la culture de l’histoire et de l’art, notamment alsacien transmise par son père, le conservateur du musée Unterlinden. Mauvais élève, il quitte l'Alsace en 1894 pour se former au métier de dessinateur industriel à Lyon. Parallèlement il suit les cours des arts décoratifs à l'Ecole des Beaux Arts.

A la fin de ses études, il revient en Alsace exercer le métier de dessinateur industriel à Cernay puis à Logelbach.
A cette période, il dessine ses premières cartes postales sur lesquelles se confondent les villages alsaciens et les caricatures anti-allemandes, qu’il signe sous le pseudonyme de Hansi, contraction allemande de ses deux prénoms "Hans" pour Jean et le "I" de Iacob pour Jacques.

Suivront de nombreux recueils de caricatures anti-germaniques dont le célèbre « Professor Knatschké », qui lui vaudront plusieurs condamnations devant les tribunaux allemands.

Dès 1908, il décide de se consacrer entièrement au dessin. Il enseigne l'aquarelle et répond à des commandes publicitaires.

Le 4 août 1914, il s'engage dans l’armée Française dans le 152e R.I.

Après la guerre, il produit de nombreuses illustrations de l’Alsace, publiées sous forme de cartes postales et de livres illustrés, ainsi que des menus et des publicités.

En 1923, au décès de son père, il lui succède au poste de conservateur bénévole au musée Unterlinden.

En 1939, Hansi est activement recherché par la Gestapo, il est contraint à l’exil en France, puis en Suisse. Il fuit en Bourgogne et dans le sud de la France. Il est retrouvé à Agen, battu et laissé pour mort. Il fuit alors en Suisse jusqu'en 1946.

Durant la guerre il réalise des affiches pour l’armée Française.


De retour en Alsace en 1946, il se consacre à nouveau au musée Unterlinden et publie le 3ème tome de "l'art héraldique"et poursuit sa carrière d'artiste.

En 1948, il est fait citoyen d'honneur de la ville de Colmar. Il s'éteint néanmoins dans la misère le 10 juin 1951, après une vie consacrée à son art.

Il a exploré toute la palette des supports publicitaires et réalisé des thèmes aussi divers que la Misère et la Mort pour les Annales Anti-Alcooliques.
 

Il produit des affiches pour les Emprunts de guerre.
 

pour la société commerciale des Potasses d'Alsace dont il créé le logo en 1929.

Il exécute une série d'affiches lithographiques pour la Banque d'Alsace Lorraine, pour le Chemins de fer de l'Est, pour les bières d'Alsace, qui lui donnent la notoriété.

Correspondant de journaux francophiles, il édite le "Professor Knatschké" et réalise des caricatures.

Grâce à son esprit frondeur, ses caricatures espiègles du professeur Knatschké se sont progressivement transformés en dessins et publications qui bravent l'autorité allemande. Il est condamné plusieurs fois pour diffamation.

Au travers d'une dizaine de salles d'exposition nous découvrons les
les paysages alsaciens peints par Hansi, avec leurs traits à la fois naïfs et incisifs.

Les représentations nocturnes tiennent une place particulière dans toutes les techniques que Hansi a développé : gravures, lithographies, aquarelles, peintures à l'huile. L'artiste nous plonge dans l'ambiance des soirs d'été mais aussi des soirs d'hiver. Il utilise des techniques pointillistes.

Il a excellé dans la technique de l'eau-forte aquatinte pour la restitution des nuits. Avec l'Auberge des boulangers, les remparts de Colmar, la place de la Sinn, la profondeur des nuances captent le regard.


Hansi a dédié une grande partie de son oeuvre à Colmar, sa ville natale.
Les représentations se trouvent sur des cartes postales, des eaux-fortes, des aquarelles et dans le livre "Colmar-en-France" réalisé en 1923. Cet ouvrage comprend une centaine de représentations qui montre la passion qu'avait Jean-Jacques Waltz pour sa ville natale. Il reproduit les marchés, les habitations, les boutiques, les hôtels particuliers...les ruelles étroites, la Collégiale...

Les images du livre "Mon Village, Ceux qui n'oublient pas" édité pour Noël 1912, sont les plus connues de Hansi.

Les illustrations de ce livre que l'on croit destiné aux enfants sont bien différentes de ses aquarelles et eaux fortes.

Ce village est imaginaire mais c'est Oberseebach dans le Nord de l'Alsace qui a servi de référence. Les planches représentent les scènes traditionnelles d'Alsace. Mélange du passé avant annexion et du présent, garçons et filles en costumes traditionnels et vétérans médaillés de la guerre de 1870. La symbolique de cet album servira de toile de fond à toutes les représentations ultérieures des enfants d'Alsace, Yerri, Gretel et Liesel.

Hansi se définissait comme "un imagier populaire" et rappelait à ses visiteurs ne m'appelez pas maître, çà m'agace". Il avait mis cette mise en garde à la porte de son atelier.

Son oeuvre loin des peintures académiques a suscité un véritable engouement. Simple et issue de la culture populaire, l'imagerie de Hansi est facile de lecture. Les messages exprimés sont à la portée de tous.. Il a imaginé de nombreux produits dérivés comme des services de vaisselle, des poupées, des tissus, des jouets, du linge de maison.


Les dessins de Hansi se trouvent partout en Alsace, son imagerie est massivement utilisée dans le commerce.

Malgré son talent, la fin de sa vie est triste. En janvier 1951 il écrivait : « Voici l'hiver et la vieillesse inséparables – et le froid, la neige, les courtes journées sombres et les interminables nuits blanches, et l'anémie, l'arthritisme, les autres infirmités – et les médecins. A présent, plus de promenades du soir dans les vieilles rues, plus de tournée au Musée et plus de regard de déférente admiration et de reconnaissance pour le chef-d’œuvre , mais le soir, dans l'ombre de l'atelier on devine l'affreux cafard, l'ennemi du joyeux et divin travail... »

Robert Heitz écrivait une semaine après sa mort : « Trop fier pour récriminer, veillant jalousement à son indépendance, il a payé son intransigeance au prix d'une solitude frisant l'oubli et d'une vie matérielle pénible. Aussi bien, quand demain, sur sa tombe les officiels vanteront avec force trémolos les mérites et la gloire d'un des meilleurs serviteurs que la France ait eus en Alsace, ceux qui savent ne seront pas dupes. On a eu beau le couvrir de médailles et de cravates rouges, il n'en reste pas moins que la France officielle, sans imagination et sans cœur, n'a pas su trouver la formule qui eût évité à ce vieillard de vivre dans une gêne matérielle qui, sans le concours discret de quelques amis fidèles, eût été la misère pure et simple. »

Une statue lui a été érigé dans le parc de Colmar.



Texte de Paulette Gleyze

Photos de Paulette, Anne et Gérard Gleyze