vendredi 25 septembre 2026

Le musée Anne de Beaujeu à Moulins

Après la visite de la ville de Moulins :
https://ballades-page3873.blogspot.com/2026/08/visite-de-la-belle-ville-de-moulins.html

De la Collégiale de Moulins devenue cathédrale :
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Nous visitons le musée Anne-de-Beaujeu qui est installé dans un pavillon Renaissance construit entre 1498 et 1503 par Anne de France (Anne de Beaujeu) et son époux Pierre de Beaujeu.

Il faisait partie du prestigieux palais des ducs de Bourbon. C'est l'un des premiers bâtiments français fortement influencés par la Renaissance italienne.

Anne de Beaujeu est une personnalité historique particulièrement intéressante, fille du roi Louis XI, elle devient, à la mort de son frère Charles VIII, l'une des femmes les plus puissantes du royaume puisqu'elle exerce la régence de France avec son mari.

Le musée possède aujourd'hui près de 20 000 objets et œuvres. 

Le musée présente ses collections sur trois niveaux

Au Rez-de-chaussée se trouve la partie archéologique avec l'archéologie régionale (Préhistoire - époque gallo-romaine), des objets provenant de l'Allier, des objets en pierre, bronze, céramiques, figurines gallo-romaines, l'archéologie classique, une collection égyptienne.

Au 1er étage, ce sont des collections liées à l'histoire et à l'art du Moyen Âge et de la Renaissance .
Au 2e étage, ce sont des collections d'art plus récentes (arts décoratifs moulinois du XVIIIe siècle, faïences de Moulins, coutellerie, peintures et sculptures du XIXe siècle
notamment l'art académique français du XIXe siècle.

Le musée est parfois surnommé « le Petit Louvre » en raison de la richesse de ses collections.

Le Rez-de-chaussée est particulièrement intéressant parce qu’il traite de la Préhistoire jusqu’à l’Antiquité.

Pour la Préhistoire, une grande partie des objets vient de l’Allier et du Bourbonnais.

 Les collections remontent au Paléolithique et permettent de découvrir les premières traces de présence humaine dans la région.

On voit des objets fabriqués en pierre, outils, éclats et autres éléments permettant de comprendre les techniques utilisées par les populations préhistoriques.



Le parcours présente des objets datant de l’âge du Bronze.


La collection devient ensuite particulièrement riche pour la période gallo-romaine.
Le musée conserve un très important ensemble de figurines en terre cuite blanche fabriquées dans l'Allier.

Elles étaient produites à l'aide de moules, parfois de manière presque industrielle. Des ateliers ont notamment été identifiés autour de Villeneuve-sur-Allier, Yzeure, Toulon-sur-Allier et Vichy.

Ces petites figurines sont très intéressantes car elles peuvent représenter des divinités, des personnages, des animaux et des personnages liés à la vie quotidienne.

Elles pouvaient avoir différentes fonctions, notamment religieuses ou votives.

Nous découvrons ensuite l'antiquité grecque et romaine.
Le musée présente notamment des céramiques gréco-romaines provenant de la célèbre collection Campana. 

Cette collection avait été constituée au XIXᵉ siècle par Gianpietro Campana, avant d'être acquise en partie par la France en 1861.

Ces objets permettent de découvrir la mythologie, les personnages représentés sur les vases, les techniques de fabrication et la vie quotidienne dans le monde antique.
Tête d'homme barbu_marbre blanc_époque romaine ?_dépôt du musée du Louvre en 1875

Tête de femme_marbre blanc_fin du 2e siècle ou début du 3e siècle de notre ère_Grèce ou Italie_dépôt du musée du Louvre en 1875




Le musée possède également une importante collection d'archéologie régionale du monde romain et gallo-romain.

On y trouve donc des traces de la présence et de l'influence romaines dans la région de l'Allier : objets de la vie quotidienne, éléments archéologiques et témoignages des populations locales romanisées.



La partie consacrée à  l'Egypte antique est très intéressante parce qu'elle comprend deux ensembles funéraires avec momie, cercueil et cartonnage.

La momie est l'une des pièces les plus remarquables. Elle est attribuée à la XXIIᵉ dynastie, c'est à dire la Troisième Période intermédiaire, (environ 1069–664 av. J.-C., avant notre ère).

La momie a été retirée de son cartonnage et dé-bandelettée dans les années 1990 pour d’être restaurée.

Les analyses ont permis une découverte particulièrement intéressante, de nombreux restes de poux et de lentes étaient encore conservés dans les cheveux, le cuir chevelu et les débris provenant du crâne.

Nous pouvons voir des serviteurs funéraires qui dans l’Égypte antique, sont appelés chaouabtis (ou shabtis).

Dans l'Egypte antique ce sont de petites statuettes placées dans les tombes pour accompagner le défunt dans l’au-delà.

Selon les croyances, ils pouvaient accomplir à la place du défunt les travaux et tâches exigés dans l’au-delà.

Ils représentent généralement le défunt sous forme momifiée, souvent avec des outils agricoles dans les mains. Ils sont en bois, faïence, pierre ou autres matériaux.

Leur usage se développe particulièrement à partir du Moyen Empire et devient très fréquent au Nouvel Empire.

Ils témoignent de la croyance égyptienne selon laquelle la vie continuait après la mort et qu’il fallait disposer de ressources et d’assistance dans l’au-delà.

À partir du Nouvel Empire, on parle plutôt d'oushebti, souvent traduit par « celui qui répond », en référence à la formule magique qui devait leur permettre de répondre à l’appel du défunt.

Nous pouvons voir aussi une tête humaine et un pied humain, une tête de canidé, des masques funéraires, des amulettes, des céramiques.

Ces objets couvrent plusieurs périodes de l'Égypte ancienne

À l’étage, la partie consacrée à l’art médiéval et à la Renaissance est particulièrement intéressante parce qu’elle est directement liée à l’histoire des ducs de Bourbon et à la période où Moulins devient une cour princière importante.

À la fin du XVe et au début du XVIe siècle, Pierre II de Bourbon et Anne de France (Anne de Beaujeu) jouent un rôle essentiel dans le développement artistique du Bourbonnais.

Ils font venir architectes, peintres, sculpteurs et vitraillistes pour embellir leurs résidences et les édifices religieux de leur territoire.

Le musée présente justement les œuvres produites dans ce contexte de mécénat princier.

C'est une période de transition très intéressante, on est encore dans le Moyen Âge, avec l'art religieux traditionnel, mais de nouvelles influences apparaissent et annoncent la Renaissance.

Pour comprendre ces œuvres, il faut imaginer le Bourbonnais entre le XIIe et le XVIe siècle.

Les églises, abbayes, prieurés et châteaux de la région étaient remplis de sculptures religieuses. La sculpture n'était donc pas seulement destinée à être « belle », elle avait une fonction religieuse et pédagogique.

La population qui ne savait pas lire pouvait comprendre les épisodes de la Bible et la vie des saints à travers les statues, les retables, les scènes sculptées, les Vierges, les saints, les représentations du Christ.

La sculpture médiévale évolue progressivement. Au Moyen Âge, les personnages peuvent avoir une apparence assez hiératique, ils sont représentés frontalement, avec des attitudes relativement rigides.

Puis, au XVe siècle, on voit davantage apparaître des visages individualisés, des expressions, des plis de vêtements plus travaillés, des attitudes plus naturelles, des rapports plus complexes entre les personnages, une volonté de rendre les figures humaines plus crédibles.

C'est justement cette évolution qui conduit progressivement vers la Renaissance.

Le gisant de Pierre II de Brosse, réalisé par Philippe Colomb est une œuvre intéressante parce qu’elle se situe à un moment charnière de la sculpture funéraire du début du XVe siècle.

Pierre II de Brosse (vers 1355-1422) était un important seigneur du Bourbonnais-Berry. Il a été Seigneur de Sainte Sévère, Boussac et Huriel, Chambellan du roi et Maître de la Cavalerie.

Son fils Jean de Brosse deviendra ensuite maréchal de France et compagnon de Jeanne d'Arc.

Philippe Colombe est un sculpteur assez méconnu. Il est le père de Michel Colombe, le grand sculpteur de la fin du XVe et du début du XVIe siècle.

Le gisant de Pierre II est daté de 1416 et appartient encore pleinement à la tradition médiévale du portrait funéraire aristocratique. Le défunt n'est pas simplement représenté comme un cadavre, il est présenté dans une attitude qui conserve sa dignité sociale et religieuse.

Les gisants sont à la fois des portraits, des monuments de mémoire familiale et des objets liés à la croyance chrétienne en la résurrection.
Gisant de Pierre II de Brosse_Philippe Colombe (*_1457)-vers 1416-1422_Pierre calcaire

La statue équestre de saint Martin appartenait à l'ancienne collégiale Saint-Martin d'Huriel, dans l'Allier. Pierre II de Brosse avait fait de cette église la nécropole de sa famille et avait commandé à Philippe Colombe un ensemble comprenant le tombeau de la famille de Brosse, avec le gisant, une Vierge de Pitié au-dessus du tombeau et, pour le maître-autel, une statue de saint Martin.

Le saint Martin n'est donc pas une œuvre isolée, mais appartient au même programme artistique et religieux que le tombeau.
Saint Martin de Tours est traditionnellement représenté comme soldat romain partageant son manteau avec un pauvre. Il est donc à la fois un saint militaire et une figure de charité chrétienne.

On voit chez Philippe Colombe un art encore profondément gothique, mais déjà très attentif au volume des corps, au mouvement, au rendu des étoffes, à l'expression des personnages et surtout à la narration très lisible de l'épisode religieux.

La collégiale Saint-Martin d'Huriel a disparu et le mausolée familial a été détruit pendant la Révolution. Quelques vestiges ont cependant survécu et sont conservés au musée Anne-de-Beaujeu à Moulins.
Statue équestre de St Martin_Philppe Colombe_1416_pierre

A la fin du XVe siècle, les armoiries ne sont pas une décoration secondaire. Elles permettent d'identifier immédiatement une personne, une lignée, une alliance matrimoniale et surtout un pouvoir territorial et politique.

L'écu des Bourbons est une sorte de signature monumentale de la maison ducale.

Dans le cas de Moulins, cette fonction est particulièrement forte. Moulins est alors la capitale du duché de Bourbon, et la cour des ducs constitue l'un des centres aristocratiques importants du royaume de France.

Le couple formé par Pierre II de Bourbon (1438-1503) et Anne de France, dite Anne de Beaujeu (1461-1522) est particulièrement puissant.

Anne est la fille de Louis XI. Après la mort de son père, elle exerce avec son époux la régence du royaume pendant la minorité de son frère Charles VIII.

Leur mariage donne donc aux Bourbons une proximité extraordinaire avec la monarchie et c'est précisément ce que l'héraldique permet de montrer.

Un écu n'est pas seulement « les armes de Pierre », il peut devenir le lieu où se manifeste l'union de deux lignées.

La fin du XVe siècle est importante parce que l'on se trouve au moment où le gothique flamboyant rencontre progressivement la Renaissance.

Pierre II et Anne de Beaujeu sont parmi les grands mécènes qui introduisent dans leur environnement les nouvelles formes artistiques venues d'Italie.

Le pavillon Anne-de-Beaujeu, construit à Moulins autour de 1500, est traditionnellement considéré comme l'un des premiers édifices français de la Renaissance.

Les écus appartiennent donc à un moment où l'héraldique reste profondément médiévale dans son principe, alors que l'environnement artistique commence à changer.

Il faut regarder l'écu comme une « image du pouvoir ». Le portrait montre le visage du prince, le gisant montre le prince dans la mort et dans sa mémoire dynastique, l'écu montre son appartenance et ses droits.
Les écus des Bourbons_fin du 15e siècle_pierre

Jean II de Bourbon est l'un des personnages les plus importants de l'histoire du duché de Bourbon à la fin du XVe siècle. Il devient duc de Bourbon en 1456 et meurt en 1488. Il est aussi connétable de France à partir de 1483. Sa cour de Moulins est alors un foyer artistique important.

La statuette le montre agenouillé, en prière, dans une attitude extrêmement codifiée au Moyen Âge, le prince se présente devant Dieu non pas comme un homme d'action, mais comme un chrétien qui implore, médite et attend le salut.

Il est simultanément un homme devant Dieu et un duc devant les hommes.
Son attitude est sobre, le corps est vertical, les mains jointes, le regard dirigé vers ce qui devait se trouver devant lui, probablement une figure sacrée ou un petit retable.

Ce type de sculpture était destiné à être intégré à un ensemble funéraire ou dévotionnel.

La statuette est traditionnellement associée à Michel Colombe.

Elle est particulièrement importante parce qu'elle se situe dans la période où Michel Colombe développe son langage artistique en Touraine et dans l'environnement des grandes cours aristocratiques.
 Duc Jean II de Bourbon en prière_statuette originale présentée au Walters Art Museum de Baltimore (Etats Unis) généralement attribué à Michel Colombe_daté vers 1470-1480_Moulage_Avant 1896_plâtre

Ce bas-relief présente deux emblèmes de la famille des ducs de Bourbon : le cerf-volant, introduit par Pierre II et la ceinture complétée de la devise d'espérance, introduite par le duc Louis II. Il pourrait s'agir d'une clé de voûte.
Bas-relief sculpté d'un cerf-volant et de la ceinture d'espérance_fin du 15e siècle_Pierre d'Apremont

Pour comprendre la salle Renaissance il faut connaître le contexte de Moulins.

À la fin du XVe siècle, Moulins est la capitale du duché de Bourbon et les Bourbon sont alors extrêmement puissants.

Pierre II de Bourbon et son épouse Anne de France, fille du roi Louis XI et sœur de Charles VIII, constituent une cour brillante. Anne joue en particulier un rôle politique considérable. Elle est aussi une grande commanditaire artistique.

Le Louvre la présente comme une princesse qui s'entoure notamment d'artistes français et étrangers, parmi lesquels Jean Hey, longtemps appelé le « Maître de Moulins ».

C'est donc à cette époque que Moulins devient un véritable foyer artistique.

La Renaissance française ne commence pas simplement parce que des artistes italiens arrivent en France. Elle commence aussi parce que des princes français veulent adopter les nouvelles formes artistiques européennes. 

Ce sont les Bourbon qui vont jouer un rôle important dans cette transformation.

Dans les espaces dédiés aux XVᵉ et XVIᵉ siècles, nous voyons des sculptures bourbonnaises et religieuses à savoir des statues en pierre ou bois polychrome représentant saints, donateurs et scènes de la Passion.

Le style bourbonnais représenté par des ateliers locaux combinaient le réalisme poignant venu des Flandres avec l'élégance et la réserve du style français. Les visages se distinguent par une grande douceur (yeux étirés, traits fins) et les vêtements par des draperies lourdes aux plus amples bouillons.

Les œuvres sont taillées dans le calcaire local ou dans des bois durs comme le chêne et le noyer.

La collection compte un nombre remarquable de pièces ayant conservé leur polychromie d'origine et leurs dorures à la feuille, révélant la vivacité des couleurs d'époque.


L'identification de cette sainte est rendue difficile en raison du manque et ses attributs. 

Des recherches laissent penser qu'elle tenait dans ses mains, aujourd'hui détruites, une palme et une tour, l'identifiant comme Ste Barbe
Statue de sainte couronnée (sainte Barbe?)_Atelier de Jean de la Huerta_15e siècle_pierre, trace de polychromie

Provenant du château de Saint Gérard de Vaux, cette statue représente St Denis. Le saint décapité tient sa tête portant la mitre des évêques dans ses mains gantées.

Ce saint légendaire est le premier évêque de Paris, appelé alors Lutèce. Décapité par les Romains, Denis se serait alors relevé et aurait marché pendant 6km en tenant sa tête, d'où sa désignation de saint céphalophore (képhalê : tête et phorein : porter). 

A l'endroit où il s'est arrêté pour mourir, Sainte Geneviève, patronne de la ville de Paris, a fait édifier ce qui deviendra la basilique St Denis.
Saint Denis_atelier bourbonnais_fin du 15e siècle_pierre polychrome

Provenant de Beaulon, cette statue ayant conservé une partie de ses couleurs représente Ste Barbe.

Appuyée contre une tour, la sainte tient dans sa main droite la palme et dans sa main gauche un livre ouvert.
Sainte Barbe_atelier bourbonnais_15e siècle_pierre polychrome

Saint Martin à cheval partageant son manteau avec un mendiant_15e siècle_pierre 

Cette statue est rentrée dan les collections nationales par dation en 1994. Le Louvre l'a immédiatement déposé au musée Anne de Beaujeu.

Sur le revers est inscrit au crayon "cette statue provient de l'hôpital Saint Joseph de Moulins, le 09 mai 1938", l'oeuvre a été vendue à la fermeture de cette institution en 1938. Cet hôpital fondé au 17e siècle aurait pu recevoir en dévolution les biens de l'hospice de st Gilles, fondé par le duc Pierre II et son épouse Anne en 1499.

L'oeuvre est caractéristique du Bourbonnais, avec la simplicité de l'attitude, la douceur des traits du visage, l'expression mutine de l'enfant, le bord de la chevelure marqué par de petites boucles.

Malgré un décapage, une étude a réussi à restituer sa polychromie qui avait été exécutée sur une préparation blanche très fine.

Le manteau de la Vierge était bleu avec des galons de broderie d'or sur le bord des manches. La robe de la Vierge et celle de l'enfant étaient rouges.

 Il est possible que les cheveux de la Vierge aient été dorés à la feuille d'or.
La Vierge à l'enfant _fin du 15e siècle_pierre calcaire, traces de polychromie

De gauche à droite :
- personnage coiffé d'un chaperon_1er moitié du 15e siècle_pierre_Il se rapproche du décor sculpté de l'hôtel de Jacques Coeur à Bourges construit entre 1443 et 1451.
- personnage barbu coiffé d'un chaperon_1er moitié du 15e siècle_pierre
-  personnage coiffé d'un chaperon_15e siècle_pierre polychromé et doré_Une restauration en 1976 a permis de restaurer la polychromie

Provenant probablement de la collégiale, cette statuette de st Barthélémy pouvait faire parti d'un cycle d'apôtres sculptés avec saint Paul et saint Jacques mineur présentés juste à côté. 

L'identification de st Barthélémy s'appuie sur la présence du couteau dans sa main droite, attribut du saint.
Saint Barthélémy_Vers 1530-1540_pierre calcaire

Cette tête de femme, a été retrouvée à Varennes sur Allier. Elle présente un mouvement en arrière et un regard qui fixe un point en hauteur.
Tête de femme_milieu du 16e siècle_pierre calcaire

St Etienne est représenté sous les traits d'un jeune homme. Il porte la dalmatique, une tunique portée par le diacre lors de la messe. 

Dans un pan du vêtement, le saint présente les pierres avec lequel il sera lapidé, par décision du tribunal des Juifs pour avoir prononcé le nom divin de Dieu.
Saint Etienne_15e siècle_pierre

Ce personnage royal pourrait représenter le roi Louis IX, appelé aussi saint Louis. Il tient un sceptre dans sa main droite et porte une tunique verte, un manteau orné de fleurs de lys, symbole des rois de France.
Personnage royal_atelier bourbonnais_fin du 15e siècle, début 16e siècle_terre cuite vernissée

A la fin de la 2ème guerre mondiale, de nombreuses oeuvres récupérées en Allemagne ont été renvoyées en France. Certaines d'entre elles ont été restituée à leurs propriétaires spoliés par les nazis, certaines ont été vendue par les Domaines et d'autres étaient confiées à la garde des musées nationaux comme le musée du Louvre. Elles constituent ce qu'on appelle le MNR, c'est à dire "Musées Nationaux Récupération".
Leur historique permet de répartir schématiquement ces oeuvres en trois catégories. Cependant l'incertitude sur la provenance de nombreux objets rend imprécise toute répartition claires entre les deux premières catégories :
- oeuvres réellement spoliées à des particuliers, notamment aux familles juives.
- oeuvres vendues avec l'apparence de la légalité
- oeuvres commandées par l'occupant aux manufactures nationales.
Elles peuvent être mises en dépôt dans les musées régionaux. Le musée Anne de Beaujeu abrite 4 MNR.
Le "Portrait de femme à l'œillet" a fait partie de la collection de Hermann Göring.

La salle des retables est consacrée principalement à la peinture religieuse sur bois de la fin du Moyen Âge et du début de la Renaissance, notamment aux productions germaniques, autrichiennes et flamandes des XVe et XVIe siècles.

Le véritable point fort de la salle est constitué par huit panneaux provenant d'un retable consacré à saint Étienne, réalisé vers 1475 par le Maître d'Uttenheim, un peintre actif dans le Tyrol du Sud.

Cet ensemble est à l'origine même de la remarquable collection de peintures anciennes du musée. Il a été donné au XIXe siècle par Louis Rambourg, industriel montluçonnais.

Ces panneaux permettent d'apprécier une caractéristique essentielle de la peinture de cette époque à savoir le mélange entre spiritualité, richesse des couleurs, précision des détails et goût pour le réalisme. Les artistes portent une grande attention aux visages, aux vêtements, aux objets et aux décors.

La salle ne présente pas uniquement des retables complets. Elle rassemble également des panneaux provenant d'ensembles aujourd'hui dispersés, des peintures religieuses et des sculptures. On y trouve notamment des œuvres provenant des régions germaniques, des Pays-Bas et d'Italie.

Parmi les œuvres présentées figure par exemple une Crucifixion du Christ, peinte sur bois vers 1530-1540, qui montre la continuité de cette tradition de peinture religieuse au début du XVIe siècle.

Le Retable de l’Adoration des Mages est composé de trois panneaux :
au centre, la Vierge Marie avec l'Enfant Jésus ;
à gauche, un des Rois mages, richement vêtu, portant son offrande ;
à droite, un autre mage, lui aussi somptueusement habillé et tenant un vase précieux.

La scène appartient donc à l’iconographie de l’Adoration des Mages. Les Mages viennent reconnaître la royauté de l’enfant Jésus et lui apportent l’or, l’encens et la myrrhe. Le thème était extrêmement populaire dans la peinture des Pays-Bas et de l’espace germanique à la fin du Moyen Âge.
Le retable est traditionnellement attribué au Maître de Francfort, un peintre anonyme actif dans les anciens Pays-Bas au tournant des XVe et XVIe siècles. Le nom est donné par les historiens de l'art à un artiste dont plusieurs œuvres présentent des caractéristiques communes.

Ce petit tableau est conçu pour un usage privé. 
La Vierge en adoration devant l'enfant jésus est représentée le regard voilé de tristesse car elle est consciente du destin de son fils. Le cadrage très resserré valorise les expressions des visages et des mouvements des mains, comme une icône byzantine.
La Vierge à l'enfant_Benvenuto di Giovanni (Sienne 1436-Sienne av 1518)_Vers 1465_tempera sur bois

Cette peinture se trouvait sur la face interne d'un volet de retable qui était dédié à la Vierge. 

La scène représente la mort de Marie (appelé aussi la Dormition). La Vierge repose sur son lit avec dans la main un cierge qui s'éteint symbole de la vie qui la quitte.

 Elle est entourée des douze apôtres, Pierre en habit liturgique lit la prière des morts et plonge l'aspersoir dans le seau d'eau bénite. Agenouillé au pied du lit, Jean les yeux pleins de larmes tient la main de Marie.

L'espace de la chambre est juste suggéré par le sol carrelé et le lit.
La mort de la Vierge_Maître des oeuvres de Miséricordes, Salzbourg_vers 1470_huile sur bois

Le portrait d’une femme à l’œillet la représente vêtue d'une tenue bourgeoise allemande du XVIᵉ siècle. Elle porte une chemise dont le col est brodé d'une petite scène de chasse, avec des chiens poursuivant des cerfs.

Le détail le plus intéressant est évidemment l’œillet rouge qu’elle tient dans sa main. A la Renaissance, l’œillet n’est pas simplement une jolie fleur décorative. 
Il possède une signification amoureuse, il évoque l'attachement affectif et, dans les portraits allemands de cette époque, peut faire référence aux fiançailles ou au mariage. La jeune femme tient également des brins de romarin, qui sont associés au souvenir et à la fidélité dans le contexte amoureux.

On peut donc regarder ce portrait comme une sorte de message amoureux silencieux : la fleur et le romarin donnent au portrait une dimension symbolique qui dépasse la simple représentation physique.

Ce tableau est attibué à l'école de Lucas Cranach l'Ancien. Il est surtout célèbre pour ses portraits, ses scènes religieuses et mythologiques, ainsi que pour ses représentations de femmes. 

Son atelier de Wittenberg a produit énormément d’œuvres et a développé un style immédiatement reconnaissable : visages très lisses et élégants, silhouettes raffinées, vêtements somptueux, détails minutieux et parfois une certaine stylisation des traits.

Le tableau porte le numéro "MNR 354" qui indique qu'il s'agit d'une œuvre récupérée après la Seconde Guerre mondiale.

Plus intéressant encore, le tableau a été lié aux collections de Hermann Göring, l'un des principaux dirigeants du régime nazi. Le musée rapproche également son fond vert d'un autre portrait masculin qui se trouvait lui aussi dans la collection de Göring et qui avait été attribué en 1941 à Lucas Cranach l'Ancien.
Portrait d'une femme à l'œillet_ peinture sur bois datant du milieu du XVIᵉ siècle_ actuellement attribuée à l’école de Lucas Cranach l’Ancien. 

Pour le portrait d'un homme aux gants, on voit un homme représenté à mi-corps, légèrement tourné vers la droite. Il porte un costume entièrement sombre, un couvre-chef noir et une chemise blanche très travaillée autour du cou.

Son visage est particulièrement mis en valeur : il a une barbe importante, un regard dirigé vers la droite et une expression sérieuse, presque distante.

Dans sa main droite, il tient une paire de gants bruns. L'autre main est placée devant lui et semble accompagner son attitude.

Les gants sont probablement l'élément le plus intéressant du tableau. C'est un accessoire de prestige. Le tableau ne cherche pas seulement à nous montrer à quoi ressemble cet homme, il nous montre aussi comment il veut être perçu.
Portrait d'un homme aux gants_attribué à Joos van Cleve et daté vers 1525-1535

Ce petit tableau de dévotion personnelle représente avec beaucoup d'humanité la Vierge en prière, l'enfant Jésus posé sur ses genoux.
Elle porte une robe brodée d'un semis de coeurs sur la poitrine.
Un "drap d'honneur" rouge tendu derrière les protagonistes est un décor très apprécié des peintres flamands.
La Vierge à l'enfant_Nord de la France ou anciens Pays-Bas_Fin du 15e siècle_huile sur bois_classement au titre des Monuments historiques le 23 décembre 1918

Ce retable se compose de trois volets retraçant les derniers moments de la vie du Christ:
Volet gauche : Le Portement de croix. Jésus porte sa croix vers le Calvaire, entouré de soldats romains en armures colorées de la Renaissance et suivi par les Saintes Femmes.
Panneau central : La Crucifixion. Le Christ en croix domine la scène, encadré par la Vierge Marie vêtue de bleu à sa droite et par saint Jean drapé de rouge à sa gauche. À l'arrière-plan se découpe un paysage détaillé avec un château et des collines.
Volet droit : La Mise au tombeau. Le corps du Christ est déposé dans un sarcophage par Joseph d'Arimathie et Nicodème, sous le regard éploré de la Vierge et de saint Jean.

L'auteur Le Maître des Heures de Comeau est le nom de convention donné à un enlumineur et peintre anonyme actif entre la Bourgogne et le Bourbonnais autour de 1500 (à la fin du XVᵉ et au début du XVIᵉ siècle). 

Il doit son nom à un livre d'heures manuscrit d'une famille bourguignonne, les Comeau.
Retable de la Passion_attribué au Maître des Heures de Comeau_Composition du triptyque Peint vers 1500 à l'huile sur bois

Samson a délivré son peuple, les juifs, des Philistins grâce à a force extraordinaire. Il tient la mâchoire d'âne qui lui avait permis de remporter une bataille.

 Il tombe amoureux de Dalila qui corrompue par les Philistins, découvre que la puissance de Samson réside dans ses cheveux. Elle réussit à l'endormir et à lui raser la tête. 

Le pouvoir des femmes est ici perçu comme une perversion de l'ordre divin.

 L'inscription en allemand, "est sage celui qui peut se méfier de la ruse", met en garde les hommes contre les tentations de la chair qui les transforme en fous ridicules. 

La traîtresse Dalila est peinte dans un costume de l'époque du peintre, rendant l'image et son message actuels.

Cette oeuvre porte le monogramme de l'artiste HB, qui pourrait être Hans Brosamer formé dans l'atelier de Cranach et marqué par l'art d'Albrecht Dürer.
Dalila coupant les cheveux de Samson_Maître HB à la tête de Griffon_(actif en Saxe entre 1528 et 1550_Vers 1550_huile sur bois

Sainte Catherine d'Alexandrie s'oppose à un empereur romain qui lui demande de l'épouser et de renier sa foi chrétienne. Face à son refus, il l'a fait enfermer et torturer.

 Dieu intervient plusieurs fois en sa faveur notamment lorsque les roues dentées se brisent quand elles devaient lui déchirer les chairs. 

L'empereur la fait alors décapiter.

Sur ce tableau, la scène est placée à la fois en Orient avec les turbans et les vêtements exotiques de l'empereur et de ses hommes, et dans l'époque du peintre avec les habits du bourreau, de la sainte et des anges.
La décollation de sainte Catherine_D'après le Maître MZ (Matthaüs Zaisonger, actif à Munich autour de 1500)_huile sur bois

La Crucifixion du musée Anne-de-Beaujeu provient du château de Chabannes à Lapalisse, dans l'Allier.

L'oeuvre est classée au titre des Monuments historiques.

Le sujet est évidemment la mort du Christ sur la croix, mais la composition est beaucoup plus riche qu'une simple représentation de Jésus crucifié.

On trouve autour du Christ différents personnages qui participent à la scène, Marie, saint Jean, Marie Madeleine, des soldats et une foule.

Marie Madeleine est représentée au pied de la croix, dans une attitude très expressive de douleur et de dévotion. Elle constitue presque un relais émotionnel entre le spectateur et le Christ.

C'est une œuvre de la Renaissance française, elle date, de 1530-1540.

Au début du XVIe siècle, la peinture française est en pleine transformation. 

Les artistes restent très attachés aux traditions religieuses du Moyen Âge (fonds précieux, hiérarchie des personnages, forte dimension dévotionnelle) tout en intégrant progressivement les nouveautés de la Renaissance (intérêt pour les corps, les attitudes, l'espace, les vêtements et les détails du monde contemporain).

Cette Crucifixion témoigne de la manière dont les innovations de la Renaissance sont adaptées dans la peinture française.

Le choix du bois comme support est également caractéristique de cette période. Le musée possède un ensemble important de peintures sur bois des XVe et XVIe siècles, notamment germaniques et flamandes.
La crucifixion_France_Vers 1530-1540_huile sur bois 

Cette exposition de retables permet de comprendre comment fonctionnait l'art religieux avant et autour de la Renaissance.

 Un retable n'était pas simplement un tableau, c'était un ensemble destiné à prendre place derrière ou près d'un autel, composé de panneaux peints et parfois de sculptures. 

Il pouvait se déployer, se fermer et présenter différentes images selon les moments de la liturgie.

Le musée possède une collection suffisamment exceptionnelle pour qu'on parle à son propos, d'un « petit Louvre » .

Nous passons maintenant dans la salle des Arts décoratifs Moulinois qui a connu son âge d'or au XVIIIᵉ siècle. La salle qui lui est consacrée met en valeur l'originalité de cet artisanat d'art, caractérisé par une faïence grand feu de qualité.

Le développement de la faïencerie Moulinoise débute au début du XVIIIᵉ siècle, stimulée par la présence d'une aristocratie locale et par l'édit de Louis XIV ordonnant la fonte du vaisselier d'argent pour financer les guerres, ce qui incita les élites à se tourner vers la faïence raffinée.

La ville comptait plusieurs manufactures prospères (comme la fabrique de Montet).

La collection du musée permet d'observer l'évolution des motifs et de l'iconographie Moulinoise.

Les Chinoiseries sont très en vogue dans la première moitié du XVIIIᵉ siècle, ce style met en scène des personnages asiatiques, des pagodes et une flore fantastique, peints principalement en bleu de cobalt ou en camaïeu manganèse.

Le style Rocaille et les fleurs chantournées : Inspirés de la mode parisienne, les décors intègrent des rinceaux, des coquilles et des bouquets de fleurs (notamment le motif de la « rose de Moulins ») exécutés avec un réalisme souple.

Les décors populaires et patronymiques : Pièces de commande portant le nom de leur propriétaire, des dates de mariage ou des représentations de métiers, témoignant de l'adoption de la faïence par la bourgeoisie rurale et les corporations d'artisans.

Les sujets religieux : Assiettes et plats ornés de figures de saints patrons, de la Vierge ou de scènes bibliques.











L'accrochage expose la diversité des pièces produites.
Vaisselle de table : Plats d'apparat, compotiers, assiettes à bords festonnés, terrines en forme d'animaux.
Objets d'usage religieux ou dévotionnel : Bénitiers d'appartement, stèles de chevet et fontaines d'eau bénite.
Accessoires de toilette et de pharmacie : Chevrettes, pots à pharmacie (albarelles) et buires à eau.

Cette section est complétée par la collection de coutellerie moulinoise, (l'autre grande spécialité d'artisanat de luxe de la ville au XVIIIᵉ siècle), dont les manches en nacre, os ou métaux précieux, or et argent, dialoguent directement avec le raffinement de la faïence.


Nous pouvons voir ensuite l'exposition temporaire "Imaginer la nuit" présentée au musée, du 20 juillet au 20 septembre 2026.

Elle explore la représentation de la nuit dans les beaux-arts, principalement à partir des collections du XIXᵉ siècle.

Elle explore la manière dont les artistes ont représenté le crépuscule, la nuit et les premières lueurs du matin.

La nuit y devient tour à tour mystérieuse, inquiétante, romantique, poétique, moderne.

L'exposition s'intéresse aussi à la lumière artificielle, bougies, éclairage au gaz, puis électricité, qui transforment progressivement la manière de représenter les villes et les intérieurs nocturnes.


L'exposition est conçue comme un itinéraire poétique et immersif retraçant la manière dont les artistes, de la fin du XVIIIᵉ au début du XXᵉ siècle, ont appréhendé l'obscurité, le sommeil et les mystères nocturnes.




Ce médaillon représente une allégorie de la Nuit. On retrouve une figure féminine ailée, aux drapées finement ciselés, portant dans ses bras deux enfants endormis : le Sommeil, Hypnos et la mort Thanatos. Un hibou aux iles déployées, symbole de la nuit, complète la composition. 

Une allégorie du jour faisait le pendant à cette scène.
D'après Bertel Thorvaldsen_La nuit_XIXe siècle_Médaillon en biscuit_Musée des Beaux Arts de Paris


Conçue pour le prologue et l'épilogue de Méphistophélès, opéra de Arrigo Boito, créée en 1868 à la Scala de Milan et inspiré de la tragédie de Faust de Goethe, cette maquette prépare l'univers visuel où se déroule le drame.
Maurice Boucard_Maquette de décor pour le prologue et l'épilogue de Méphistophélès_1955_éléments cartonnés et peints à la gouache, collé sur plusieurs plans de tulle_maquette_Vichy, Musée de l'opéra

Dans cette allégorie de la nuit, le corps de la figure féminine se cambre pour s'inscrire dans la ligne de la lune. Elle tient dans ses mains deux flambeaux qui semblent tout juste éteints et laissent s'échapper une fumée. 

Un voile léger et transparent l'enveloppe tandis qu'une couronne sertie de pierre bleue ceint la chevelure. 

Seuls la blancheur de sa peau et l'éclat du croissant de lune contrastent avec le ciel sombre et brumeux de l'arrière plan, conférant à la scène une atmosphère mystérieuse et poétique.
Charles Philibert Mariller_La nuit_fin du XIXe siècle_Huile sur toile_Autin, musée Rodin

La scène représente quatre bacchantes endormies sur des peaux de panthère dans une clairière. 
Compagnes du dieu Bacchus,  les Bacchantes ou Ménades ont été des sujets prisés pour leur sensualité : sourires grivois, regards enjoués, corps dénudés.

Deux satyres, personnages souvent mi-homme et mi-bouc et associés aux Bacchantes dans le cortège dionysiaque, les observent tandis qu'un amour ailé survole la composition. 

Le thyrse, représenté au premier plan, entouré de feuilles de vignes et de raison est l'attribut des bacchantes, symbole de prospérité et d'hédonisme.
Auguste Pontenier d'après François Boucher_Bacchantes endormies_XIXe siècle_gravure sur bois_Moulins, musée Anne de Beaujeu

Réalisées en ivoire, ces deux statuettes féminines aux drapées délicatement sculptés symbolisent le jour et la nuit. 

L'allégorie de la nuit est représentée tenant un flambeau allumé, une chouette à ses pieds, tandis que l'allégorie du jour est accompagnée d'un coq. 

Elle a perdu l'attribut qu'elle tenait dans sa main droite.
Allégories du jour et de la nuit_XVIIe siècle_statuettes en ivoire_Moulins, musée Anne de Beaujeu

La coupe "La Nuit" s'inscrit dans une période où Gallé associe le verre aux montures en métal précieux. La pièce en verre soufflé marbrée de tons opalescents et bruns est finement gravée à la roue.

 Elle repose sur une monture en bronze doré aux formes organiques, sculptée comme une racine. Sur la panse, un profil féminin posé au creux d'un croissant de lune se détache, évoquant la nuit.
Emile Gallé_coupe, la nuit_1884_verre soufflé et gravé_monture en bronze doré"

Ce plâtre préparatoire s'inscrit dans la phase de conception de la coupe "La Nuit" destinée à être éditée en bronze. 

A la fin du XIXe siècle, l'école de Nancy promeut l'alliance de l'art et de l'industrie.

 Les sculpteurs élaborent des sculptures en plâtre qui servent à la la mise au point de moules puis à la fonte, permettant des tirages de grande qualité tout en conservant l'empreinte de l'artiste
Victor Prouré_plâtre préparatoire à la coupe "La Nuit"_1894_plâtre

Conçue pour être positionnées au dessus d'un lit, la Nuit s'inscrit dans les débuts de la carrière de l'artiste et de ses premiers succès.

La nuit installe un voile étoilé et d'un geste léger, elle sème des fleurs de pavot symbole de sommeil et d'oubli.
Jean Léon Gérôme_La nuit_1850-1855_huile sur toile_Paris, musée d'Orsay



Cette exposition temporaire mériterait un article à elle seule, tant elle est dense.

La dernière section du parcours permanent, le Salon de peinture du XIXᵉ siècle est l'une des plus spectaculaires du musée.

Elle se distingue par une scénographie fidèle aux Salons parisiens de l'époque avec un accrochage dense, sur plusieurs hauteurs, recouvrant des caisses aux teintes sombres pour mettre en valeur les dorures des cadres.

Cette collection rassemble la peinture académique et le style « Pompier »

Le style "pompier" est un style de peinture très académique, surtout associé au XIXᵉ siècle.

Il se caractérise par des scènes historiques, mythologiques ou religieuses, des compositions très spectaculaires et théâtrales, beaucoup de détails, des couleurs riches et une technique très maîtrisée, des personnages idéalisés, souvent représentés de façon héroïque, une volonté de produire des œuvres grandioses et impressionnantes.

Le terme « pompier » est à l’origine péjoratif . Il viendrait notamment des casques ou coiffures à l’aspect « pompier » portés par certains personnages antiques représentés dans ces tableaux. Il désigne souvent l’art académique jugé conventionnel, emphatique et démodé, notamment par les mouvements modernes.


Le musée possède un fonds exceptionnel issu de commandes d'État ou d'achats auprès d'artistes majeurs de l'Institut de France.

On y contemple des sujets d'histoire, de la mythologie ou de l'Orient romantique ainsi que des sculptures.















Cette collection permet de mieux comprendre comment s'est constitué le goût artistique sous la IIIᵉ République à travers la politique d'achats publics.

Pour conclure, la visite du musée Anne de Beaujeu à Moulins a permis de découvrir des œuvres et des objets très variés, allant de l’archéologie à la peinture, en passant par la sculpture et les arts décoratifs. 

Les collections permanentes permettent de mieux comprendre l’histoire de la région, notamment celle des Bourbons, tout en découvrant des œuvres provenant de différentes périodes et de différents horizons artistiques. 

Le musée possède de 20 000 objets et œuvres, dont une partie est présentée au public.

L’exposition temporaire apporte une approche différente et complémentaire.
A travers le thème de la nuit, elle permet de voir comment les artistes ont représenté les paysages nocturnes, les jeux de lumière, les rêves et les atmosphères mystérieuses. 

Cette visite permet donc de comprendre que le musée Anne de Beaujeu n’est pas seulement un lieu où sont conservées des œuvres anciennes, c’est aussi un espace qui permet de faire dialoguer l’histoire, l’art et le patrimoine. 

Le musée, installé dans le magnifique pavillon Renaissance construit à la fin du XVe siècle, participe pleinement à l’intérêt de la visite.


Texte de Paulette Gleyze

Photo, de Paulette et Gérard Gleyze





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