samedi 4 novembre 2017

Grenoble et ses décors en ciment moulé

2017 est à Grenoble, l'année de la commémoration de l'invention du ciment par louis Vicat.

Le 25/10/2017 avec un guide de l'office du tourisme, sous un beau soleil automnal, nous allons découvrir comment l'invention du ciment a marqué
l'architecture grenobloise.
Il va nous apprendre à repérer les façades en pierre de taille ou en ciment, les sculptures et décors en pierre ou en ciment moulé.
La visite se fera dans l'hyper centre de Grenoble et nous ne verrons que les bâtiments principaux. Il y en reste bien d'autres à découvrir...

C'est à Grenoble que Louis Joseph Vicat invente le ciment artificiel.

Il est né le 31 mars 1786 à Nevers et mort le 10 avril 1861 à Grenoble, il est diplômé de Polytechnique et des Ponts et Chaussée.
Il entretient une correspondance assidue avec un autre illustre grenoblois d'adoption, Jean-François Champollion.
Ingénieur au service de l'Etat, il est nommé en 1812, à l'âge de 26 ans, responsable de la construction du pont de Soulliac sur la Dordogne. C'est le blocus continental, le chantier est ralenti. Il met à profit son temps pour faire des recherches sur les mortiers, et découvre le ciment hydraulique. Il publie ses travaux en 1817, et va utiliser sa découverte pour la construction du pont de Soulliac. Les travaux reprennent à Souillac et le pont est terminé en 1822 et devient le premier pont bâti avec une chaux hydraulique artificielle.
En 1836, Louis Vicat fait encore deux découvertes qu'il publie en 1851 : il met au point les ciments brûlés ou sur-cuits (ciment à très forte résistance) et le clinker, qui est une roche artificielle très dure qui provient de cette forte cuisson et qui est ensuite broyée et qui donne un ciment artificiel dit portland. Louis Vicat n'a jamais produit de ciment préférant se consacrer à la recherche.
La 1ère cimenterie de France est créée en 1835, par Voisin, Girardet et Riondet à St Martin le Vinoux à l'entrée de Grenoble.
Joseph Vicat, le fils de Louis Vicat ouvre une cimenterie à Vif au sud de Grenoble en 1853. Elle est aujourd'hui cotée en bourse mais le capital est toujours contrôlé par les descendants la famille Merceron-Vicat.
Aujourd'hui le département de l'Isère est toujours pionnier en matière de ciment avec l'invention de ciments très performants.
Nous commençons la visite par la rue de la République où se trouve le "Monoprix" premier immeuble en béton armé de Grenoble, Il est construit en 1912 par
l'architecte Papet dans le style art nouveau, avec de grandes baies vitrées à l'emplacement de l'ancien couvent de dominicains. Le béton est préféré à la pierre car beaucoup moins onéreux.
Le bâtiment mitoyen a été construit à la même époque mais d'un tout autre style. C'est un bâtiment bourgeois qui reste fidèle à la pierre. Les balcons sont galbés,
les balcons en ferronnerie d'art mais les moulures et sculptures sont en ciment moulé.
La juxtaposition de deux immeubles si différents et construits à la même époque peut surprendre, mais au début du 20e siècle à Grenoble la ville n'avait pas droit de regard sur les façades, les architectes n'ayant qu'une obligation de gabarit et de hauteurs de bâtiments qui ne devaient pas dépasser 4 étages.
 

Face à ces deux bâtiments se trouve le Grand Hôtel construit en 1880, aujourd'hui dédié en partie à des commerces.
Le gros œuvre est en pierre et les sculptures, les corniches et les moulures en béton.
Le béton est beaucoup moins cher que la pierre, et permet une production d'éléments de décoration en grande quantité avec le même moule.
Le sculpteur fait les dessins, un moule en bois est fabriqué en fonction du dessin et le ciment est coulé dans le moule.
La sculpture monumentale de l'entrée est en ciment moulé et peinte à la dernière rénovation du bâtiment. Elle représente une allégorie de la chasse (à droite) et de la pêche ( à gauche).

Pour faciliter les échanges entre l'ancienne et la nouvelle ville, la municipalité de l'époque décide en 1895 de raser des maisons du XVIIe siècle qui se trouvent sur le passage et de créer la large rue Félix Poulat qui rejoint la place Grenette à la place Victor Hugo.
 

Des immeubles de style haussmannien aux façades en ciment moulé sont construits de part et d'autre. Le principe est nouveau, la pierre naturelle est remplacée par des blocs de ciment moulé.

Le moulage de pierres factices est un procédé typiquement régional. Le ciment prompt naturel de Grenoble est coulé dans la masse pour réaliser de fausses pierres de taille. Elles sont ensuite amenées sur le chantier et sont assemblées selon la traditions comme s'il s'agissait de pierre de taille. Elles ne craignent pas le gel et prennent une jolie couleur ocre avec le temps due à la carbonisation.

L'architecte fait le dessin grandeur nature et le mouleur réalise le moule en plâtre. Un moule en bois démontable est ensuite fabriqué selon le modèle, ce qui facilitera le démoulage. En outre, pour rendre le démoulage plus aisé, le bois est enduit de savon et le béton coulé.
La pierre factice marque la transition architecturale entre la pierre et le béton armé.

Une 1ère tranche de travaux est terminée en 1901 avec le le bâtiment des galeries Modernes (devenues Galerie Lafayette), avec une majestueuse façade aujourd'hui disparue.

A côté se trouve l'immeuble dit des éléphants de 1902, construit par Anatole Berthelot.
Anatole Berthelot était au départ fabriquant de produits chimiques à Vif. En 1849 il y installe son usine de ciment en face du futur site de Joseph Vicat.
Républicain, franc-maçon il s'oppose aux Merceron-Vicat, notamment aux élections cantonales de 1882. C'est pour concurrencer l'Hôtel Moderne des Vicat qu'il fait construire l'immeuble dit «aux éléphants» juste à côté. C'est la plus belle vitrine des cimentiers pour montrer ce que l'on peut faire. Les éléphants sont en pierre. A l'intérieur il y avait les bureaux des Berthelot et un magasin select pour homme.
 

Le Grand Hôtel moderne construit par les Vicat avec ses blasons, qui ont pour objectif de montrer que Grenoble n'a rien à envier aux grandes villes de France. C’était le plus bel hôtel de Grenoble. Il est construit en pierres factices de ciment naturel ocre, L'ornementation fait la renommée de la ville.

En face en style art nouveau l'entreprise Raymond (inventeur des boutons-pressions) fait construire un immeuble de rapport.

Tous les bâtiments de la place sont construit à la même époque et de la même manière; le rez de chaussée des bâtiments est construit en calcaire bleu de la carrière de St Restitut dans l'Ardèche. Le calcaire est plus dur et ne s'effrite pas en cas d'inondation, ce qui arrivait régulièrement à Grenoble. Au dessus des 4 étages autorisés sont construits en pierres factices en ciment et décorés de sculptures, moulures, corniches...en ciment moulé.

Nous arrivons aux quais de l'Isère.

C’est le colonel Breton qui a découvert en 1842 d'importants filons sur les flancs de la Bastille.

La « Société générale et unique des Ciments de la Porte de France », a exploité les falaises. Elle était issue de la fusion de trois maisons en 1878, et était la plus grosse productrice de ciment naturel isérois à la fin du XIXe siècle. Elle exploitait des filons à Sassenage, à Seyssins, mais surtout les falaises de la Bastille et dans les profondeurs du mont Rachais, la montagne qui porte la Bastille.

Depuis le début de leur exploitation en 1842, les carrières de la Porte de France ont transformé le paysage. En effet, les falaises arrivaient jusqu’au niveau de l’Isère, la cimenterie a arrêté le grignotage quand elle est arrivée au niveau des fortifications Haxo. La montagne du Rachais quant à elle est un véritable gruyère. Le réseau de galeries totalisait 67 galeries sur 120 km en 1910 et plus de 1000 km en 1956. Aujourd’hui l’accès est impossible.

Dans les couloirs de trois mètres cinquante de haut et de large, les mineurs extrayaient des blocs à l’explosif, ils étaient chargés dans des wagonnets et acheminés par un téléphérique de 300 m de dénivelé entre le mont Jalla et la cimenterie.

Ce téléphérique, dont nous voyons encore aujourd’hui des vestiges a été construit en 1875, il est constitué de deux câbles « autoporteurs » de 600m de long, une installation industrielle unique à l’époque.

Sur ce site, la proportion d'argile était d'environ 24 %, soit la teneur idéale d'après les recherches de Vicat, pour donner un ciment parfait.

A la fin du XIXe siècle début XXe siècle, le ciment moulé va servir la modernisation, le confort et l'hygiène de Grenoble.

On assiste à des constructions de grandes ampleurs : des immeubles, l'hôpital civil de la Tronche, des églises (St Bruno), des écoles...

Tout va être construit en pierres factices.

Le ciment va aussi permettre l'installation de conduites d’égout, de conduites d'eau, de vespasiennes, de trottoirs...

Dès la fin du XIXe siècle le ciment est une véritable révolution, il va changer le visage de la ville et l'ornementation des immeubles qui fait sa renommée.


Texte de Paulette Gleyze

Photos de Paulette et Gérard Gleyze































































jeudi 26 octobre 2017

Voyage en terres Balkaniques : l’Albanie_10e jour_ Korça-Tirana


C'est le 10e jour de notre voyage en Albanie.
Le programme de la journée est une visite au marché de Korça avant de quitter cette agréable ville.
Nous visitons ensuite un musée des icônes, nous passons par le cimetière des soldats français morts lors de la 1ère guerre mondiale.
Après cela, nous partons pour Tirana en traversant de superbes paysages montagneux.
Nous nous arrêtons en route à Progadec; sur les bords du lac Ohrid, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO.

Nous visitons donc le vieux marché (pazari tradicional)
Il s'inscrit dans la tradition des marchés des siècles passés lorsque Korça était un lieu d'échange pour des marchandises provenant de Turquie, de Grèce, de Trieste et de Venise.
Dans les ruelles du vieux quartier de Korça se trouvent des échoppes qui proposent des produits traditionnels et touristiques
On peut aussi y trouver quelques produits de l'artisanat local.
Une halle moderne avec de beaux magasins a été construite au milieu de ce vieux quartier et jure avec les anciennes échoppes.
Quelques enjambées plus loin se trouve le marché traditionnel de fruits et légumes mais aussi avec des produits plus inattendus comme des balais, de la laine à carder, des boulons, des écrous.....

Le musée national d'art médiéval (muzeu kombëtar i artit mesjetar)
Le musée est situé dans un bâtiment moderne à l'emplacement de l'ancienne cathédrale orthodoxe Mitropolia détruite par un tremblement de terre dans les années 1930.
Ouvert en 1987, il abrite la plus grande collection d'icônes du pays et des Balkans.
Elles proviennent pricipalement du sud de l'Albanie mais aussi de Korça. Le musée en déteint environ 6 500, mais seulement 200 sont exposées en permanence.
Sont également exposée une cinquantaine d'objets liturgiques, bibles, croix...) sur les 1500 que possède le musée.
Les œuvres les plus anciennes datent du XIIIe et XIVe s. Nous pouvons voir la magnifique icône de saint Michel de l'église Saint-Ritso, l'icône de saint Nicolas (XIIIe s.)
provenant du monastère Saints-Côme-et-Damien de Vithkuq et les icônes du XIVe s. de l'église rupestre de la Vierge Theotokossur l'île de Maligrad.
Le musée compte surtout plusieurs icônes du plus grand peintre d'art religieux albanais, Onufri, fondateur au XVIe s. de l'école de peinture de Berat et reconnaissable à son rouge vif, appelé "rouge Onufri ".
Parmi les oeuvres du grand maître se trouvent les portraits de saints Constantin et Hélène, la résurrection de Lazare, le baptême du Christ et la Transfiguration.
Parmi les oeuvres des grands peintres des XVIIe et XVIIIe s.,nous voyons des icônes de l'école crétoise, ainsi que Couronnement de la Vierge et le Baptême du Christ
de Kostandin Shpataraku, influencés par la Renaissance italienne.
La période du XIXe siècle est bien représentée avec les grands maîtres de la région de Korça tels que Ioannis Çetiri et les frères Kostandin et Athanase Zografi, qui,
comme Onufri trois siècles plus tôt, ont été influencés par l'art vénitien.
La collection comprend aussi des iconostases, notamment celle de l'ancienne cathédrale Mitropolia.
Les photos sont interdites mais si vous le désirez vous pouvez voir ces œuvres sur internet.

Le cimetière militaire français de Korça (varrezat franceze)
Ce cimetière rappelle la présence française dans la ville entre 1916 et 1920.
Il abrite les sépultures de 640 soldats métropolitains, malgaches, marocains, algériens, tunisiens, burkinabés, guinéens, sénégalais et vietnamiens tombés pour la France,
notamment lors de la prise de Pogradec en septembre 1917 par le 1er régiment de spahis marocains, unité de cavalerie la plus décorée de l'armée française.

Nous quittons Korçà pour la ville de Progradec qui fait partie de la préfecture de Korça.
Elle se trouve à 7 km à l'ouest de la République de Macédoine (rive ouest du lac d'Ohrid), sur les rives du lac d'Ohrid.
L'ancien dictateur Enver Hoxa, y possédait une villa qui a été rebaptisée vila art dans le petit parc du Drilon.

Le lac d'Ohrid ou lac d'Okhrid aux eaux profondément bleues, a une superficie de 358 km2, il est commun à l'Albanie et à la Macédoine. C'est le lac le plus profond des Balkans (288 m) mais aussi un des plus vieux du monde, avec le lac Titicaca et le lac Baïkal.
Il est alimenté par le lac Prespa et s'évacue par le Drin noir qui se jette dans la mer Adriatique. Il est connu pour son eau claire, qui est quelquefois transparente jusqu'à une profondeur de 22 mètres, et pour sa faune riche et variée, qui comprend des espèces endémiques.
Il est entouré par quelques plages et des monastères byzantins. Il a été classé au Patrimoine mondial de l'humanité en 1979 pour son caractère naturel exceptionnel , puis, en 1980, le label a été étendu afin de classer également des lieux historiques et culturels.

En direction de Tirana, à 70km de Pogradec, au centre de l'Albanie, nous visitons Elbasan.
Au cours de la Première Guerre mondiale, Elbasan a été successivement occupée par les Serbes, les Bulgares, les Autrichiens et les Italiens. Le développement industriel de la ville a commencé à la période du roi Zog 1er avec des usines de tabac et de boissons alcoolisées.
La ville avait alors de beaux bâtiments publics, des jardins publics, des magasins en bois. Elle a été détruite lors de la Seconde Guerre mondiale.
Après la guerre, la période communiste a fortement développé l'industrie dans la région et a même construit avec l'aide des chinois un énorme complexe métallurgique.
Enver Hoxha l'avait surnommée « la deuxième libération nationale de l'Albanie » mais les émissions de polluants dangereux ont rendu les terres impropres à la culture alors que la la zone était particulièrement prospère auparavant .
Elbasan est riche de son château et de sa mosquée.

L’enceinte de la citadelle a été construite sous l’empereur Dioclétien (305/258) sur le modèle des camps militaires romains de forme orthogonale (308 x 348 m). La citadelle comporte différentes périodes de construction, la fin de la période romaine, le début de la période byzantine et de la période ottomane.
A l’intérieur de la citadelle se trouve la mosquée la plus ancienne d'Albanie, elle a été construite par le sultan Bayazit II vers 1482-1485, c'est la mosquée du roi (Xhamia Mbret) ou mosquée du sultan Bayezid. .
Elle est devenue monument culturel de l'Albanie en 1948.

Nous reprenons notre route pour Tirana et plus précisément pour le centre mondial des Bektashi, dans la banlieue nord-est de Tirana où se trouve un vaste Tékké (mosquée, église ou temple selon la religion).
Tirana est le centre mondial du bektashisme depuis 80 ans.
Le Bektashisme est née en Turquie au 13ème siècle et s’est ensuite propagé dans tout l’Empire ottoman dont l’Albanie faisait partie.
L'ordre de Bektashi est une secte de Babas (prêtres- derviche en Turquie) proche du soufisme qui se situe entre le sunnisme et le chiisme.
C'est un mélange unique de croyance islamique et de philosophie. Cette confrérie compte 7 millions de fidèles de part le monde.
Cet ordre était très en avance sur son temps et l’on retrouve bon nombre de ses principes dans la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948.

l'Ordre Bektashi a été interdit par les autorités ottomanes en 1826, puis il réapparait plus tard au 19ème siècle pour être à nouveau interdit par Mustafa Kemal Atatürk peu après la fondation de la République de Turquie en 1923.
Cette interdiction en Turquie a conduit l'ordre à déplacer son siège en Albanie en 1925.
Le Tekké est orné de haut en bas de mosaïques marbrées dans la plus grande variété de couleurs et de motifs. Il a été entièrement restauré et inaugurée le 8 septembre 2015 en présence des chefs de toutes les communautés religieuses d'Albanie.

Nous rejoignons notre hôtel. Demain sera le dernier jour de notre voyage en Albanie et sera consacré à la visite de Tirana.


Texte de Paulette Gleyze


Photos de Paulette et Gérard Gleyze