samedi 24 janvier 2026
Le château de Sassenage
Le 04 janvier 2026, notre première visite de l'année sera consacrée au château de Sassenage en Isère, à quelques kilomètres au nord-ouest de Grenoble dans le parc naturel régional du Vercors.
Avant le château actuel, dès le Moyen Âge, il existait sur le site une maison forte médiévale qui appartenait aux seigneurs de Sassenage.
C'était un bâtiment plus modeste et défensif qui correspondait au mode de vie féodal avec des murs épais, des fonctions militaires destinées au contrôle du territoire alentour.
Comme beaucoup de résidences seigneuriales du Moyen Âge, elle était protégée par des douves remplies d’eau, destinées à dissuader les assaillants et permettaient d'en contrôler l’accès. Elles étaient un élément clé de la fortification. On y ajoutait souvent des pont-levis et des palissades.
La maison de Sassenage est l’une des plus anciennes familles nobles du Dauphiné qui était une région alors semi-indépendante entre la France et le Saint-Empire romain germanique.
Selon la tradition familiale et certaines sources médiévales, elle serait issue soit des Comtes de Lyon et du Forez, soit de la lignée des Lusignan-Poitiers, ce qui expliquerait des liens héraldiques et la légende associée à la fée Mélusine.
La fée Mélusine est une figure légendaire répandue dans toute l’Europe médiévale.
À Sassenage, elle est intimement liée à l’origine mythique de la famille seigneuriale.
Selon la tradition, un ancêtre des seigneurs de Sassenage aurait épousé une femme mystérieuse, d’une grande beauté, nommée Mélusine.
Elle accepta le mariage à la seule condition que son époux ne devait jamais chercher à la voir certains jours, lorsqu’elle se retirait seule.
Pendant longtemps, le pacte fut respecté et le couple vécut heureux. Mélusine apportait prospérité, richesse et prestige à la famille, mais un jour, poussé par la curiosité ou la jalousie, le mari transgressa l’interdit et observa Mélusine en secret. Il découvrit alors sa véritable nature, elle prenait l’apparence d’un être mi-femme, mi-serpent (ou mi-dragon).
Trahie, Mélusine poussa un cri de douleur et disparut à jamais en s’envolant par une fenêtre sous forme d’esprit ou de créature ailée.
Avant de partir, elle laissa derrière elle la fortune et la noblesse de la lignée… mais condamna aussi la famille à ne plus jamais la revoir.
À Sassenage, cette légende devint un symbole identitaire.
Fiers de leurs origines féériques, la famille de Sassenage a choisi pour devise :
« Si fabula, nobilis est »
(Si c’est une fable, elle est noble.)
Cela signifie que, même si l’histoire est une légende, elle confère à la lignée une origine prestigieuse et presque magique.
Au centre de la façade, sur le fronton de la porte d'entrée, une pierre en relief représente la fée Mélusine tenant dans ses mains les armoiries de la famille avec Bérenger du Guâ à sa droite, le lion à sa gauche.
Mélusine incarne ainsi le lien entre le monde féerique, le territoire du Vercors et la noblesse ancienne de Sassenage.
Aux XIVᵉ et XVᵉ siècles, les Sassenage se sont alliés aux Bérenger du Royans, une famille noble voisine. Cette union a donné naissance à la Maison Bérenger-Sassenage, qui a dominé la vie politique, militaire et religieuse du Dauphiné pendant plusieurs générations.
La Maison Bérenger-Sassenage détenait de hautes fonctions comme officiers militaires, évêques, conseillers des seigneurs du Dauphiné.
Cette position prestigieuse leur a permis de renforcer leur patrimoine territorial dans le nord du Vercors et de Grenoble.
La maison forte médiévale a été détruite en 1661, car elle était jugée trop vétuste et inadaptée au rang de la famille.
C’est sur ses ruines que Charles-Louis-Alphonse de Sassenage a fait bâtir avec les fonds de son riche beau-père Denis de Salvaing de Boissieu, entre 1662 et 1669, le château tel qu'on l’on connaît aujourd’hui, c'est à dire une résidence de prestige tournée vers le confort, la représentation et l’art de vivre aristocratique.
Charles-Louis-Alphonse de Sassenage
Il faudra huit ans (1663-1669) à l'architecte valentinois, Laurent Sommaire, pour construire ce château. Les matériaux utilisés proviennent de l'ancienne maison-forte et pour le reste, le bois du Vercors, les ardoises de l'Oisans, la molasse grise de l'escalier de Voreppe, le calcaire blanc de Sassenage.
La demeure se compose d'un corps central encadré par des ailes plus larges. Le bâtiment de 48 mètres sur 17 mètres comporte trois niveaux, le rez de chaussée, le 1er étage et les combles avec des jacobines.
A la fin du 18e siècle, la marquise Marie Françoise Camille de Sassenage, grande personnalité mondaine, amie de la cour de Louis XV et de Madame de Pompadour, passe une partie de sa vie loin du Dauphiné.
Après avoir laissé le château inhabité pendant des années, elle décide d’en louer l’édifice à un entrepreneur en 1770 afin d’y installer une manufacture de dentelle au fuseau dite « la Blonde ».
Elle signe un bail avec l’entrepreneur Antoine Henri Ducoin, permettant à près de 400 jeunes filles d’être formées et employées dans l’atelier pensionnat installé dans le château. Cette initiative s’inscrit dans un mouvement social et industriel, à savoir fournir à des jeunes filles orphelines, abandonnées ou démunies une formation professionnelle et un accès à un métier artisanal.
L’atelier accueille près de 300 à 400 apprenties de 8 à 10 ans seulement, qui vivent et apprennent à fabriquer de la dentelle. Elles produisent une dentelle de soie très fine, dite blonde, appréciée pour les vêtements et accessoires raffinés de l’époque.
Leurs conditions de vie étaient très dures. Des documents d’époque attestent du manque d’hygiène, d'une alimentation insuffisante et de logements insalubres et de nombreux décès de ces jeunes filles.
Selon des sources historiques locales, sur environ 400 jeunes filles présentes dans la manufacture, au moins 105 décès sont recensés durant cette période.
La mortalité était plus élevé que la moyenne de l'époque et suggère que la combinaison du travail forcé, de la malnutrition, des infections et du manque de soins a eu des conséquences dramatiques pour ces enfants et adolescentes.
En raison de difficultés financières, de la mauvaise gestion, des dégâts causés par l’activité et les conditions de vie très difficiles des jeunes filles, la marquise Marie Françoise Camille de Sassenage ne renouvelle pas le bail en 1784.
Après son départ du château de Sassenage, Ducoin fait construire en 1786 une nouvelle bâtisse à quelques centaines de mètres qui deviendra plus tard le château des Blondes.
Ce bâtiment combine atelier et foyer pour les jeunes dentellières venues de zones rurales.
L’activité continue à produire la dentelle de soie “blonde”.
Avec les bouleversements de la Révolution française et la perte des financements publics, la manufacture ferme en 1791.
Le bâtiment passe ensuite entre des propriétaires privés, puis devient plus tard un centre de formation, et aujourd’hui il abrite la mairie de Sassenage tout en conservant ses façades historiques.
Une fois le bail résilié, la famille de Sassenage-Bérenger récupère son château et le gendre de la marquise Marie Françoise Camille de Sassenage, Raymond‑Pierre de Bérenger du Guâ (1733‑1806) entreprend à partir de 1785 d’importants travaux pour adapter la demeure aux « normes et à l’art de vivre » de l’époque.
L'aspect extérieur a été globalement conservé mais le réaménagement de l'intérieur permet d'optimiser la distribution des appartements avec la redistribution des pièces, la création de boudoirs et cabinets, garde-robes, l'aménagement d’une bibliothèque.
Des entresols sont construits pour créer de nouveaux logements pour loger les domestiques. Un escalier de service est construit pour accéder à ces étages intermédiaires afin de ne pas croiser les domestiques
Le château comporte alors 25 pièces réparties sur les deux premiers niveaux.
Au rez-de-chaussée des pièces de service et de réception, la cuisine.
Au premier étage : les salons, la salle d’apparat, les cabinets, la bibliothèque, les chambres privées, les pièces d’invités et les espaces de rangement.
Avec cette construction, le château perd sa fonction militaire mais les douves sont conservées partiellement et intégrées au parc. Elles servent aujourd’hui d’élément décoratif et de canalisation pour l’eau du domaine. Elles sont visibles depuis certaines allées du parc et contribuent à l’atmosphère romantique du site.
Dans certaines représentations anciennes, les douves étaient associées à la légende de la fée Mélusine, l’eau symbolisant la magie et le lien entre la famille et le monde féerique.
Le domaine comprend un parc paysager de 8 hectares.
Le château, le parc et l’allée de marronniers qui y conduisent ont été classés comme Monument Historique par arrêté ministériel le 9 septembre 1942.
Cette protection intervient avant même la fin de l’occupation familiale, car le marquis de l’époque avait souhaité préserver le site face aux aléas de l’histoire (y compris la Seconde Guerre mondiale).
Ce classement garantit que le château et son domaine sont protégés sur le plan du patrimoine culturel, soumis à des règles strictes de restauration, de conservation et de mise en valeur.
Plusieurs objets intérieurs du Château de Sassenage sont protégés individuellement au titre des Monuments Historiques, au-delà du classement global du château, du parc et de l’allée qui y mène.
Les Objets et mobiliers classés ou protégés :
- Le tableau « La Bataille de Kircholm » (1605) par Pieter Snayers. C'est un grand tableau historique remarquable classé Monument Historique et conservé au château.
- Des meubles et mobilier d’époque. Bien que beaucoup soient non classés, certains éléments du mobilier historique (comme des pièces ouvragées ou combinaisons de meubles anciens) sont reconnus dans les inventaires du patrimoine national.
- Des objets d’arts et œuvres picturales. Plusieurs peintures anciennes représentant des membres de la famille ou des scènes historiques, ainsi que d’autres objets (porcelaines, armes anciennes, etc.) font partie des collections historiques du château.
Tous ne sont pas forcément classés "Monument Historique" individuellement, certains sont inscrits à l’inventaire du patrimoine monumental, ce qui signifie qu’ils bénéficient d’une protection réglementaire spécifique, mais pas forcément au même niveau que le classement global du château et de son parc.
Nous pénétrons dans le vestibule avec son escalier à cage monumental, en pierre avec balustres et arcades. Il structure l’accès aux niveaux supérieurs et donne le ton du château.
Afin de ne pas limiter la surface des salons, la famille fait construire l'escalier dans l'aile nord.
Le gris de la molasse des marches et de la rampe d'escaliers contraste avec le blanc des pierres des piliers.
A partir du vestibule nous pénétrons dans la Salle des États. C’est l’une des salles les plus emblématiques du rez-de-chaussée.
Son nom renvoie aux États du Dauphiné, l’assemblée provinciale qui réunissait autrefois le clergé, la noblesse et le tiers état.
Même si ces réunions ne se tenaient pas de façon permanente à Sassenage, la salle a été conçue pour évoquer ce type d’espace solennel, dédié aux grandes rencontres, aux réceptions officielles et aux moments de représentation du pouvoir seigneurial.
L’architecture et le décor renforcent cette fonction symbolique :
Les murs sont rythmés par des pilastres et des panneaux sculptés, donnant un aspect monumental.
Ils sont ornés de décors en stuc représentant des figures allégoriques et des guirlandes florales, typiques de l’esthétique aristocratique de l’époque.
Au décès de son père en 1679, Joseph Louis Alphonse (1662-1693), fait réaliser un décor allégorique à la gloire des Sassenage.
Trophée d''armes en stuc réalisé vers 1680
Le plafond, à la française, à poutres apparentes peintes en blanc, avec éclairage indirect, accentue la hauteur et la solennité de la pièce.
Le parquet en pointes de Hongrie, très élégant, renforce le caractère noble de l’espace.
Le portrait ovale encadré d’or, placé dans une niche ornée d’un drapé sculpté en trompe-l’œil, agit comme un point focal, rappelant la présence et l’autorité de la famille de Sassenage. Il met en valeur le portrait "présumé" de Charles Louis Alphonse, Baron de Sassenage commanditaire du château (1624-1679).
Ce type de mise en scène servait à affirmer le prestige et l’ancienneté de la lignée.
Portrait "présumé" de Charles Louis Alphonse, Baron de Sassenage commanditaire du château (1624-1679), restauré par l'association "Les Amis du château"_2012.
Deux grands tableaux ornent la salle des Etats : "Vénus demande des armes à Vulcain pour Énée" et "La Mort de Didon".
Vénus demande des armes à Vulcain pour Énée est l’une des toiles les plus remarquables du cycle peint par Louis (ou Pierre-Louis) Crétey vers 1680 pour la Salle des États du château de Sassenage.
Elle s’inspire directement de L’Énéide de Virgile : Vénus, mère d’Énée, supplie Vulcain, dieu forgeron, de fabriquer des armes divines destinées à protéger son fils dans sa mission fondatrice en Italie.
Vénus demande des armes à Vulcain pour Enée_toile de Louis Cretey, vers 1680
La Mort de Didon illustre un épisode célèbre de L’Énéide de Virgile. Abandonnée par Énée, la reine Didon de Carthage fait dresser un bûcher et s’y donne la mort.
La figure féminine vêtue de blanc, éclairée par une lumière presque surnaturelle, domine la scène tandis que la flamme s’élève au premier plan.
La Mort de Didon_ toile de Louis Cretey, vers 1680
Ces grands tableaux placés en hauteur dans la Salle des États faisaient partie d’un décor mythologique voulu par Joseph de Sassenage à la fin du XVIIᵉ siècle, destiné à illustrer les valeurs de courage, de vertu et de grandeur héroïque que la famille voulait associer à sa propre lignée.
A la mort de Joseph Louis Alphonse, la quasi totalité des meubles est vendue pour rembourser les dettes. Ses descendants préfèrent d'autres demeures au château de Sassenage qui va alors être délaissé pendant quatre vingt ans.
La Salle des États n’était pas pensée pour la vie quotidienne, mais pour impressionner. On y recevait, on y attendait avant d'être introduit, on y affirmait son rang et l’ancienneté de sa lignée.
Aujourd’hui encore, dans le cadre des visites du château, elle permet de ressentir l’atmosphère d’un intérieur aristocratique dauphinois et de comprendre comment ces espaces étaient pensés pour impressionner autant que pour y vivre.
Dans le prolongement de la Salle des États se trouve une grande salle consacrée à l’histoire et à la mémoire familiale et aux hauts faits militaires.
Cette pièce, austère et solennelle est pensée comme un espace de prestige où l’on célèbre les valeurs de bravoure, d’honneur et de fidélité au souverain.
L’ambiance y est volontairement différente de celle de la Salle des États. La présence du tableau "La bataille de Kircholm" n’est pas anodine. Cette victoire éclatante de 1605, remportée par les forces polono-lituaniennes contre l’armée suédoise, est devenue dans l’Europe du XVIIᵉ siècle un symbole de génie militaire et de courage héroïque.
La "bataille de Kircholm", grande peinture à l’huile sur toile du peintre flamand Pieter Snayer (aussi écrit Peeter Snayers), datée de 1605 est un des tableaux les plus emblématiques de la collection du chateau.
L'oeuvre est classée Monument historique par les Monuments Nationaux Français.
Le tableau illustre une scène de bataille en mouvement, caractéristique du genre des peintures militaires du XVIIᵉ siècle, souvent vues d’un point de vue élevé pour montrer l’ensemble de l’affrontement et les différents groupes de combattants engagés dans le combat.
La bataille de Kircholm a été un événement marquant de la guerre polono‑suédoise (1600‑1611). Elle s’est déroulée le 27 septembre 1605 (ou le 17 septembre selon l’ancien calendrier).
L’affrontement a eut lieu près de Kircholm, aujourd’hui Salaspils en Lettonie, près de Riga.
Les forces de la République des Deux Nations (Pologne‑Lituanie), sous les ordres du grand hetman Jan Karol Chodkiewicz, remportent une victoire décisive contre l’armée suédoise pourtant supérieure en nombre, grâce notamment à la charge efficace de la cavalerie lourde, les hussards.
Cette victoire a eut un fort retentissement en Europe, car une armée plus petite a réussi à vaincre une force bien plus nombreuse, renforçant la réputation militaire du Commonwealth polono‑lituanien.
L’arrivée de ce tableau en France est liée aux relations dynastiques et politiques de l’époque. Il aurait été commandé pour la cour royale polono‑lituanienne, puis emporté en France à la suite de l’abdication du roi Jean Casimir II Vasa vers 1668 et de sa présence dans le pays jusqu’à sa mort à Nevers en 1672.
Après sa mort, ses biens ont été vendus aux enchères en 1673, où figurait cette œuvre.
L’attribution exacte de la toile a été confirmée seulement au XXᵉ siècle (années 1960), et elle a fait l’objet d’une restauration en Lituanie en 2010 pour une exposition.
Dans le contexte du château, l’œuvre s’inscrit dans un discours plus large, elle rattache symboliquement la demeure et ses propriétaires à la grande histoire européenne, et affirme leur proximité culturelle avec l’idéal chevaleresque et martial qui distillent le message que la noblesse ne se définit pas seulement par le rang, mais par le service, le courage et la participation à l’Histoire.
Une petite sélection de la galerie de portraits de membres de la famille Bérenger-Sassenage, souvent réalisés par des artistes renommés.
Raimond de Bérenger (?-1373), 34e Grand maître de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, a été restauré par l’Association des Amis du château .
Henri de Sassenage, héros de la guerre de Cent Ans, mort en 1424 à la bataille de Verneuil.
François II de Bérenger de Sassenage XIVe siècle.
François Bérenger de Sassenage ( XVe‑XVIe siècle) baron de Sassenage, mort en 1490.
Saint Isidon de Sassenage, évêque de Die décédé en 1500
Charles‑François de Sassenage, marquis de Sassenage (1704 _1762 à Versailles)_Chevalier de l’Ordre du Saint-Esprit.
Raymond Gabriel Comte de Bérenger -1786_mort à la bataille de Dresde 1813.
Raymond-Ismidon de Bérenger, marquis de Sassenage ((1811‑1875), était photographe. Sa collection compte plus de 400 tirages conservés au château de Sassenage
Depuis plus de 200 ans, la famille s'enorgueillit d'enfermer dans ses collections une paire de gantelet et un armet de la fin du XVIe siècle/début XVIIe siècle, ainsi qu'une lance brisée et une cuirasse. L'ensemble mentionné comme étant celui de François de Bonne, duc de Lesdiguières et dernier connétable de France (1543-1626).
Les experts ont remis en cause ces affirmations.
Les armes dites de Lesdiguières
Le 1er étage du Château de Sassenage constitue le principal espace muséal du château.
La Salle à Manger est la pièce centrale de la vie de réception, elle est le cœur de la vie sociale du château à l’usage des réceptions ou discussions mondaines.
Elle est décorée de tapisseries, de boiseries, de portraits, de mobilier signé d’ébénistes comme les Hache ou parfois attribué à Oeben et de tableaux allégoriques pour souligner l’importance du repas et des plaisirs de la table.
Le repas n’est pas seulement un moment familial, mais une scène de sociabilité aristocratique.
Son décor raffiné est du XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles. La salle a conservé son mobilier d’époque.
L’architecture est classique, les murs sont ornés par des panneaux
moulurés, les boiseries sont claires et la pièce comporte de grandes ouvertures vers l’extérieur.
Les tableaux sont des allégories d’inspiration mythologique, proche de ce qu’on appelle une bacchanale (une fête antique dédiée au vin, à l’abondance et aux plaisirs. On y voit une multitude de figures nues ou drapées à l’antique).
Les boiseries, plus sobres que dans la Salle des États, privilégient l’élégance à la solennité.
Le mobilier (table, chaises, buffets) évoque l’art de vivre aristocratique. Il est disposé pour structurer l’espace tout en laissant circuler les convives et les domestiques.
La pièce est plus chaude et confortable, contrastant avec la grandeur plus froide de la salle des Etats.
La salle à manger conserve un caractère noble, car elle accueillait les repas officiels et les hôtes de marque.
Tables, sièges et buffets évoquent l’art de recevoir à la cour et les repas aristocratiques.
Le château de Sassenage est un bel exemple de l’architecture classique française du XVIIᵉ siècle.
Il a été la dernière demeure de la famille noble de Bérenger-Sassenage, qui y a vécu jusqu’au XXᵉ siècle.
La dernière occupante du château, Pierrette Élisabeth de Bérenger, marquise de Sassenage (1894-1971), ultime descendante directe de la famille Bérenger-Sassenage, n’ayant pas d’héritier, prend une décision essentielle pour l’avenir du domaine.
Peu avant sa mort, en 1971, elle fait don du château, de son mobilier, de ses archives et du parc à la Fondation de France.
Ce don était assorti de conditions précises, à savoir que le château devait être préservé dans son état historique, et les collections familiales (meubles, portraits, objets, archives) devaient être conservées sur place. Par ailleurs, le site devait être ouvert au public et servir à la transmission de l’histoire de la famille et du lieu.
Grâce à ce geste, le château de Sassenage n’a pas été vendu ni le mobilier dispersé.
Il est aujourd’hui un rare exemple de demeure aristocratique restée “intacte”, qui a conservé l’atmosphère d’une maison noble habitée pendant plus de trois siècles par la même lignée.
Le château a conservé une grande partie de son mobilier d’époque, notamment des pièces réalisées par des ébénistes réputés comme les Hache, reflet de l’art de vivre sous l’Ancien Régime.
La fée Mélusine entoure le chateau de légendes et de mystère.
Le parc paysager de 8 hectares, classé Monument Historique depuis 1942, combine plusieurs styles de jardins, à la française, anglo-chinois et paysager, reflétant plus de 350 ans d’évolution paysagère.
Texte de Paulette Gleyze inspiré des riches commentaires de notre guide
Photos de Paulette et Gérard Gleyze
jeudi 15 janvier 2026
L'art du voyage dans l'art déco_l'Orient Express_Le Normandie
Pour ce 3e et dernier volet de l'imposante et passionnante exposition "1925-2025. Cent ans d’Art déco" qui se tient au Musée des Arts décoratifs à Paris du 22 octobre 2025 au 26 avril 2026, je vous propose l'art du voyage dans l'art déco, consacré à l'Orient Express et au Normandie.
La section consacrée à l’Orient Express constitue un des moments les plus marquants de l’exposition.
Elle investit la grande nef du musée, jouant sur le spectacle visuel et l’émotion historique dès l’entrée du parcours.
Durant la 2e moitié du XIXe siècle, la révolution du chemin de fer permet de désenclaver les territoires et de transporter un nombre toujours croissant de voyageurs.
La Compagnie Internationale des Wagons-lits créé en 1876, va plus loin en proposant des voyages transfrontaliers qui sont des exploits techniques et diplomatiques, alliant confort, vitesse et sécurité.
Les voyageurs peuvent pour la première fois se déplacer à bord, se faire servir des repas à table et dormir correctement.
En 1883, l’Orient-Express, un mythe moderne, est inauguré par un voyage triomphal.
Depuis Paris, il gagne Constantinople (Istanbul) en quatre vingt une heures, en passant par Munich, Vienne et Bucarest. Ce qui le rend légendaire c'est son itinéraire mais aussi l’expérience qu’il propose.
Dès son lancement il revêt une aura mystique.
À partir des années 1920, il devient un véritable « palace roulant ». Les voitures sont conçues comme des intérieurs de luxe, boiseries précieuses, marqueteries géométriques, panneaux de verre gravé, luminaires en verre Lalique, tissus raffinés, chromes et laques.
Chaque wagon est pensé comme une œuvre cohérente, où architecture, mobilier, arts décoratifs et artisanat dialoguent.
L’Art déco trouve ici un terrain idéal. Ce style, né du désir d’allier modernité, élégance et savoir-faire, transforme le voyage en expérience esthétique totale. Les lignes sont sobres et géométriques, les matériaux nobles, les espaces optimisés sans sacrifier le confort. Le voyageur ne se contente pas de se déplacer, il habite un décor, il entre dans un univers.
L’Orient-Express devient ainsi le symbole d’un monde cosmopolite et raffiné. Diplomates, artistes, écrivains, aristocrates s’y croisent.
Agatha Christie en fait le décor de ses intrigues.
Le train incarne ici un art de vivre fondé sur la lenteur élégante, le rituel du repas servi à table, le plaisir du paysage qui défile.
Dans l’histoire de l’Art déco, l’Orient-Express montre que ce mouvement ne se limite pas aux salons bourgeois ou aux vitrines de joailliers, il s’étend aux espaces qu'on traverse.
Le train devient une œuvre d'art, au même titre que le paquebot le "Normandie" ou qu’un grand hôtel.
Il prouve que la modernité peut être à la fois technique et poétique, fonctionnelle et somptueuse.
Né à la fin du XIXᵉ siècle , il devenu, dans l’entre-deux-guerres, l’une des incarnations les plus éclatantes de l’Art déco appliqué au voyage.
Aujourd’hui encore, l’Orient-Express continue de fasciner parce qu’il cristallise cette idée rare que voyager peut être un art.
Cette partie de l'exposition dédiée à l’Orient Express se tient sous la grande nef du musée.
En 2016, la découverte à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie de voitures historiques de la Compagnie Internationale des wagons-lits conduit la marque Orient-Express à revoir son projet de relancer le célèbre train.
Des voitures retrouvées doivent se substituer à des voitures modernes en conservant au maximum leur authenticité.
Pour cette renaissance de l'Orient-Express, la marque fait appel à l'architecte Maxime d'Angeac, connaisseur passionné de l'Art déco qui est investi de la tâche d'inventer le train de demain.
Loin de copier l'Art déco , il prolonge ce style en respectant un principe d'inspiration avec un décor prenant en compte les spécificités d'un espace en mouvement.
Prévu pour 2027, le nouvel Orient-Express, luxueux hôtel mouvant, vantera non pas la vitesse du trajet, mais la contemplation du paysage.
La présentation s’organise comme une immersion.
Nous entrons dans un univers évoquant les wagons-lits, les salons et les voitures restaurants du train.
On y découvre des reconstitutions d’espaces, du mobilier, des panneaux décoratifs, des tissus, des luminaires et parfois des objets authentiques provenant de voitures d’époque.
L’ambiance rappelle le luxe feutré et raffiné qui faisait la renommée de l’Orient-Express.
Cette section montre comment l’Art déco s’exprime dans ces intérieurs avec ses formes géométriques élégantes, ses marqueteries sophistiquées, ses bois précieux, laques, cuirs et métaux brillants, et ses motifs inspirés à la fois du modernisme et d’un imaginaire exotique lié au voyage.
L’Orient-Express est présenté comme une vitrine du « luxe moderne ». Il ne s’agit pas seulement d’un moyen de transport, mais d’un symbole de prestige et de progrès. Le train devient un espace où l’Art déco s’incarne pleinement : confort, vitesse, raffinement et innovation se rejoignent.
L’exposition présente une cabine originale restaurée de l’ancien train Étoile du Nord (un train luxueux des années 1920) ainsi que trois maquettes grandeur nature du nouvel Orient Express, réinterprété par l’architecte Maxime d’Angeac avec une attention extrême au détail, aux matériaux et aux métiers d’art.
Les contraintes techniques sont nombreuses à bord d'un train : isolation, lutte contre le bruit et les vibrations et aussi l'intégration du confort moderne (wifi, climatisation...)
La renaissance de l'Orient Express est un vrai projet de design industriel dans lequel tous les aspects techniques sont anticipés et intégrés. Il s'agit d'une prouesse technologique et un grand chantier industriel qui mobilise des milliers de travailleurs.
Maxime d'Angeac renouvelle la figure de l'ensemblier de l'Art déco, en s'entourant d'artistes et d'artisans issus de trente corps de métiers différents, tous experts en leur domaine au service d'une oeuvre d'art de 350 mètres de long.
Maxime d'Angeac (né en 1962), architecte et designer_suite du nouvel Orient Express_France, 2021-2025_Maquette echelle1
Lancées en 1929, les voitures lits LX (Luxe) comptent parmi les plus prestigieuses de la compagnie aux côtés des Pullman qui desservaient des lignes de jour.
Quatre Vingt dix voitures circulaient sur les lignes Calais-Méditerrannée-Express, Simplon-Orient-Express et Rome-Express.
Composées de dix compartiments individuels, huit d'entre-eux peuvent être reliés par paire et composer des "cabines-suites".
Une banquette forme le canapé pour le jour et se transforme en lit pour la nuit, tandis qu'un cabinet de toilette complète l'aménagement.
En France, le chantier de décoration est confié à René Prou qui conçoit un motif floral stylisé se détachant sur un fond coloré.
Chaque habitacle possède une ambiance chromatique différente, composée de laque colorée ou de bois précieux.

L'intérieur d'une voiture salon pullman Côte d'azur a été décorée par René Prou et Suzanne Lalique-Haviland.
René Prou (1889–1947), artiste décorateur et designer français, surtout connu pour son rôle majeur dans le mouvement Art déco.
Formé à l’École des arts décoratifs de Paris, il s’impose dans l’entre-deux-guerres comme l’un des créateurs les plus influents dans le domaine du mobilier, de l’architecture intérieure et des arts décoratifs.
Il collabore avec de grandes maisons et des éditeurs prestigieux, comme la Compagnie des Arts Français, et travaille aussi bien pour des intérieurs privés que pour des lieux publics, des paquebots ou des expositions internationales.
René Prou se distingue par un style élégant, sobre et moderne, typique de l’Art déco.
Il ne se limite pas au mobilier, il conçoit également des textiles, des papiers peints, des objets décoratifs et des ensembles complets d’aménagement intérieur.
Son approche est globale, presque “architecturale”, ce qui en fait une figure clé du design moderne français.
Aujourd’hui, ses créations sont recherchées par les collectionneurs et apparaissent régulièrement dans les ventes d’art du XXᵉ siècle, aux côtés d’autres grands noms de l’Art déco comme Jacques-Émile Ruhlmann, André Groult ou Paul Follot.
Suzanne Lalique-Haviland (1892–1989) est une artiste décoratrice représentante remarquable de l’Art déco.
Fille du célèbre verrier René Lalique, elle grandit dans un environnement artistique exceptionnel et se forme très tôt au dessin et aux arts appliqués. Elle joue un rôle central au sein de la maison Lalique, dont elle devient l’une des principales créatrices à partir des années 1920.
Son travail se distingue par une grande finesse graphique et une sensibilité poétique héritée à la fois de l’Art nouveau et de l’Art déco. Elle conçoit notamment des modèles de verrerie (vases, coupes, flacons, panneaux décoratifs), des motifs pour le cristal pressé-moulé, des décors pour l’architecture intérieure (portes, paravents, panneaux lumineux), des dessins pour textiles et papiers peints.
Suzanne Lalique-Haviland introduit dans la production Lalique des thèmes délicats et stylisés comme des fleurs, des feuillages, des oiseaux, des figures féminines, souvent traités avec une grande élégance linéaire. Son style est plus doux et lyrique que celui de nombreux créateurs Art déco, tout en restant profondément moderne.
Elle participe aux grandes expositions internationales des arts décoratifs, notamment celle de 1925 à Paris, qui consacre l’Art déco. Son œuvre contribue fortement à faire du cristal Lalique un symbole du luxe français du XXᵉ siècle.
Longtemps restée dans l’ombre de son père, elle est aujourd’hui reconnue comme une créatrice à part entière, dont les dessins et modèles sont étudiés, exposés et recherchés par les collectionneurs et les musées.
René Prou (1889–1947), artiste décorateur et designer français, surtout connu pour son rôle majeur dans le mouvement Art déco.
Formé à l’École des arts décoratifs de Paris, il s’impose dans l’entre-deux-guerres comme l’un des créateurs les plus influents dans le domaine du mobilier, de l’architecture intérieure et des arts décoratifs.
Il collabore avec de grandes maisons et des éditeurs prestigieux, comme la Compagnie des Arts Français, et travaille aussi bien pour des intérieurs privés que pour des lieux publics, des paquebots ou des expositions internationales.
René Prou se distingue par un style élégant, sobre et moderne, typique de l’Art déco.
Il ne se limite pas au mobilier, il conçoit également des textiles, des papiers peints, des objets décoratifs et des ensembles complets d’aménagement intérieur.
Son approche est globale, presque “architecturale”, ce qui en fait une figure clé du design moderne français.
Aujourd’hui, ses créations sont recherchées par les collectionneurs et apparaissent régulièrement dans les ventes d’art du XXᵉ siècle, aux côtés d’autres grands noms de l’Art déco comme Jacques-Émile Ruhlmann, André Groult ou Paul Follot.
Suzanne Lalique-Haviland (1892–1989) est une artiste décoratrice représentante remarquable de l’Art déco.
Fille du célèbre verrier René Lalique, elle grandit dans un environnement artistique exceptionnel et se forme très tôt au dessin et aux arts appliqués. Elle joue un rôle central au sein de la maison Lalique, dont elle devient l’une des principales créatrices à partir des années 1920.
Son travail se distingue par une grande finesse graphique et une sensibilité poétique héritée à la fois de l’Art nouveau et de l’Art déco. Elle conçoit notamment des modèles de verrerie (vases, coupes, flacons, panneaux décoratifs), des motifs pour le cristal pressé-moulé, des décors pour l’architecture intérieure (portes, paravents, panneaux lumineux), des dessins pour textiles et papiers peints.
Suzanne Lalique-Haviland introduit dans la production Lalique des thèmes délicats et stylisés comme des fleurs, des feuillages, des oiseaux, des figures féminines, souvent traités avec une grande élégance linéaire. Son style est plus doux et lyrique que celui de nombreux créateurs Art déco, tout en restant profondément moderne.
Elle participe aux grandes expositions internationales des arts décoratifs, notamment celle de 1925 à Paris, qui consacre l’Art déco. Son œuvre contribue fortement à faire du cristal Lalique un symbole du luxe français du XXᵉ siècle.
Longtemps restée dans l’ombre de son père, elle est aujourd’hui reconnue comme une créatrice à part entière, dont les dessins et modèles sont étudiés, exposés et recherchés par les collectionneurs et les musées.
Compagnie Internationale des wagons-lits, commanditaire_Intérieur d'une voiture salon pullman Côte d'Azur décorée par René Prou et Suzanne Lalique-Haviland-France, 1931_tirage photographique, reproduction
Compagnie Internationale des wagons-lits, commanditaire_fauteuil d'une voiture restaurant de la CIWL_France, 1928_Bois, cuir_Fonds de dotation orient Express
Maxime d'Angeac (né en 1962), architecte et designer_Ateliers Jouffre, tapissier_Chaise de wagon restaurant (prototype) France 2021-2025_Hêtre laqué, cuir_Atelier Jouffre
Compagnie Internationale des wagons-lits, commanditaire_fauteuil d'une voiture restaurant de la CIWL_France, 1928_Bois, cuir_Fonds de dotation orient Express
Inauguré en 1927 par la CIWL, l'Etoile du nord reliait Paris à Amsterdam jusque dans les années 1990.
Outre le voyage, la CIWL promettait une expérience totale à l'image de cette cabine.
Ce salon de première classe témoigne par son aménagement cossu de la recherche du confort.
Les fauteuils larges à oreilles, réglables permettent d'admirer le paysages ou de déjeuner à table avec un service entièrement dessiné par le bureau d'étude de la CIWL.
Le décorateur, Alain Morrison (né en 1914), actif surtout de l’après-guerre jusqu'aux années 1970) est un décorateur et designer français rattaché à la génération qui prolonge l’Art déco tout en l’ouvrant à la modernité des Trente Glorieuses.
Formé aux arts appliqués, il développe une œuvre très complète avec du mobilier (tables, sièges, bibliothèques), des luminaires, de la ferronnerie décorative, des aménagements intérieurs.
Son style se caractérise par une grande élégance formelle et une maîtrise des matériaux, en particulier le métal, le fer forgé et le laiton, souvent associés au bois, au verre ou au cuir.
Morrison conçoit aussi bien des pièces uniques que des ensembles cohérents pour des intérieurs privés, des boutiques ou des lieux publics. Son approche est celle d’un ensemblier c'est à dire qu'il pense l’espace dans sa globalité, en harmonisant mobilier, lumière et architecture intérieure.
Formé aux arts appliqués, il développe une œuvre très complète avec du mobilier (tables, sièges, bibliothèques), des luminaires, de la ferronnerie décorative, des aménagements intérieurs.
Son style se caractérise par une grande élégance formelle et une maîtrise des matériaux, en particulier le métal, le fer forgé et le laiton, souvent associés au bois, au verre ou au cuir.
Morrison conçoit aussi bien des pièces uniques que des ensembles cohérents pour des intérieurs privés, des boutiques ou des lieux publics. Son approche est celle d’un ensemblier c'est à dire qu'il pense l’espace dans sa globalité, en harmonisant mobilier, lumière et architecture intérieure.
Alain Morrison, décorateur_CIWL, commanditaire_voiture-salon d'une voiture pullman "Etoile du Nord"_France et Angleterre, 1929_Boiseries en acajou, laitons, velours, moquette_Paris, musée des arts décoratifs_Don Paul Bianchini, 1977_Don de la CIWL et du tourisme, 1987_restauré grâce au mécénat de M et Mme John Rosekrans
Table dressée_Christofle et Ercuis, orfèvres_Manufacture de Gien, fabricant CIWL, commanditaire_service de table comprenant une suite de couverts, des tasses, un service à thé et à café et un cendrier_France, 1928-1930_Métal argenté, porcelaine_Paris, musée des arts décoratifs_Don Paul Bianchini, 1977_Don association du patrimoine de la CIWL, 2011
Etagère du haut :
Leo Moser (1879-1974)_verrier Moser, cristallerie_Carafe, veilleuse de nuit_République Tchèque_vers 1920-1930_cristal de bohème_Musée de la cristallerie Moser
Maxime d'Angeac (né en 1962) architecte d'intérieur et designer Moser, cristallerie_carafe, veilleuse de nuit_République Tchèque, 2022-2025_cristal de Bohème
Etagère centrale :
Maxime d'Angeac (né en 1962) architecte d'intérieur et designer Moser, cristallerie_ veilleuse de nuit, verre à martini, verre à whisky, verre à cocktail et verre d'eau_République Tchèque, 2022-2025_cristal de Bohème
Etagère basse :
CIWL, commanditaire_Manufactures Saint Louis et Baccarat, fabricants_verres et carafe pour les voitures-restaurants de la CIWL_France, vers 1910-1930_cristal_Fonds de dotation Orient-Express
Etagère du haut :
Maxime d'Angeac, architecte et designer_ Manufacture Haviland, fabricant_assiettes de présentation et assiettes à pain_France 2025_Porcelaine_Haviland-M&A & associés
Etagère centrale :
Manufacture nationale de Sèvres_ essais d'assiette pour un décor exclusif pour l'Orient Express_France,2025_Porcelaine émaillée, bleu de Sèvres et or 24 carats_Manufacture Nationale_Sèvres & Mobilier national
Etagère basse :
Maxime d'Angeac, architecte et designer_ Manufacture Haviland, fabricant_assiette de présentation hommage à Suzanne Lalique Haviland_Limoges, 2024_Porcelaine_Haviland-M&A & associés.
CIWL, commanditaire_Manufacture de Gien, fabricant_assiettes pour les voitures-restaurants de la CIWL_France, vers 1920-1930_Porcelaine_Fonds de dotation Orient-Express
CIWL, commanditaire_Manufacture Haviland, fabricant_Christofle et Ercuis, orfèvres_Bol à bouillon, assiettes et couverts_France, vers 1920-1930_Métal argent_Porcelaine_Fonds de dotation Orient-Express
Si certains panneaux de verre ou de marqueterie de bois des années 1920-1930 ont pu être conservés, les décors manquants ne sont pas reproduits, mais réinventés.
Ainsi, pour retrouver de grands motifs décoratifs ouvragés et répétitifs Maxime d'Angeac a fait appel à Jean-Brieuc Chevalier et à sa maîtrise de la marqueterie.
Jean-Brieuc Chevalier (né en 1968) est un designer et artiste français contemporain, reconnu pour son travail à la frontière du design, de l’art et de la sculpture fonctionnelle.
Formé aux arts appliqués et au design, il développe très tôt une démarche singulière. Ses créations ne relèvent pas d’une production industrielle classique, mais plutôt de pièces uniques ou de séries très limitées, réalisées en collaboration étroite avec des artisans d’exception (ébénistes, bronziers, fondeurs, verriers).
Son univers se caractérise par des formes puissantes, souvent organiques ou architecturales, une forte présence sculpturale, l’emploi de matériaux nobles (bois massif, bronze, laque, pierre, verre), un dialogue constant entre tradition des métiers d’art et écriture contemporaine.
Son travail s’inscrit dans la lignée des grands ensembliers et décorateurs français, de l’Art déco aux créateurs du XXᵉ siècle, tout en affirmant une identité très actuelle.
Il est représenté par des galeries spécialisées dans le design de collection et participe régulièrement à des salons internationaux (Design Miami/, PAD, Collectible, etc.).
Maxime d'Angeac, architecte et designer_ Jean-Brieuc Chevalier, ébéniste et brodeur sur bois_Panneau décoratif pour la suite de l'Orient Express_France, 2022-2025_Broderie sur bois_Jean-Brieuc Atelier, studio MDA & Associés
Les motifs végétaux abondent dans les panneaux en marqueterie de bois qui ornent les cabines de train de la CIWL dans les années 1920.
Les feuilles tropicales des verres et du tapis du bar font référence à un panneau représentant un oiseau dans une forêt luxuriante.
La section Orient Express ne se contente pas de montrer un simple wagon, elle met en lumière le travail des grands décorateurs et designers de l’époque, comme René Prou, René Lalique ou les ateliers de la Compagnie Internationale des Wagons-Lits et montrent comment le train servait de laboratoire esthétique.
Voyager à bord, c’était déjà entrer dans un monde d’art et de design, une expérience totale où chaque détail était pensé.
Ainsi, cette partie de l’exposition illustre parfaitement comment l’Art déco ne se limitait pas aux bâtiments ou aux objets domestiques, mais s’étendait aussi aux espaces de voyage, faisant de l’Orient-Express une icône à la fois artistique et culturelle du XXᵉ siècle.
L'exposition ne présente pas le paquebot Normandie de la même manière que l'Orient-Express mais elle met en relation symbolique le mythe du voyage luxueux par rail et mer dans l’univers Art déco.
Normandie, est un paquebot transatlantique construit en 1932.
C'est l’un des exemples les plus iconiques du style Art déco appliqué au design naval (“style paquebot”).
Il incarnait un luxe total (décors, arts de la table, mobilier et art appliqué), comparable à celui de l’Orient Express.
Le voyage n’est pas présenté comme un simple sujet secondaire, mais comme une expérience esthétique totale, où design, luxe, innovation technique et sens du confort se rencontrent, que ce soit dans un wagon-lit stylé des années 1920 ou dans la promenade raffinée d’un paquebot-palace comme Normandie.
L’Orient Express, présenté en dialogue entre passé historique et vision contemporaine, symbolise l’apogée du voyage Art déco, raffinement des matériaux, élégance des formes, savoir-faire artisanal et capacité à créer des univers complets.
Le Normandie enrichit ce récit en rappelant que, pendant cette même période, le voyage maritime a été lui aussi une vitrine du style Art déco, faisant du mouvement un marqueur fort du luxe moderne global.
Le chantier du Normandie rassemble un grand nombre d'artistes majeurs de l'art déco.
Les passagers de première classe ont accès à plusieurs lieux de la sociabilité dont le décor est particulièrement soigné, comme le grand salon et ses peintures de Jean Dupas, ou le fumoir et ses laques de Jean Dunand.
Les arts de la table sont tout autant mis en valeur. Le mobilier dessiné par Jean Patout est complété de vaisselle en porcelaine de Limoges dessinée par Jean Luce, d'orfèvrerie Christofle et de verres Daum.
L’art du voyage dans cette exposition n’est pas un simple thème parmi d’autres, c’est une clé d’entrée dans l’esthétique Art déco.
Les affiches liées à l’Orient-Express et au paquebot Normandie constituent aussi deux sommets de l’art publicitaire du XXᵉ siècle. Elles ne se contentent pas de promouvoir un moyen de transport : elles mettent en scène un idéal de voyage, de luxe et de modernité, devenant de véritables icônes de l’Art déco.
Créé en 1883, l’Orient-Express devient rapidement un mythe : celui du voyage élégant entre Paris, Vienne, Venise, Budapest, Istanbul…
Les affiches produites par la Compagnie Internationale des Wagons-Lits participent puissamment à cette aura.
Elles mettent en avant, le raffinement du train (wagons-lits, restaurants, boiseries, confort), l’exotisme des destinations, souvent suggéré par des silhouettes orientales, des minarets, des dômes ou des paysages lointains, une clientèle élégante, mondaine, cosmopolite.
Graphiquement, ces affiches s’inscrivent dans l’Art déco avec des formes simplifiées, des compositions géométriques, des couleurs franches, une typographie moderne.
Des artistes comme Géo Dorival, Roger Broders ou A. M. Cassandre traduisent le voyage en images stylisées et puissantes, où le train devient un symbole de vitesse, de progrès et de rêve.
L’Orient-Express y apparaît moins comme un simple train que comme une promesse d’aventure raffinée.
Cassandre_chemin de fer du Nord, Etoile du nord, 1927, lithographie couleur sur papier_Paris, musée des arts décoratifs
Affiche du haut :
Gaston Gorde (1908-1995)_affichiste_éditions Gorde et Boudry, éditeur_Télaphérique du Mont Dore Sancy, Grenoble, 1936_lithographie couleurs sur papier_Paris, musée des arts décoratifs_Don Gaston Gorde, 1988
Affiche du bas :
Roger Broders (1883-1953), affichiste_P.L.M Marseille point de départ de la Côte d'Azur_France vers 1919_lithographie couleurs sur papier_Paris, musée des arts décoratifs_reversement bibliothèque des arts décoratifs
Robert Mallet-Stevens (1886-1945)_architecte_Pavillon des renseignements et du tourisme à l'exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes, Paris, 1925_plume et encre noire, graphite, aquarelle et craies sur papier vélin_Paris, musée des arts décoratifs_Don Andrée Mallet-Stevens, 1961
Robert Mallet-Stevens (1886-1945)_architecte_Pavillon des renseignements et du tourisme à l'exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes, Paris, 1925_plume et encre noire, graphite, aquarelle et craies sur papier vélin_Paris, musée des arts décoratifs_Don Andrée Mallet-Stevens, 1961
Mis en service en 1935, le paquebot Normandie est alors le plus grand et le plus rapide paquebot du monde. Fleuron de la Compagnie Générale Transatlantique, il incarne le génie industriel et artistique français.
Cassandre, maquette pour l'affiche Normandie_Compagnie Générale transatlantique, French line_Le Havre-Southampton-New-York, 1935_gpuache sur papier_Paris; musée des arts décoratifs, achat de l'Etat
Les affiches qui lui sont consacrées sont parmi les plus célèbres de l’histoire du graphisme. La plus iconique est celle d’A. M. Cassandre (1935), montrant le navire vu de face, colossal, presque écrasant, avec une perspective monumentale, des formes massives et épurées, un contraste spectaculaire entre l’ombre et la lumière, une typographie intégrée à la composition.
Le Normandie y devient un monument moderne, une cathédrale de l’ère industrielle. Ces images soulignent la puissance technologique, la vitesse, le luxe absolu des traversées transatlantiques, le prestige national.
Dans les deux cas, ces affiches dépassent leur fonction publicitaire. Elles construisent un imaginaire du voyage comme expérience élitiste et poétique. elles traduisent l’esprit de l’entre-deux-guerres (foi dans le progrès, fascination pour la machine, goût du luxe, esthétique Art déco).
Elles deviennent des œuvres à part entière, aujourd’hui très recherchées par les collectionneurs et conservées dans les musées.
Orient-Express et Normandie incarnent ainsi, par l’affiche, deux visages du rêve moderne, le voyage mythique à travers l’Europe et l’Orient, et la traversée triomphante de l’Atlantique à bord d’un palais flottant.
En célébrant les Cent ans d’Art déco, cette exposition nous rappelle combien ce mouvement a transformé notre regard sur le monde.
Né d’un désir de modernité après les bouleversements du début du XXᵉ siècle, l’Art déco a marié élégance, l'innovation et la fonctionnalité, laissant son empreinte dans l’architecture, le design, la mode et les arts décoratifs.
A travers cette grande exposition et les œuvres présentées, on mesure la richesse de ses formes géométriques, de ses matériaux audacieux et de son esthétique raffinée, mais aussi sa capacité à dialoguer avec les cultures et les technologies de son temps.
Un siècle plus tard, l’Art déco demeure une source d’inspiration vivante, témoignant de la puissance créative d’une époque et de l’intemporalité d’un style qui continue de façonner notre quotidien.
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