samedi 16 septembre 2017

Voyage en terres Balkaniques : l’Albanie_6e jour_Syri i Kaltër et Gjirokastra


Encore sous le charme de Butrint, nous reprenons le car et partons pour l'incroyable Fontaine "the blue eye" ou Syri i Kaltër en albanais,
et ensuite pour Gjirokastra, la ville natale d’Ismail Kadaré.

The Blue Eye en albanais : Syri i Kaltër est une source d'eau et un phénomène naturel se produisant près de Muzinë dans le comté de Vlorë , au sud de l' Albanie .

L'eau bleu clair de la rivière sort d'une source dont on ne connait pas la profondeur. Les plongeurs sont descendus à cinquante mètres, mais on ne sait toujours pas quelle est la profondeur réelle de ce trou karstique.

C'est la source de la rivière Bistricë, de 25 km de long, qui se termine par la mer Ionienne au sud de Sarandë.

Elle se situe à 152m d'altitude dans une zone naturelle composée de chênes et de sycomores.
Elle a un débit de 18400 l / s.

Gjirokastër ou Gjirokastra se situe dans le sud de l'Albanie, à 35km de la frontière avec la Grèce et est inscrite depuis 2005 sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO.

La partie historique de Gjirokastra est un exemple rare de ville ottomane bien préservée, construite autour de la citadelle du XIIIe siècle.

Gjirokasta doit sa renommée à deux personnages célèbres natifs de la ville : le dictateur Enver Hoxha et l’écrivain francophile Ismail Kadaré.

A l’arrivée à Gjirokastra nous sommes « accueillis » par la citadelle érigée sur un éperon rocheux dominant la ville à 336 m d'altitude.

Cette immense forteresse (600 m de longueur et 70 m dans sa partie la plus large) a été construite par les despotes de l'Épire à partir du XIIe s. Elle permettait de contrôler les communications dans la vallée.

Elle a été prise par les Ottomans en 1414 et conquise par Ali Pacha en 1811.

Ce dernier développe la citadelle et fait construire un aqueduc de 10 km de longueur apportant l'eau depuis le pied du mont Sopo pour approvisionner en eau potable la citadelle. Cet aqueduc a fonctionné jusqu'en 1932 année où il a été détruit.

À partir des années 1930, sous le règne du roi Zog, la forteresse est transformée en prison puis utilisée comme telle aussi bien par les Italiens, les Allemands que par le régime totalitaire d'Enver Hoxha et ce jusqu'en 1968.

Aujourd’hui elle est transformée en musée où est exposé du matériel militaire de l'armée albanaise utilisé entre 1913 et 1970 : une vingtaine de pièces d'artillerie, de mortiers, de canons anti-aériens ainsi qu'un char léger italien de modèle Fiat L6/40 capturé en 1944.

Du fait de l'épaisseur des murs, et malgré les fenêtres et l'éclairage, nous avançons dans la pénombre au milieu des armes…ce n’est pas très rassurant !

Nous débouchons sur les remparts.

qui offrent une vue magnifique sur la ville.

Sur le rebord gît la carcasse d'un avion de l'armée de l'air américaine Lockheed T-33 Shooting Star, forcé d'atterrir près de Tirana le 23 décembre 1957 alors qu'il survolait l'espace aérien albanais.
En pleine guerre froide, le pilote a été capturé, accusé d'espionnage avant d'être relâché deux semaines plus tard grâce à l'intervention de l'ambassadeur français.

L’appareil a été exposé comme un avion-espion alors qu’il s'agissait d'un appareil d'entraînement qui effectuait des liaisons entre les bases américaines de Châteauroux et de Naples.

En continuant sur l’esplanade nous arrivons sur un espace où se dresse une scène construite en 2000 pour le Festival national folklorique de Gjirokastra qui se déroule tous les cinq ans.

C'est à cet emplacement qu’ont été découvertes en 1983-1984 les plus anciennes traces d'habitat de la ville : des tuiles et poteries datant du IVe au IIe s. av. J.-C.

A l'extrémité de la citadelle, se dresse la tour de l'horloge édifiée au début du XIXe peu après la prise de la ville par Ali Pacha à l'emplacement d'une ancienne église orthodoxe. Elle servait comme les traditionnelles horloges ottomanes à indiquer l'heure des prières aux fidèles musulmans, rythmant le temps de la cité.
Son mécanisme très élaboré (prenant en compte le décalage progressif de la durée du jour) a cessé de fonctionner durant la Première Guerre mondiale et a depuis disparu.

Au pied de la tour, se trouvent des casemates, des entrepôts de munitions et le poste de commandement de l'artillerie dominant la vallée du Drin.

La partie ancienne de la ville s’étend sur les pentes du massif Mali i Gjerë (« la Grande Montagne») culminant à 1 800 m d'altitude et les quartiers modernes jusqu’aux rives du Drin (ou Drinos).

En 1914, Georgios Christakis-Zographos, alors ministre des Affaires étrangères de Grèce, proclame Gjirokastre capitale de l’État autonome de l’Épire du nord.

Gjirokastër a été occupée par les troupes françaises pendant la 1erguerre mondiale et passe sous le contrôle italien en 1939, puis grec en décembre 1940 et allemand, et redevint définitivement albanaise en 1944.

Sous le régime communiste de l’après-guerre elle a été élevée au rang de « ville-musée » parce qu’Enver Hoxha, premier secrétaire du Parti du travail d'Albanie, y est né en 1908.

Sa maison natale, transformée en musée, devient pendant cette période un des principaux centres du culte de la personnalité du dictateur.

L’architecture se caractérise par la construction d’un type de maisons à tourelle, le « kule » turc, qui s’empilent en gravissant en pente dans les vieux quartiers de Mali i Gjerë.

Certaines maisons, (les kulle), sont encadrées de tours défensives. Elles font penser à de petites forteresses groupées, comportant un rez-de-chaussée surélevé, un premier étage utilisé à la saison froide et un deuxième étage servant pour la saison chaude. Elles sont recouvertes d’enduit blanc.

Nous faisons une très belle visite à la Skenduli House. C’est
une très grande demeure du XVIIIe siècle occupée par la même famille depuis 9 générations. La visite est faite par un descendant passionné de cette famille qui parle le français

C’est une maison ottomane située dans la vieille ville. Cela nous permet de voir le mode de vie de l'époque ottomane. Sous le régime communiste le bâtiment était partagé entre plusieurs familles.

L’intérieur est orné de riches détails décoratifs et de motifs floraux peints.
A la fin de la visite, en hommage à la France, il nous récite le corbeau et le renard de Jean de La Fontaine, chante le chant des partisans et nous offre des bonbons. Un vrai moment de convivialité.

Le bazar date du XVIIe siècle et a permis à Gjirokastre de commercer broderies, soieries et son fameux yaourt.

Il a été reconstruit au XIXe siècle suite à un incendie et il a été fort endommagé en 1997 lors de la guerre civile.

Gjirokäster, bien qu’elle ne soit jamais nommée, est le sujet principal d’un roman en grande partie autobiographique d’Ismail Kadare : Kronikë në gur, 1971 (trad. Edmond Tupia, Chronique de la ville de pierre, Hachette, 1973) : " C’était une ville penchée, peut-être la plus penchée au monde, qui avait bravé toutes les lois de l’architecture et de l’urbanisme. Le faîte d’une maison y effleurait parfois les fondations d’une autre et c’était sûrement le seul lieu au monde où, si l’on glissait sur le côté d’une rue, on risquait de se retrouver sur un toit. [...] En marchant dans la rue, on pouvait par endroits, en étendant un peu le bras, accrocher son chapeau à la pointe d’un minaret. Bien des choses y étaient bizarres et beaucoup d’autres semblaient appartenir au royaume des songes."

Demain nous partons pour Permet et Rehove.


Texte de Paulette Gleyze

Photos de Paulette et Gérard Gleyze



lundi 11 septembre 2017

Voyage en terres Balkaniques : l’Albanie_6e jour_Butrint


Le site archéologique de Butrint, autrefois connu sous le nom de Buthrotum est situé au sud de l’Albanie à environ 20 kilomètres de Saranda et près de la frontière grecque tout près d’Igoumenitsa.

Depuis Saranda, la route qui nous conduit à Butrint a été construite en 1959 pour accueillir Nikita Khrouchtchev.

Les ruines de Butrint sont inscrites sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1992.

Le parc national de Butrint s'étend sur 86km2 et a été créé en 2000. Le parc est classé zone humide d'importance internationale_convention de Ramsar) depuis 2003. Cette zone abrite un grand nombre d'espèces menacées comme le caret, le courlis à bec grêle, la tortue cuir, le phoque moine méditerranéen.

Le site a été habité depuis les temps préhistoriques, et a été successivement le siège d’une tribu grecque (les Chaoniens), prise par les Romains en 167 avant JC, puis occupée par l'Empire byzantin et la république de Venise, avant d'être abandonnée à la fin du Moyen Âge.

Butrint a inspiré Virgile. Dans dans l'Énéide il fait allusion aux anciennes portes de la ville qui rappellent à Énée celles de la ville de Troie : les portes Scées.
C'est sous le nom de Buthrot, que Racine situe l'action de sa tragédie Andromaque.
Eugène Delacroix y a déposé son chevalet.


Le circuit en 18 points est marqué par des panneaux explicatifs enrichis d'illustrations.



A l’entrée du site nous longeons un petit lac et nous voyons les montagnes qui sont sur le territoire grec.
 


En longeant la berge, on parvient au premier panneau qui indique l'emplacement des plus anciennes habitations du site ainsi que la présence des vestiges de thermes romains.


 Juste derrière ceux-ci se dresse une haute tour vénitienne (2) percée de fines meurtrières. Construite au début du XVIe s., elle rappelle que Butrint, alors dépeuplée, servait de poste avancé pour défendre et nourrir l'île voisine de Corfou tenue par les Vénitiens (1386-1797), puis brièvement par les Français.
 



Nous empruntons une allée bordée d'arbres puis un chemin qui longe une forte concentration de monuments.
 Ils constituaient le coeur de la cité antique avec la source sacrée et le sanctuaire d'Asclépios (3 et 4). (Au  IVe s. av. J.-C. la tribu grecque des Chaoniens vouait un culte à ce dieu guérisseur fils d'Apollon. On venait ici pour se purifier à la source réputée miraculeuse et pour organiser des cérémonies où les esclaves étaient affranchis. Butrint est le second site connu après Delphes à avoir pratiqué l'affranchissement des esclaves).

Sur le côté gauche de la scène, des inscriptions grecques sont gravées dans la pierre, il s'agit d'actes d'affranchissement d'esclaves.  
 


 Le sanctuaire se composait d'un temple, d'une stoa (galerie), d'une pièce fermée où était enfermé le trésor, de bâtiments accueillant les pèlerins, et le théâtre .









Le théâtre est le monument le plus célèbre de Butrint où se tient chaque année un festival. Édifié au IIIe siècle avant J.-C., il accueillait jusqu'à 1 500 spectateurs. La scène, reconstruite au IIe s. av. J.-C., comporte un mur orné de six niches qui abritaient des statues de marbre. C'est là qu’a été découverte la statue de la déesse de Butrint, exposée au musée national d'Histoire, à Tirana.

 
 
La partie basse est sous les eaux et fait le bonheur des tortues.
 

 

Près du théâtre, se trouvent les ruines romaines. La transformation de Butrint en colonie par Auguste en 31 av. J.-C. s’est traduit par l'expansion de la ville de part et d'autre du canal, la construction de nombreux monuments publics, d'un forum et d'un aqueduc qui alimentait les thermes
 




En tournant à gauche, on parvient au forum romain.

 Découverte en 2005, cette place pavée de 20 m de largeur et 52 m de longueur a été érigée sur l'ancienne agora grecque. Elle était ornée de statues de marbre.







  Édifié au VIe s., le baptistère est l'un des plus beaux exemples connus de baptistères paléochrétiens en Méditerranée centrale. 
Il se compose de deux rangées de piliers en granit et d'un fond baptismal au centre. Son sol est pavé d'un ensemble huit mosaïques polychromes (rouge, noir et blanc) développant le thème du Salut des âmes - le chiffre 8 étant lui-même le symbole du Salut dans la tradition chrétienne - avec 64 médaillons à figures animales.

 Ces mosaïques sont le plus souvent recouvertes de sable et de terre pour assurer leur conservation.








À côté du baptistère se trouvent les ruines de thermes et un nymphaion (grande fontaine rituelle aux nymphes) doté de niches qui accueillaient des statues.




 



L'édifice actuel de la grande basilique remonte à la période vénitienne. Elle a été construite à l'emplacement de la première basilique du VIe s. Cette dernière était composée de trois nefs séparées par des colonnades dont certains éléments réutilisés apparaissent dans les murs.

 Autrefois décoré de mosaïques polychromes (encore visibles en certains endroits) réalisées par les mêmes artisans que celles du baptistère, le sol a été plus tard recouvert de dalles de pierre.
 




 
 


 



On longe ensuite le lac où un homme pêche des huîtres. Nous avons une vue sur le mont Mile et  la colline de Kalivo (fortifiée à l'âge de bronze). 




Peu après, en descendant quelques marches, la pointe nord de la péninsule est marquée par la présence des imposantes fortifications grecques du IVe s. av. J.-C. 


 Le mur sont construit de pierres taillées comporte une étroite ouverture surnommée " porte Scée ". 
Elle évoque, selon le poète Virgile (Ier s. av. J-C.), les portes Scées de la mythique Troie. Celles qu'ouvrirent les occupants du cheval de Troie pour faire pénétrer les soldats grecs dans la ville. 




Nous empruntons un sentier et arrivons à la porte du Lion. Elle doit son nom à son linteau en pierre orné d'une sculpture représentant un animal à corps de lion et tête de sanglier.
 Cette pierre rectangulaire a été ajoutée au Ve s. pour abaisser le niveau de la porte et rendre la défense plus aisée. 



De la porte du Lion, le sentier monte ensuite au sommet de la colline jusqu'à l'ancienne ville haute où se tenait l’acropole. 

A cet endroit il ne subsiste quasiment rien des anciennes fortifications et des bâtiments antiques.



Sur la partie ouest, un fort a été ajouté au XIIIe s. par les Vénitiens. Celui-ci a été rénové dans les années 1930 pour abriter les découvertes de la première mission archéologique italienne. 

Dans la partie souterraine de la tour se trouve un petit musée. 


 Sur, la terrasse très bien fleurie, nous pouvons voir une statue. Il s’agit d’une tête, qui a la particularité d’avoir un profil d’homme et un profil de femme. 


 



De cette terrasse nous avons un extraordinaire panorama sur l'embouchure du canal et sur l'île de Corfou. 


Butrint est un lieu quasi magique avec l’alliance de l’archéologie et de la nature méditerranéenne. 


Nous le quittons cependant pour nous rendre à la non moins magique et incroyable fontaine de Syri i Kaltër 
et à Girokastra, la ville natale d’Ismaël Kadaré.

Ceci fera l’objet d’un prochain article.