Le Musée des Arts Décoratifs de Paris célèbre le centenaire de l’Art déco avec l'exposition "1925-2025. Cent ans d’Art déco" du 22 octobre 2025 au 26 avril 2026.
L’exposition se déroule sur plusieurs niveaux du Musée des Arts Décoratifs, offrant un parcours à la fois chronologique et thématique avec près de 1 000 à 1 200 œuvres – mobilier, bijoux, mode, objets décoratifs, dessins, affiches… – qui montrent l’évolution de l’Art déco du début des années 1920 à aujourd’hui.
Elle est conçue comme un parcours immersif et spectaculaire à travers un siècle d’Art déco, avec un ensemble riche de près de 1 000 œuvres comprenant :
Le mobilier et le design emblématiques de l’époque (par exemple Ruhlmann, Eileen Gray).
Les objets d’art et la décoration (verreries, laques, céramiques).
La mode et le textile, dont des pièces de Madeleine Vionnet, Sonia Delaunay ou Jeanne Lanvin.
Les bijoux et la joaillerie, notamment des créations de Cartier.
Les affiches, les peintures et les maquettes.
Et une reconstitution spectaculaire du légendaire Orient Express, emblème du luxe et de l’esthétique Art déco, qui occupe une place forte dans le parcours.
La scénographie met en avant les formes géométriques, les matériaux luxueux et le lien entre design, mode et vie quotidienne qui caractérisent le mouvement.
Nous visitons cette exposition le 16 novembre 2025.
La première section replonge dans le contexte de l’Exposition internationale des arts décoratifs de 1925, l’événement qui a donné son nom au mouvement Art déco.
Nous y voyons des affiches originales, maquettes, plans, photographies et documents historiques qui expliquent comment Paris s’est transformée pour accueillir la manifestation.
Le 18 avril 1925 est inaugurée l'Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes.
Les pavillons, aménagés par des décorateurs, marques ou manufactures, se déploient entre les Invalides, la place de la Concorde et le Grand palais, dans lequel est montrée la section française organisée par sections, nommées classes.
L'exposition a comme but d'être "résolument moderne", dans la forme comme dans l'idée.
Les organisateurs, personnalités du monde artistique, politique et industriel choisissent les participants et les oeuvres avec soin.
Pensée depuis 1910 et repoussée maintes fois, elle est pour la France un outil commercial et culturel.
Certains contemporains lui ont reproché son absence de programme social, mais grâce au prix modique du billet d'entrée, aux larges horaires d'ouverture, l'exposition est un grand succès qui attire environ 15 millions de visiteurs.
André Girard (1901-1968)_affichiste_Les éditions de l'image de France, éditeur_Paris 1925_Lithographie sur papier
Robert Bonfils (1886-1971)_affichiste_Paris 1925_Lithographie sur papier
Antoine Bourdelle (1861-1929)_sculpteur et affichiste_Paris 1925_Lithographie sur papier
Charles Loupot (1892-1962)_affichiste_Paris 1925_Lithographie sur papier
René Prou (1887-1947)_affichiste_Paris 1925_Encre gouache, mine de plomb sur papier
Le Pavillon de l’Élégance de l'architecte Robert Fourmez situé en face du Grand Palais était un pavillon thématique dédié à la mode, au luxe et à la haute couture au sein de l’exposition de 1925 et mettait en avant l’élégance française.
Entre les meubles antiquisants d'Albert-Armand Rateau, les fers forgés figurants palmiers et panthère de Bagès, les mannequins Siegel et Stockman manifestent alors le bon goût français.
Jeanne Lanvin (célèbre couturière de l’époque) a donné l’impulsion au Pavillon de l’Élégance, qui a réuni les grandes maisons de mode et de luxe de Paris : Worth, Callot, Jenny ou encore Cartier pour la joaillerie.
Le pavillon n’était pas seulement architectural, il présentait une scénographie mêlant mode et art décoratif comme des défilés ou présentations de robes, tenues et accessoires de mode réalisés par les prestigieuses maisons parisiennes, des mises en valeur de mannequins, tissus, paravents et objets de luxe, comme des pièces de ferronnerie, de maroquinerie ou des créations d’orfèvrerie.
L’ensemble reflétait l’idéalisme du style Art déco à savoir, élégance, raffinement, lignes modernes et luxe discret.
Le Pavillon de l’Élégance est aujourd’hui considéré comme un symbole du rôle de la mode et du luxe dans l’essor de l’Art déco.
Pour le centenaire de l’exposition en 2025, plusieurs musées et expositions ont recréé ou évoqué ce pavillon dans leurs parcours historiques (par exemple dans l’exposition Élégance et modernité. L’Art déco a 100 ans à Saint-Quentin) pour montrer comment il représentait l’esprit du temps et l’esthétique d’une époque.
Le Pavillon de l’Élégance était un espace phare de l’exposition de 1925.
Frantz Jourdain (1847-1935)_créateur_robe du soir portée par mademoiselle Marcelle Frantz-Jourdain à l'occasion des soirées données durant l'exposition des arts décoratifs de Paris, 1925_Crêpe de soie brodé de perles de verre grises translucides_Ancienne collection Andrée Frantz-Jourdain
Lors de l'exposition internationale de 1925, le paravent l'Oasis est reconnu à l'unanimité par ses contemporains comme un des chefs-d'œuvre de l'évènement.
Au sein d'une nature luxuriante, jaillissent les jets d'une fontaine de fer et de laiton. Edgar Brandt s'impose comme le grand ferronnier d'art de l'époque et profite de l'effervescence parisienne autour de l'évènement pour ouvrir sa nouvelle galerie la même année.
Dans cette oeuvre qui allie travail manuel et mécanisé, Brandt démontre sa parfaite compréhension des possibilités esthétiques que lui offre le progrès technique de la métallurgie.
En 1925, le pont Alexandre III n’était pas seulement un passage architectural entre les rives de la Seine, il a été transformé en « rue des boutiques », une galerie commerciale flambant neuve de 21 boutiques où artisans, créateurs et manufactures exposaient et vendaient leurs produits directement aux visiteurs dans une ambiance très Art déco.
L’ensemble a été conçu comme une vraie rue commerçante, imaginée par le décorateur Maurice Dufrêne, qui utilisait les arches du pont pour installer des vitrines et espaces de vente dans un parcours continu.
Pendant toute la durée de l’exposition (avril – octobre 1925), cette rue servait à la fois de vitrine des métiers d’art et d’espace d’achat, reflétant l’esprit du salon : rapprocher création artistique, artisanat et vie quotidienne.
On pouvait voir la boutique « Simultanée » de Sonia Delaunay et Jacques Heim, axée sur les créations textiles et vêtements colorés inspirés des recherches picturales de Delaunay.
Sonia Delaunay (1885-1979)_créatrice_veste, 1924_Toile de coton brodée de laine et de soie, crêpe de laine_ancienne collection de l'artiste, Paris, Musée des arts décoratifs
Des mannequins de Sonia Delaunay, portant ses dernières créations, posent devant les arbres en ciment des sculpteurs Martel érigés au sein du jardin conçu par Robert Mallet-Stevens spécialement pour l'exposition.
Cette photographie incarne ce qu'était l'exposition.
Sonia Delaunay est une figure marquante de cet évènement, elle présente ses créations, véritables transpositions de des recherches plastiques sur la couleur et les formes à des tissus ou des objets du quotidien, dans la boutique simultanée qu'elle partage avec Jacques Heim sur le pont Alexandre III.
D'après Jan (1896-1966) et Joël (1896-1966) Martel_sculpteurs, Maquette de l'arbre cubiste_Paris 1925, (modèle)_Bois peint d'après un original en ciment_Musée du Louvre.
Mannequins Sonia Delaunay devant les arbres cubistes des frères Martel dans le jardin de Mallet Stevens_Paris 1925_Reproduction d'une épreuve argentique_Centre Pompidou, Paris
Herta Ottolenghi -Wedekind (1885-1953)_Panneau textile, Italie 1925_TFilet de coton brodé de laine polychrome_Présenté dans la section italienne du Grand Palais Paris, Musée des arts décoratifs, Don Herta Ottolenghi, 1925
On trouve aussi la boutique de Gants Alexandre, spécialisée dans les gants de luxe, la boutique du fourreur Guelis Frères, présentant des fourrures et vêtements haut de gamme.
Des métiers d’art et design comme Siégel & Stockmann, marchands spécialisés dans l’agencement de boutiques et la fabrication de mannequins stylisés pour vitrines modernes.
René Joubert, Pierre Petit, René Lalique, Pierre Imans, artistes et verriers, des créateurs d’objets décoratifs représentés dans la galerie.
Emile Lenoble (1875-1940)_céramiste
René Butheaud (1886-1986)_céramiste
François Décorchemond (1880-1971)_verrier
René Lalique (1860-1945)_verrier
Christian Fjerdingstad (1891-1968) dessinateur chez Christofle, orfèvre
Paul Frederic Follot (1877-1942) décorateur, Maurice Daurat (1880-1969), orfèvre
Gérard Sandoz (1902-1995)_orfèvre, etc...
Henri Rapin (1873-1939)_ décorateur_meuble d'appui, Paris 1924_citronnier, palissandre, marbre, porcelaine, bronze_Présenté à l'exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de Paris, 1925_Musée des arts décoratifs_Leg Suzanne Alice Rapin, 1964
Yvonne Clarinval (1874-1979)_Décoratrice_Manufacture Tassinari et Chatel, fabricant_Lampas patron 9712, Le Feu_Lyon, 1923_Lampas sur soie_Présenté à l'exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de Paris, 1925_Paris, maison Lelièvre_fonds de la manufacture Tassinari et Chatel
Après ses succès aux précédentes expositions, la renommée du maître verrier René Lalique n'est plus à faire en 1925.
A cette occasion, il y décline l'emploi du verre sur différentes échelles, des précieux objets aux monumentales portes ou fontaines lumineuses.
Lalique interroge la fonction du verre comme élément décoratif, mais surtout structurant l'architecture. Ce fragment, tiré de la porte d'honneur de l'exposition, est moulé d'un motif de fontaine cher à l'art déco pour sa symétrie et ses possibilités esthétiques. Cet ornement résonnait avec la ferronnerie d'Edgar Brandt et l'architecture des piliers d'Henry Favier et André Ventre.
René Lalique (1860-1945)_verrier_Fragment de la porte d'honneur de l'exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de Paris, 1925_Verre moulé-pressé_Paris, musée des arts et métiers
Parmi les grands succès de l'Exposition de Paris en 1925 figure le Village du jouet, que la presse loue unanimement.
Les trente sept maisonnettes qui le composent imitent les maisons de poupées. Le visiteur se retrouve propulsé dans un changement d'échelle propice à l'amusement et aux rêves.
L'un des pavillons est consacré aux jouets des ateliers employant des soldats mutilés pendant la guerre, qui leur permettent de se réinsérer dans la société par le travail et non par la charité.
Dans les années 1920, ces jouets brillent par leur patriotisme.
René Herbst, designer qui a exposé des meubles en tube d’acier et des vitrines mettant en scène mobilier et décoration moderne avec ses vases en céramiques.
Le jouet de France, fabricant_Ensemble de mobilier miniature, France, 1925-1930_Bois peint_Paris, musée des arts décoratifs
Les grands magasins présentent les ouvrages de leurs ateliers d'art dans des pavillons spectaculaires, comme les manufactures telles que Sèvres, Puiforcat, Christofle ou Baccarat.
Charles Martin-Sauvaigo (1881-1971)_peinture_jardin du pavillon de la manufacture nationale de Sèvres à l'Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes_1925_huile sur toile_Reims, Musée des Beaux Arts
On pouvait découvrir également des créations spéciales avec le couturier Paul Poiret qui a créé un espace original en forme de trois péniches amarrées au pied du pont, chacune dédiée à une expérience différente (restaurant, parfums, salon d’exposition).
Cette « rue des boutiques » n’était pas un simple ensemble de stands. Elle incarnait une nouvelle façon de présenter le design et les produits artistiques, à mi-chemin entre commerce, exposition et spectacle et montrait que l’Art déco n’était pas seulement décoratif mais prêt à être vécu dans la vie quotidienne des visiteurs, du vêtement à l’objet décoratif en passant par l’ameublement.
La section des bijoux à l’exposition constitue une vitrine majeure des nouvelles tendances joaillières, montrant combien la scène française et aussi internationale se renouvelle dans l’entre-deux-guerres.
De nombreux grands noms de la joaillerie européenne exposent leurs créations :
Van Cleef & Arpels présente un bracelet nommé "Fleurs enlacées, roses rouges et blanches", qui remporte un Grand Prix. Sa composition en diamants et rubis offre déjà une esthétique très géométrique et moderne, caractéristique du début de l’Art déco.
Cartier, Boucheron, Georges Fouquet et d’autres maisons prestigieuses exposent leurs pièces les plus novatrices souvent inspirées par l’abstraction, l’architecture moderne et les formes stylisées.
La section montre aussi des créations de designers moins connus aujourd’hui mais importants à l’époque, qui contribuent à illustrer la diversité des approches stylistiques autour de l’Art déco.
Les bijoux de 1925 rompent avec les formes organiques et sinueuses de l’Art nouveau, les lignes plus géométriques deviennent droites et angulaires, les formes simples (rectangles, cercles, zigzags), l’agencement des pierres suit une logique presque architecturale.
Cette esthétique reflète l’influence des Avant-gardes artistiques, notamment du cubisme, sur la joaillerie, ce qui était révolutionnaire pour l’époque.
Le bijou ne cherche pas seulement à être décoratif, il incarne une vision moderne du monde.
Les quelque 150 bijoux présentés par le joaillier Cartier sont l'aboutissement de recherches entamées 20 ans auparavant.
Pionnière la maison explore de nouvelles esthétiques, dès 1904, les formes s'épurent et apparaissent les premiers bijoux exclusivement géométriques.
L'arrivée de Charles Jacqueau, qui rejoint le studio des dessinateurs en 1909 et collabore directement avec Louis Cartier, marque un tournant avec l'introduction de couleurs, influencés par l'Orient.
A partir de 1930, les créations Cartier sont géométriques, et prennent du volume, et l'or jaune s'impose.
Mannequin présentant le bijou d'épaules dit collier Bérénice le diadème, les pendants d'oreilles et la broche, tous créés autour d'émeraudes indiennes gravées_Reproduction d'après négatif, 2025_Archives Cartier, Paris
Le "collier-bijou d'épaules" dit Bérénice est le tour de force de la présentation Cartier à l'exposition de 1925. Réalisé en émeraudes, perles, émail noir et diamants, il est constitué de six sections entièrement articulées, reposant sans attache sur les épaules.
L'emploi d'émeraudes mogholes gravées montre l'influence majeure de l'Inde dans les années 1920 chez Cartier.
Invendu, il est démonté en plusieurs éléments, aujourd'hui disparus, à l'exception de l'émeraude centrale.
Boîte à poudre avec tube à rouge_Paris, 1925_or, platine, nacre, élément ancien en ivoire, laque, diamants, émeraudes, émail_Présenté par Cartier en 1925
Broche-pince_Noeud papillon_Paris, commande de 1935_Platine, or blanc, diamants, cristal de roche
Montre broche_Baguette coulissante sur bracelet rigide_Mandoline_Paris, 1938 (montre), 1957 (bracelet)_or jaune et rose
Ce devant de corsage dessiné par Lucien Hirtz, et réalisé par le joaillier Bisson pour la monture et le lapidaire Brethiot pour la taille des pierres, constituait l'une des pièces phare du stand de la maison Boucheron, l'un des plus remarqués à l'exposition.
Sa conception associant des pierres dures, tels que le lapis, le jade et l'onyx en contrastes colorés qui réchauffent une composition strictement géométrique.
Boucheron, joaillier_Lucien Hirtz (1864-1908) dessinateur_Atelier F Bisson, bijoutier joaillier_Brethiot, lapidaire_devant de corsage_Paris 1925_or, soie, jade, corail, lapis, onyx, turquoise, strass_présenté à l'exposition de 1925_Paris, collection privée Boucheron, Paris
- Boucheron, joaillier_Broche_Paris 1927_or, platine, émail, cristal de roche, émeraude, rubis, saphir, diamant_Paris, collection Boucheron
- Cartier_ Joaillier_Broche vase chinois_New York, 1927_Platine, or, diamants, rubis, lapis-lazuli, onyx, émail_Collection Cartier
- Cartier_ Joaillier_Broche_coupe de fruit_Paris, 1925_Platine, or, diamants, rubis, émeraude, onyx, émail_Collection CartierBien que les créateurs poursuivent des buts différents avec des esthétiques variées, l'Art déco à des motifs communs, corbeilles et guirlandes de fleurs, bestiaire spécifique, figures géométriques tel l'octogone, utilisation de bois précieux comme l'ébène ou le palissandre et des techniques comme le galuchat ou la laque.
La tendance la plus notable est la simplification et la géométrisation des formes en lien avec le cubisme et le fauvisme.
Les sources d'inspiration de l'Art Déco sont diverses. Elles sont liées aux découvertes archéologiques, aux arts extra-européens mais aussi pour le goût du style Louis Philippe.
Franz Waldraff (1878-1960)_Affichiste, peintre et décorateur_Huitième salon de la Société des artistes décorateurs_Paris 1913_Lithogrphie couleur_Paris, Musée des arts décoratifs
Certains ornements issus des siècles précédents refont leur apparition à l'image de la corbeille de fruits en majesté sur le décor de ce meuble de Riesener, grand ébéniste du XVIIIe siècle. L'influence du XVIIIe siècle dont on trouve une nouvelle interprétation sur cette pièce de Jacques-Emile Ruhlmann.
Ce motif appelé Cathalos est hérité de l'Antiquité. Il représente une corbeille faite de jonc ou d'osier entrelacé en forme de lys.
La redécouverte des sites antiques au XVIIIe siècle correspond à la résurgence de l'emploi de ce motif comme ornement récurrent dans les arts décoratifs.
Chez Ruhlmann, la corbeille est remplacée par un vase. Il s'inspire également des formes du XVIIIe siècle et de l'excellence des techniques de travail du bois des ébénistes de cette époque.
Jean Henri Riesener (1734-1806), ébéniste_chiffonnier_vers 1774-1791_Chêne, bois résineux, amarante, buis, sycomore, satiné, ébène, marbre, bronze doré_Paris, Musée art décoratif
Georges Jacob (1739-1814)_menuisier_chaise à la reine d'une paire, France, vers 1790_Hêtre teinté acajou, vers 1790_Hêtre teinté acajou, cuir_Paris musée des arts décoratifs_Legs Joseph Dupré, 1913
Paul-Frédéric Follot (1877-1941)_décorateur_chaise_Paris, vers 1912_Erable, amarante, ébène, cuir_Présentée au salon d'automne de 1912_Paris, musée es arts décoratifs
Jean Dufy (1888-1964), créateur_Manufacture Théodore Haviland, fabricant_Légumier du service rose tricolore ou pivoines_Limoges, 1925_présenté à l'exposition internationale de Paris de 1905, Paris_Musée des arts décoratifs_Don de la manufacture, 1927
Paul Iribe (1883-1935) dessinateur_André Groult (1884-1966), éditeur_Lé de tissu_France, vers 1910_Toile de lin imprimée à la planche de bois_Modèle identique présenté au salon d'automne de 1911, Paris_Musée des arts décoratifs, 1927
La représentation animalière dans l'Art déco, stylisée et épurée, emprunte aux innovateurs des sculpteurs animaliers du début du XXe siècle, qui à l'instar de François Pompon, abandonnent le réalisme et se concentrent sur la forme générale du modèle. Au delà de la sculpture, le bestiaire de l'art déco peuple les bas-reliefs et décors de pièces. Parmi ces représentations synthétisées, on note une préférence pour les espèces aux silhouettes fuselées comme les biches, les paons, les antilopes ou les perruches.
Jean Pérot (1880-1962) _dessinateur_Léon Conchon, ferronnier, société Schwartz-Haumont, feronnier_Gilles Paons, Paris, vers 1922_Paris, vers 1922_Fer forgé_Présenté au salon de la Société des artistes décorateurs de paris, 1922_Paris musée des arts décoratifs_Don Madame Lambert-Lévy, 1950
L'Art déco se caractérise par le renouveau des techniques, la réinterprétation de certains matériaux et de certains savoirs faire.
Aux XVIIe et XVIIIe, la marqueterie de paille est utilisée pour orner les objets de petites dimensions. Au début du XXe siècle on réutilise cette technique pour recouvrir des objets plus volumineux, voire des meubles entiers.
Le galuchat (peau de requin ou de raie) connait une nouvelle vogue.
Auparavant en usage sur des fourreaux d'épée et des petits étuis, il recouvre au début du XXe siècle des meubles entiers.
Anonymes_ensemble d'objets en marqueterie de paille, France, XVIIIe siècle_Paris musée des arts décoratifs
Les années 1910, marquent le déclin du style Art nouveau et voient naître celui de l'Art déco.
La création de l'Atelier Martine en 1911 et celle de la Compagnie des arts français par Louis Süe et André Mare, et la présentation de la maison cubiste au salon d'Automne de 1912 posent les bases d'une rénovation des arts décoratifs.
Après l'exposition de Turin en 1902 et 1911 et l'annonce de la grande Exposition Internationale programmée à paris en 1913, puis 1915 et reportée à 1925, dynamise cette décennie qui porte en germe toutes les caractéristiques du "nouveau style".
Les recherches faites par la jeune génération d'artistes décorateurs, de Léon Jallot à Paul Follot, sont représentatives des premières évolutions du mobilier français vers des lignes plus simples et des ornements plus stylisés.
Dans la peinture, les peintres s'adaptent aux contraintes de la matière, tel André Derain.
Georges Barbier (1882-1932)_affichiste_9e salon de la société des artistes décorateurs du 28 février au 25 mars, Musée des Arts Décoratifs_Pavillon de Marsan, Louvre_Paris, 1913_Lithographie sur papier, Paris musée des arts décoratifs_ensemble d'objets en marqueterie de paille, France, XVIIIe siècle_Paris musée des arts décoratifs
Léon Jollot (1874-1967)_ébéniste_Bibliothèque_Paris, vers 1910_Chêne, merisier, loupe de noyer, bronze doré_Paris musée des arts décoratifs
Clément Mère (1861-1940), décorateur_cabinet, Paris, vers 1914_Ebène de macassar et galatithe, amarante_Paris, Musée des arts décoratifs, 1981
La table à thé d'Eugène Gaillard poursuit le goût de l'Art nouveau pour le monde végétal. Son plateau quadrilobé rappelle la forme du nénuphar mais sa stylisation géométrisée témoigne de la simplification du mobilier. Celle de Louis Sorel pousse la démarche de rationalisation des formes plus loin encore. Les quatre planches horizontales tournent autour d'un pivot central et s'ouvrent en éventail
Eugène Gaillard (1862-1933), architecte et décorateur_Table à thé gigogne, Paris, vers 1913_padouk, palissandre de Madagascar_Présenté au Salon de la société des artistes décorateurs de 1913 et à l'exposition universelle de Gand de 1913_Paris, musée des arts décoratifs_Achat auprès de l'artiste, 1913
Louis Sorel (1867-1933), architecte et décorateur_Table à thé, Paris, vers 1910_Merisier verni_Paris, musée des arts décoratifs_Don Alice Sorel en souvenir de son mari, 1936
Paul-César More (dates inconnues)_décorateur_Cabinet, Paris, vers 1919_Bois de violette et de rose, ébène, bois doré, nacre, laiton, bronze doré_Paris, musée des arts décoratifs_Achat auprès de l'artiste, 1919
Cette chaise longue fait partie d'un ensemble de boudoir du décorateur Paul Follot. Encore empreinte des lignes sinueuses de l'Art nouveau, sa sobriété annonce le développement futur de l'Art déco. Appliquées de façon régulière le long du dossier et de la ceinture, des roses structurent le décor de manière ordonnée.
Paul Frederic Follot (1877-1941)_décorateur_Chaise longue, Paris, 1912_hêtre sculpté et doré, soie_Présentée au salon d'automne de 1910_Paris, Musée des arts décoratifs
L'abstraction géométrique moderne :
En 1907, le cubisme sous l'impulsion de Pablo Picasso et Georges Braque, renouvelle profondément la peinture en systématisant les points de vue multiples et les formes géométrisées.
Conscients de ces enjeux nouveaux, les artistes des arts appliqués vont profondément s'inspirer du cubisme dont ils reprennent le goût pour les formes pleines, géométriques et dessinées.
Tous les domaines de la création sont concernées ;: mobilier, vitrail, objets d'art, mode et bijoux se parent de motifs à spirales, cercles ou cubes au sein de compositions élaborées.
Etablissements Saddier et fils_Ebéniste_Coiffeuse Paris, 1928_Sycomore, laiton, miroir_Présentée au salon d'automne de 1910_Paris, Musée des arts décoratifs
Adolphe Mouron dit Cassandre (1901-1968)_peintre et affichiste_Fonderie Deberny Peignot, éditeur_Le Bifur_Franc, 1927_Paris, bibliothèque du Musée des arts décoratifs
L'exposition de 1925, constitue pour Sonia Delaunay une formidable opportunité. Sa boutique, Simultané, avec le couturier Jacques Heim et à la devanture signée par l'architecte Gabriel Guévrékian, devient un écrin moderne pour présenter ses dernières créations et pour développer le passage de ses réalisations du tableau aux vêtements, des accessoires et des tissues. Ses expérimentations hors chevalet remontent à 1911 et le début de l'édition de tissus simultanés datent de 1910, avec la conception de modèles de tissus modernes destinés à l'ameublement pour un soyeux lyonnais, J.B Martin. Elle envoie 50 dessins et met au point ses premiers tissus produits industriellement, amorce d'une diffusion de ses textiles pour les intérieurs comme pour la création de vêtements.
Attribuée à Louise Boulanger, maison de couture Jean Dunand_Blouse, Paris, vers 1926_Crêpe de soie laqué_Ancienne collection Madame Agnès; Paris_Musée des arts décoratifs, Paris
A la fin des années 1920 et pendant plus d'une décennie, le musée d'ethnographie du Trocadéro, inauguré en 1878, connait de grands changements et une vive reprise de son activité, témoins de l'intérêt de l'époque pour le sujet.
Il modernise la muséographie sous l'égide de Henri Rivière et devient un lieu en vogue, à la fois populaire et mondain, véritable vecteur de découvertes des arts non occidentaux.
En 1933, Joséphine Baker visite en grande pompe l'exposition de la célèbre mission Dakar-Djibouti apportant ainsi au musée à la fois sa notoriété et la caution d'une personne de couleur.
Aujourd'hui, cette entreprise de collecte d'objets est assimilée à de la spoliation d'oeuvres. Après une fermeture de deux ans, il réouvre en 1937 à l'occasion de l'exposition universelle de Paris dans les nouveaux locaux du palais de Chaillot, sous le nom du musée de l'Homme
Pierre Legrain trouve dans le mobilier africain une source d'inspiration pour développer des formes, des motifs et des assises. La chaise exposée est à rapprocher d'un siège congolais; Legrain est fan de l'ancien royaume du Dahomey (sud de l'actuel Bénin comme l'exemplaire ci-dessous possédé par Jeanne Tachard, modiste, collectionneuse d'art africain et grande commanditaire de Legrain.
Le travail de Legrain se fait l'écho de l'impact que les arts africains et océaniens ont eu sur la peinture et la sculpture du début du XXe siècle, notamment avec l'émergence du cubisme
Anonyme_Trône Fan_Ancien royaume du Dahomey-Bénin_Fin du XIXe siècle, début XXe siècle_Bois sculpté.
Cartier (1875-1942), joaillier_Maurice Coüet (1885-1963), horloger_pendule, Paris 1927 (monture) Chine, XVIIIe siècle (jade)_Jade blanc sculpté, onyx, diamants, émeraude, corail, nacre, or, émail_ Paris, musée des arts décoratifs_Don Georges Blumenthal en souvenir de Madame Florence Blumenthal, 1931
Cette première partie de l’exposition met en lumière la naissance de l’Art déco dans un monde en profonde mutation. Né au sortir de la Première Guerre mondiale, ce mouvement incarne à la fois une volonté de rupture avec les styles anciens et un désir d’ordre, d’élégance et de modernité.
À travers les formes géométriques, les matériaux luxueux et le dialogue entre artisanat et industrie, l’Art déco affirme une nouvelle vision de l’art tournée vers le progrès et le quotidien.
Ces débuts posent les fondations d’un style qui marquera durablement l’architecture, le design et les arts décoratifs tout au long du XXᵉ siècle.
Nous verrons dans une deuxième partie, les différents créateurs, mécènes et collectionneurs.
Texte de Paulette Gleyze
Photos de Paulette Anne et Gérard Gleyze