vendredi 19 février 2016

Le château d'Issogne dans le Val d'Aoste


 Ce texte s’inspire  des commentaires de notre excellente guide qui nous a fait découvrir le château en cette belle journée du 31 janvier 2016, et des explications diverses affichées au fil de la visite.
Le Val d’Aoste était depuis le Moyen Age un lieu de passage commercial 
(particulièrement le commerce du sel) entre la France et la Suisse.
C’est là que passait la Francigena (la voie française) qui était la voie qui reliait l’Angleterre à l’Italie en passant par le col du Grand saint Bernard. Cela a apporté la richesse à la vallée qui est l’écrin de plus de 100 châteaux.
Le château d’Issogne propriété depuis 1379 de la famille de Challant est un des mieux conservé.
Yblet de Challant en prend possession en 1379, mais c’est Georges de Challant, pronotaire et prieur de St Ours, qui entre 1487 et 1509 lui donne son aspect actuel.
Il décide de célébrer la grandeur de sa famille et d’entreprendre des travaux d’agrandissement et d’enrichissement pour sa cousine Marguerite de la Chambre et son fils Philibert.
Le château que nous visitons aujourd’hui a gardé l’aspect de cette rénovation de la fin du XVe siècle.
L’austérité du château tranche avec les fresques, blasons et armes peints sur les murs tant à l’extérieur côté cour, qu’à l’intérieur.
Les façades du château sont peintes avec des fresques (bien endommagées par les intempéries et le soleil) représentant la vie médiévale, on voit également les armoiries de la famille de Challant.
 
Dans la cour se trouve la célèbre fontaine octogonale avec son grenadier. L'arbre en fer forgé représenté grandeur nature a sans doute été voulu par Georges de Challant comme cadeau de fiançailles pour son neveu Philibert avec Louise d'Aarberg en 1502.
La fontaine du grenadier a une forte valeur symbolique, puisque la grenade est le symbole de fécondité, de richesse et de puissance, et les fleurs sont le symbole d’un amour brûlant.

En marge de la fontaine, se trouve le jardin à l’italienne. Les jardins à l’italienne naissent sur les bords de l’Arno dans la région de Florence, au début de la Renaissance italienne et s’inspirent des jardins romains et napolitains . 

Les salles du château, au nombre de 50 environ, sont richement meublées avec du mobilier d'époque ou reconstitués à partir de documents d’archives.
Le vestibule et le portique sont ornés de fresques encadrées dans la courbe des arcs, représentent avec réalisme la vie quotidienne.
 



 



On y voit le corps de garde, la boutique du boucher et du boulanger, le marché, la boutique du tailleur, de l’apothicaire, du fromager et charcutier.
 
 
 
 

 


De nombreux graffitis originaux sont inscrits en bas des fresques, ils sont en français, en latin, en italien, en allemand et en espagnol. Le plus ancien date de 1489.



 


Les bancs en noyer font partie du mobilier d’origine du château c'est-à-dire du gothique tardif.
Au rez de chaussée, la salle à manger communique avec la cuisine par un passe qui s’ouvre sous la ventilation de la cheminée.
La cuisine, ou se trouve trois grandes cheminées, est partagée en deux par une double arcade: une partie était réservée aux seigneurs, l’autre au personnel. Une splendide cheminée en pierre aux armoiries de la famille, un plafond et des murs peints de scènes de chasse, de paysages, et la sentence de Paris, décore la salle du baron
Dans l’inventaire de 1565, cette salle dénommée « poyle » (poêle), c'est-à-dire en ancien français salle chauffée, puisqu’elle profitait de la chaleur provenant de la cheminée de la cuisine adjacente.
Le mobilier du 16e siècle se composait de bancs en bois disposés sur 3 côtés, d’une table en noyer et d’une arche en bois. Vittorio Avondo fait agencer cette pièce et l’enrichit de vaisselles en céramique  et en métal, d’ustensiles de table et de verreries réalisées à partir de modèles du Moyen Âge. Le mobilier actuel date du 19e siècle. Le dressoir est réalisé à partir de panneaux anciens.
 
la cuisine

On accède aux différents étages par l'escalier en colimaçon. Les blocs en pierre qui forment cet escalier sont trapézoïdaux, autour d'un cylindre central. Sur les murs des graffitis anciens.


 . 

Au premier étage: une chapelle aux voûtes ogivales décorées de fresques et un autel en bois sculpté doré, un triptyque de style flamand.
Les peintures qui décorent les voûtes, les nervures et les lunettes représentent les docteurs de l’église, les apôtres, les prophètes, la mort de la vierge et des figurines de saints.
 
 
 
 
 

 La chambre de l’oratoire aussi dénommée lors de l’inventaire de 1565, la chambre de « Saint Mauris » du fait des croix de saint Maurice qui ornent le plafond à caissons.  

 A l’origine, les parois étaient couvertes de tentures de laine peintes aux armes des Challant.Les armes des Challant sont également peintes sur la cheminée.
  

 Les peintures murales de l’oratoire marquées par de nombreux repeints datant de 1936, représentent la crucifixion avec Georges de Challant agenouillé au pied de la croix et des peintures de descente de la croix et de mise au tombeau.
 
 

La salle d’armes renferme la collection d’armes anciennes de Vittorio Avondo qu’il démembra avant la donation du château à l’Etat. Cette salle est aussi appelé « la chambre de Savoye » dans l’inventaire de 1565, en raison de la représentation sur le dessus de la cheminée des armoiries de la maison de Savoie. 


 

Au deuxième étage se trouve la chambre du roi de France Charles VIII où la tradition veut que Charles VIII y ait dormi en 1496. Cette pièce, possède un plafond à caissons décorés de fleurs de lys et une cheminée, ornée des écussons portant le blason royal: lys doré avec son inscription “Vive le Roi” . 


Le réaménagement du château qui s’est achevé en 1998, répond à la volonté de valoriser l’aspect gothique tardif de l’édifice mais aussi de souligner l’aménagement qui a été fait à la fin du 19e siècle par Vittorio Avondo.
Actuellement, le château appartient à l’Administration Régionale, il est géré par le ministère des Beaux-Arts et plus récemment par l'entretien attribué au Conseil Régional de la vallée.

 

La chronologie du château d’Issogne  issue du site : http://issogne.atelhis.com/histoire.html
- Ier siècle ap JC : Un édifice romain est construit sur le futur emplacement occupé par le château. Des traces du mur d’enceinte ont été retrouvées dans le sous-sol du château.
- 1151 : Une bulle du pape Eugenio III semble documenter la présence de l'évêque d'Aoste à Issogne.
- 1255 : L'évêque d'Aoste accorde aux sujets d'Issogne un règlement de justice, organisant ses rapports avec la communauté.
- 1280-1350 : Un conflit oppose l'évêque d’Issogne aux seigneurs de Verrès. Au début du XIVe siècle, ces derniers incendièrent la maison forte d'Issogne en l'endommageant.
- 1379 : Rachat du fief d’Issogne par Iblet de Challant en partie aux De Verretio, aux Alexini, aux De Turilla et enfin à l'évêque d'Aoste qui détenait aussi le château.
Fin XIVe- milieu XVe siècle : Iblet construit un château sur l’endroit précédemment occupé par l’édifice romain et de la tour épiscopale.
- 1409 : A la mort d'Yblet, le fief d'Issogne passe à son fils François, qui obtint en 1424 le titre de Premier Comte de Challant de la part de la Maison de Savoie.
- 1442 : Mort de François resté sans héritiers mâles, le château passa par testament aux filles Marguerite et Catherine.
- 1456 : Catherine céda ses propriétés à Jacques de la branche d’Aymavilles, qui devint ainsi le deuxième Comte de Challant, et seigneur d'Issogne.
- 1480 : Louis de Challant, fils du comte Jacques, reprit le château et fit de nombreux travaux de rénovation.
- 1487 : À la mort de Louis, son cousin, le prieur Georges de Challant-Varey et la veuve Marguerite de la chambre assumèrent la tutelle des fils Philibert et Charles et projetèrent la réalisation du château actuel.
- 1494 : Le prieur Georges de Challant-Varey rachète le château d'Aymon-Glassard.
Grand développement des travaux au château d’Issogne.
Dans les premières années du XVIe, le château fut habité par Philibert de Challant, fils du comte Louis, et ensuite par le petit-fils, René, prestigieux personnage à la Maison de Savoie et mort en 1565.
- 1528-1558 : Au temps du mariage entre René de Challant et Mencia du Portugal, le château, résidence préférée de la famille prend l'aspect d’une demeure raffinée avec des bibelots et étoffes précieuses.
- 1565 : Les nobles Madruzzo, de la famille des évêques de Trente, succèdent à René de Challant à raison du mariage entre Jean-Frédéric et une des filles du comte défunt, Isabelle. Il commence un contentieux avec les cousins mâles d'Isabelle, qui s'opposent à la succession.
- 1696 : Le conflit qui a vu s’opposer les descendants du Madruzzo et les descendants des cousins d’Isabelle de Challant, qui dura plus d'un siècle. Entretemps, la seigneurie d'Issogne et son château furent propriétés au début des Madruzzo, et ensuite des Lenoncourt, et passèrent enfin à Christine-Maurice del Carretto di Balestrina, en 1693. Le conflit se résolut en 1696, et Christine-Maurice del Carretto dut rendre Issogne à la Maison de Challant.
- 1802 : Avec la mort de Jules-Jacinthe, dernier comte de Challant, et l'extinction de la famille, le château, déjà en état d'abandon depuis des années, commença une période de décadence, où il fut entre autres dépouillé de son ameublement et de ses décors.
- 1841 : Avec la mort de Gabriella Canalis Cumiana, veuve et héritière du comte Maurice-Philippe de Challant Châtillon, le château et les autres biens passe à la famille du comte Amédée-Louis Passerin d’Entrèves, son second mari.
- 1872 : Cessation du château d’Issogne par les Passerin d’Entrèves au peintre turinois Victor Avondo.
- 1907 : Don à l’état Italien du château d’Issogne par Victor Avondo.
- 1935 : Le ministre de l’éducation National Cesare Maria engage une série d’interventions de restauration. A cette occasion les fresques des oratoires et de la chapelle seront repeintes.
- 1948 : Achat du château d’Issogne par la région autonome Vallée d’Aoste.
- 1996-1998 : Réagencement des intérieurs voulu par Vittorio Avondo, documenté de photographies d’époque, des inventaires de 1907 et du 1911 et des campagnes précédentes de restauration.

2 commentaires:

  1. Bonjour!
    Si vous aussi, vous voulez découvrir un autre blog tout aussi vivant: http://esteticofsenses.blogspot.com , vous êtes le bienvenu !

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  2. Bonjour
    avec plaisir
    bravo pour votre blog....mes balades sont moins exotiques
    cordialement

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