mardi 29 août 2017

Voyage en terres Balkaniques : l’Albanie_4e jour_Apollonia et Vlora


Le 4e jour de notre séjour, nous prenons la route pour visiter le site archéologique d'Apollonia à 12 km de la ville de Fier d'abord, et  la ville de Vlora ensuite.

Apollonia


Apollonia est une ancienne cité d’Illyrie l'actuelle Albanie dont les ruines ont été mises au jour près de Fier au sud ouest de l'Albanie.

Fondée en -588 par des colons grecs de Corfou et de Corinthe, en l'honneur du Dieu Apollon, La ville tombe dans le giron de la République romaine en -229.

Apollonia a accru son opulence pendant la période romaine et a été mentionnée par Cicéron dans ses Philippiques comme « magna urbs et gravis » c'est à dire une grande et influente cité. Elle avait reçu de César le titre de Ville Libre.

Aristote citait Apollonia comme un exemple important du système oligarchique, en raison de la prévalence des familles descendant des colons grecs sur une population de serfs d'origine majoritairement illyrienne.
La cité s'est enrichi par son agriculture locale et par le commerce d'esclaves, favorisé par son port important dont on prétend qu'il pouvait accueillir une centaine de bateaux en même temps.
 
Apollonia, était un port important sur la côte illyrienne, qui permettait de relier Brindisi , notamment par la Via Egnatia qui menait jusqu'à Thessalonique et Byzance. Les liens commerciaux sont attestés par la monnaie frappée au nom de la ville qu'on a pu retrouver jusqu'au bassin du Danube.

Apollonia a compté jusqu’à 60 000 personnes.

La cité décline au IIIe siècle après J.-C, notamment en raison d'un tremblement de terre qui a détourné le cours de la rivière Vjosa, asséchant le port et transformant les terres en un marais frappé par le paludisme.

Le christianisme s'est implanté assez rapidement dans la région et au XIIIe siècle, un monastère, dont le cloître entoure une église byzantine a été construite sur ce site.

C'est entre 1924 et 1938 que l'archéologue français Léon Rey (1887-1954) a entreprit de fouilles sur le site .

Après la guerre, le nouveau régime albanais n'autorise pas Léon Rey à continuer les fouilles.
Il meurt en 1954 sans avoir pu retourner à Apollonia.

A partir de 1948, une équipe d'archéologue albanais a pris le relais, ce qui a permis de mettre au jour certaines découvertes exposées
dans le monastère voisin et au musée archéologique de Tirana.
Au cours de la période d'anarchie qui a suivi la chute du régime communiste en 1990,
les collections archéologiques ont été pillées.

Depuis 1992, le site fait à nouveau l'objet de campagnes de fouilles archéologiques régulières, menées par une équipe franco-albanaise.

La ville antique d’Apollonia et ses environs bénéficient depuis 2006
du statut de parc archéologique.
C'est une zone protégée au titre de monuments de la culture dans lequel se trouve la ville intra-muros, mais aussi deux temples
extra-muros, celui de Shtyllas et d’Islamaj et les deux nécropoles hellénistique et romaine. 
Ceci fait d’Apollonia le plus grand
parc archéologique du pays et un des plus grands des Balkans.



L'élément structurant du centre monumental est une voirie comprenant un carrefour et une esplanade.



Nous arrivons par cette voie principale, bordée à droite de boutiques sur une longueur de 52m et une largeur de 5m. Les 4 seuils identiques à ceux de Pompéi et Ostie permettent d'identifier qu'il s’agissait de boutiques.


Les 4 seuils sont bien conservés et présentent des rainures qui guidaient les systèmes de fermeture.




 En face des boutiques, se trouve le monument le plus imposant du site,
Le Bouleutérion (Monument des Agonothètes)
C’est l’un des symboles de l’archéologie en Albanie.
Le bâtiment abritait le conseil de la ville (la Boulè).  La présence de gradins pouvant accueillir jusqu'à 160 personnes en font un bâtiment de réunion. La porte d'entrée avec ses colonnes corinthiennes est précédée d'un escalier monumental. 
A l'intérieur, il y a un hémicycle avec des gradins et un couloir desservant deux cages d'escaliers. L'édifice est daté du 2e siècle après JC.















L’Odéon,

est situé au côté nord de la place, en face du Bouleutérion. Ce monument servait aussi bien aux manifestations musicales et littéraires, qu’aux réunions officielles.
A l’intérieur, le monument avait la forme d’un petit théâtre appuyé sur la pente de la colline. 
Sa cavea composée de 16 gradins pouvait accueillir jusqu’à 300 spectateurs. 
À la différence de l’architecture simple de l’extérieur, l’odéon avait un air de luxe à l’intérieur
grâce à un revêtement en marbre blanc de la cavea et des murs. Sa construction date du milieu du IIe s. après J.-C.











La Bibliothèque 

Cet édifice quasi carré (11,05m/11,42m)comportait une entrée unique en façade. La présence d'une banquette à l'intérieur justifie son identification en bibliothèque
de la ville de l’époque impériale.





Le temple de Diane ou temple ionique

A l’ouest du Bouleutérion se trouve un temple romain sur un podium, orienté vers le centre de l’agora.






L’Aegyeus

Parmi les effondrements retrouvés en avant de la bibliothèque, il y avait un monolithe de calcaire. Il a été remonté et placé par la suite, par les archéologues albanais sur la terrasse.
 Sur un socle se dresse un cylindre à la base et au sommet mouluré. Au-dessus il pouvait y avoir une vasque.






L’arc honorifique 
Est probablement le dernier monument construit dans ce centre monumental. La base des 4 piles ainsi que quelques fragments architecturaux permettent de restituer la silhouette des arcs.





Le Sacellum
Il s’agit d’une installation à ciel ouvert dont les deux socles supportaient une statuaire. Il s’agit d’un lieu de culte à ciel ouvert.





Le Portique
Construit aux alentours du IIIe siècle av JC, il a une double fonction. Il retient les pentes de la colline et assure la communication entre le centre monumental au sud et l’agora au nord. 

Il mesure 78,20m  de long et 9,20m de large. Le mur de fond comprend 17 niches qui étaient ornées de statues.


 






Villa avec impluvium
Cette maison aristocratique a été découverte lors de fouilles albano-russes entre 1958 et 1960.
Elle se caractérise par un bassin octogonale l’impluvium au centre de la cour intérieure équipée aux 4 angles qui recevaient l’eau de pluie. Le portique entourant la cour est pavé d’une mosaïque polychrome à motifs géométriques. 
Les fouilles ont montré l’existence de plusieurs phases. La première remonte à l’époque hellénistique au IIIe s av JC, la maison s’agrandit ensuite à la période impériale.











Après avoir fait le tour de ce très beau site archéologique sur la colline dédié à Apollon, 




Nous jetons un dernier regard sur la plaine inondée de soleil, où nous pouvons voir un des 850 000 bunkers qu’Enver Hoxja avait fait construire à travers tout le pays dans sa folie paranoïaque.




Nous continuons la visite du site sur lequel se trouvent le monastère Ardenica et l’église de la Vierge Theotokos. 




Ardenica est le seul monastère orthodoxe toujours occupé aujourd'hui par des moines en Albanie.

 
 


En 1780, le Monastère créé une école théologique. Il avait une importante bibliothèque comportant 32 000 volumes qui a été complètement détruite par le feu en 1932.

Le monastère est célèbre car c’est ici qu’en 1451, a été célébré le mariage de Skanderbeg, le héros national de l'Albanie, avec Andronika Arianiti.

Dans le monastère sont abrités et présentés les statues, colonnes, stèles et autres matériaux archéologiques découverts sur le site d'Apollonia.  

tête d'un Togate-marbre-IIe-IIIe s ap JC
torse d'un jeune homme-IIe-IIIe s ap JC
statue d'un homme en toge-marbre-Ie-IIe s ap JC
statue de femme_marbre- IIe-IIIe s ap JC
Lion funéraire_calcaire-IIIe-IIe s av JC
urne funéraire-pierre-IIIe-IIe s av JC
stèle funéraire-calcaire-IIIe-IIe s av JC
L'église byzantine a été érigée au XIIe siècle et remaniée au XIIIe et XIVe siècle.






Elle conserve une magnifique iconoclaste sculptée en bois polychrome et doré d’or fin réalisé en 1744.
Les icônes du 18e siècle sont l’œuvre du Peintre Kostandin Shpataraku. Nous pouvons voir des icônes de  la Vierge, du Christ en majesté, St Jean Baptiste, la crucifixion, Ste Christine etc…
 Tous les filigranes sont en grec, à l'exception de la prière écrite en 1731 de Nektarios Terpos en Albanais. Le plus vieux filigrane date 1477 et on peut le voir dans l'entrée principale du monastère. 

 



la dormition de la Vierge
 et des fresques du XVIIIe siècle.  




L'église comporte un très beau cloître avec un alignement de colonnes aux chapiteaux sculptés de personnages, d’oiseaux et de monstres divers.





 

 

 Dans le bâtiment adjacent se situe le riche musée où les photos sont interdites



Nous partons pour Vlora ou Vlorë

 

Anciennement Valone en français est une une station balnéaire. Elle est située dans la baie de Valona, sur la mer Adriatique, à 100 km au sud de Tirana. 



Vlorë est l'une des villes les plus anciennes de l'Albanie. Elle a été fondée au VIe siècle av. J.-C. en tant que colonie grecque appelée Aulon, une de trois colonies de la côte d'Illyrie, mentionnée pour la première fois par Ptolémée.

En 1851, la ville a été gravement endommagée par un séisme. 


C'est à Vlora qu'Ismail Qemali proclame l'indépendance de l'Albanie le 28 novembre 1912, pendant la première guerre balkanique. 

C’est sur la place Sheshi I Flamurit, la plus grande place de la ville que pour la première fois le drapeau national a été hissé, quelques heures après la proclamation de l'indépendance de l'Albanie le 28 novembre 1912 par Ismail Qemali .

En souvenir de cet événement, l'imposant monument de l'Indépendance (Monumenti i Pavarësisë) a été érigé au centre de la place en 1972. Il s'agit d'un bronze de 17 m de haut de style réalisme socialiste représentant les héros de l'indépendance, tels Ismail Qemali et Isa Boletini. La statue a été réalisée par trois des artistes les plus actifs de cette période : Mumtaz Dhrami, Shaban Hadëri et Kristaq Rama (père du Premier ministre Edi Rama élu en 2012).






Près du monument de l'indépendance se trouve la " mosquée rouge " (xhamia e kuqe) en raison de la couleur de ses tuiles. Elle a été édifiée en 1523 par une riche famille d'administrateurs ottomans originaires d'Égypte. 
Son style rappelle d'ailleurs davantage les mosquées d'Afrique du Nord que celles des Balkans. Endommagée durant la période communiste, elle a été en partie remaniée lors de sa restauration dans les années 1990. 
C'est aujourd'hui le principal lieu de culte musulman de la ville.
  




La ville a été la première capitale de l'Albanie. Elle a été envahie par l'Italie en 1914 et occupée jusqu'en 1920. 

L'Italie envahit de nouveau Vlorë en 1939, et l'Allemagne nazie occupe la ville jusqu'en 1944. 

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'île de Sazan dans la baie de Vlorë devient le site d'une base sous-marine allemande et italienne, qui a été bombardée par les Alliés.
Après la guerre, le port a été loué à l'URSS comme base de sous-marins pour la marine soviétique jusqu’en 1960-1961.
A ce moment-là, Enver Hoxha dénonce l’URSS révisionniste et se rapproche de la Chine.

Sous Enver Hoxha, Vlora était un centre de recrutement important pour la Sigurimi, la police secrète. 

En 1997, Vlora, ainsi que d'autres villes de l'Albanie du sud, a été le siège d'émeutes populaires après l'effondrement de plusieurs pyramides frauduleuses d'investissement ; ce qui a mené à la chute de l'administration de Sali Berisha, et a précipité le pays dans une guerre civile.

Aujourd'hui, Vlora est une station balnéaire en expansion, ainsi que le deuxième port du pays. Les constructions sont en pleine expansion et côtoient les anciens immeubles à deux étages de la période du communisme.







 

Certains sont joliment peints.








Demain, 5e jour de notre périple nous partirons pour Saranda. 4H30 de route sont prévues


















































1 commentaire:

  1. Toujours hyper riches en informations historiques et en très belles photos !

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