lundi 16 septembre 2019

Voyage en Sicile_jour 3_Sélinonte_porto d'Empedocle



Après le déjeuner nous partons pour Selinonte.
Sélinonte ou Sélinous (en italien Selinunte) était une cité fondée au VIIe siècle av. J.-C. par des colons Mégariens (en provenance de Mégare, située à l'extrémité est de l'isthme de Corinthe)
Pendant deux siècles,entre 600 et 400 av JC, la cité grecque a connu une période prospère et avait une influence commerciale et culturelle sur tout l'Ouest sicilien.
A son apogée elle comptait 30 000 habitants.

Selinonte doit sa chute à Ségeste, sa grande rivale, qui bénéficiait d'une alliance avec Carthage.
En 409 avant JC, une armée de près de 100 000 carthaginois débarquent en Sicile et assiègent la ville pendant 9 jours. Plus de 16 000 habitants sont tués et les autres réduits en esclavage.
La ville est partiellement détruite et les séismes des siècles suivant se sont chargés de terminer sa destruction.
C'est au cours du XVIe siècle qu’un historien commence à s’y intéresser et il faudra attendre le XIXe pour que les archéologues commencent à exhumer les vestiges.

Sélinonte doit son nom au cours d'eau Sélinus (l'actuel Modione), qui lui lui-même tire son nom de la plante selinon, sorte d'ache sauvage (variété de céleri sauvage) qui poussait abondamment dans les environs.
L'ache était le symbole de la ville et de sa monnaie.
Le Didrachme de Sélinonte en argent.

Nous arrivons sur le site

Le site archéologique est situé sur la colline surplombant la mer.
C'est un vaste espace séparé en 2 zones, la zone orientale et la zone occidentale.
Sur la partie orientale, 3 temples sont regroupés au même endroit.
La partie occidentale beaucoup plus étendue comprend l’Acropole, la colline de Manuzza et la colline de Gaggera.
Les fouilles archéologiques sont réalisées par des équipes d'Italie, de France, des États-Unis, et par l'Institut archéologique allemand.

C'est un le lieu magique bénéficiant d'une superbe vue.

Nous débutons notre découverte par la colline orientale avec ses temples.

Cette colline était densément peuplé à l'époque antique. Aujourd'hui nous pouvons y voir les vestiges de trois temples des VIe et Ve s av JC.
Les archéologues ne sachant pas à quelles divinités ils étaient dédiées ils les ont nommés temples E, F et G.
Ils sont d'ordre dorique.

Les temples F et G sont complètement en ruine mais le temple E, a très bien été reconstitué. Il est composé de 6 colonnes en largeur et de 15 en longueur, c’est le deuxième plus grand temple de Sélinonte.
Le temple E, est probablement dédié à Hera. Il a été construit aux alentours de 460 av JC.
C'est un temple périptère (c'est à dire un édifice entouré de rangées de colonnes sur toutes ses faces), comportant six colonnes sur sa largeur et quinze sur sa longueur, allongé par le naos (le sanctuaire, partie sacrée)
Par ses dimensions, il est le deuxième plus grand temple du site après le temple G. Construit sur deux bâtiments antérieurs, il a été remonté grâce à la technique de l'anastylose, c'est à dire une technique de reconstruction d'un monument en ruine qui passe par l'étude méthodique de l'ajustement des différents éléments qui composent son architecture.

Ce temple est connu pour ses 1249 métopes qui se situent entre la période archaïque et classique. Nous en verrons quelques-unes au musée archéologique de Palerme.

Le temple F, probablement dédié à Athéna, a été construit aux alentours de 550 av JC. C'est le plus petit et le plus ancien des trois temples de la colline orientale. Il est entièrement en ruine, ses colonnes cannelées gisent au sol.

Le temple G date de 540 av JC env.
Il n'est pas restauré. Les Carthaginois l'ont détruit avant son achèvement
Avec une surface de 6120 m2, c'est le plus grand temple du site et du monde grec de l'Antiquité.
Une inscription a été retrouvée énumérant les dieux protecteurs : Zeus, Phobos, Héraclès, etc., ayant aidé à la prospérité de la cité.

Il était probablement dédié à Zeus car l'inscription retrouvée loue sa suprématie.

Nous quittons cette partie du site et nous continuons vers la mer dans la partie occidentale qui offre un panorama exceptionnel.

Nous arpentons le quartier de l'Acropole qui a subit les outrages du temps, et là, comme sur le site oriental, sans les riches explications de Guiliana, il nous serait impossible d'attribuer les pierres à quoi que ce soit.

La partie occidentale est divisée en 3 parties :
- l’Acropole où se trouvait de nombreux temples et une zone destinée aux commerces.
- la colline de Manuzza où se trouvent les ruines de la cité Antique et son enceinte fortifiée.
- la colline de Gaggera où vous trouverez le sanctuaire de Démeter Malophoros, déesse de la fertilité.

L'acropole, sur la colline occidentale, est structurée par des terrassements et fortifications du IVe siècle av. J.-C. surplombés par de nombreux temples (A, B, C, D, O, Y)

Sur l’esplanade de l’Acropole se dressent les ruines du Temple C, le plus ancien des temples de Sélinonte.
Il date du milieu du VIe siècle avant J.C. Il était peut-être dédié à Apollon ou à Héraclès.
En 1925/1926, le même procédé de restauration que sur le temple E (l’anastylose) a été mis en œuvre.
Les métopes sculptées de ce temple ainsi qu’un énorme masque de Gorgone sont visibles au Musée Archéologique Régional de Palerme.

Le Temple O et le Temple A, les plus proches de la mer, quasiment identiques de taille et de style, pourraient avoir été dédiés au culte de Castor et Pollux. Les deux temples datent probablement de la première moitié du Ve siècle avant J.C.

Un dernier regard devant cet incroyable site

Nous rejoignons notre hôtel à Porte d'Empedocle.
qui est une commune de la province d'Agrigente
La commune a changé de nom en Porto Empedocle Vigata pour célébrer son auteur fétiche, Andrea Camilleri, et le personnage de Montalbano.
Andrea Camilleri, né le 6 septembre 1925 à Porto Empedocle (la Vigàta de ses romans) et mort à Rome le 17 juillet 2019, est un metteur en scène et un écrivain italien.
Il connaît un énorme succès en Italie grâce à ses romans mettant en scène le commissaire Montalbano. Traduit en trente langues, il est l'auteur
de plus de cent ouvrages littéraires et a vendu vingt-six millions de livres rien qu'en Italie.
Ses livres sont entrés dans la collection des « I Meridiani », l'équivalent de la
« Pléiade » italienne.

Notre hôtel est magnifiquement situé.
Nous avons le choix : mer ou piscine ?

Aujourd'hui nous avons marché 7,7 km.
Demain nous partirons pour pour de nouvelles découvertes, d'abord la vallée des temples à Agrigente, puis le musée archéologique et nous reprendrons la route pour aller visiter à Piazza Amerina la célèbre villa romaine aux mosaïques du IIe et IVe siècles après JC.


Texte de Paulette Gleyze

Photos de Paulette, Anne et Gérard Gleyze

samedi 7 septembre 2019

Voyage en Sicile_jour 3_Ségeste_Erice


Dimanche 14 juillet 2019, c'est la fêté nationale en France mais nous nous sommes en Sicile et continuons notre périple sous un beau soleil.
Les étapes seront Ségeste, Erice, Sélimonte et Port d'Empedocle.

Nous quittons Palerme et nous dirigeons vers l'ouest avec pour première étape Ségeste.

Ségeste est située sur le mont Bàrbaro, sur la commune de Calatafimi-Segesta au milieu d’un paysage aride.

Les origines de Ségeste sont encore incertaines et toujours sujettes à débat entre les archéologues.

Elle aurait été fondée par le peuple des Elymes dont les origines ne sont pas véritablement connues. Ce serait un peuple de langue indo-européenne venant de Troie.

Ségeste a été une des villes les plus importantes des Elymes et a joué un rôle important sur l’île ayant même contribué aux hostilités entre Athènes et Carthage.

En 408 av JC, elle a détruit Sélinonte grâce à l’aide des Carthaginois.

Elle même a été conquise et détruite en 307 av JC par Agathocle de Syracuse.

Au cours de la 1er guerre punique, Ségeste a subi la domination romaine, mais du fait de leur origine commune, Rome l'a exempté des tributs et lui a octroyé un vaste domaine, ce qui lui a permis une nouvelle période de prospérité.

On a longtemps cru que Ségeste avait été détruite par les Vandales, or grâce à des découvertes récentes par les archéologues on sait qu’il y a eu un village d’époque musulmane et un habitat d’époque normande-souabe, avec un château au sommet du mont Bàrbaro.

Le site fait actuellement l’objet de fouilles afin d’établir une vision d’ensemble de la ville.

Le temple de Ségeste (ou temple d'Héra) est un temple dorique, construit en calcaire local vers 430 av. J.-C.

Il présente 6 colonnes en façade et 14 de côté, et mesure 21 × 56 m.
Le soubassement est à trois degrés.

Des indices laissent supposer que le temple n'a jamais été achevé.

En effet, les colonnes n'ont jamais été cannelées et les blocs du soubassement ont encore leurs tenons de bardage non ravalés, et le temple n'a jamais reçu de couverture.
Il n’a pas été détruit par les Vandales du fait qu'il n'avait pas été dédié à un dieu grec.

Nous quittons Ségeste et continuons notre voyage pour Erice, village médiéval et aujourd’hui ville de science, mais aussi de tradition et d'artisanat.

Situé à plus de 756 mètres d'altitude sur le Mont San Giuliano,

Erice surplombe le littoral entre Trapani et les îles Egades à l’est et la péninsule de San Vito lo Capo, avec les Parc Naturelles du Monte Cofano et la Riserva Dello Zingaro.
Par temps clair on peut même distinguer la côte africaine.
La vue est à couper le souffle.

L'histoire d'Erice remonte à la préhistoire. C'est un ancien site néolithique occupé par les Élymes. On y trouve des vestiges de la muraille cyclopéenne du VIe siècle av. J.-C.

Selon la légende, Erice aurait été fondée par le héros Eryx, fils d'Aphrodite et de Boutès d'où son nom d'origine Erice.

Eryx vouait un culte à une déesse-mère (créatrice de l’univers, promotrice de la vie),
à l’époque phénicienne la déesse se nommait Astarté ;
à l’époque grecque, Aphrodite ;
à l’époque romaine, Vénus.
Le culte était rendu par des prostituées sacrées qui accomplissaient l'acte générateur de la vie avec des pèlerins de passage.
Elle a été une grande base carthaginoise aux VIe et Ve siècles av. J.-C et comme Ségeste elle a joué un rôle dans les luttes contre les Grecs puis les Romains.

Au Moyen Âge, elle est conquise par le Comte Roger, et en 1067 elle devient normande avec pour nom « Monte San Guliano » jusqu’en 1934.

Nous entrons par la Porta Trapani, porte d'entrée principale qui mène à la vieille ville.
Elle marque le prestigieux point d'entrée historique de ce village médiéval.
Elle faisait, à l'origine, partie du mur d'enceinte élimo-punique, et était une des trois portes d'accès. Elle était positionnée entre deux bastions de protection.
Son nom provient du fait qu'elle est tournée du côté la ville de Trapani.
Le village se visite à pieds en entrant par cette porte.

De là, la Via pavée (rue) Vittorio Emanuele mène au point central de la ville :
la place Umberto I et au premier site important de la vieille ville, la Chiesa (église) Matrice.
Une série de petites ruelles également pavées nous permettent de découvrir ce beau village typique.

Sur la place, l'église Matrice est une église fortifiée, construite en 1314 à la demande du roi Frédéric d'Aragon.

Elle est dédiée à Notre Dame de l'Assomption.
La façade austère est précédée d'un porche en arc brisé surmonté d'une magnifique rosace.
Bâtie avec des blocs de granit provenant de l'antique temple d'Aphrodite, elle a gardé son style gothique du XIVe siècle, avec ses baies géminées.

La façade conserve ses formes primitives, avec son portail ogival en style «Chiaramonte» pourvues d'ornementations en zigzags.

Son campanile du XIIIe siècle est séparé du reste de l'édifice.

Près de l’église se dresse un haut clocher (28 mètres), construit vers la fin du XIIIème siècle, au moment de la guerre des Vêpres siciliennes, et faisant fonction de tour de guet.

Sa base carrée (8 mètres par coté) est à trois étages.
A chaque étage se trouve une salle avec une voûte en berceau.
Sur le beffroi s’ouvrent des fenêtres en style gothique de «Chiaromonte».

Cette tour a aussi été utilisé comme prison du tribunal ecclésiastique. Un escalier à 113 marches conduit au sommet.

Erice a une tradition artisanale ancienne.

Il s'y réalise de très belles céramiques de Sicile peintes à la main avec des couleurs vives, du jaune, du bleu et du rouge.

Erice est aussi spécialisée dans le tissage des tapis.

Et dans la pâtisserie aux amandes, autrefois réalisée par les sœurs du couvent de San Carlo.
Aujourd’hui, la tradition est perpétuée par Maria Grammatico et une halte dans sa pâtisserie s’impose...

Nous arrivons devant l'église saint Guiliano (saint Julien martyr en 254)

C'est l'un des plus anciens lieux de culte catholique à Erice.
Cette église a été construite au 11ème siècle à la demande de Roger le Normand .
Saint-Julien apparaît dans les représentations avec l'apparence d'un guerrier, avec l'épée et le faucon car, selon les récits, il a vaincu les musulmans qui voulaient prendre d'assaut Erice.
Saint Julien, est le protecteur de la ville.
L'église abrite les statues des "Mystères", représentant la mort et la passion du Christ, qui sont menées en procession chaque vendredi saint .

Nos pas nous mènent au château de Venere (XIIe siècle), successivement romain, arabe et enfin reconstruit durant la domination normande.

Il est bâti sur les vestiges du temple d'Aphrodite, un sanctuaire édifié par les Elymes et fameux dans tout le bassin méditerranéen ;
il est encore en bon état grâce aux rénovations. Le donjon a été restauré au XIXe siècle. Il porte une couronne de créneaux en queues d'hirondelle bien conservée. Au-dessus de la porte principale, se détache le blason des Habsbourg d'Espagne.
On y accédait à l'origine par un pont-levis, aujourd'hui remplacé par un escalier de pierre.

De cet emplacement, nous avons une vue superbe sur la mer et les îles Egades.

A Erice, en 1963 a été créée, dans 4 anciens monastères la fondation
Ettore Majorana (Ettore Majorana Foundation and center for Scientific Culture, EMFCSC).

Elle organise des stages scientifiques et octroie annuellement le prix Ettore Majorana, Science of Peace, et depuis 2015, elle a ouvert l'école internationale des cellules et circuits cérébraux dédiée au lauréat du prix Nobel italien, Camillo Golgi .

Après ces belles visites il est l'heure de se restaurer

Erice est pleine de charme et de sérénité, nous devons cependant la quitter pour se rendre à Sélinonte et Port d’Empédocle.

En cadeau, je vous offre l'emblème du bonheur, la pomme de pin sicilienne que l'on peut voir devant l'entrée des maisons.



Texte de Paulette Gleyze

Photos de Paulette, Anne et Gérard Gleyze